Le Capital, passim
tions des plus autorisés parmi les Socialistes. « Si la religion, dit Joseph Dietzgen, le théologien du Collectivisme, consiste dans la croyance aux vertus et aux êtres surnaturels, aux esprits et aux dieux supérieurs à l'homme, le socialisme démocratique rejette toute religion. L'être suprême, le seul auquel nous croyons, c'est 1 humanité civilisée. Notre espérance, c'est de transformer la société par le socialisme démocratique. Notre charité, c'est l'amour de la vérité que les maniaques religieux n'ont jamais connue. Le sauveur de l'avenir, c'est le travail. Notre rédemption à nous ne repose pas sur un idéal religieux, mais sur un rocher massif et matériel. Ce qui autorise le peuple à croire à ladélivrance des mauxqui l'affligent depuis des milliers d'années, ce qui lui montre même cette délivrance du doigt, ce sont la magie de la force productive et l'étonnant succès du travail Moyennant les formules inventées par les sciences modernes,nous forçons la nature à nous prodiguer ses dons, presque sans peine et sans travail de notre part. Voilà la richesse qui fera désormais ce qu'aucun sauveur n'a pu faire jusqu'à présent. »
« Le socialisme moderne est absolument impie et ennemi de l'Eglise, déclare Schâffle. L'Eglise est la police du capital et trompe le prolétariat en lui donnant un chèque sur le ciel. C'est pourquoi elle mérite de disparaître et tout socialiste doit haïr toute religion. »
«Nous haïssons la prêtraille, écrivait le journal Volksstaat, et nous maudissons sytématiquement toute église parce que nous ne croyons pas en Dieu ».
« L'idée de Dieu est immorale, absolument contraire atout progrès, disait de son côté le Travailleur belge, il faut que le catholicisme tombe. Il faut étouffer le papisme dans la boue. Si vous ne décatholicisez pas la France, vous n'arriverez à rien. Guerre à Dieu ! Le progrès est là. »
« En fait de religion, nous sommes athées )>,ne craignait pas de s'écrier Bebel en plein Parlement allemand Les colonnes des journaux socialistes sont pleines d horribles blasphèmes contre la religion ; les discours des orateurs du parti contiennent les plus violentes attaques contre lEglise, le clergé et Dieu ; les soulèvements ouvriers prennent un caractère de
plus en plus anti-religieux. « On abandonne, suivant le mot de Heine, le ciel aux anges et aux moineaux K »
Ce qui explique ce caractère nettement antithéique des doctrines socialistes, ce sont leurs origines philosophiques. Les dogmatistes du parti, comme l'établit Jean Jaurès dans sa thèse sur les Origines du socialisme allemand, sont tous des disciples de Kant, de Fitche et d'Hegel ; ils leur ont emprunté leurs conceptions, ils y ont joint la théorie de révolution. Plusieurs appartiennent à l'extrême gauche hégélienne. Bebel, qui a été un de chefs les plus actifs du socialisme allemand modéré, disait à la séance du Reichstag du 16 septembre 1898 : « Hseckel, le principal représentant du darwinisme, ne comprend pas que le darwinisme puisse favoriser le socialisme, ni que le socialisme se trouve en rapport intime avec le darwinisme, Hseckel ne comprend rien à la science sociale...
« Vous attaquez notre manière de voir en fait de religion ; vous dites que nous sommes athées et matérialistes ; vous avez raison. Nous avons adopté les doctrines de l'athéisme qui nous venaient d'ailleurs ; nous nous croyons obligés de les propager et de les répandre dans les masses. »
« En enseignant le dédain pour cette terre, « vallée de larmes », et en orientant l'activité humaine vers la vie future et la conquête du ciel, disait E. Glay dans Y Humanité du 23 février 1913, l'Eglise prépare à souhait l'exploitation des prolétaires que, de son côté, elle asservit et domine spirituellement. Qu'on le veuille ou non, la libération politique et économique du salarié est en proportion de sa libération religieuse. »
Le Socialisme reproche à l'Eglise et, par suite, à la religion « d'émasculer les énergies », en prêchant une résignation débilitante ; de détourner des réalités terrestres les yeux des malheureux, en demandant aux hommes de les tenir fixés surtout
1. Les socialistes français n'ont pas, sur la religion, une autre manière de voir que les allemands. Jaurès appelait la religion, dans un discours au Parlement (novembre 1893), « une vieille chanson, une habitude et non plus une croyance ». Jules Guesde a fait, lui aussi, du haut de la tribune, à plusieurs reprises, profession d'athéisme. Dans la Revue socialiste, on se livre à d'incessantes attaques contre Dieu et l'Eglise. Il en est de même dans toutes les autres feuilles collectivistes. 11 serait impossible de citer un seul socialiste militant qui soit croyant.
sur l'au-delà de la vie ; d'être le gendarme du capital et la gardienne des coffres-forts. Elle va, disent-ils, « obliger les syndicalistes d'abord et toute la masse ouvrière derrière eux à un vigoureux anticléricalisme économiques, alors que l'anticléricalisme philosophique n'intéresse plus personne. Lutter pour la justice devient lutter contre le prêtre... L'Eglise fait tout pour s'attirer la haine du peuple. Elle aura les coups qu'elle cherche. »
Il est inutile de faire remarquer que toutes ces imputations ne sont que calomnies et que toute l'histoire de l'Eglise proteste contre elles. Malheureusement ces calomnies font leur chemin.
Ce qui domine toute l'œuvre de Karl Marx, c'est ce que l'on a justement appelé le matérialisme économique. Les intérêts matériels sont les seuls éléments qui importent dans le mouvement social ; ils sont les seuls à considérer. L'aspect moral de l'ouvrier et de son travail n'existent pas. Il n'y a donc pas à s'en préoccuper, pas à compter avec eux. L'intérêt matériel prime tout. Comme l'intérêt matériel de l'ouvrier peut et doit souvent se trouver en conflit avec l'intérêt matériel du patron, il en résulte que la lutte de classe doit fatalement se produire.
XVI. L École collectiviste et la famille. — Dans l'ordre domestique les Collectivistes intégraux préconisent le relâchement du lien conjugal, l'union libre uniquement inspirée par l'amour et l'éducation des enfants par l'Etat.
a) La famille étant la cellule-mèrede la société, lesSocialistes, pour réformer la société, croient devoir commencer par une reconstitution, sur d'autres bases, de la famille. « Comme la religion, dit Benoît Malon, comme la propriété, comme la cité, comme 1 Etat, comme toutes les institutions cardinales des civilisations humaines, la famille est soumise aux lois de l'évolution universelle et elle est indépendante des autres réalisations sociales. On a ditavec raison : telle société, telle sorte de groupement familial ; par conséquent, à nouvelle société, famille organisée sur de nouvelles bases. » v
b) Les Socialistes conservent la monogamie parce que, disentils, elle est rendue presque nécessaire par la loi du balance-
ment des sexes et aussi parce qu'elle est beaucoup plus conforme à la nature de l'homme et qu'elle sauvegarde davantage la dignité de la femme ; mais ils veulent une monogamie améliorée, une monogamie dans laquelle il entre moins de légalité, moins de contrainte et plus d'amour, moins de préoccupations d'intérêt et plus de libre choix.
c) Ils rejettent le mariage religieux, le mariage légal et le mariage indissoluble. Ils prêchent l'union libre, uniquement inspirée par l'amour, avec la facilité pour l'homme et la femme de se séparer lorsqu'ils ont cessé de se plaire. Ils rangent le mariage parmi les mensonges conventionnels de la civilisation. « La femme, dit Bebel, est maîtresse de son cœur ; elle le partage avec qui elle veut. Une relation cesse de lui plaire, libre à elle de la rompre et de porter ailleurs son affection d. » — « Le mariage résultant, dit Secretan cité par Benoît Malon.dun accord librement stipulé entre deux êtres raisonnables, ce contrat ne doit renfermer aucune clause immorale, et rien ne saurait être plus immoral que de renoncer à sa liberté personnelle pour toujours. Aussi ne pouvons-nous pas réprouver avec trop d énergie les législations qui ne permettent à la femme de concilier 1 honneur, l'amour et la maternité qu'au prix de cette chose abominable : le sacrifice de sa liberté et de sa personnalité 2. » Il n'est pas une seule revue socialiste qui ne préconise, avec plus ou moins de cynisme, la thèse immorale de l'amour libre.
d) Les Socialistes réclament V affranchissement de la femme et l'absolue égalité socialedes sexes. « Toute la vie de la femme est perpétuellement infériorisée par nos lois et par nos mœurs. La législation et les conditions économiques du monde ont commercialisé l'acte sacré de l'union de deux êtres qui ne devrait être faite qu'en vue d'une heureuse et améliorative vie commune et de la perpétuation de l'espèce. . . La femme est toujours dans un état de servage, c'est au Socialisme à proclamer enfin son affranchissement 3. » « Dans le mariage et hors du