II. EXPOSÉ DES DOCTRINES
I. L'Ecole sociale catholique et l'association professionnelle. — 1° L'Ecole catholique et la suppression des anciennes corporations. Les Catholiques sociaux ont toujours soutenu que la grande cause des injustices sociales et des souffrances ouvrières est Y individualisme , qui a été créé par la Révolution et qui a livré le faible sans défense entre les mains du fort indélicat et cupide. Us n'ont cessé de le combattre.
Ils reconnaissent que de très graves abus s'étaient glissés dans les organisations professionnelles, surtout à partir du xvie siècle. Ils reconnaissent aussi que l'ancien régime corporatif ne s'adapte pas suffisamment aux formes modernes de la production. Des réformes et une refonte étaient nécessaires. Les hommes de 1789 préférèrent une destruction complète. Ils brisèrent les vieux cadres professionnels, ils abolirent les corporations de métiers, défendirent d'en créer de nouvelles et ne leur substituèrent rien. Ils remplacèrent la réglementation par la liberté à outrance, et la liberté à outrance donna naissance aux excès, à l'exploitation, aux misères, à l'iniquité. Détruire sans remplacer fut une faute d'une incalculable portée.
2° L'Ecole catholique s'est toujours faite le champion de l'association professionnelle. Elle n'a cessé d'en soutenir la légitimité et la nécessité.
a) Elle professe, avec raison, que les ouvriers on/, tout comme les patrons, le droit de s" associer corporalivenient et que ce droit ils
le tiennent de la nature. Le droit d'association ouvrière est la faculté, pour chaque ouvrier, d'unir, autrement qu'en passant, ses moyens à ceux d'un certain nombre de camarades exerçant la môme profession que lui, et cela dans le but de se protéger, d'assurer le respect de sa personne et de ses intérêts, de se procurer le plus possible du bien-être auquel il peut équitablement prétendre. Ce droit, ce ne sont pas les lois qui le confèrent, ce n'est pas une convention qui le crée, c'est Dieu luimême qui l'a donné à l'homme. Aucun pouvoir humain ne peut donc valablement le lui ravir, ni le diminuer, ni en gêner l'exercice ; ce droit fait partie de la nature humaine ; il n'a d'autres limites que celles qui sont imposées par le respect du droit d'autrui. « C'est la nature, a rappelé Léon XIII, qui a octroyé à l'homme le droit de former des sociétés privées, et la société civile a été instituée pour protéger le droit naturel, non pour l'anéantir. * »
b) L'association ouvrière n'est pas seulement légitime, elle est nécessaire. Si le travailleur est isolé, il est incapable pratiquement, dans bien des cas, de défendre ses droits. Il a le droit de toucher un salaire convenable, de ne fournir qu'un travail qui ne dépasse pas ses forces, d'être libre de remplir ses devoirs de père, d'époux, de citoyen et de chrétien, de ne pas être renvoyé de son atelier sans motif, d'être respecté dans sa dignité d'homme, en un mot de ne pas être lésé dans le contrat de travail qu'il passe avec son patron . Laissé à lui-même, il ne peut pas traiter avec celui-ci sur un pied suffisant d'égalité.
Il est dans un état d'infériorité notoire, il doit subir presque fatalement les conditions de l'employeur, il n'a pas le moyen d'imposer le respect de ses droits. Ce moyen, l'association le lui donne. Groupés, les travailleurs constituent une force capable de tenir tête au patronat, ils peuvent traiter avec lui sur le pied d'une véritable égalité ; mais ils ne le peuvent qu'à la condition d'être groupés. Le groupement professionnel est donc pour eux une mesure indispensable.
Profondément convaincus de cette vérité, les Catholiques so-