‹ Question universitaire de Montréal (volume 2)Chapitre 16 sur 47 · VIT · texte numérisé non relu

VIT

Québec, le 23 septembre 1891.

Son Eminence le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec.

Eminentissime Seigneur,

J'ai l'honneur d'informer Votre Eminence que j'ai été délégué parle u Conseil d'affaires de

l'Université Laval à Montréal" (constitué par Monseigneur l'Archevêque de Montréal, le 20 février dernier) pour soutenir devant le Conseil Supérieur de l'Université, s'il en est besoin, le projet de loi que ledit Conseil d'affaires a soumis au dit Conseil Supériear par sa requête en date du 4 septembre courant.

Si, dans l'examen de ce projet de loi, il se présentait quelques objections ou quelques points obscurs, je serais heureux d'être admis à les réfuter ou à les expliquer.

J'ai ma pension au numéro 84, rue d'A.uteuil, et à cinq minutes d'avis je serais à la disposition du Conseil Supérieur.

Je demeure avec la plus haute considération, De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Québec, 24 septembre 1891.

Son Eininence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Eminenïissime Seignei r,

Nous soussignés, les Archevêque et Evoques de la Province ecclésiastiq ie de Montréal, croyons de notre devoir de faire connaître h Votre Eininence les faits suivants.

Le projet de loi pour incorporer civilement un Syndicat qui administrerait les affaires financières de l'Université Laval à Montréal, lequel a été rédigé sous notre direction et que Monsieur l'abbé J. B. Proulx, Vice-Recteur, a envoyé à Votre Eminence, le 26 juin dernier, a été soumis, pour être examiné, depuis une quinzaine de jours, aux membres du Conseil Supérieur et au Recteur de l'Université*

Hier, à une réunion du Conseil Supérieur, Son

Eminence le Cardinal Archevêque de Québec s'est déclaré blessé de ce que le projet de loi avait été envové à Rome avant d'avoir été soumis au Conseil Universitaire. Nous avons protesté et nous protestons qu'en cela nous n'avons voulu manquer en rien à la déférence qui est due au Conseil Universitaire, non plus qu'au respect que nous avons pour So:i Eminence. Tout simplement nous avons voulu donner connaissance de notre projet, avant tout, à nos supérieurs communs; nous avons voulu, au milieu des sentiers glissants où nous marchons, éviter de faire une démarche hasirdée, empêcher tout malentendu et prévenir tout retard, ce qui serait fatal à l'œuvre importante à laquelle nous travaillons.

C'est aussi ce qu'avaient en vue les hommes de bonne volonté qui se sont associés à nos travaux, comme il appert par l'extrait suivant du compte rendu des délibérations du Conseil d'affaires en date du 4 septembre courant :

" Nous savions fort bien que ce projet de loi, " en ce qui regarde les intérêts généraux de

" l'Université, ne serait-ce que indirectement, "régulièrement devait être présenté au Conseil " Supérieur de l'Université Laval. . . .

" Nous avons envoyé à Rome, tout d'abord, " notre projet de loi pour faire honneur à la " première autorité, en lui donnant, avant toute " autre, connaissance de notre dessein.

" Nous l'avons envoyé à Rome pour faire acte •' de bons catholiques : car, si Home, firiMâfaae, " avait trouvé notre projet impraticable, nous " l'aurions retiré.

" Nous l'avons envoyé à Rome pour prévenir " tout retard. Car, au Conseil Supérieur, quel- " qu'un même de l'extérieur aurait pu dire : " Avant que le projet de loi ne soit soumis à " l'étude, référons-en à Rome. ..."

Donc en allant à Rome, dans la droiture et la pureté de nos intentions, par esprit de prudence et de déférence catholique, nous ne soupçonnions pas pouvoir froisser les sentiments de qui que ce soit.

De plus, Son Eminence le Cardinal Taschereau, sans vouloir toutefois presser pour le pré-

sent une correction, dit, pour nous servir de ses expressions, u que, en deux points, en ce qui regarde la suspension des professeurs par l'autorité du Viee-Chaneelier, et le changement des programmes par l'autorité de la Corporation, notre projet de loi empiète sur les dispositions de la Charte Royale." Dans ce cas-là, qu'on veuille bien nous proposer formellement les changements que l'on désire, et nous sommes prêts à faire subir au projet toutes les modifications raisonnables et possibles. Ce n'est pas une œuvre toute faite que nous apportons; le mot le dit, c'est un projet que nous soumettons à l'étude.

Et le Conseil d'affaires à Montréal est du même avis, puisque, le 9 du courant, il écrivait, par son délégué, aux membre s du Conseil Supérieur :

" Leur confiance égale le respect avec lequel ils sont prêts à recevoir les suggestions qu'il plaira à Votre Eminence < t à Vos Grandeurs de leur faire, pour le succès de la tâche qu'ils ont entreprise sous la direction de leur vénéré Archevêque."

C'est tellement notre volonté de respecter les droits de l'Université que nous avons inséré dans notre projet de loi une clause à cet effet. La voici:

;< Rien de contenu au présent acte ne sera 11 interprété comme amoindrissant ou affectant u en aucune manière les pouvoirs, droits ou " privilèges accordés à l'Université Laval à " Québec ou au Conseil de la dite Université " par la Charte Royale de Sa Majesté la Reine " Victoria, en date du 8 décembre 1852, ériu géant en corporation civile la dite Université " Laval à Québec, l'intention du présent acte " étant de ne déroger en rien à la dite Charte."

Nous travaillons, au milieu des difficultés les plus varié- s, à ralliera l'Université, suivant les désirs des décrets romains, toute la population catholique du district de Montréal ; nous avons déjà obtenu dans ce sens, par l'union des deux Ecoles de médecine, un succès qui dépasse toute espérance: il est malheureux que notre action ne soit pas toujours bien comprise par ceux même qui auraient le plus d'intérêt, ce me semble, à la voir réussir.

Il existe à Montréal, il ne faut pas se le cacher, un grand danger qu'il s'organise une Université laïque en dehors de tout contrôle légal de l'épiscopat, si nos difficultés continuent ; il serait pénible do constater qu'un projet de loi si catholique, si inoffensif pour Québec, soulève à Québec des difficultés.

Nous jouons, probablement, la dernière chance de voir les laïques en masse marcher avec nous sur la question universitaire. Ils le font avec beaucoup de sincérité, mais aussi avec une certaine impatience. N'allons pas, par des retards, pour des motifs d'ordre secondaire, frustrer leur attente et les fruits de leur bonne volonté.

En terminant nous protestons de nouveau de notre déférence envers Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec que nous respectons comme un père, envers nos collègues du Conseil Supérieur de Haute Surveillance, et pour les droits du Conseil Universitaire; et nous avons la confiance que cette affirmation, catégorique et spontanée, sera acceptée à Québec comme à

Rome. Dans ces sentiments, nous demeurons avec le respect le plus profond,

De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très humbles et très obéissants serviteurs,

f EDOUARD CHS, Arch. de Montréal.

f ANTOINE, Ev. de Sherbrooke. f L. Z., Ev. de St- Hyacinthe.

Montréal, 30 septembre 1891.

Sa Grandeur Mgr A. Racine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Je vous envoie ci-incluse une copie de la lettre collective que les Evêques de la Province de Montréal ont adressée, de Québec, le 24 du courant, à Son Eminence le Cardinal Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.

Je considère que c'est un document aussi important qu'opportun, bien propre à faire connaître à Rome l'état d'extrême sensibilité nerveuse dont souffre le Cap Diamant. Nous reprocher de consulter Rome, c'est un peu fort. Dire que nous apportons devant le Conseil Universitaire une oeuvre toute faite, invariable dans sa forme, c'est avouer qu'on n'a pas lu les lettres par lesquelles le projet de loi était soumis au Conseil Supérieur et au Recteur de l'Université. Cependant, à quelque chose retard est bon. Si Québec avait accepté le projet avec empressement, ceux qui sont malades à Montréal d'une même sensibilité nerveuse auraient dit: on nous joue, la loi évidemment est le triomphe de Québec. La mauvaise humeur qu'on nous montre va leur persuader que notre projet a quelque chose de bon pour Montréal. C'est malheureux qu'on ne puisse pas, en certains quartiers, s'élever plus haut dans l'étude et le règlement de ces questions; mai* que voulez- vous ? Il faut bien prendre les hommes comme ils sont. Le temps et la patience, depuis deux ans, ont fait

s'émousser l'ardeur de bien des préjugés; dans deux ans encore, j'espère, la situation sera devenue supportable; dans six ans, paix et confiance sur toute la ligne : pourvu que, toutefois, il soit possible à la politique actuelle de se développer librement.

En même temps, j'insère sous ce pli une copie d'une lettre au Cardinal Simeoni, laquelle comporte cinq pièces justificatives. (N° VI. ) J'omets les documents Nos II, III et V, parce que j'ai déjà eu l'occasion de vous les communiquer. J'omets également, dans le document N° I, la réponse que m'a faite le Cardinal Simeoni en date du 4 août dernier, comme, lorsque je suis allé dernièrement à votre évêcbé, j'ai eu l'honneur de vous en faire part et d'en discuter toute la portée avec Votre Grandeur.

Si j'ai retardé quelque peu à vous envoyer la copie de la lettre que vous avez signée à Québec, la faute en est à St-Lin. Nous en avons célébré la fête solennellement, avec octave, exposition des reliques, sermon chaque jour : il a bien fallu que je paie un peu de ma personne. Puis,

hier, le 29, avait lieu aux Laureutides l'exposition du Comté de l'Assomption : et l'objet le moins curieux, paraît-il, et le moins nécessaire n'était pas le Curé, qui, du reste, était bien aise de rester au milieu des siens pour inspirer par sa présence un peu de respect à ceux qui auraient eu la tentation trop forte de céder aux faveurs de Bacchus.

La Faculté de Droit s'ouvre demain ; celle de Médecine lundi. Je demeure, avec la plus haute considération,

De Votre Grandeur, Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre,

Université Laval, Québec, 2 octobre 1891.

M. l'abbé J. B. Proulx,

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