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II. Causes politiques de la crise social

A la fin du siècle dernier s'est produit un événement d'une exceptionnelle gravité, il a eu un retentissement

quantité de forces productives et qui exigent, en retour, certains frais d'entretien et de renouvellement, pour pouvoir fonctionner d'une manière régulière et continue. » Peut-on lire sans une profonde émotion d'aussi attristantes paroles et ne pas s'étonner qu'on ose exposer une pareille doctrine ?

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énorme et ses conséquences se font toujours sentir ; cet événement, c'est la Révolution française. Elle a été le point de départ de bouleversements* profonds clans les idées comme dans les institutions; à elle revient une large part de responsabilité dans la crise sociale que nous traversons.

Elle a jeté la perturbation dans les esprits, créé un besoin d'agitation dans les masses, allumé dans l'àme populaire une soif d'innovations qui « des régions de la politique n'a pas tardé à passer dans la sphère voisine de l'économie politique (1) ». — Elle a foulé aux pieds les droits acquis les plus incontestables et porté une grave atteinte à la propriété en confisquant, au profil de Ja nation, les biens de la noblesse et du clergé (*2). — Elle a, sinon complètement éteint, au moins singulièrement amoindri le sentiment de respect pour l'autorité, en s'attaquant à tout ce qu'on était accoutumé à honorer jusque-là et en la persécutant sans pitié comme sans raison : elle fait monter le roi sur l'échafaud, elle guillotine ou déporte les prêtres et elle envoie à la mort une multitude de ceux qui avaient rempli les plus hautes fonctions de l'Etat. — Elle a supprimé toute hiérarchie et semé des idées d'égalitarisme que froisse toute supériorité sociale du patron. — Elle a suscité des ambitions et éveillé des appétits en répétant qu'une ère nou-

(1) Léon XIII. — Encyclique : Rerum novarum.

(2) Pour opérer ses spoliations la Révolution, substituée à l'ancienne monarchie, n'o eu qu'à tirer les conclusions des vieux principes régaliens sur les droits souverains du Roi sur tous les biens de son royaume. Ces principes, on le» trouve affirmés par TjOuis XIV, dans ses Instructions au Dauphin, et par Louvois. dans son Testament politique.

Louis XIV disait : « fout ce qui se trouve dans l'étendue d'î nos Etats, de quelque nature que ce soit, nous appartient au même titre... Vous devez donc être persuadé que les rois sont seigneurs absolus et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés aussi bien par les gens d'Eglise que par les séculiers, pour en user en tout temps suivant le besoin général de leur Etat. »

« Sire, disait Louvois, tous vos sujets, quels qu'ils soient, vous doivent leurs biens, leur personne, leur sang, sans avoir droit d'en rien prétendre. En vous sacrifiant tout ce qu'ils ont, ils font leur devoir et ne vous donnent rien, puisque tout est à vous. » Doctrine dangereuse et fausse dont il est facile de voir les conséquences.

velle allait s'ouvrir, en proclamant le peuple souverain, et en lui laissant croire, qu'étant le nombre, il était la force, et qu'étant la force, il pouvait créer le droit. — Elle a établi une liberté exagérée non seulement de pensée, mais de presse et de parole et ainsi rendu possibles ces provocations quotidiennes et intéressées qui viennent jeter dans les masses l'inquiétude, le trouble, la défiance, les rancunes et les colères. — Elle a enfanté une législation déplorable. Le Code français qui est son œuvre, parce qu'il a été inspiré par ses principes, est tout imprégné des vieilles idées païennes et, malgré ses apparences démocratiques, est tout en faveur du riche et du fort contre le pauvre et le faible. « Son code de lois, dit Renan, semble avoir été fait pour un citoyen idéal naissant enfant trouvé et mourant célibataire. » — Sous prétexte de mettre tin à des abus et d'abolir des privilèges, elle a brisé le vieux régime corporatif qui, à côlé de quelques inconvénients, offraitde si précieux avantages, surtout à l'ouvrier. Elle a inauguré le déplorable régime individualiste qui a isolé le travailleur et l'a livré sans défense entre les mains du patronat et du capital puissamment organisés (1). Par celte mesure malheureuse, elle a largement contribué à créer l'antago-

(1) « Ainsi, les ouvriers réduits à l'isolement et sans moyen de défense, sont devenus progressivement ia proi* de l'inhumanité des patrons et les victimes de la cupidité effrénée) excitée par la concurrence. » Lbon XIII. — Encyclique : Rerum novarum.

Ce changement radical dans le régime du travail eut pour effet de faire disparaître la liberté du travailleur, que garantissaient les réglementations anciennes. Toute cette réglementation protectrice des paysans, des dom«stiques, des compagnons et des apprentis, fut mise de côté. Le « contrat libre » fut la seule loi des deux parties qui ne se trouvèrent plus dans les anciens rapports personnels de maître à serviteur, mais d'acheteur à vendeur de travail. Avec la liberté absolue du contrat l'employeur devient libre d'imposer au travail eur les conditions les plus dures, car « il constituait à lui seul une coalition, la coalition de son capital avec les besoins immédiats de l'ouvrier ».

D'ailleurs, tandis qu'il était loisible aux patrons qui voulaient se coaliser « de se réunir autour d'une tasse de thé », la loi mettait à la coalition des ouvriers, d^ià si difficile à cause de leur nombre, toutes soritt d'entraves et de prohibitions.

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nisme qui s'est élevé entre les diverses classes sociales (1 ). — Elle a supprimé les propriétés communales qui constituaient pour le pauvre un patrimoine précieux et inaliénable, elle a laissé se perdre les droits de vaine pâture, de glanage, de grapillage, de glandée et autres, dont un usage à peu près général avait, sous la douce influence de l'Eglise, grevé les biens des riches au profit des malheureux. — Elle a enfin, en sécularisant la charité et en faisant de l'assistance des indigents une sorte de service public, ouvert la porte à bien des gaspillages, partiellement tari la source qui alimentait « la caisse des pauvres » et découragé ces généreuses initiatives chrétiennes qui, pendant des siècles, n'avaient cessé de susciter de magnifiques œuvres de secours, de protection, de préservation et de relèvement. Elle a en outre singulièrement diminué le budget des malheureux lorsqu'elle a supprimé, sans rachat ni compensation, les dîmes qui constituaient une partie notable des ressources des hô-

(i) « On a dit : < Des classes, il n'y en a pas dans ce pays, ]a Révolution les a abolies ». Rien n'est, à mon avis, plus contraire à l'exactitude des faits. Ce que la Révolution française a détruit, ce sont les ordres et les privilèges qui leur appartenaient ; ce sont les corps organisés qui avaient dans l'Etat une place et des droits reconnus. Mais cela détruit, sans qu'aucune autre organisation nouvelle eût été substituée à l'ancienne, il est resté deux classes : les riches et les pauvres, ceux qui possèdent du superflu et ceux qui ae possèdent rien ou qui ne possèdent que le nécessaire. »

« Un historien, dont personne, parmi les admirateurs de ,1a Révolution, ne conteste l'autorité, Edgar Quinet, le constate très nettement et marque à l'insurrection du 1er prairial la date précise à laquelle fat consommé le divorce entre les deux classes «c nées, dit-il, de la Révolution ».

« C'est le fond même de la question sociale, et, à nos yeux, c'est le grand vice du régime révolutionnaire. On a proclamé qu'il n'y aurait plus de classes dans la nation, parce qu'on est parti du taux principe de l'égalité des conditions. C'est l'erreur fondamentale. Et, en effet, toutes les autres inégalités sociales ayant disparu, il n'en est resté qu'une, celle de la fortune ; mais le mal, c'est qu'on a laissé, sans organisation aucune, ces deux classes mises sans intermédiaires, l'une en face de l'autre; on lésa livrées à l'individualisme et à la liberté absolue, sans leur donner le moyen légal de faire valoir leurs droits ou de défendra leurs intérêts.» De Mun. — Discours du 30 avril 1894, à la Chambre des Députés.

pitaux, hospices et hôtels-Dieu (1), et en abolissant les monastères et les bénéfices dont l'excédent des revenus allait aux indigents. Les ecclésiastiques, réguliers ou séculiers, qui détenaient ces biens d'Eglise n'en étaient queles dispensateurs et la voix des Conciles venait souvent leur rappeler qu'ils ne les avaient que pour en faire un saint et charitable emploi (2).

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