‹ Question sociale et écoles socialesChapitre 24 sur 51 · De M un, quelques mots d explication, p · texte numérisé non relu

De M un, quelques mots d explication, p

régner la justice, d'assurer le respect des droits de tous, du pauvre comme du riche, de défendre les intérêts du faible, île poursuivre le bien général, de supprimer les abus qui existent et de prévenir ceux qui pourraient s'établir, de s'occuper des misères du corps social. De pareilles obligations lui donnent incontestablement le droit d'intervenir dans les rapports des particuliers et même de pénétrer jusque dans le sanctuaire du foyer domestique, toutes les fois que l'intérêt public l'exige. Il peut apporter une utile contribution à la solution de la crise économique.

b) On donne le nom d'interventionnistes à ceux qui demandent à l'Etat de sortir du rôle amoindri que lui a assigné le Libéralisme et d'intervenir, dans la question sociale, d'une façon vraiment active. Ils ne voient pas tous en lui le sauveur depuis si longtemps attendu ; mais tous réclament son concours et considèrent son intervention comme indispensab'e, au moins à l'heure actuelle, pour protéger efficacement les droits du prolétariat.

Ceux qui soutiennent ces doctrines ne sont pas nécessairement des socialistes d Etat. Ce qui constitue le socialisme d'Etat, c'est l'empiétement exagéré, injustifié et progressif des pouvoirs publics sur le domaine privé. Ils accaparent, sans utilité, toutes les fonctions et tous les services, ils gênent l'initiative privée dans son exercice normal et se substituent peu à peu à l'individu ou à la famille dans les attributions qui leur appartiennent dans les vues de Dieu.

Beaucoup d'interventionnistes, nous le reconnaissons volontiers, vont trop loin et tombent dans le Socialisme d'Etat. Ils deviennent plus ou moins Etatolâtres ; mais ce n'est pas l'être que de demander à l'Etat de remplir les devoirs qui lui viennent de la nature et de lui reconnaître les droits dont il a besoin pour s'acquitter convenablement de ses obligations. Un grand nombre de catholiques sont, avec Léon XIII, partisans convaincus d'un interventionnisme très modéré, et cependant nul plus qu'eux ne répudie les doctrines du socialisme, du socialisme d'Etat aussi bien que du socialisme collectiviste. La meilleure preuve qu'interventionnisme et socialisme d'Etat ne sont point termes synonymes, c'est que les

plus intransigeants des Libéraux, après leur maître Adam Smith, reconnaissent qu'il y a des circonstances où l'Etat peut et doit intervenir dans Tordre économique '.

IV. Socialisme d'État et Socialisme collectiviste. — 1° But commun. Malgré le respect qu'il affecte pour le droit de propriété privée et le soin qu'il met à se défendre de toute parenté avec les autres socialismes, le Socialisme d'Etat conduit aux mêmes résultats que le Collectivisme. Il tend à la nationalisation lente des moyens de production et à la dépossession des particuliers, non par une spoliation violente, mais par un dépouillement presque insensible opéré grâce à un système d'impôts devenant tous les ans plus lourds. Quand l'Etat se sera fait le pourvoyeur des besoins privés, comme on le lui demande, les dépenses publiques seront colossalement élevées. On prendra aux contribuables une part toujours croissante des fruits de leur propriété ou des fruits de leur travail. Le jour viendrait donc où l'impôt, au lieu de rester le prix de services rendus par l'Etat, serait, en fait, la spoliation d'une propriété que l'on déclare cependant intangible et sainte. On la respecte dans les mots, mais on arrive fatalement à sa suppression .

Cette mainmise progressive de l'Etat sur tous les services qui, par leur nature, touchent aux services publics proprement dits, prépare peu à peu la socialisation de tous les autres services, la nationalisation des grandes industries et ouvre les voies à l'évolution vers le Collectivisme.

2° Méthode différente. Les vrais Possibilistes et les Socialistes d'Etat ne diffèrent guère que par l'étiquette. Quand on analyse leurs doctrines, on s aperçoit qu'elles se ressemblent presque jusqu'à se confondre. Elles se distinguent par des nuances à peine perceptibles au point de vue pratique, et,

1. Adam Smith, après avoir dit que l'Etat doit défendre la société de tout acte de violence et protéger chaque memhre de la société contre l'injustice ou l'oppression de tout autre membre, ajoute : w Un autre devoir, c'est d'ériger certaines entreprises ou certaines institutions que les intérêts privés d'un particulier ou de quelques particuliers, ne pourraient jamais les porter à ériger, parce que jamais le profit n'en rembourserait la dépense...» Richesse ch-s nations, II, p. 338.

si au point de vue théorique, les principes ne paraissent pas les mêmes, les conséquences auxquelles ils conduisent sont identiques. Cependant parmi les Socialistes d'Etat tous ne vont pas également loin ; il y a, parmi eux, des catégories nombreuses. Plusieurs se contentent d'un programme dont ne se contenteraient pas des Réformistes même très modérés.

V. Précis historique. — Le Socialisme d'Etat est d'origine allemande. C'est dans les pays d'outre-Rhin qu'il est né, qu'il s'est développé et qu'il compte, encore aujourd hui, ses plus nombreux partisans. La route lui a été frayée par les théories philosophiques d'Hegel, et, ce qui a assuré son succès, c'est qu'il s'harmonise merveilleusement avec le génie du peuple allemand *. Il s'est affirmé et dans l'ordre des idées et dans l'ordre des faits. Il a trouvé des hommes d'étude pourle concevoir et le défendre et des hommes d'Etat pour essayer de l'appliquer.

Il est issu, à la fois, des théories de Lassalle et des doctrines de l'Ecole historique allemande, école née d'une réaction contre l'individualisme absolu de l'Ecole libérale. Il a été vulgarisé par les Socialistes conservateurs et par les Socialistes de la chaire.

1° Les Socialistes conservateurs ou royalistes socialistes, ayant à leur tête Rudolf Meyer, Von Gerlach, Wagener, demandent au souverain de revenir aux antiques traditions de la monarchie, en prenant en mains la cause des ouvriers et des

1. « Chose remarquable, disait le député juif Bamberger, les idées socialistes n'ont trouvé nulle part plus d'accueil qu'en Allemagne. Cela tient au caractère spéculatif de la nation. Non seulement elles entraînent presque tous les ouvriers, mais la bourgeoisie elle-même n'y résiste pas. Le socialisme a pénétré dans les classes supérieures, il siège dans les académies, il monte dans les chaires des Universités, et ce sont des savants qui ont donné le mot d'ordre que répètent maintenant les associations ouvrières ; ce sont des savants qui ont attaqué le mammonisme et qui ont déploré les abus du c api talisme. »

Bamberger aurait pu ajouter que le socialisme allemand est resté pendant longtemps, bien sage, bien modéré bien bourgeois, bien discipliné et domestiqué, bien entre les mains du Gouvernement. Il s'est dépensé en belles théories pour exportation. Il a peu agi, surtout révolutionnairement.

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pauvres. « L'institution monarchique, écrivait, en 1803, Hermann Wagener, l'ami de Bismarck, ne peut avoir un avenir assuré que si elle se montre la protectrice des malheureux. La royauté doit replonger ses racines dans la terre profonde des masses populaires. La monarchie de l'avenir sera la royauté socialiste ou elle cessera d'exister*. L'organisation du travail, la protection du faible, la réglementation des salaires, l'assistance de la misère relèvent du prince.

2° Les Socialistes de la chaire ou cathédrants, ainsi appelés parce qu'ils sont pour la plupart professeurset enseignent leurs doctrines dans des chaires d'Université, croient que l'équité ne préside pas suffisamment à la répartition de la richesse ; l'ouvrier est souvent lésé, il manque de moyens efficaces pour défendre ses droits, il faut que l'Etat intervienne. Seul, il a les pouvoirs nécessaires pour imposer l'ordre et la justice. Quelques-uns, comme Wagner, vont jusqu'à lui livrer la réglementation de la propriété privée, de la production et de la répartition des richesses.

Les plus connus des Socialistes de la chaire sont Roscher,

HlLDEBRAND, ScHMOLLER, MASSE, KnIES, CONRAD, BreNTANO,

Schonberg et Adolphe Wagner, professeur à l'Université de Berlin et oracle du Conseil économique créé par l'empereur Guillaume Ier. Ils se réunirent, la première fois, en congrès à Eisenach, afin de se concerter sur les moyens à prendre pour mener à bien la tâche qu'ils s'étaient imposée : jeter un pont entre le socialisme et l'économie politique. Us ont de très nombreux points de rapport avec l'école lassalléenne.

Bismarck s'est chargé de faire passer dans la pratique un certain nombre des principes des cathédrants ; il peut être considéré comme le type du socialiste conservateur.

Elevé dans les doctrines de l'Ecole orthodoxe, jeune encore il connut Lassalle et l'honora sinon de son amitié, au moins de ses sympathies et de son appui. Il étudia ses idées et, dès 1871, pour unir l'Empire aux classes populaires et arracher les ouvriers au socialisme révolutionnaire, il entra dans la voie des réformes sociales opérées par l'Etat. On racheta les chemins de fer en Prusse, on vota des lois sur l'assurance obli-

gatoire des ouvriers contre la maladie et le chômage, on mit la plus grande partie des primes à la charge des patrons, on décida la coopération de l'Etat dans la constitution des caisses de retraite, on inaugura cette politique sociale qui a été suivie d'une façon un peu intermittente par Guillaume II. Elle a un certain caractère chrétien, car ses promoteurs sont pour la plupart des protestants piétistes, comme lex-empereur.

3° Le Socialisme dEtat en France et en Angleterre. — a) En France, un essai d'assurance agricole, à forme de socialisme d'Etat, fut fait sous l'influence de Napoléon III, ce qui a valu à celui-ci d'être considéré par plusieurs comme un des promoteurs du Socialisme d'Etat ; elle échoua complètement. Pendant longtemps, le crédit que l'économie politique libérale a gardé chez nous a barré la route au Socialisme dEtat mais les idées allemandes se sont peu à peu infiltrées dans notre pays et, à l'heure actuelle, on constate dans beaucoup d'esprits la tendance à exagérer le rôle des pouvoirs publics. On croit, par un ensemble de concessions progressives, désarmer les revendications du Socialisme collectiviste, et l'on arrive simplement à lui frayer les voies. Nous marchons, nous aussi, à grands pas vers le Socialisme d'Etat. Il a fait, durant ces dernières années, de considérables progrès dans l'ordre des idées et de bien plus considérables encore dans l'ordre des faits. Pendant la guerre, les circonstances ont obligé à beaucoup étendre les attributions de l'Etat et à multiplier ses interventions. Les résultats de cette expérience ne sont pas de nature à recommander le système.

b) En Angleterre, si on excepte la tentative de Gladstone dans la question agraire, on ne rencontre pas trace de manifestation de Socialisme d'Etat. Il ne cadre pas avec le tempérament anglo-saxon. Au lieu de les demander à l'Etat, les Anglais ont préféré demander au groupement professionnel et à l'association la force et la protection dont ils ont besoin

IL EXPOSÉ DES DOCTRINES (suite).

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