I. — Exposé des doctrines
!• Causes du malaise social. — L'École catholique, an moins dans sa fraction moyenne, dans celle qui païuît s'inspirer davantage des récents enseignements de Léon XIII et des vieilles traditions de l'Eglise, se sépare nettement de l'Ecole libérale en ce qui concerne l'existence, la gravité et l'étendue de la crise sociale. Elle ne pense pas ni que la plupart de3 maux, dont se plaint le prolétariat, soient imaginaires, ni que ceux qui sont réeis soient peu graves, ni qu'il faille les considérer comme nécessaires et qu'on ne doive rien faire pour essayer de les adoucir. Elle ne croit pas davantage que le régime économique, dont nous jouissons, soit le régime idéal et que, par conséquent, essayer de le modifier constitue une entreprise sacrilège. Sans aller aussi
(1) Parmi les catholiques, il existe sur la question sociale de grandes divergences de vue, comme il sera indiqué plus tard ; mais ils s'accordent tous pour désirer l'amélioration du sort des pauvres, promouvoir l'exacte observation de la justice et de la charité, procurer la diffusion des principes de l'Evangile et reconnaître le besoin de s'inspirer, dans des matières aussi délicates, des enseignements de l'Eglise. Si nous exposons les théories de la fraction moyenne c'est parce que nous les croyons plus conformes aux directions pontificales, mais nous sommes loin de considérer comme des adversaires ceux qui appartiennent à une autre fraction du parti catholique social.
loin que les socialistes, elle reconnaît que le régime actuel est par bien des côtés défectueur, que des abus criants 9e sont produits, que dans beaucoup de cas la misère des ouvriers a été imméritée, que la pari fuite au travail dans la distribution des bénéfices a été souvent réduite d'une manière coupable, que l'organisation sociale demande à être promplemeut révisé0 et améliorée, que nous souffrons d'un mal profond, que ce mal a des causes qu'il faut supprimer le plus protnpteraent possible, que l'ouvrier manque de moyens de défense, que la liberté du contrat n'esi pas suffisamment garantie au Iravailleur, que la vie de farijille, que le développement physique, moral ou religieux, sont dans trop de cas contrariés par les exigences du régime industriel moderne et que, par suite, une réforme prompte, sérieuse, équitable, s'impose absolument. Les maux qui existent ne sont pas des maux incurables; [plusieurs peuvent être guéris, d'autres adoucis et rendus tolérables. Pour cela, il n'est pas indispensable de recourir à un bouleversement complet de tout ce qui existe, à une destruction de fond en comble de l'organisation sociale actuelle pour édifier sur ses ruines un ordre de choses reposant sur des assises toutes différentes. Il est possible de garder le cadre présent cl d'améliorer l'institution, en supprimant les principale» causes qui ont occasionné la crise.
On peut ramener à trois les causes de cette crise, qui est caractérisée par la concentration de presque tous les capitaux en quelques mains, la misère d'une très grande partie de la classe laborieuse, l'antagonisme croissant des ouvriers et des patrons. Ces causes sont:
a) L'affaiblissement du sentiment religieux, qui n entraîné, après lui, l'oubli chez les uns des devoirs de justice et de charité, chez les autres des obligation» de reipect, de dépendance et de fidélité.
b) La rupture des vieux cadres sociaux, par la suppression du régime corporatif, sur lequel reposait l'ancienne société industrielle. Ce régime, au moins tel qu'il a fonctionné pendant tout le Moyen Age, présentait des avantages inestimables. On l'a aboli sans lui rien substituer. On a ainsi provoqué une rupture d'équilibre et jeté la perturbation dans le monde du travail. A l'association, pi féconde en heureux résultats, ont succédé la liberté h outrance et l'individualisme avec leur cortège d'exploitations, d'abus et de misères.
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c) V introduction d'un mode nouveau de production : la grande industrie et la concurrence illimitée. Le développement du machinisme, coïncidant avec l'avènement de la liberté économique absolue, a encore accru le désarroi et puissamment contribué à augmenter la gravité de la crise. La petite production de l'atelier était éminemment favorable au maintien de la paix sociale. Au sein de la Corporation, l'artisan s'assurait une protection elficace en renonçant à une liberté illimitée. Le principe de solidarité réglait les rapports des membres d'un même groupe professionnel. La lutte pour la vie, avec son cortège de noires souffrances, n'existait pas encore ; on adoucissait, par une sage réglementation, le jeu de la concurrence afin d'assurer à chacun une rémunération normale de ses efforts. « Vivre et laisser vivre » était la formule autrefois en honneur. De nos jours, les industriels cherchent à s'évincer mutuellement du marché, ils se traitent en rivaux, pre^qu'en adversaires, ils se font une concurrence acharnée sous laquelle ils succombent souvent. Avec de pareils procédés, il n'y a pas de milieu : c'est la faillite avec ses ruines ou l'enrichissement rapide, colossal, scandaleux.
La production destinée à satisfaire les besoins de la consommation locale garantissait mieux la stabilité de l'industrie. Les crises de surproduction, l'alternance des périodes d'éclatante prospérité et de brusque dépiessioQ étaient inconnues. La fièvre de la spéculation ne troublait pas les conditions du travail.
Les ouvriers, protégés par la coutume et les règlements corporatifs contre les abus patronaux et vivant dans ia communauté des mêmes labeurs, avec leurs maîtres, entretenaient avec ceux-ci des relations cofdiales, ils se considéraient comme de leur famille. Le compagnonnage et la maîtrise ne représentaient pas deux classes sociales opposées, mais deux étapes successives de l'existence professionnelle.
Tout n'était pas parfait, certainement, même sous ce régime; mais il assurait la paix et la prospérité dans une large mesure, et c'est parce qu'il a été abandonne, qu'il y a aujourd'hui tant de souffrances dans le monde du travail.
2° Remèdes au malaise social. — Ces remèdes, i'Kcoie catholique les ramène, comme les causes, à trois : a) La mise en pratique des principes de l'Evangile.
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t>) Le retour à l'association.
c) La création d'une législation iociale et le concoure modéré de l'Etat.
— a) La mise en pratique des principes de C Evangile. — Si on s'inspirait davantage des doctrines chrétiennes on arriverait à supprimer non pas la totalité, mais pourtant une partie considérable des misères dont souffre notre société. Ce retour aux principes évangéliques «'impose, il n'est pas le remède unique à apporter au mal; mais c'est un remède nécessaire; tout ce qu'on tentera en dehors d'une restauration religieuse est à l'avance frappé de stérilité. La crise actuelle est la fuite du régime économique qui a prévalu et des injustices sociales qui se sont multipliées. La religion ne peut pas grand chose pour résoudre le problème économique; mais elle peut beaucoup pour mettre un terme aux injustices sociales et apporter un adoucissement aux misères sous lesquelles plie la classe laborieuse. Elle pose un frein à la cupidité des uns, calme les révoltes des autres, prêche à tous le respect des droits d'autrui, rappelle aux riches et aux pauvres leurs devoirs réciproques, apprend à ceux qui possèdent à faire un bon usage de leurs biens, enseigne à ceux qui n'ont rien le respect de la propriété d'autrui, recommande à tous l'union, la fraternité, le secours mutuel, la charité, l'amour, en un mot, tout ce qui peut rapprocher les classes et empêcher cette conflagration terrible que tout fait redouter (1).
(1) Tout en admettant que l'Eglise et la religion doivent jouer un rôle considérable dans la solution de la question sociale, il nous est impossible départager l'opinion de Claudio Janet et de dire avec lui : « La question sociale est non pas une question d'organisation économique, mais uns question religieuse. Que ce pays redevienne chrétien, l'équilibre social renaîtra. Multiplions les œuvres de conversion, les institutions de propagande; opérons une nouvelle conquête évangélique des barbares de l'intérieur. L'Eglise seule enseigne les vertus efficaces ; elle Beule, rantissant une autre vie à l'ouvrier, le forme à supporter celle-ci. » La question est, au moins, autant d'ordre économique que d'ordre religieux et l'on ne saurait faire un crime à l'ouvrier de désirer, en attendant le bonheur de l'autre monde, d'avoir une petite part aux joies et au bonheur de celui ci.
b) Le retour à l'Association. — On ne mettra un terme au mal, qu'à la double condition d'assurer une protection à l'ouvrier laissé sans appui par l'individualisme et d'arriver à une réglementation du travail qui garantisse des salaires suffisants et réprime la concurrence effrénée que se font les producteurs. L'Association est éminemment apte à produire les deux résultats. — Elle assure à l'ouvrier une protection : groupés, les travailleurs constituent une force avec laquelle le patronat est obligé de compter, ils peuvent efficacement défendre leurs droits, ils sont en état de débattre librement les conditions du contrat de travail et de n'accepter que celles qui leur paraissent équitables. Ils cessent d'être à la merci des patrons, ils traitent avec eux sur le pied d'une véritable égalité. La corporation prenant fait et cause pour ses membres et se solidarisant avec eux, il est beaucoup plus difficile de se permettre impunément à leur égard un déni de justice ou un abus de pouvoir. Si rien n'est plus faible qu'un ouvrier isolé, rien n'est plus fort qu'un ouvrier soutenu par un groupement nombreux; on l'a vu en Angleterre depuis l'établissement des Trade-unions et en Amérique depuis qu'ont été créés les Knights of labor(i). — L'Association permet d'arriver à une certaine réglementation du travail. Tous ceux qui exercent la même industrie dans une même ville ou dans une province ne formant qu'une seule corporation, les corporations d'un même pays pouvant afséroent se fédéraliser, il est jusqu'à un certain point possible de s'entendre pour arrêter les quantités à produire, fixer les conditions de vente, déterminer le taux des salaires, prendre des mesures pour écarter les surproductions, les crises et les méventes.
Tous les membres de l'Ecole Catholique sont partisans
(1) « L'organisation corporative est le moyen le plus efficace de vaiûcre la prépondérance du capital et de la machine et de faire servir les avantages de ia production moderne à l'ensemble du corps social. Les travailleurs groupé* peuvent traiter avec le patron sur le pied d'une véritable égalité. Les conditions du contrat de travail peuvent être librement discutées et acceptées par eux. Les ouvriers cessant de se faire, les uns aux autres, une concurrence acharnée, s'entendront utilement pour obtenir un juste salaire et faire régler humainement la durée du travail et les autres questions les intéressant... » Frantz Hitzk. — La quintessence de la question sociale.
d'une organisation corporative; ils reconnaissent généralement qu'on ne peut songer à revenir à la forme d'avant la Révolution et qu'il faut trouver un régime plus large, plus démocratique, s'adaptant mieux à nos :uœurs, à nos habitudes, à nos besoins, à notre milieu, aux exigences <ie la vie moderne et à la situation nouvelle faitp à l'industrie. Ce régime, M. de Mun Ta défini : « Un lien moral consenti librement entre le patron et ses employés ; un lien matériel de propriété commune el inaliénable entre les mêmes; un lien cou» iumier entre les ateliers de la même piofession ainsi institués; une fonction commune dans l'Eut à la corporation qui réunirait ces trois caractères (i). «Jusqu'ici on n'a eucore rien donné de plus précis ; c'est dire que le plan de la nouvelle organisation est loin d'être nettement arrêté, même dans ses grandes lignes. Quelques catholiques se contenteraient des syndicats séparés tels qu'ils existent en France depuis la loi de 1884, à la condition toutefois que l'Etat leur reconnaîtrait la personnalité civile et leur donnerait le droit de posséder, et qu'au-dessus du syndicat ouvrier et du syndicat patronal de chaque profession serait établi un conseil mixte composé de délégués de l'un et de l'autre conseil formant comme un tribunal d'arbitrage pour juger les différends. — D'autres réclament des syndicats mixtes
(1) « Ce lien moral est le patronage de Le Play, ici pus d'obscurité. Ce lieu matériel sera réa'.i>é par l'existence d'un patrimoine corporatif, indivisible, participant à la prospérité d<j l'entreprise ; mais ne pourra-t-il être conclu q.. des hommes ayant fait preuve de capacité professionnelle devant les membres de la corporation ? Ce lieu coutumier doit avoir pour couséqueuce évidemu'ent l'adoption . raie de certains procédés de travail et d'un certain taux des salaires; mais si la concurrence extra-corporative rend cette adoption périlleuse ou ruineuse, se proposera-t-ou de supprimer légalement cette coocurreuce, afin que le lien tumier conserve toute sa valeur'.' Quels privilèges politiques, enfin, récompenseront la fonction reconnue dans l'Etat à la corporation ?
a Voilà dix aus que M. de Mun a donné sa formule, toutes ces questions sont encore à résoudre. On a multiplie le» théories du régime corporatif, ou parait avoir renoncé, pour l'instant, à les faire passer dans la pratique. » Léon Grégoibk — • Le Pape, les catholiquts, p. i^o.
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composés, à la fois, des ouvriers et des patrons. — D'autres, allant plus loin, voudraient une organisation se rapprochant davantage des anciennes corporations. Ils trouvent aux syndicats un caractère de combat trop accentué, ils ne voient guère dans leur institution qu'une arme donnée aux ouvriers pour la lutte.
Une quesiion plus délicate encore et tout aussi controversée est celle de savoir si la Corporation sera obligatoire ou libre, c'est-à-dire si, après son institution, on aura ou non le droit d'exercer le métier en dehors d'elle. Les deux systèmes ont leurs partisans. Les catholiques allemands, autrichiens et suisses sont généralement pour la corporation obligatoire; la plupart des français sont, au moins jusqu'ici, pour la corporation libre. — « La contrainte, dit l'abbé Franz Hitze, est de l'essence de la corporation ; la corporation facultative est un couteau sans lame. L'association de métier doit être investie de pouvoirs assez amples pour faire respecter ses statuts, pour donner naissance à des institutions économiques, que l'initiative individuelle serait impuissante à créer. «Ceux qui partagent la même opinion croient que si la restauration du régime corporatif est nécessaire pour atténuer la prépondérance du capital, la corporation ne saurait être facultative, car cette corporation serait sans force en présence de la concurrence des dissidents. Toutes les décisions qu'elle pourrait prendre seraient lettre morte, si les ouvriers placés hors du cadre de métier refusaient de s'y soumettre. Ils pourraient travailler pour un salaire inférieur au minimum fixé par la corporation et rendre ainsi inefficaces tous les efforts faits pour améliorer le sort de la classe laborieuse. D'ailleurs l'association, dont tous admettent la nécessité, ne s'établira qu'à la condition d'être imposée, car l'esprit d'organisation en corps, propre aux peuples dans la période de formation, s'est presque complètement évaporé quand ils sont parvenus à l'âge de l'épanouissement et de l'individualisme. — Beaucoup de catholiques, tout en reconnaissant les avantages qu'offrirait la corporation obligatoire, ne la croient ni possible, ni même désirable. Ils craignent que, si on contraint tous les ouvriers à entrer dans les cadres du syndicat professionnel, on ne puisse faire du syndicat un foyer d'activité religieuse et qu'il faille lui laisser un caractère neutre et franchement laïque. Ils craignent encore
que la corporation obligatoire prépare les voie9 au socialisme, qu'elle opprime la liberté individuelle et tourne à l'oppression du consommateur, qu'elle crée un régime du travail qui paralyse le progrès et tende à reconstituer des métiers fermés au profit d'artisans privilégiés. Ils désirent donc des associations libres, autonomes, reconnues et protégées par l'Etat, professionnelles et animées par l'esprit chrétien.
c) Vinier vent ion modéré* de VEtat et rétablissement d'une législation sociale. — L'Ecole catholique estime que l'Etat n'a pas seulement pour devoir « de protéger le droit », mais encore « de promouvoir la prospérité publique ». Il est établi pour assurer le bien-être de la société et la société est formée en grande partie de lt classe ouvrière, l'Etat doit donc veiller sur elle, prendre en main la défense de ses intérêts et intervenir dans les questions de travail toutes le9 fois que son bien l'exige. Une certaine intervention de l'Etat dans la vie économique de la société est indispensable tant que les ouvriers n'étant pas réunis en corporation ne seront pas assez forts pour se passer de son appui. « Abandonner la société au conflit des forces égoïstes, c'est, comme dit le P. Liberatore à la fin de son Traité d'Economie politique, transporter dans l'industrie l'idée darwinienne de la lutte pour l'existence, lutte où le triomphe est assuré aux plus forts. » Pour résoudre le problème social, l'accord entre le patron et l'ouvrier, le respect des droits réciproques sont nécessaires; mais cet accord et ce respect sont possibles à la condition seulement que l'Etal prêle son concours. A l'Etat on demande deux choses : d'exercer sur le monde du travail une surveillance qui, sans être inquisiioriale, soit sérieuse et capable d'écarter les abus les plus considérables ; d'élaborer une législation sociale qui règle d'une manier© équitable les rapports entre patrons et ouvriers.
Cette législation devra porter : — sur la journée maximale pour les ouvriers de la grande industrie; — sur l'établissement d'un minimum de salaire sans fixation directe par l'Etat ; — sur l'assurance obligatoire établie et administrée par l'initiative individuelle oucoopérative ; — sur le travail des femmes et des enfants ; — sur l'organisation des associations professionnelles : — sur le repos du dimanche ; — sur la réglementation des sociétés anonymes, etc.
d) La décentralisation administrative et la représenta-
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tion professionnelle. — Aux trois remèdes déjà indiqués, un certain nombre de catholiques voudraient qu'on en ajoutât un quatrième, d'ordre plutôt politique : la substitution de la représentation professionnelle rendue possible par l'établissement du régime corporatif, à la représentation actuelle issue du suffrage universel et ne donnaut que des députés qui ne représentent ni le droit, ni la science, ni la bourgeoisie, ni les classes ouvrières, ni le capital, ni la propriété, ni le travail, ni les intérêts économiques, agricoles et sociaux, mais seulement des courants variables d'opinions et d'idées. Chaque profession nommerait ses députés, et ceux-là seuls pourraient prendre part au vote qui feraient partie de la corporation. Parmi les partisans de la représentation professionnelle beaucoup voudraient qu'on ne substituât pas cette représentation chargée d'étudier et de détendre les intérêts corporatifs à la représentation politique chargée de sauvegarder l'intérêt collectif et permanent, ni même qu'on les fusionnât. Ils désireraient deux représentations distinctes, l'une purement professionnelle, l'autre purement politique.
L'Ecole catholique préconise encore Ja décentralisation administrative : elle demande qu'on accorde un© large autonomie aux Provinces ou régions administrée* par des Chambres élues et jouissant de leurs institutions propres dans l'unité du gouvernement national, et qu'on donne aux Communes le droit de régler ellesmêmes les questions de budget, d'enseignement, d'assistance et autres les concernant.
Tels sont les principaux articles du Programme social des catholiques. Ils ne sont que l'application des principes posés dans l'Encyclique sur la condition des ouvriers « par ce Pape, dont le geste large et audacieux, écartant trois siècles de diplomatie de cabinet, va ressaisir aux origines la tradition des grands pontifes rassembleurs de foules, émancipateurs de peuples, législateurs sociaux (1) ».
II. L'école catholique et l'école collectiviste. — Le parti libéral affecte de ne voir dans les doctrines sociales de l'Ecole catholique qu'une forme déguisée du Socialisme; en cela il fait preuve d'injustice sinon de mauvaise foi. Ces deux écoles, en effet, n'ont presque
(1) De Vogué. — Heures d'histoire, p. 311.
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lervention les catholiques la veulent réduite à l'indispensable, car plus que personne, ils ont des motifs de se défier de toute ingérence de la part de pouvoirs aujourd'hui presque partout hostiles à la Religion et à l'Eglise. Ils la considèrent non comme chose excellente en elle-même, mais comme une sorte de mal nécessaire, ou comme un moindre mal. Ils admettent que des abus peuvent facilement se glisser; aussi au lieu de concentrer, comme le font les socialistes d'Etat, tous les services, toutes les entreprises, tous les monopoles entre les mains de l'Etat ne lui demandent-ils que d'intervenir lorsque le bien public l'exige et que l'initiative privée est impuissante. Ils appellent de tous leurs vœux le jour où le monde du travail organisé corporativement pourra se suffire à lui-même et n aura plus besoin d'une protection qui se change trop souvent en oppressive tutelle. Le rôle de l'Etat se bornera alors à reconnaître les groupements professionnels et à veiller à l'exécution des mesures qu'ils auront arrêtées dans l'intérêt du métier. — Le Socialisme d'Elat consistant essentiellement dans « un empiétement sur le juste domaine de l'activité personnelle », on est loin de ce socialisme lorsque, comme les catholiques, on se contente de demander que l'Etat intervienne là où, saus action publique et législative, le bien nécessaire ne saurait être obtenu, oi l'injustice empêchée ou redressée.
IV. L'école catholique et l'école libérale. — L'Ecole catholique réprouve presque aussi énergiquement les principes de l'Ecole libérale que ceux des Ecoles socialistes ; elle les regarde, dans leur ensemble, comme faux, anti-chrétiens, anti-naturels, anti-sociaux et par conséquent souverainement funestes. Elle est convaincue que nous leur devons la triste situation dans laquelle nous nous débattons. Ils ont accumulé les misères et les abus, ils ont ainsi ouvert la voie au Socialisme. Ils la lui ont ouverte non pas seulement en autorisant bien des injustices; mais encore en semant des idées dont on n'a eu qu'à tirer les conséquences pour arriver aux pires doctrines. M. de Mun résumait de la manière suivante les griefs que formulent les catholiques contre le libéralisme : « C'est un régime funeste nu joint de vue religieux, parce qu'il s'est fondé sur les maximes de l'Encyclopédie, il est réprouvé par la conscience chrétienne. C'est un régime condamné parce que, 1 ii aussi, comme ie socialisme, il repose surle mépris de
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la loi divine et qu'il donne comme principe unique à l'activité humaine, la poursuite de la richesse et la satisfaction des intérêts matériels. C'est un régime funeste au .point de vue moral, parce que dans cette poursuite de U richesse, dans cette lutte des intérêts, il a ouvert la porte à toutes le3 suggestions de l'égoïsme et de la violence, en haut comme en bas, sans autre frein contre elles que la force. C'est un régime funeste au point de vue social, parce qu'il n'a laissé subsister que l'intérêt général, c'est-à-dire les individus et l'Etat, préparant ainsi la concentration administrative de toutes les forces de la nation, la main mise, toujours plus lourdement, par l'Etat, sur toute la vie publique, qui est une des formes du socialisme et comme le premier acte de son règne. C'est un régime funeste au point de vue économique, parce qu'il a entraîné, par les nécessités de la concurrence entre les intérêts, tous les abus, toutes les souffrances que le monde industriel a vu 9e développer dans son sein, tous les excès d'une spéculation, qui n'est pas seulement le stimulant nécessaire du commerce, mais qui devient le but unique des transactions et le moyen d'arriver rapidement à la richesse (1) ». Le même orateur disait dans une autre circonstance : « Catholiques, nous repoussons également le Libéralisme anti-chrétien et le Socialisme d'Eat; nous ne voulons pour le pouvoir public ni l'indifférence et l'abdication de son devoir social, ni le despotisme qui lui permettrait d'absorber dans ses mains toutes les forces vives de la nation (2) ».