Karl Marx, Le Capital, ch. vn
pièces de cotonnade et, en les vendant ensuite, retirer de son argent les bénéfices désirés, il se rend sur le marché, il y achète des filés de coton et la « force de travail » d'un certain nombre d'ouvriers qu'il embauche. Ces ouvriers transformeront les filés en tissus, et, ces tissus, le capitaliste fabricant, — d'acheteur qu'il a été jusque-là devenant vendeur, — les jettera sur le marché et les échangera soit contre une certaine somme d'argent, soit contre d'autres marchandises d'égale valeur.
« La valeur de la marchandise qui sort de la production est, suivant l'expression de Karl Marx, rigoureusement égale à la somme des valeurs qui y sont entrées. » Par conséquent, le prix régulier de nos cotonnades, quand elles sont terminées et prêtes pour la vente, est strictement l'équivalent de « leur coût de production ». Dans le coût de production entre, avec l'entretien des bâtiments, des machines, de l'outillage et leurs frais d'amortissement, l'achat des matières premières et des matières consommées pendant la production et pour la production, comme le charbon ; y entre pareillement le travail de ceux qui ont surveillé et dirigé la production ou qui présideront à son écoulement ; y entre enfin le travail des ouvriers qui ont transformé le filé en tissu.
Par conséquent encore, le travail de l'ouvrier représente, dans la valeur du produit manufacturé, tout ce qui reste de cette valeur lorsqu'on a prélevé les déboursés faits pour l'achat des matières premières et des matières consommées, les frais proportionnels d'entretien des bâtiments, les dépenses nécessitées par l'usure des broches et des machines, les rétributions dues à ceux qui ont dirigé la fabrication. Le travail dont 1 ouvrier a « imbibé » le filé de coton lui appartenant en entier, il aurait donc droit de toucher tout ce qui reste de la valeur du tissu confectionné, après qu'ont été faites les retenues nécessaires pour couvrir les frais qui viennent d'être indiqués.
Mais, s'il en étaitainsi, le capitaliste — représenté en l'espèce par le marchand de cotonnades — n'aurait aucun bénéfice pour lui, et cela ne fait pas son compte. Tout au plus pourraitil revendiquer une rétribution pour la peine personnelle qu'il se donne pour écouler la marchandise. Mais il commence par se tailler la part du lion. Il prélève sur le prix de vente, à
titre de profit, une somme qui dépasse de beaucoup ce qu'il a déboursé pour la matière première, les matières consommées, l'usure de son outillage, l'entretien de ses bâtiments, l'amortissement de son argent et le reste.
Cet excédent de prélèvement, il l'opère donc sur la part de l'ouvrier, puisque la marchandise tient de l'ouvrier toute la partie de sa valeur qui ne lui vient pas des matières premières, des matières auxiliaires consommées, de l'usure des instruments de production et du travail de direction qui sont incorporés en elle. A l'ouvrier le capitaliste-fabricant ne paie qu'une partie du travail qu'il a fait, c'est pourquoi l'on peut dire que « toute plus-value, — la plus-value est la part de valeur dont bénéficie le capitaliste en dehors de tout travail, — sous quelque forme qu'ellese cristallise : intérêt, rente, profit, n'est quela matérialisation d'une certaine durée de travail non payé. Le mystère du capital productif se résout à ce fait qu'il dispose d'une certaine quantité de travail qu'il ne paie point.
IX. Théorie marxiste de la valeur des marchandises. — Pour Marx et les socialistes de son école, « la valeur d'une marchandise est déterminée par le quantum de travail matérialisé en elle, par le temps socialement nécessaire a sa production ». Ils disent : « La force de travail de l'homme est la force unique qui crée des valeurs, et les marchandises ne sont réputées valeurs que parce qu'elles contiennent du travail humain... La substance de la valeur, c'est le travail ; la mesure de sa quantité, c'est sa durée... Un produit quelconque n'est que du travail cristalliséet il ne vaut que par la somme d'efforts qu'il a coûtés... Le capital est inerte de sa nature ; c'est du travail mort qui ne reprend vie qu'à la condition de sucer, comme le vampire, du travail vivant, et il s'engraisse d'autant plus qu'il en absorbe davantage !. »
Les Collectivistes distinguent deux sortes de travail : le travail actuel ou travail vivant et le travail passé ou travail mort et devenu chose.
Le travail actuel, vivant, est celui que fait l'ouvrier au mo-