‹ Question sociale et écoles sociales (volume 2)Chapitre 25 sur 33 · VI. Précis historique sur l'école catholique · texte numérisé non relu

VI. Précis historique sur l'école catholique

114 LES KCOLBS SOCIALES

i° Lei f-' curseur s. — Si on voulait remonter jusqu'aux origines <u mouvement social catholique, il faudrait remonter jusqu'au berceau même de l'Eglise. Il a commencé avec ia promulgation de l'Evangile et il s'est poursuivi à travers les âges, comme il est facile de s'en convaincre en lisant les écrits des Pères, des Théologiens, des Papes et desGanonistes.il ne s'est cependant ornais dessiné plus net que durant la seconde partie du siècle qui vient de finir. C'est de notre temps que s'est posée avec une particulière acuité la question sociale, elle préoccupa dès la première heure un grand nombre de catholiques « qui, suivant le mot de Léon Grégoire, non contenus d'apporter aux misérables les consolations de la charité, firent entendre en leur faveur les protestations de la justice et substituèrent les plans d'une -■ forme et d'une législation sociale basées sur - le,

aux soulagements arbitraires et provisoires proposes par la chiianthropie ».

Parmi les précurseurs modernes, malheureusement pas toujours assez prudents et assez orthodoxes, du mouvement caihclique social actuel, on pourrait citer ôans notre s'ècle, l'abbé de Lamennais et l'école de V Avenir ; Bûchez, l'auteur de Y Introduction à i 'étude de Vkùtoire; Huet, qui a exposé ses idées dans son hègne ioci.il du christianisme \Le Play, qui, le premier, par les faits et l'expérience, a montré l'inanité des principes de la Révolution. Mais le grand et vrai initiateur est l'illustre évêque de Mayence, Guillaume- Emmanuel de Ketteler, né en 1811 à Munster, en Westphahe. lia

nne aux catholiques les principales lieoes de leur pro- -mroe social. Avant Lassalle et Karl Marx il a signalé et flétri les iniquités de notre régime économique, de-

indé la suppression des abus, pris en main la cause

i ouvrer- et cherché les moyens de porter remède aux maux dont souffre le prolétariat. Il a développé ses théories dans le livre qu'il a intitulé : la Qufsiion ouvrière et le christianisme, dans des discours divers prononcés en 1843, pendant qu'il était député à la diètt Francfort, et dans plusieurs sprmons très remarquables prêches aorès son élection à l'évêehéde Mayence. en 1850.

?• L'école catholique jusqu'à la rublicaUon ae C Encyclique « fierum ncvarum », 15 mm 1891 (1). — Cette premier©

'1) Cf. Léon Grégoire. — L* ?o.y.t le* question sociale, lre partie.

ÉC0L1 CATUOL1QUB 115

période a été une période de tâtonnements. On hésite, on cherche, on discute, on étudie, on essaie d'arrêter un programme ; il y a, surtout au début, plus d'aspirations généreuses que de points de doctrine déterminés.—En France, MM. de M un et de La-Tour-du-Pin Chambly fondent en 1871 YCEuvre des Cercles, dont les directeurs se mettent bientôt à l'étude des grands problèmes sociaux de notre temps. Ea lS75.il» créent la Rerue : V Association catholique, dans laquelle des écrivains d'un incontestable talent n'ont cessé de publier des articles remarquables. Ils attirent l'attention des catholiques ?ur des questions jusque-là trop négligées, ils inspirent le goût des études économiques et font naître un mouvement qui a été toujours grossissant. — En Autriche, le baron de Vogelsang, aidé de itfaxenetde Ruiolf Meyer, relève le journal Le Vaterland, fonde la Revue Monatschrift fur christliche Sozialref^rm et dans leurs colonnes révèle les misères du travailleur, réclame une réorganisation sociale, pose les principes dont, aprè3 lui, s'inspireront Kuefstein, Blome, Belcredi, le Liechtenstein, Zallinger, Eickkom et les autres féôdnnm. — En Suisse, l'impulsion a été donnée par Gûspani Decurtins, elle a été favorisée par V Union de Fnbowo, et, dès le début, le mourement a pris un caractère nettement démocratique. — En Italie, le P. Liberatore,dan9 ses Principes d'économie politique, s'attaque vigoureusement aux erreurs libérales, il expose les doctrines de la théologie sur les matière! délicates de l'économie politique avec une clarté, une franchise, une précision, une autorité, qu'on ne saurait trop louer. — En Allemagne, les évoques Korum et Fischer, les abbés Hit%$ et Winterer se font les apôtres des idées de Ketieler. — En Angleterre apparaît la grande figure de Manning. Partout les catholiques s'occupent des problèmes sociaux, ils les traitent dans leurs Revues, ils les discutent dans leurs Congrès, ils se communiquent leurs plans et leurs incertitudes, ils précisent leurs vues, ils arrivent lentement à réunir en un corps de doctrine leurs critiques et leurs vœux, ils n'attendent pour poursuivre leur croisade avec une nouvelle ardeur qu'un encouragement venu du chef vénéré de l'Eglise, qu'une direction précise donnée par celui qui a été constitué l'infaillible dépositaire de toute vérité révélée.

'An Vérole catholique epuis la publication de l'Encyclique « ficrum noiai uni ». — Pendant qu'il n'était encore

116 LES ÉCOLBS SOCIALES

qu'archevêque de Pérouse, Léon XIII avait, en 1877, 91gnalé dans des termes énergiques « l'erreur inhumaine de l'économie politique moderne, le colossal abus de la pauvreté et de la faiblesse, l'intolérable existence des enfants dans les fabriques et l'absolue nécessité d'une législation qui mît fin à d'aussi criantes iniquités j>. Elevé sur le trône pontifical, il montra une sollicitude particulièrement affectueuse pour ces « classes inférieures composées en majorité d'hommes réduits à la condition d'une misère imméritée ». Il favorisa et bénit toutes les tentatives faites pour améliorer leur sort. Il ne dissimula jamais ses sympathies pour les hommes, prêtres ou laïques, qui consacrent leur vie à la tâche souvent ingrate de trouver des remèdes au mal dont souffre notre société ; il les a soutenus contre ceux qui les traitaient de dangereux socialistes, il les a encouragés à poursuivre leur œuvre malgré critiques et oppositions et il leur a donné la plus belle récompense qu'ils pouvaient désirer pour leurs efforts quand il a publié l'immortelle Encyclique sur la condition des ouvriers. La publication de ce monument appelé « la charte catholique du travail » a été un événement, et la date du 15 mai 1891 restera inoubliable dans l'histoire des luttes économiques de notre temps, comme dans les fastes de la Papauté contemporaine. Forts de la haute consécration reçue par leur doctrine, soutenus par la certitude de ne plus se trouver sans guide dans la délicate campagne qu'ils poursuivent, armés de cet incomparable document doctrinal qui leur fournit Ie9 principes les plus lumineux et les plus sûrs, les catholiques se sont remis à l'œuvre avec une nouvelle ardeur. Dans tous les pays l'Encyclique a été lue, étudiée, commentée; des groupes nouveaux d'études sociales se sont fondés; des Revues ont été créées pour en vulgariser les idées ; des livres nombreux ont été écrits sur ces matières ; le mouvement chrétien s'est accentué en France, en Belgique, en Suisse, en Autriche, partout. On s'est appliqué à faire pénétrer les théories catholiques dans les masses populaires et, quoique les résultats soient loin d'être tels qu'on les souhaiterait, ils ont suffi pour alarmer les socialistes auxquels M. de Mun pouvait dire du haut de la tribune de la Chambre des députés : « Je comprends que vous soyez émus de voir des catholiques et des prêtres se mêler au peuple, lui parler, prendre sa défense, lui montrer dans l'Evan-

gile la garantie de la justice, l'aider à s'organiser pour le soustraire à la tyrannie collectiviste ! Je le comprends, car vous savez bien que l'avenir social se jouera dans cette rencontre suprême entre le christianisme el le socialisme» (1).

(i) Discours à la Chambre de* Députés du 30 avril 1894.

Appendice

École de la Paix Sociale.

Nous ne pouvons finir cette étude sur les différentes Ecoles sociales sans dire un mot de l'Ecole de la Paix sociale; elle a été fondée par Le Play (1806-1882), qui eut le î^rand mérite de rompre avec les errements de l'ancienne économie politique et de montrer l'inanité des doctrines libertaires de la Révolution. Il donna le premier coup de pioche dans cet édifice qu'on proclamait encore alors immortel. Plus que tout autre, il a contribué à ébranler le culte « des faux dogmes » de 1789 dont, dans tous ses ouvrages, avec une persistante énergie, il a mis on relief les périls. Ses démonstrations ont eu d'autant plus de force qu'il a tait appel exclusivement à l'observation. De la masse des faits qu'il a rassemblés, s'est dégagé cette conclusion que les institutions établies par la Révolution ont surtout nui à la famille ouvrière.

Jusqu'à Le Play on ne s'était servi, pour l'étude de l'économie politique, que de la méthode aprioris tique; il sentit vite l'insuffisance et les côtés faibles de ce procédé. Formé à l'école rigoureuse des sciences, il lui fallait quelque chose de plus conforme à ses habitudes de polytechnicien. 11 eut recours à l'induction et ne se servit que de la méthode postérioristique. Tout son système repose sur l'observation; il précède par monographies. Il pénètre dans l'intérieur des familles, étudie l'histoire domestique des plus humbles ménages, fouille

Page 1