CAUSES DE LA CRISE SOCIALE ACTUELLE
Ces causes sont très nombreuses et très vnriées. Léon XI II énnmère les principales à la première page de son Encyclique : Sttr la Condition des ouvriers. « La soif d'innovation, dit il, qui depuis longtemps s'est emparée des sociétés et les tient dans une agitation fiévreuse, devait tôt ou tard passer des régions de la politique dans la sphère voisine de l'économie sociale. Et, en effet, ces progrès incessants de l'industrie, ces routes nouvelles que les arts se sont ouvertes, l'altération des rapports entre les patrons et les ouvriers, l'affluence de la richesse dans les mains d'un petit nombre à côté de l'indigence de la multitude ; l'opinion enfin plus grande que les ouvriers ont conçue d'eux-mêmes et leur union plus compacte, tout cela, sans parler de la corruption des mœurs, a eu pour résultat final un redoutable conflit.. Le dernier siècle a détruit, sans rien leur substituer, les corporations anciennes qui étaient pour les ouvriers une protection ; tout principe et tout sentiment religieux ont disparu des lois et des institutions publiques, et ainsi, peu à peu, les travailleurs isolés et sans défense se sont vus, avec le temps, livrés à la merci de maîtres inhumains et à la cupidité d'une concurrence effrénée. Une usure dévorante est venue ajouter enecre au mal. Condamnée à plusieurs reprises par le jugement de l'Eglise, elle n'a cessé d'être pratiquée sous une autre forme par des hommes avides de gain. A tout cela il faut ajouter le monopole du travail et du commerce, devenu le partage d'un petit nombre de ri-
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ches et d'opulents qui imposent ainsi un joug presque servile à l'infinie multitude des prolétaires ».
Ces causes si nombreuses, qui ont toutes contribué à créer lu mal profond dont souffre notre société, peuvent être ramenées à trois catégories. Les unes sont d'ordre religieux ; — d'autres d'ordre politique ; — d'autres enfin d'ordre économique.
Z. Causes d'ordre religieux.
Sans aller jusqu'à dire, avec Claudio Janet, que « pai quelque côté qu'on étudie les phénomènes de notre temps, on en vient toujours à cette constatation, c'est que la question sociale est non pas une question d'organisation économique, mais une question religieuse (i) » ; on ne saurait contester que l'oubli des principes chrétiens et l'affaiblissement du sentiment religieux n'aient exercé une influence considérable sur la production de la crise actuelle. La religion en rappelant à chacun ses devoirs, en exigeant de tous le respect absolu des droits d'autrui a été, est encore et sera toujours la plus puissante digue qu'on puisse opposer à la cupidité des uns et aux convoitises des autres. Elle constitue le plus efficace facteur de la paix, de l'union, de la justice et de la prospérité sociales.
lo Bienfaits de la religion au point de vue social. — Aux époques de foi, la religion, usant de sa divine influence, prévenait une multitude d'abus qui, depuis, sont devenus si fréquents et ont amoncelé dans les cœurs tant de rancunes. Elle adoucissaitee qu'elle ne pouvait supprimer et mettait un baume salutaire jusque sur les plaies qu'il ne lui était pas possible de guérir complètement.
A chaque instant le Patron s'entendait répéter par elle que l'ouvrier est son frère ; que, comme lui, il est
(1) Le socialisme d'Etat, p. 552. — La question sociale est bien avant tout une question morale et religieuse comme le déclare Léon XIII, dans son encyclique du 18 janvier 1901, sur la Démocratie chrétienne, mais elle est aussi une question économique. Pour diminuer la crise, à l'action de la religion et de l'Eglise, d'autres facteurs doivent prêter leur concours, comme il est dit dans l'encyclique Rej um novarum.