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impitoyable et une rivale redoutable. Elle lui fait une concurrence terrible ; elle produit beaucoup et produit à bon compte. Il n'est pas possible de rivaliser avec elle. Autrefois, il fallait plus de vingt hommes pour faire manœuvrer un marteau-pilon, aujourd'hui un enfant le fait mouvoir en se jouant. Jadis, dans les filatures de coton, une bonne ouvrière à la main faisait tout au plus la moitié du travail d'une broche mécanique, aujourd'hui un ouvrier conduisant une renvideuse ou self acting dirige aisément cinq cents broches et fait ainsi le travail de mille bonnes ouvrières. Un homme avec deux chevaux et une bonne machine coupe à lui seul en une journée plus de blé que ne le feraient six moissonneurs en toute une semaine. Il en est de même pour une infinité d'autres travaux. La conséquence nécessaire de ce nouvel état de choses c'est l'avilissement des salaires et. la multiplication des chômages (1). Moins d'ouvriers trouvent du travail, et ceux qui en trouvent sont moins bien rétribués, car l'olTre des bras dépassant la demande, les patrons sont amenés à profiter de la concurrence que les travailleurs se font entre eux et à ne payer leurs services qu'a un prix peu élevé. — Le machinisme a eu encore pour effet de tuer les ateliers de famille et de rendre difficile la moyenne fabrication. Jusqu'à ce que la force motrice puisse être commodément divisée et distribuée à domicile pour y actionner de petites machines, il sera impossible de lutter contre les grandes usines et les grandes manufactures, si redoutablement outillées pour la production (2;.
(i) Nous ne prétendons pas faire le procès des progrès ^ui ont été réalisés par l'industrie et nous plaindre de ce que les moyens de production ont été singulièrement perlectionnés. De pareils progrès sont susceptibles, pourvu que certaines conditions se trouvent réalisées, de tourner au profit des ouvriers. Nous entendons seulement faire remarquer que l'introduction d'un outillage très coûteux et trt» perfectionné a changé les bases de la production et opéré une révolu " dans le monde du travail. Le nombre d'ouvriers né es pour construire, réparer, conduire ou alimenter ces machines, est de beaucoup inférieur à celui des ouvriers dont elles font l'ouvrage et qu'elles laissent sans travail.
(2) La machine exige l'usine ou la manufacture. En fournissant du travail à la femme et en l'attirant hors du loyer, elle a porté une «ra e atteint à la famille; en occupant
2° La révolution qui .s'est opérée dans les modes de transport. — La vapeur a supprimé les distances. Il fallait autrefois des mois entiers pour traverser une mer et le voyage ne s'effectuait qu'au prix de bien des fatigues et au milieu de bien des dangers ; aujourd'hui, on va du Havre à .New- York en huit jours, de Marseille à Sidney «n moins de deux mois et la traversée se fait dans une
des jeunes filles, des enfants, des jeunes gens, en les jetant pêle-mêle dans des milieux peu surveillés, elle a contribué à amoindrir la moralité. Pour l'homme lui-même, la vie d'usine n'est pas sans de considérables inconvénients. « Le séjour prolongé dans une atmosphère chargée de poussière et de l'odeur nauséabonde de l'huile et de la graisse ; la chaleur intense en hiver comme en été, le bruit des machines; la durée du travail souvent exagérée, tout cela rend insupportable le séjour à l'usine et favorise l'alcoolisme, l'immoralité et la débauche. »
(( Le travail des machines exige, en général, plus d'agilité ^t d'attention que de force musculaire et d'apprentissage. Aussi, les femmes, les jeunes tilles, les enfants peuvent, dans beaucoup de métiers, remplacer avantageusement les hommes, et, en tout cas, leur travail coûte, moins cher. C'est ainsi que le travail des femmes et des entants a pris une ■extension de plus en plus grande au détriment de la famille. Qu'arrive-t-il, en effet? le salaire des hommes employés dans les métiers occupés par les femmes se trouve abaissé. L'ouvrière mariée ne peut remplir ses devoirs d'épouse et de mère. Les enfants, émancipés par le contact de l'usine, rendus indépendants par le salaire qu'ils touchent, se soustraient à l'autorité de leurs parents et à la discipline austère du foyer de lamille. Les jeunes filles enfin sont exposées, de la part des contremaîtres ou des ouvriers à des périls de séduction faciles à comprendre. Que deviendra l'organisme social si l'élément fondamental, la famille ouvrière est aussi gravement atteint? » P. Antoinb. — Cours d'économie sociale.
La vie d'usine développée par le machinisme porte une atteinte grave à la famille, qui est la cellule mère de toute société.
« Plus de vie de famille, au moins dans un grand nombre de ménages. Le mari ne voit les siens que quelques instants. La femme est aussi absorbée par l'usine. Elle sait exécuter tous les détails d'un objet fabriqué, mais elle n'est plus capable d'être mère ni ménagère. Comme on l'a observé dans des centres industriels, elle ignore l'art d'emmailloter ses entants. Elle est obligée de s'adressera une main étrangère pour ravauder une paire de chaussettes. Les éléments les plus simples de l'art culinaire lui sont inconnus. Même !a nuit, les nécessités du service l'appellent à la manufacture.
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lécurilé presque compièle. Les relations entre les peuples les plus éloignés sont devenues faciles et fréquentes. Cette facilité a ouvert à l'industrie des débouchés nouveaux, niais a créé aussi d'inquiétantes concurrences; car si nous envoyons nos produits dans toutes les parties du monde, les produits des autres pays, — les produits de la Chine, de l'Inde, du Japon, de l'Amérique, — envahissent notre marché, menacent notre fabrication nationale et nous obligent à lutter dans des conditions très désavantageuses avec des peuples chez lesquels la main-d'œuvre se paie encore des prix dérisoires et la matière première ne coûte presque rien.
Une autre conséquence de l'ouverture de toutes ces voies nouvelles au commerce, c'est la surproduction. Lorsqu'elles n'existaient pas le fabricant ne travaillait que pour une clientèle restreinte, connue presque tout entière de lui et demeurant fidèle à sa maison. Il ne produisait généralement que sur commande reçue ou sur commande prévue et n'était point ainsi exposé à voir s'accumuler dans ses magasins des quantités de marchandise inécoulée. Le fabricant d'aujourd'hui travaille pour le grand marché ; il ne traite pas directement avec le consommateur, il traite avec le gros commerce. Il lui est impossible de prévoir les besoins exacts et les fluctuations diverses d'un marché aussi étendu que le monde et il se laisse aller souvent à produire au-delà de ce qui lui sera demandé. Obligé ensuite de se débarrasser à tout prix du stock qu'il n'a pu placer, pour éviter une perte totale, il le jette sur le marché a des conditions aussi désastreuses pour l'industrie, que ruineuses pour lui. Une baisse notable sur tous les produits similaires en résulte à peu près fala-
Un industriel nous le disait : Malgré les précautions prises, le travail de nuit est une cause permanente de démoralisation. En effet, que devient le mari, que deviennent les enfant? quand la mère n'est pas là ? Ils courent où ils veulent... Garçons et filles vont, aussitôt que la loi le permet, à la machine : elle ne dédaigne aucune force, si humble soit- •1!*. Ils font concurrence à leur père et à leurs grands frètes. > Urb. Giérin.
Le nombre des ouvriers se trouvant sans travail, par le fait des macames, augmente sans cesse et arrive, principalement en Angleterre et en Amérique, à des proportions menaçantes.
lement, entraînant avec elle la perturbation des atTaiie* et la ruine des particuliers.
3° Le développement tous les jours plus considérable que prennent l. yrande industrie et le grand commerce. — Avec le concours de gros capitaux on a monté des entreprises colossales, qui rendent toute concurrence impossible aux fortunes ordinaires et tuent le petit commerce. La production et la venle sont, tous les jours davantage, accaparées et comme monopolisées par de puissantes sociétés financières. — La. production se concentre de plus en plus dans les grands ateliers. Grâce aux sommes énormes dont ils disposent, aux machines puissantes qu'ils emploient, aux procédés perfectionnés qu'ils exploitent,, aux économies sur l'installation, l'entretien et surtout les frais généraux qu'ils opèrent (1). à la valeur professionnelle du haut personnel qu'ils ont à leur tête, ces ateliers arrivent à produire à des conditions et à pouvoir vendre à des prix auxquels ne sauraient arriver la petite et même la moyenne industrie, qui se trouvent ainsi condamnées à disparaître. Aces industries il ne restera bientôt que les travaux de réparation et d'entretien avec la seule confection des objets d'art, de fantaisie etaulres qui, par leur nature, ne tombent guère dans la sphère de la division du travail et des machines. — La vente est, elle aussi, de plus en plu* accaparée par de grandes entreprises. Dans les moindres villes, s'ouvrent d'immenses magasins, sortes de bazars universels, où l'on trouve à s'approvisionner de tout. Ils sont au petit commerce ce que les grandes manufactures sont à la petite industrie, une cause de ruine. Et pourtant le petit commerce et la petite industrie rendaient de précieux services. Ils faisaient vivre de nombreuses familles. Leur disparition progressive n'est pas étrangère, comme le déclare Léon XIII, au malaise dont souffre notre.
(i) Pour une filature de 50000 broches, il ne faut pas dix fois plus de terrain et de bâtiments que pour une de 5 000. — Une machine à vapeur de 200 chevaux est très loin de coûter dix fois autant qu'une machine de 20 chevaux. La première ne dépense pas dix fois autant de charbon que la seconde. — Un contremaître peut surveiller aussi facilement une vaste salle où travaillent quarante ouvriers qu'une salle plus petite où il n'y en a que vingt. — L'éclairage de
:ent personnes ne coûte pas deux fois ce que coûterait 'éclairage de cinquante seulement, et ainsi pour tout le reste.
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fociété. «La production et le commerce sont devenus le partage de quelques-uns et ainsi un petit nombrd'hommes très riches font peser un joug presque servile sur la multitude des prolétaires, (1) »
4* L'entrée en teene du capital anonyme et irresponsable. — Au siècle dernier encore, les entreprises industrielles avaient un caractère essentiellement personnel. A la tête de chacune d'elles se trouvait un patron responsable. L'usine, la fabrique, la mine appartenait à un propriétaire qui la surveillait, la dirigeait et était en rapports continuels avec ses ouvriers. Ceux-ci avaient ia facilité de l'approcher, de lui présenter leurs doléances, de faire appel à sa justice ou à sa bienfaisance. Ces relations quotidiennes, cette sorte *le vie en commun permettaient de s'apprécier, de s'estimer réciproquement et de former dans l'union et la contiance une vraie « famille industrielle ». Le maître était amené à s'inléresser au sort de ses ouvriers, il les connaissait tous, la plupart avaient grandi à l'ombre di* l'usine dans laquelle le père et le grand-père avaient, travaillé. Parmi tout le personnel, surtout quand il était chrétien, régnait un véritable esprit de solidarité. — De notre temps la plus grande partie des entreprises industrielles se montent par actions et sont exploitées par des sociétés anonymes. La préoccupation principale et trop souvent unique de ceux qui ont lancé l'affaire, comme de ceux qui lui ont prêté leur concours financier, est d'arriver à de gros bénéfices. Us n'ont aucun rapport avec l'ouvrier. Pour eux, il est surtout un instrument de production. Ils ne vivent pas avec lui, ils ne le connaissent pas, car ils laissent la direction de l'entreprise à des administrateurs, à des ingénieurs et à des contre-maîtres dont le premier souci est de faire régner une discipline rigoureuse, d'obtenir le maximum de travail et par là d'assurer aux actionnaires d'honnêtes dividendes. En face ne se trouvent plus des hommes pouvant s'expliquer et s'entendre, il n'y a en présence que deux abstractions ennemies, le capital et le travail, séparés l'un de l'autre par de profondes défiances et de regrettables rivalités. Dans de semblables conditions, il ne saurait exister de famille industrielle. « Il peut se trouver, disait, en 1885, le cardinal Simox, archevêque de Cran et primat de Hongrie, des patrons indus-
(i) Encyclique : Renan nocarum.
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triels quï compatissent au sort misérable de leurs ouvriers ; mais en est-il ainsi avec les sociétés anonymes?»
5° L'amour du luxe, le goût de la dépense et la soif de faire rapidement fortune. — Rien de tout cela n'est nouveau ; de tout temps on a recherché le luxe, pratiqué la dépense et couru après la richesse, mais jamais le besoin de jouir et d'éblouir n'a élé aussi insatiable et aussi général. Les fortunes les plus considérables, ellesmêmes, ne suffisent plus à faire face à ce que l'on s'est habitué à considérer comme des nécessités imposées par les usages, les relations ou la position sociale. Sous peine de voir ces fortunes s'effrondrer rapidement, il faut sans cesse se préoccuper de les accroître. De là est née la spéculation risquée et fiévreuse, cette grande plaie de notre époque. Pour pouvoir subvenir à toutes les « charges », on a recours aux jeux de bourse, aux entreprises hasardées, aux manœuvres d'agiotage et d'accaparement, aux lancements d'affaires, aux appels à la petite épargne que l'on drague, aux coalitions de capitaux ; et tout cela sans se préoccuper des ruines que l'on amoncelle et des indélicatesses que l'on commet.
Autrefois on employait une vie entière à s'assurer une modeste aisance. L'acquisition d'une fortune était l'œuvre de plusieurs générations. Aujourd'hui, où tout marche à la vapeur, il semble qu'on est incapable d'attendre, on a hâte d'arriver à la richesse. On a vu quelques spéculateurs heureux gagner en quelques années des sommes énormes, on veut marcher sur leurs traces, on tente de grandes entreprises, on se jette dans des opérations hardies et l'on aboutit la plupart du temps a un de ces cracks retentissants qui portent la désolution, la misère et le désespoir dans de nombreuses familles.
La petite épargne, jusqu'ici si rangée, si prudente, si économe s'est, elle aussi, laissée envahir par le goût de la spéculation et la soif de gros et rapides bénéfices. De là, l'engouement qu'elle manifeste pour les opérations à lots et la préférence qu'elle accorde trop souvent aux placements, qui lui promettent d'énormes dividendes et qui ne lui réservent que de douloureuses surprises. Obligée, elle aussi, à des dépenses considérables et ne voulant pas entamer son capital elle cherche à faire produire le plus possible à son argent, elle ne réussit qu'à devenir la proie d'hommes d'affaires peu délicats ou peu habiles qui l'exploitent et, au lieu du bien-être attendu, ne lui donnent que la pauvreté et la misère.
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Dans notre société avide de jouissances, l'ouvrier n'a pas pu échapper à l'amour du luxe et au goûl des dépenses. Il s'est créé des besoins à la satisfaction desquels les meilleurs salaires suffisent à peine. 11 dévore au jour le jour le fruit de son travail et se trouve sans aucune réserve, lorsque viennent le chômage, la maladie, l'infirmité ou la vieillesse.
6° L'omnipotence croissante de la haute banque. — La haute banque a pris dans les affaires une place prépondérante, elle y est toute-puissante. Le marché financier se trouve entre les mains d'un petit nombre de richissimes capitalistes. Us peuvent à leur gré produire la hausse ou la baisse sur presque toutes les valeurs, provoquer artificiellement de considérables variations de cours, pratiquer l'accaparement ou l'écrasement du marché (1), former de redoutables coalitions, ruiner d'un coup des milliers de familles (2), compromettre même la fortune et le crédit d'un peuple. Us sont en quelque sorte les arbitres de toute grande entreprise. 11 est à peu près impossible de se passer de leur concours ; on échouera infailliblement si on les a pour adversaires, et les gouvernements, eux-mêmes, sont obligés de compter avec eux. Un pareil état de choses constitue une cause perpétuelle d'insécurité, il livre l'épargne, sans défense, entre les mains de la finance cosmopolite et conduit à l'absorption progressive de la petite propriété par le haut capitalisme, contribuant ainsi à augmenter le nombre des pauvres, à diviser les hommes en
(1) En 1887, on a vu 3e former un syndicat tout puissant pour l'accaparement des cuivres. li acheta, pour un certain temps, la production de toutes les mines du monde. Quand il se constitua, le cuivre valait 40 livres sterling la tonne, dans quelques mois il le fit monter à 100 livres. — D'autres sociétés composées de gros financiers, ont depuis, tenté d'accaparer le pétrole, le sulfate de cuivre et même le blé. Si toutes ces tentatives n'ont pas réussi, elles n'en sont pas moins une menace Des faits très graves d'accaparements ont été, ces jours derniers encore (22 mars 1901), signalés et flétris à la Chambre française.
(2) C'est ce qui se produisit lors de la campagne menée par la banque juive contre l'Union générale. Ce qui rend de pareils procédés, condamnés par la morale la plus élémentaire, plus graves et plus dangereux encore, c'est l'impossibilité où l'on est presque toujours de les connaître ou au moins de les prouver et de les faire punir. De pareils laits passent « à travers les mailles du Code ».
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deux classes rivales, à élargir encore le fossé qui sépara ceux qui n'ont rien de ceux qui possèdent. Certaines forlunes l'amassées en moins d'un siècle, se chiffrant déjà par des centaines de millions et allant tous les jours en s'accioissant,sont(Je nature à inspirer des craintes pour l'avenir et à ouvrir les yeux aux plus optimistes.
A cela il faut ajouter « l'usure vorace », comme l'appelle Léon XIII ; elle est pratiquée, de nos jours, sous les formes les plus variées, formes allant depuis la contrefaçon de la charité jusqu'au vol a peine dissimulé. Elle dévore le patrimoine du pauvre que la nécessite oblige à emprunter, elle est la ruine des petits fermiers et des petits propriétaires de nos campagnes comme des petits commerçants et des petits industriels de nos villes.
7o La prédominance des idées « manchestériennes » et des théories païennes de iEcole libérale. — En vulgarisant le « libre échange » les Economistes classiques ont imprimé un grand essor au commerce, mais ils ont ouvert la voie à la concurrence étrangère et obligé le travail national à lutter dans des conditions très désavantageuses contre la production du dehors. A eux incombe en très grande partie la responsabilité de la crise agricole et de plusieurs crises industrielles. Les blés de l'Inde et de l'Amérique, remis dans nos ports (1), reviennent à des prix auxquels ne peut descendre le paysan français grevé d'impôts et contraint de payer fort cher les ouvriers agricoles. — L'industrie de la soie, autrefois si prospère dans notre pays, est actuellement en décadence à cause de la concurrence que lui font, non seulement l'Italie et la Suisse, mais la Chine et le Japon. Les producteurs du midi et les tisseurs lyonnais ne peuvent lutter avantageusement avec leurs rivaux étrangers, ils sont écrasés par leurs prix (2).
(1) Les blés de Chicago retiennent, au Havre, à 18 francs les 100 kilogrammes, soit 16 IV. 80 l'hectolitre. Dans le Ranimas, le prix s'abaisse jusqu'à 7 fr. 25, ce qui, avec le port, le met a 13 lr. 02 rendu au Havre. Dans l'Inde, la moyenne du salaire du journalier agricole ne dépasse pas 60 centimes, le terrain est très fertile, le climat très favorable à la culture du froment, il n'est pas surprenant que ses blés ne reviennent pas, à Marseille, à plus de 13 francs, les années ordinaires. Le cultivateur français ne peut soutenir une pareille concurrence. En France, le sol est moins fertile, les salaires sont très élevés et les charges fiscales {transmissions, impositions, droits divers) très lourdes.
(2) L'étranger s'est procuré nos métiers, il a fait venir.
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Fn préconisant la liberté à outrance dans les rapports entre patrons et ouvriers, en rejetant tonte intervention protectrice de l'Etat, en rendant impossible toule coalition et toule association des travailleurs, les tenants du « chacun pour soi » ont placé l'ouvrier dans un réel état d'infériorité et l'ont mis en quelque sorte à la merci du patron. Celui-ci, n'ayant en face de lui qu'un individu isolé, sans ressource, sans défense et pressé par le besoin de travailler, de subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille, peut lui dicter ses conditions et appliquer, dans toute sa sauvage rigueur, au travail humain la trop fameuse loi de l'offre et de la demande. Le triomphe des idées individualistes a élé une des grandes causes des injustices dont le prolétariat a eu à souffrir el des abus dont se sont rendus coupables certains membres du patronat (2).
En soutenant le droit absolu de propriété, en professant que celui qui possède peut user et abuser de son bien, qu'il est libre de le dépenser à sa guise et de le gaspiller à son gré, pourvu qu'il n'aille pas jusqu'à des actes prohibés par les « lois et règlements », en proclamant que la fortune a avant tout un caractère de jouissance personnelle, en contestant la plupart des charges qui la grèvent et des devoirs qui l'accompagnent, les Economistes libéraux ont amené une réaction violente
en les payant très cher, de nos meilleurs ouvriers, il s'est tamiliarisé avec nos procédés de fabrication les plus perfectionnés et aujourd'hui, au lieu de s'approvisionner chez nous, il inonde notre marché de ses produits. Ne payant la main-d'œuvre que des prix dérisoires — (un tisseur chinois très habile ne touche pas 1 franc par jour) — il peut livrer sur nos places ses tissus à des conditions désastreuses p<.ur notre industrie nationale.
(2) Le patron est riche, il a des ouvriers à discrétion, l'ofire des bras dépassant de beaucoup la demande, il peut, à la rigueur, suspendre momentanément le travail, ses ressources le lui permettent, il lui est aisé de s'entendre avec les autres chefs d'industrie similaire et d'arrêter avec eux des tarifs ; l'ouvrier est sans avances, il faut à tout prix qu'il travaille, le chômage est pour lui la misère et la misère immédiate; jusqu'en 1884, il ne lui était pas possible de se syndiquer utilement ; la situation des deux contractants dans ie contrat de louage était donc absolument inégale. La liberté des classiques n'a été et ne sera jamais qu'un leurre pour l'ouvrier, C'est la liberté « de mourir de faim », somme l'appelle Manning.
et fourni des armes aux socialistes dont ils légitimaient ainsi partiellement les violentes attaques contre la propriété. Comme le fait éloquemment remarquer Ketteler, c'est du droit faux de propriété qu'est née la fausse théorie du collectivisme (1).
A toutes ces causes économiques déjà si nombreuses et si graves du malaise social, il faudrait ajouter encore Vinsécurité de l'ouvrier. — L'ouvrier n'est jamais sûr du lendemain, il est continuellement dans une incertitude pleine d'angoisse qui lui pèse et l'aigrit. A chaque instant peut survenir la mise a pied, le chômage, les accidents, la maladie avec tout ce qu'ils entraînent de privations et de souffrances. En temps ordinaire, même lorsqu'il a un bon métier, il gagne à peine de quoi faire face aux charges de famille. S'il a femme et enfants, il lui est difficile de prélever sur son salaire quotidien une petite réserve pour les jours mauvais de la vieillesse et de l'invalidité, et alors il se demande avec une douloureuse inquiétude ce qu'il deviendra, ce que deviendront les siens s'il vient à ne pouvoir plus travailler. C'est la gêne et peut-être la misère noire continuellement en perspective. — On a multiplié, de nos jours, les assurances et les autres mesures de prévoyance, malgré cela on n'est pas encore arrivé à garantir efficacement la famille ouvrière contre les surprises du chômage et de la maladie, ni à assurer au travailleur une vieillesse tranquille à l'abri du besoin. « Cette incertitude du lendemain, dit Ketteler, est pour l'homme obligé de vivre au jour le jour la plus lancinante des obsessions et le plus oppressant des cauchemars. Il évite de fixer son regard sur l'avenir pour s'empêcher de pleurer ou se soustraire à la tentation de devenir mauvais » (2)
(1) « Mais ce qu'il importe de redire aujourd'hui plus hautement que jamais, c'est que le socialisme est né des abus engendrés par le régime de l'économie matérialiste et le» doctrines p >sées, il y a un siècle, par ses fondateurs.
« Oui, quel que soit votre étonnement, il faut que vous entendiez ! Le socialisme est le fils de l'économie libérale, le fruit du régime qui a prévalu pendant tout ce siècle, aussi bien s-ms les autres gouvernements que sous la République. C-9 n'est pas un régime politique; c'est un régime social, qui s'anpuie toat entier sur les maximes de l'Encyclopédie, sur la doctrine de Kousseau etde Diderot...» De Mun — DUcours du 30 avril 1894. à la Chambre des Députés.
(2) K3TT3LKK : Discours du 25 juillet 1869.