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Précis du socialisme, pp

3. Benoît Malon Précis du socialisme, p. 200. — Le même auteur dit un peu plus loin : « Femmes, c'est à vous que je m'adresse. Ou vous a dit que

mariage, la femme doit être vis-à-vis de l'homme sur le pied d'une parfaite égalité, écrit Bebel dans son livre : die Frau. Homme et femme doivent avoir les mêmes droits civils, politiques et conjugaux.

e) Les Socialistes, enfin, veulent que V enfant soit élevé par VEtal et soustrait à V autorité paternelle. Parmi les principes adoptés au Congrès collectiviste de Gotha, en mai 1875, se trouvait le suivant : « L'éducation universelle de l'enfant sera dévolue à 1 Etat, elle sera égale pour tous ». « L'important, dit Benoît Malon dans son Socialisme intégral, est d'abolir radicalement l'autorité du père et sa puissance quasi royale dans la famille... L'enfant doit être soustrait à cette autorité et placé sous la tutelle de l'Etat... Les enfants ne sont-ils pas autant que les parents ? Pourquoi les contraindre à obéir ? De quel droit ? Plus d'obéissance, sans quoi plus d'égalité. »

Il est facile, d'après ces citations, de voir que le Socialisme sape les bases de la famille comme il sape les bases de la société. Il amoncelle les ruines au foyer comme dans lEtat ; son œuvre est éminemment destructive de tout ce qui est respectable et saint.

/) Aux considérations qui précèdent il convient d'ajouter que la propagande néo-malthusienne s'exerce en plein jour dans beaucoup de milieux socialistes. Les doctrines criminelles qui tendent à souiller et à tarir les sources mêmes de la vie y trouvent des apôtres pour les recommander. Les livres « spéciaux» y sont répandus à profusion et terribles sont les ravages causés par cette plaie sociale d un genre particulier.

le socialisme, c'est votre abaissement ; on a menti. C'est vous qui avez le plus à gagner au nouvel ordre de choses, vous qui, dans la société actuelle, êtes civilement infériorisées, politiquement mineures, conjugalement asservies et économiquement plus maltraitées, plus exténuées, plus exploitées encore que les travailleurs, sans parler des insondables douleurs de la prostitution qui frappent les plus malheureuses de vos sœurs, sans parler du déprimant et desséchant célibat auquel sont condamnées les plus dignes d'entre vous, en vertu de la mercantilisation bourgeoise du mariage. De tous ces maux, le socialisme vous délivrera ; venez donc à ce suprême consolateur, à ce puissant rénovateur, qui, à chaque être humain, veut donner la vie pleine, dans le savoir, dans l'excellence morale, dans le bien-être, dans la justice, dans l'amour... »

XVII. VÉcole collectiviste et la notion de patrie. — Karl Marx a été le fondateur de Y Internationale ouvrière, ses disciples se sont inspirés de ses principes. Plusieurs se contentent de rêver une sorte de fédération de toutes les nations civilisées; elles conserveraient leur autonomie, mais seraient placées sous l'autorité d'un tribunal suprême et devraient s'entendre annuellement pour répartir la production et en arrêter le chiflre. Les autres vont beaucoup plus loin, ils sont nettement internationalistes. La patrie est, pour eux, une institution qui, comme bien d'autres, a fait son temps. Tous les peuples sont frères, l'humanité est une grande famille, les frontières, ne servant qu'à élever des barrières entre ses membres, doivent être supprimées. Avec elles disparaîtra la grande plaie du militarisme, puisque c'est pour les défendre que l'on crée et que l'on entretient des armées qui coûtent si cher et constituent un danger permanent pour la liberté. « Plus de frontières, s'écrient-ils, plus de soldats, plus de nations différentes et divisées, rien qu'une humanité, rien que des hommes se considérant comme des frères et marchant ensemble, dans l'union, la paix et la solidarité, à la conquête du commun bonheur. »

XVIII. L Ecole collectiviste et l'organisation sociale. — Le régime social actuel repose sur la propriété individuelle et la libre concurrence. L'Etat collectiviste reposera sur des bases toutes différentes, il sera fondé : 1° sur la nationalisation, ou mieux, comme on dit, sur l'étatisation de tous les moyens de production ; 2° sur l'organisation rationnelle du travail et la réglementation delà production par l'Etat socialisé.

1° Socialisation des moyens de production. Là est le seul remède réellement efficace au mal qui nous ronge ; tout le reste n'est que palliatif anodin. Mais que sera au juste cette société ainsi refaite de toutes pièces ? En quoi consistera cette fameuse organisation rationnelle du travail sur laquelle reposera l'édifice nouveau ? Gomment s'y prendra-t-on pour réglementer la production de manière qu'elle soit toujours suffisante et jamais plus considérable que les besoins? C'est ce

que, par prudence ou par impuissance, négligent de nous dire les pontifes du Collectivisme.

Leurs déclarations sont si vagues, si contradictoires même, que M. de Mun, s'adressant aux chefs du socialisme français, pouvait, sans qu'il leur fût possible de protester, leur adresser, du haut de la tribune, ces virulentes paroles : « Vous agitez devant le peuple la perspective idéale de la société collectiviste dont aucun de vous n'est capable d'expliquer le fonctionnement. Non ; je dis : aucun de vous ; pas plus M. Jaurès que M. Jules Guesde, aucun. J'ai entendu des période superbes, des paroles ardentes, de larges formules ; mais je n'ai jamais vu qu'on se fût expliqué sur ces deux points fondamentaux : la répartition et la rémunération du travail ; et, tant qu'on ne l'aura pas fait, on n'aura rien montré de pratique que l'idée d'un monstrueux despotisme *. »

Schàffle s'est efforcé, dans la Quintessence du Socialisme, en puisant dans les œuvres collectivistes et en particulier dans celles de Lassalle et de Marx, de nous donner un aperçu du mécanisme du système collectiviste pleinement appliqué. Si nous l'avons bien compris, — ce dont nous n'oserions nous flatter, — voici ce qui se passerait le jour où le prolétariat conscient et organisé serait devenu, soit par une révolution, soit par l'usage du droit de vote, détenteur des pouvoirs publics.

2° Organisation rationnelle du travail et réglementation de la production par l'Etat socialisé. Toute propriété privée serait abolie, tous les moyens de production seraient concentrés entre les mains de l'Etat. L'Etat serait seul producteur et seul marchand, comme seul propriétaire. Il fournirait à tous les instruments de travail et les matières premières, et tous produiraient pour lui. Récoltes et objets fabriqués seraient

1. Discours à la Chambre des députés, du 30 avril 1894. L'orateur disait ensuite : « Eh bien ! vous agitez devant le peuple cette vague perspective comme, dans le désert, les guides perfides trompent, avec le mirage, les soldats épuisés par la marche ; et vous le conduirez, une fois de plus, à des combats sans espérance, d'où il sortira plus meurtri et plus sanglant, ayant peut-être frayé le chemin d'une révolution politique nouvelle, sans profit pour lui comme pour les autres, et qui laissera la société plus méfiante, plus éloignée de lui qu'elle ne l'est aujourd'hui. »

versés dans ses entrepôts. Il fixerait les quantités à produire et le contingent à fournir à la masse commune par chaque fraction de la collectivité. Il confierait à chacun un travail en rapport avec ses goûts, ses aptitudes, son âge et ses forces. On ne produirait pas pour l'exportation, on produirait uniquement pour la consommation nationale. On travaillerait juste ce qui est nécessaire pour fournir aux besoins de l'association ; le reste du temps serait consacré au repos, aux relations, aux arts d'agrément, aux jeux, au plaisir. «Le travail lui-même serait un divertissement hygiénique, un devoir nettement accepté, où Ton irait en théories amicales, musique et bannière en tête, comme à une fête, dans un entraînement à la fois affectueux et social. » Pour chaque heure de travail on recevrait un bon, ce bon servirait de monnaie et c'est avec elle qu'on irait s'approvisionner aux magasins de l'Etat.

Dans ce système la production des richesses est placée sous la direction de 1 Etat socialisé et le contrôle de ses agents. La répartition ou distribution des produits sociaux est effectuée « de tous à tous, en raison de la valeur d'usage social du tra vail de chacun ». Dans ces conditions, le temps de travail servirait de moyen de mesure, pour chaque producteur, de la part qui lui reviendrait. Le temps de travail ne servirait pas seulement à déterminer la part individuelle de chaque producteur dans le travail commun ; mais, en outre, il servirait à fixer la part des produits communs consommables revenant à chacun.

Il n'y aurait plus ni capitaux privés, ni salaire, ni contrat de prestation de travail, ni contrat de location ou de crédit. Le commerce serait entièrement supprimé avec toutes les institutions qui en dépendent : marchés, bourses, etc..

Ces suppressions seraient opérées par l'abolition du numéraire ou monnaie métallique; car, sionlaissait lamonnaie jouer, dans cette organisation, un rôle si petit qu'il fût, l'ordre des choses établi et l'économie unitaire socialiste seraient bientôt envahis par la concurrence. Il n'y aurait d'autre monnaie d'échange que les bons de travail et chacun ne devrait travailler que dans la mesure de ses besoins pour éviter tout ce qui pourrait ressembler à une accumulation de capitaux.

Il serait aisé de faire toucher du doigt la faiblesse, les incon-

séquences, les impossibilités de toute sorte qu'offre ce système qui suppose une humanité idéale, insensible à l'intérêt personnel et toute pénétrée des sentiments de l'altruisme le plus élevé. La démonstration du caractère essentiellement utopique des rêveries collectivistes a été faite souvent ; qu'il suffise ici de rappeler les paroles si justes de Léon XIII : « Si un pareil système était jamais réalisé, il porterait la perturbation dans tous les rangs de la société et ferait peser sur tous les citoyens une odieuse et insupportable servitude ; il ouvre la porte à la jalousie mutuelle, aux mécontentements et aux discordes : il prive de leurs stimulants le travail et l'habileté, ce qui tarit les richesses dans leur source ; enfin, à l'égalité tant rêvée, il substitue une ignoble égalité dans le dénuement et la misère *. »

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