V. R. U. L., Montréal
Mon cher Monsieur, J'ai reçu, il y a quelques jours, les documents suivants que vous avez bien voulu me transmettre : 1° copie de la lettre collective des Evêques de la Province à Son Eminence le Car-
dinal Sîm^onî; 2° copie d'une lettre que vous avez écrite au même Cardinal concernant le projet de loi d'incorporation des Adminis'rat'Hirs de l'Université Laval à Montréal ; 3° votre lettre du 30 septembre dernier au sujet des deux pièces précédentes.
Grand merci du tout et de votre grande fidélité à nous tenir au courant de toutes vos opérations pour la prospérité de notre chère œuvre.
C'est aujourd'hui que s'ouvrent les cours de notre Faculté de Médecine Laval fusionnée avec l'Ecole, les deux n'en faisant qu'une. Quelle métamorphose admirable depuis un an ! Evidemment,le bon Dieu y a mis la main; et, quand il .s'en mêle, c'est vite fait. Nous ne saurions trop le remercier de ce succès inespéré.
Il nous reste encore notre bill d'incorporation des Administrateurs à faire passer par la prochaine Législature. Il a déjà subi une assez sensible épreuve. Espérons que ce sera la seule qui l'atteindra.
Toujours votre bien dévoué en N. S.
i L. Z., Ev. de St-HyacintJie.
Montréal. G octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr Edouard Cli «ries Fabre, Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
Je vous envoie sous ce pli : 1° la copie d'une lettre de Mgr Hamel me transmettant deux extraits des délibérations du Conseil Universitaire touchant notre projet de loi, ainsi que touchant une demande qu'avait adressée par mon entremise, à Mgr le Recteur, au mois de juillet dernier, l'Ecole Vétérinaire d'être reconnue comme faculté distincte à Montréal (N° X ) ; 2° ces deux extraits eux-mêmes (N° XI) ; 3° l'accusé de réception que j'en ai fait à Mgr le Pro-Rcetiur (N°X1I).
Dans cet accusé de réception, vous voudrt z bien remarquer, Monseigneur, que, laissant de côté toute appréciation de principesje me borne
à rectifier certains faits, avec calme, brièvement. Mais que d'autres choses il y aurait à dire sur cette résolution ! Je les ai tues pour le bien de la paix, pour l'harmonie de nos rapports mutuels.
On accepte le projet de loi, mais avec quelle mauvaise grâce, en biaisant. Quel mérite peuton avoir auprès de Montréal ? Après cela, on se plaint que Montréal n'ait pas une confiance illimitée au bon vouloir du Conseil Universitaire!
On trouve à redire à certaines clauses du projet, et on ne daigne pas préciser en quoi, formellement. Il était pourtant si facile de l'indiquer, lorsque nous allons devant le Conseil justement pour le savoir, et que nous demandons à plusieurs reprises que l'on veuille bien nous faire, s'il y a lieu, des observations. Vraiment désirerait-on nous décourager, ou nous susciter des embarras indirects quelque part, qu'on ne s'y prendrait pas autrement. Pour le découragement, en ce qui me regarde, on calcule mal.
Je ne suis pas sans remarquer les efforts artistement calculés que semble faire la résolution du
Conseil pour rejeter sur mes épaules toute la responsabilité d'une prétendue fausse position dans laquelle se trouverait Québec. C'est dommage que tout cela manque par la base. Dans tous les cas, quoi qu'on imagine, avec la grâce de Dieu, on ne me fera jamais sortir des limites de la modération, et même de la bienveillance visà-vis les autorités universitaires.
Pour laisser passer sans opposition notre projet de loi, malgré les répugnances que soulèvent les clauses VI et VII, sur quoi s'appuie-t-on ?Sur l'approbation que, d'après ma manière d'agir ou de parler, lui aurait donnée Rome. La chose est évidente après l'enchaînement des considérants qui ne traitent que de Faction du Vice-Recteur Proulx, pour aboutir à cette conclusion : tC Ce Conseil, dans les circonstances, par respect et par soumission pour le Saint-Siège, s'abstient de tout autre commentaire sur ce projet de loi. , . ." On voudrait faire croire que, dans cette affaire, nous pesons sur la liberté du Conseil Universire avec des décisions toutes faites, venant de Rome. Non, non. D'autres ont assez compromis,
pour des vues particulières, l'autorité de Rome et des Evêques, que, dès le commencement, j'ai voulu prendre pour politique une manière d'agir qui me paraissait plus généreuse. Je tâche de comprendre les documents romains et les directions de mes supérieurs immédiats Nosseigneurs les Evêques, de me pénétrer de leurs désirs, puis j'agis à mes risques et dépens.
Mais quand donc ai-je dit que Rome approuvait notre projet de loi, absolument, dans ses détails, avant toute expression d'opinion de la part du Conseil Supérieur ou du Conseil IJniversitaire ? Jamais. Est-ce dans cette conversation privée, (1) qui adonné naissance à deux consi-
(1) Voici, en résumé, quelle a été de ma part cette conversation : "Au commencement de mai, je consultai confidentiellement, à Rome, un homme qui entend bien la procédure canonique et ecclésiastique, et dans le courant de juin, il me répondait confidentiellement que, dans la circonstance, je ferais mieux d'envoyer, tout d'abord, notre projet de loi à la ►Sacrée Congrégation de la Propagande. Ce que je fis le 2G juin. Dans la seconde moitié du mois d'août, je reçus de Son Eminence le Cardinal Simeoni une réponse qui me fit comprendre clairement que nous avions à aller devant le Conseil Supérieur de l'Université. En ce dernier point, je puis dire que je suis
dérants de la résolution universitaire ? Non. Il n'y est question, d'après Mgr le Pro-Recteur, que d'une direction reçue de Rome, et si j'avais dit davantage, croyez que quelques nouveaux considérants n'auraient pas manqué de nous l'apprendre. Est-ce dans mes lettres au Recteur? Au contraire, il y est dit: " Si vous-même, Monseigneur le Recteur, ou le Conseil de l'Université, aviez à nous communiquer quelques observations à propos de ce projet de loi, croyez que nous serions très heureux de les recevoir et d'en tenir compte."
Pourtant la résolution parle de " respect et de soumission pour le Saint-Siège." Le Saint-Siège aurait-il envoyé directement des lettres à Québec? Dans ce cas-là, pourquoi tant d'efforts pour faire sortir, comme une conséquence de sa
une direction formelle venue de Rome." J'ai été trop naïf, j'ai parlé avec trop d'ouverture de cœur.
N.B. — Cette note n'est pas ajoutée après coup, ici à Rome, mais elle faisait partie de la lettre écrite à Mgr l'Archevêque de Montréal, le 6 octobre 1891 .
cause, cette soumission et ce respect des considérants qui relatent la conduite du Vice-Recteur de l'Université à Montréal.
Enfin, la résolution prend la peine de faire remarquer que je " n'ai pas cru devoir communiquer au Conseil Universitaire la réponse que j'ai reçue de Rome." Mais il n'en était aucunement besoin. Nous allions devant le Conseil, purement et simplement, comme si jamais nous ne nous étions adressés à Rome. Vous le savez, Monseigneur, nous avons été à Rome, tout d'abord, pour notre propre satisfaction, pour éviter des retards possibles, pour savoir si notre projet de loi était en dehors de la politique générale de la cour romaine, et voilà tout.
Pardon, Monseigneur, pour toutes ces remarques longues et fastidieuses ; mais elles sont nécessaires pour l'exposé complet de la question, et pour l'Episcopat je n'ai aucune pensée secrète. De même, ce n'est un secret pour personne que
le respect et la considération avec lesquels je suis,
De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, PrUre.
Montréal, 6 octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr A. Racine,
Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur,
Je vous envoie ci -incluse la copie d'une lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal, en date du 5 du courant, avec les documents y annoncés et y annexés. Cette lettre comporte assez de réflexions, sans que j'aie besoin d'en ajouter ici de nouvelles.
Hier après-midi, s'ouvraient dans le grand amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu les cours de l'E-
cole de Médecine, Faculté Médicale de Laval à Montréal. Les journaux probablement vous porteront des détails, tant bien que mal; mais ce qu'ils ne sauront vous dire trop hautement, c'est la satisfaction et le contentement qui régnaient chez tous ceux qui étaient là réunis : professeurs, élèves, amis de l'institution, membres du clergé et Archevêque de Montréal. Vous n'étiez pas absent, Monseigneur, votre voix s'est fait entendre. La séance a commencé par la lecture de votre lettre et de celle de Mgr l'Evêque de St-Hyacinthe. (1) Notre président, qui s'est montré on ne peut plus gracieux, me disait qu'il les trouvait réellement de son goût. Les cours ont commencé leur train régulier ce matin, avec un calme plat qui fait plaisir. Quelle différence, dans cette paix générale, avec ce que nous voyions et entendions à pareille époque, ces
(1) Voir ces deux lettres nu Supplément, N09 II et III, ainsi que le discours qu'a prononcé à cette séance d'ouverture le Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal, tel qu'il est reproduit du journal la Presse, N° IV, sauf quelques légères corrections, le reporter s'étant servi de quelques expressions impropres. — J. B. P.
dix-huit dernières années passées. Pourquoi faut-il qu'il y en ait encore qui ne comprennent pas que notre politique est calculée à amener, par l'apaisement et la satisfaction légitime de tous les intérêts, le plus grand bien de la religion et de la patrie, tout eu assurant eu même temps la réussite des meilleures espérances universitaires. Cependant le nombre des récalcitrants et des récriminants va diminuant de jour en jour. Pour moi, de jour en jour, va en augmentant la considération avec laquelle je suis, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
P. S. — Au moment où je me prépare à maller cette lettre, m'arrive la vôtre du 5 octobre courant. J'ajoute ce mot pour vous remercier de cette faveur. Oui, les nuages passeront, peutêtre en me crevant au-dessus de la tête ; mais, après une averse, le soleil n'en paraît que plus beau. — J. B. P.
St-Hyacinthe, 17 octobre 1891.
A M. le Chan. J. B. Proulx, V. R., Montréal.
Mon cher Monsieur,
Je m'empresse d'accuser réception de votre lettre d'hier qui m'apprend l'ouverture, sous les plus heureux auspices, des cours de la Faculté de Médecine. J'en bénis le ciel de tout de mon cœur, ainsi que du fait que les lettres des deux Suffragants en réponse à l'invitation de M. le Président, ont été bien appréciées de celui-ci. Tout cela aide à la grande œuvre dont le Saint- Siège nous a chargés, et à la consolidation de l'union si providentiellement effectuée des deux Ecoles j usque-là rivales, et ne faisant le bien que fort imparfaitement. Une ère de paix s'ouvre aujourd'hui ; et nous pouvons entrevoir la réalisation de nos chères espérances. Que le Ciel vous récompense au centuple de l'énorme travail que vous vous êtes imposé pour nous faire arri-
ver à un aussi consolant dénouement ! Il vous a fallu faire pour cela de nombreux actes de patience et d'abnégation : c'est là que se trouve le secret de votre beau succès.
J'ai pris communication des documents qui accompagnaient votre lettre. Il est regrettable que le Conseil Universitaire n'ait pas précisé ce en quoi notre projet de loi pèche contre la Charte Royale. Il nous aurait rendu en cela un réel service, car c'est bien notre formelle intention de ne pas aller contre ce document constitutif si important. Marchons néanmoins tout de même avec l'espoir qu'il ne nous arrivera rien de fâcheux. Tout a été si bien jusqu'à présent que nous devons avoir foi dans l'avenir.
Toujours votre parfaitement dévoué en N. S. f L. Z., Ev. de St- Hyacinthe.
xrai
Québec, 8 octobre 1891.
M. l'abbé J. B. Proulx, Ch. Hon., Vice-Recteur U. L, M., Montréal.
Monsieur le Vice-Recteur,
J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre en date du 5 de ce mois, en réponse à la mienne du 2.
J'admets comme vous, Monsieur le Vice- Recteur, l'importance qui s'attache à l'exactitude des faits et des conclusions qu'on en doit tirer. Voilà pourquoi je vous demande, à mon tour, la permission de faire quelques observations sur certaines de vos remarques.
1Q Je vous avoue que je ne pouvais penser que le renseignement que vous me donniez touchant la direction reçue par vous de Rome, — bien que ce fût dans une conversation à ma chambre, — fût d'une nature privée ; car, en me le donnant, vous vous disculpiez du reproche
qu'on devait nécessairement vous faire de n'a* voir consulté l'Université que longtemps après avoir consulté Rome. Votre explication, qui venait au-devant d'une objection sérieuse, était tellement importante que je devais la regarder comme quasi-officielle. J'ai été très heureux de de la donner moi-même au Conseil Universitaire, (1) pour lui faire voir que le retard de votre communication aussi bien que l'ordre successif suivi dans les consultations étaient le résultat d'une direction venue de Rome, (2) et non pas votre propre fait.
Aussi, ce qui,- venant de votre part, — eût
excité peut-être des récriminations avec soupçon d'intentions peu bienveillantes, par le fait que
cela venait de Rome, n'a produit qu'une défé-
(1) Si j'eusse voulu que ces explications, ou d'autres sembla blés, allassent au Conseil Universitaire, j'aurais chargé Mgr le Pro-Kecteur de ce soin, ou plutôt je les aurais ajoutées à mes observations écrites, dans ma lettre à Mgr le Recteur. — J. B. P.
(2) Comme on peut le voir en lisant les Numéros XII et XV, Mgr Hamel étend ici " cette direction " à des actes auxquels elle ne S3 rapporte aucunement, aux termes de ma conversation.— J. B. P.
rence immédiate. C'est pour cette raison que le Conseil Universitaire, bien que l'empiétement des articles VI et VII sur ses droits et privilèges sautât aux yeux de tous les membres, (1) n'a pas même songé à formuler la moindre modification au projet de loi, dans la pensée (2) que, comme on avait pris beaucoup de temps à Rome pour vous répondre, on devait l'y avoir étudié et l'avoir approuvé, comme pour le projet de loi de l'année dernière. Dans tous les cas, on n'a pas voulu s'exposer à corriger Rome. Ceci repond en même temps à votre 3°.
2°, Je veux bien croire que vous avez eu l'intention de me dire que c'était dans la deuxième partie du mois d1 août que vous avez reçu votre réponse de Rome; mais soyez sûr que vo-
(1) Cela n'avait pas d'abord sauté aux yeux du président pro tempore du Conseil Universitaire,de Mgr Hamel lui-même, puisqu'il m'écrivait le 16 septembre 1891 que la clause IX sauvegarde tous les droits conférés à V Université Laval par la
Charte Royale.
(2) Après tout, ce n'est là qu'une supposition, et de plus une supposition erronée, dont je ne suis absolument pas responsable.—J.B. P.
tre mémoire vous fait défaut, et que votre intention n'est pas passée à l'état d'acte. Vousallez du reste en convenir vous-même.
Permettez-moi de vous rappeler que j'étais prévenu contre vous au sujet du retard apporté dans la communication du projet de loi à l'Université : ma lettre du 16 septembre vous l'avait fait pressentir, puisque, — de vous-même, — vous m'avez expliqué ce retard daus votre visite à ma chambre, en me racontant toutes vos démarches avec les dates pour me faire voir que vous vous étiez empressé de nous faire votre communication aussitôt que vous l'avez pu. Si vous aviez mentionné la deuxième partie du mois d'août, — ce qui, dans les circonstances, veut dire peu après le quinze, — prévenu comme je l'étais, je n'aurais pas manqué de remarquer qu'il s'était écoulé trois semaines entre la réception de la réponse de Rome et la date (9 septembre) de votre lettre aux Evêques et au Recteur. Vous ne m'avez pas, non plus, mentionné qu'après avoir reçu votre lettre de Rome, vous aviez consulté le Conseil d'affaires ; car, toujours
à causes de mes préventions, je n'aurais pas manqué île remarquer que, après la réception de cette réponse, vous aviez passé une couple de semaines à discuter avec le Conseil d'affaires avant de nous communiquer votre projet pour avis ; de sorte que, au lieu de voir tomber mes préventions, j'aurais vu dans toutes ces démarches quelque anguille sous roche. Mais, loin de là, cette date du 7 septembre était si rapprochée du 9 (date de la lettre au Recteur) que j'ai dû admettre votre extrême diligence qui, du reste, cadrait parfaitement avec ce que vous avez ajouté que " vos paquets (pour les Evêques et pour le Recteur) étaient tous faits et que vous n'attendiez que la réponse de Rome pour les expédier." Admettez que s'il s'était écoulé trois semaines entre la réception de la lettre de Rome et l'expédition de paquets déjà préparés avant cette réception, cela n'aurait pas indiqué une grande diligence. Enfin, bien que mon oreille me dît qu'il s'agissait du 7 septembre, comme j'hésitais entre le 7 et le 6, M. Mathieu, chez
qui vous avez causé avant de venir chez moi, a confirmé mon impression en disant que vous lui avez mentionné à lui-même, dans sa chambre, le 7 septembre (1) comme date de la réception de votre lettre. Il résulte de tout cela qu'il est impossible que M. Mathieu et moi, séparément, nous ayons mal compris.
Veuillez remarquer que je ne mets aucunement en doute votre intention de dire les choses comme vous le mentionnez dans votre lettre du 5 octobre ; mais je veux seulement établir que j'ai été très exact en rapportant les choses et les
dates comme je les ai entendues.
Au reste, tant mieux que vous ayez parlé comme je l'ai dit ; car, grâce à cela, je n'ai eu aucune peine à produire une conviction favorable dans le Conseil Universitaire. Sans cela, le résultat pratique eût sans doute été le même,
(1) En réalité, c'est là attacher, ce me semble, à ce "7 septembre " plus d'importance qu'il n'en mérite. — J. B.P.
mais il v aurait eu des discussions désasréables. (1)
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Vice-Recteur,
Votre très humble serviteur.
THOS. E. HAMEL, Prêtre,
Pro- Recteur U. L.
Sherbrooke, 10 octobre 1891.
A M. le Chan. J. B. Proulx, V. R. U. L., Montréal.
Monsieur le Vice-Recteur,
Votre lettre du 8 octobre dernier m'annonçai! t l'ouverture des cours de la Faculté de Médecine de Laval m'a causé un sensible plaisir. La satisfaction, le contentement et l'union qui régnaient chez les Professeurs, élèves et amis de
(1) La réponse à cette lettre se trouve plus loin, au N" XX. — J. B. P.
l'Université à Montréal, sont une preuve manifeste de l'apaisement des esprits, de la satisfaction légitime de tous les intérêts. Que Dieu en soit loué ! La paix est si douce : elle surpasse tout sentiment, garde les cœurs et les esprits en Jésus-Christ.
J'ai reçu en même temps les deux extraits d< s délibérations du Conseil Universitaire : le premier au sujet du projet de loi pour constituer en corporation les Administrateurs de l'Université Laval a Montréal, le second au sujet de l'Ecole Vétérinaire (N° XI). J'ai reçu aussi copie de votre lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal dans laquelle vous donnez l'exposé des faits qui ont précédé la présentation de notre projet de loi au Conseil Universitaire (N° V).
Le Conseil Universitaire déclarant qu'il s'abstiendra de toute opposition à notre projet de constitution, j'ai confiance que le Bill qui sera présenté recevra la sanction de la Législature.
Veuillez agréer, M. le Vice-Recteur, l'assurance de mon bien sincère attachement.
f ANTOINE, Ev.de Sherbrooke.
Montréal, 12 octobre 1891.
Monseigneur Thomas E. Hamel, Pro-Recteur de l'Université Laval, Québtc.
Monseigneur,
En arrivant de la campagne, je reçois ce soir même votre lettre du 8 courant, et je me fais un devoir d'y répondre immédiatement.
J'ai été bien aise de recevoir vos explications, et je regrette de ne pouvoir dire que, dans la plupart des cas, elles aient réussi à me convaincre. Comme je ne pourrais guère que répéter mes affirmations, ce qui serait une tâche inutile pour moi et fastidieuse pour vous, je me tairai donc sur tout ce qui se rapporte à mon ingrate mémoire.
Seulement, avec votre permission, je me contenterai de signaler, très brièvement, quelques propositions que vous énoncez au cours de vos explications.
Vous parlez * du reproche qu'on devait nécessairement me faire de n'avoir consulté l'Université que longtemps après avoir consulté Rome," et vous appelez cela "une objection
sérieuse."
Vraiment, j'ai beau y songer, je ne puis comprendre la nature de ce reproche, surtout dans les circonstances présentes, lorsque nous avons agi avec autant de réserve, de franchise et de diligence.
" Aussi, ce qui, — venant de votre part eût excité des récriminations avec soupçon d'intentions peu bienveillantes, — ..."
Hélas ! vous soulevez le coin d'un voile derrière lequel je n'aurais jamais voulu voir. Que signifient, à propos de tout, à propos de rien, ces récriminations, ces soupçons, etc.?
" Permettez-moi de vous rappeler que j'étais prévenu contre vous au sujtjtdu retard apporté dans la communication du projet de loi à l'Université : ma lettre du 16 septembre vous l'avait fait pressentir...." Plus loin, vous ajoutez : "Car, toujours à cause de mes préventions...." Plus
loin encore : " An lien de voir tomber mes préventions, j'aurais vu dans toutes ces démarches quelque anguille sous roche."
Ne croyez-vous pas, Monseigneur le Pro-E.ecteur, que toutes ces préventions entrent pour plus de la moitié dans les malentendus qui existent entre nous, et que, du moment que les esprits cesseront de nourrir ces funestes préventions, les roches de leur côté cesseront de couvrir des anguilles ?
" Je n'aurais pas manqué de remarquer qu'il s'était écoulé trois semaines entre la réception de la lettre de Rome et la date (9 septembre) de votre lettre aux Evêques et au Recteur ;" et vous appelez cela, Monseigneur, un retard : "Permettez-moi de vous rappelez que j'étais prévenu contre vous au sujet du retard apporté dans la communication du projet de loi à l'Université."
Je trouve ma réponse dans une lettre que vous m'écriviez à la date du 16 septembre : " La quasi-impossibilité de réunir un quorum du Conseil Universitaire pendant les vacances, va re-
mettre nécessairement au mois d'octobre la considération de votre projet par le Conseil."
S'il a fallu trois semaines au Conseil Universitaire pour étudier notre projet de loi et se réunir pendant les vacances, lorsque le plus grand nombre de ses membres ont leur domicile habituel au Séminaire de Québec, serait-il étonnant que, également, pendant les mêmes vacances, il m'eût fallu trois semaines pour aller communiquer personnellement la lettre de Rome à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, puis à Monseigneur l'Evêque de St-Hyacinthe, puis à Monseigneur l'Evêque de Sherbrooke; pour réunir le Conseil d'affaires dont les membres sont disséminés dans les diverses parties d'une grande ville ; pour régler, dans le détail, les démarches à faire ; pour donner un temps convenable à la rédaction de la requête à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec, ainsi qu'à Nosseigneurs les Archevêques et Evêques qui composent le Conseil Supérieur de l'Université ; pour aller la faire signer à domicile par les membres du Conseil d'affaires ; pour écrire une longue
lettre d'explication qui devait accompagner la susdite requête. Les matériaux, et non les paquets, auraient pu en avoir été préparés par le Vice-Recteur assez longtemps d'avance, mais enfin il ne pouvait arrêter la rédaction définitive de ces documents, avant de connaître définitivement, de la part de qui de droit, quelle ligne de conduite il devait suivre.
Non, Monseigneur le Pro-Recteur, croyez-moi, croyez au moins à mon intérêt que je n'ai pas coutume de négliger, j'ai fait en cette affaire toute la diligence possible ; ainsi le croira, je l'espère, tout homme non prévenu.
Malgré ce malentendu que je déplore de tout mon cœur, je demeure avec le plus grand respect,
Monseigneur le Pro-Recteur, Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
Montréal, 13 octobre 1891.
Son Eminence le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec.
Eminentissime Seigneur,
Le 9 de septembre dernier, j'avais l'honneur de transmettre à Votre Eminence une requête signée par les membres du Conseil d'affaires de l'Université Laval à Montréal, soumettant à son examen ainsi qu'à celui des membres du Conseil Supérieur '• un projet de loi pour incorporer civilement les Administrateurs de l'Université Laval ta Montréal."
Chargé spécialement par le Conseil d'affaires de présenter la susdite requête, et " de donner verbalement et par écrit toutes les raisons et développements à l'appui d'icelle," j'adressai au Conseil Supérieur, en même temps que la requête une lettre qui se terminait par ces
paroles : rt Leur confiance (aux membres du Conseil d'affaires) égale le respect avec lequel ils sont prêts à recevoir les suggestions qu'il plaira à Votre Eminence et à Vos Grandeurs de leur faire, pour le succès de la tâche qu'ils ont entreprise sous la direction de leur vénéré Archevêque. "
Le 23 septembre, du N° 84, rue d'Auteuil, Québec, j'écrivais à Votre Eminence, entre autres choses : " Si, dans l'examen de ce projet de loi, il se présentait quelques* objections ou quelques points obscurs, je serais heureux d'être admis à les réfuter ou à les expliquer."
Si j'ai été bien informé, Votre Eminence a vu des objections possibles à quelques points de notre projet ; cependant, Elle aurait exprimé le désir u que nous attendions que le Conseil s'en soit occupé pour travailler notre affaire."
Or, le Conseil Universitaire s'en est occupé, comme il appert par la lettre de Monseigneur le Pro-Recteur Hamel, à moi adressée, en date du 2 octobre courant (N° X).
Et la résolution du Conseil Universitaire, en
définitive, a été que le Conseil u s'abstient de tout autre commentaire sur ce projet de loi, et s'abstiendra de toute opposition à ce que ce projet devienne loi."
Les choses étant ainsi, vu l'espoir qu'exprimait la requête du Conseil d'affaires : " espérant que ce projet de loi... pourra recevoir son approbation (du Conseil Supérieur) à temps pour être soumis aux Chambres à la prochaine session de la Législature de Québec, ce qui, dans notre
humble opinion, importe grandement ; " après
en avoir conféré avec Monseigneur l'Archevêque de Montréal, je prends la liberté de demander respectueusement cà Votre Eminence de vouloir bien nous émettre son désir sur notre projet de loi, et faire en sorte que nous ayons aussi sur ce sujet l'opinion des autres Evêques de la Province ecclésiastique de Québec, comme nous avons déjà celle des Archevêque et Evêques de la Province de Montréal.
Je ne puis me dispenser de réunir, avant longtemps, le Conseil d'affaires de l'Université Laval à Montréal, pour lui rendre compte de la
mission dont il m'a chargé ; et, comme de juste, pour que la chose fût satisfaisante et convenable pour tous, je désirerais pouvoir donner à ces hommes honorables une réponse, quelle qu'elle soit, et je la souhaite aussi favorable qu'est grand et profond le respect avec lequel je suis,
De Votre Eminence.
Eminentissime Seigneur,
Le très humble et très obéissant serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
PS. — Comme les considérants de la résolution du Conseil Universitaire renferment quelques petites inexactitudes, j'en ai écrit à Mgr le Pro- Recteur; et, pour Votre information, j'inclus, sous cette enveloppe, une copie de ma lettre.
Montréal, 14 octobre 1891.
Son Emineuce le Cardinal Simeoni, Préfet de la S. C. de la Propagande.
Le Conseil Universitaire de Laval a donné son opinion sur notre " projet de loi pour incoru porer civilement les Administrateurs de l'Uni- " versité Laval à Montréal ", et il conclut en disant que le " Conseil s'abstiendra de toute " opposition à ce que ce projet devienne loi." (N°XL) Dieu soit béni ! (1)
La résolution du Conseil Universitaire ren-
(1) Vu que Son Eminence le Cardinal Taschereau avait dit à Mgr l'Archevêque de Montréal qu'il désirait " que nous attendions que le Conseil Universitaire s'en soit occupé pour travailler notre affaire," je croy ais tout naturellement que la résolution du Conseil était le reflet de la pensée de l'Eminent Chancelier Apostolique, et que nous n'avions plus à attendre d'obstacles de ce côté-là. J. B. P.
ferme, en matière de fait, quelques inexactitudes. Je les relève dans une lettre à Mgr le Pro-Recteur Hamel. (N° XII.)
Votre Eminence ne sera pas sans remarquer que le Conseil Universitaire semble affecter de n'arriver à sa conclusion que sous le coup u du respect et de la soumission qu'il a pour le Saint- Siège." En vérité, ce calcul, ou cet avancé, est pour moi inexplicable, lorsqu'il n'est question d'approbation préliminaire de Rome, absolument p is, ni dans notre requête, ni dans mes paroles, ni dans mes écrits, comme je l'explique dans une lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal en date du 6 octobre. (N° XV.) Serait-on habituellement sous l'empire de préventions qui feraient voir partout des anguilles sous roche ?
J'ai le plaisir d'annoncer à Votre Eminence que la nouvelle Faculté Médicale composée des deux Ecoles de Médecine réunies, a ouvert ses cours au milieu du contentement général. Je vous envoie, extrait de deux journaux (T Etendard et la Presse^) le compte rendu de
cette démonstration (1) Votre Eminence pourra y voir quelle modération, quel bon vouloir on a apporté, d'un côté comme de l'autre, dans ses actes et ses paroles. Dans cette paix, dans cette concorde et cette union des esprits, qui contrastent avec les agitations et les divisions du passé, on peut constater déjà les bons résultats produits pur les Lettres Romaines, approuvant le bill que nous avions, l'automne dernier, devant la Législature de la Province de Québec.
En effet, les Décrets Romains bien compris, appliqués avec la largeur de vue dans laquelle ils ont été dictés, sont notre salut et le germe de notre prospérité. Nous ne sommes encore qu'à l'aurore d'un développement dix fois plus brillant, si, dans certains quartiers, on cesse enfin de nous créer des embarras, directement ou indirectement. Je compte sur Rome, oui, je compte sur Rome qui, du même coup, sait protéger tous les droits et assurer, catholiquement
(1) Au Supplément, N° V, on trouvera l'allocution que le Vice-Recteur a prononcée en cette circonstance. — J. B. P.
parlant, l'avenir de notre nombreuse jeunesse dans le district de Montréal.
Veuille le ciel accorder à Votre Eminence des jours longs et prospères : c'est là la prière que j'unis à l'expression de la vénération profonde avec laquelle je suis,
De Votre Eminence,
Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX Prêtre,
Montréal, 15 octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr A. Racine, Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur,
N'ayant pas la facilité, à cause de la distance qui nous sépare, d'approcher Votre Grandeur aussi fréquemment que Mgr l'Archevêque de
Montréal, je charge la plume de remplacer la langue dans les paroles que j'ai à vous communiquer. Je tiens à vous mettre au courant des moindres détails de notre situation actuelle ; car nous pourrions bien côtoyer, peut-être avant longtemps, non pas un précipice béant mais une voie semée de quelques épines et petits embarras.
Vous trouverez sous ce pli :
1Q Une lettre cà Son Eminence le Cardinal Simeoni, qui lui annonce, avec quelques réflexions ad /ior, l'envoi de plusieurs documents, lesquels vous avez déjà en votre possession ;
2° Une communication écrite que je dois faire ce soir à un comité de la Faculté Médicale. 11 est probable que nous ne finirons pas toute l'affaire dans la première entrevue, mais j'espère que nous sommes sur le chemin d'une solution raisonnable ;
3° Une lettre de Mgr Hamel en date du 8 octobre: rectifications et explications qui, d'après moi, n'expliquent et ne rectifient pas grand chose (N° XVIII );
4° Ma réponse à la lettre précédente (NQXX);
Dans cette réponse, comme vous le verrez, j'ai laissé de côté " tout ce qui se rapporte à ma mémoire " que l'on trouve très ingrate à Québec; à Montréal, plusieurs la trouvent trop fidèle. Il me répugne de discuter, entre hommes sérieux, des discussions pour la plupart aussi futiles. Après que j'ai rectifié, une fois pour toutes, au meilleur de ma connaissance, les faits dont une interprétation erronée violenterait l'exactitude, la signification et les conséquences, je laisse dire volontiers, sans m'en occuper : j'ai dit ceci, tu as dit ceci, il a dit ceci. Des actes officiels doivent s'appuyer sur des pièces officielles ou des avancés officiels, et non sur des paroles plus ou moins incomplètes, dites dans une conversation privée et bénévole, dont les dispositions du moment chez l'un des interlocuteurs pourraient empêcher de saisir le sens entier et complet.
Tout de même, je me trouve dans un singulier dilemme. Quand je me tiens sur mes gardes et ne romps pas le silence, on me dit: Vous vous défiez de nous, vous nous consultez à la
dernière heure. Quand je donne des explications dans une conversation amicale, dans une causette, pour me servir des expressions de Mgr Hamel : (" . . . M. Mathieu, chez qui vous avez causé avant de venir chez moi. . . ") on se sert de mes paroles pour leur donner un sens exti ême qu'elles n'ont pas, et les tourner contre moi.
J'ai signalé, en passant, le reproche qu'on nous fait d'avoir placé nous-mêmes Québec dans une position pénible (ce qui n'existe que dans les imaginations), en envoyant notre projet de loi à Rome avant de consulter le Conseil Universitaire ; l'accusation d'avoir manqué de diligence dans l'expédition de nos requêtes aux Conseils, soit de l'Université, soit de Haute Surveillance ; et les préventions que Mgr Hamel avoue avoir entretenues à mon égard: que d'autres remarques j'aurais pu faire ! J'ai préféré les taire auprès de Monseigneur le Pro- Recteur, afin de ne pas paraître vouloir, moi aussi, épiioguer. Mais le même danger n'existe pas avec vous, Monseigneur.
Comment concilier, sous tous rapports, les deux phrases suivantes :
11 C'est pour cette raison que le Conseil Uni- " versitaire, bien que l'empiétement des articles " VI et VII sur ses droits et privilèges sautât " aux yeux de tous les membres, n'a pas même " songé à formuler la moindre modification au " projet de loi..." (Lettre de Mgr Haine), 8 octobre 1891.)
u Je serais donc surpris si le Conseil Univer- " sitaire se permettait de suggérer la moindre " modification au projet présenté : 1° parce " qu'il a été étudié avec beaucoup de soin par " des personnes compétentes, intéressées et qui, " étant sur les lieux, sont plus à même que nous " d'apprécier les circonstances; 2° parce que la " clause IX sauvegarde tous les droits conférés " à l'Université Laval par la Charte Royale ;..."
(Lettre de Mgr Hamel, 16 septembre 1891.) Ce qui a sauté aux yeux de Mgr Hamel tout d'abord, d'après les citations précédentes, ce n'est pas que les clauses VI et VII empiètent sur les droits de l'Université, mais bien que ces
mêmes droits sont sauvegardés par la clause IX. Oui, dans un bon moment, Mgr Hamel l'a dit : les circonstances nous dictent, à Montréal, notre conduite. Alors, ce me semble, tous devraient aider de grand cœur, dans leur œuvre importante et difficile, les personnes compétentes, intéressées, qui sont sur les lieux. Pourquoi, après cela, rechigner ?
La lettre du 8 octobre continue : *' . . . Dans " la pensée que, comme on avait pris beaucoup " de temps à Rome pour vous répondre, on " devait l'y avoir étudié et l'avoir approuvé u comme pour le projet de loi de l'année der- " nière. Dans tous les cas, on n'a pas voulu " s'exposer à corriger Rome."
Ainsi, d'après cette phrase ci-haut citée, d'après même la résolution du Conseil : f.1 Contidé- " rant que par là le Conseil Universitaire se " trouve dans l'ignorance de ce que le Saint- *' Siège approuve ou n'approuve pas dans le sus- M dit projet," le Conseil Universitaire ne fait donc que s pposer que notre piojet de loi a été, à Rome, approuvé. Alors, comment a-t-il pu
dire dans la conclusion de sa résolution : " Par respect et par soumission pour le Saint-Siège ? " Par respect, passe encore ; mais par soumission, c'est trop fort. Ce n'est pas logique de se soumettre à des ordres ou à des directions qu'on ignore. Rome aurait-elle écrit à Québec? Ce mot de soumission le laisserait entendre. Cependant, de mon côté, je l'ignore.
Enfin, " bien que mon oreille me dît qu'il s'agissait du 7 septembre, comme j'hésitais entre le 7 et le 5..."
Ah! vous hésitiez, Monseigneur, à croire votre oreille ! eh bien ! alors, croyez-moi, il ne vaut pas la peine d'écrire d'aussi longues pages sur le 7, et si je me suis permis de relever en passant cette erreur de date que j'appelai petite, c'est que je m'apercevais qu'on y attachait bien trop d'importance.
Assez sur ces bagatelles, qu'il ne m'appartient pas toutefois de laisser passer inaperçues, et terminons par une nouvelle plus consolante.
La messe du Saint-Esprit, pour demander les bénédictions du Ciel sur l'année universitaire
qui commence, a eu lieu le jour de la St-Edouard. Le Dr Durocher, Président de la Faculté Médicale, était au poste, et, le troisième, a juré sur les saints Evangiles la profession de foi. Pour un catholique comme M. Durocher, la chose est bien simple en elle-même, mais elle est grosse de conséquences, comme preuve qu'il n'y a plus à Montréal, dans le monde universitaire, qu'une seule direction religieuse, unique, uniforme, acceptée de tous.
Croyez que je demeure dans les sentiments de la plus haute considération, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre,
Archevêché de Québec, 15 octobre 1891.
Révérend M. J. B. Proulx, Ptre, Vice-Recteur de l'Université Laval, Montréal.
Monsieur,
Sous prétexte de faire incorporer civilement les Administrateurs de /' Université Laval à Montréal, le projet de loi que vous présentez à l'approbation du Conseil Supérieur de l'Université (sans nous dire ce qu'en pense le Saint- Siège), crée réellement à Montréal une Université tout à fait indépendante de l'Université Laval telle que constituée par sa Charte Royale et son institution canonique.
Dans ces conditions, je ne puis, pour ma part, en ma qualité de Chancelier Apostolique de l'Université Laval, approuver ce projet de loi, et je ne l'appuierai qu'autant qu'il me sera
fiuthentiquement démontré que telle est la volonté du Saint-Siège. (1)
Dans ce dernier cas, comme toujours, je donnerai mon adhésion les yeux fermés et sans disenter.
Agréez, Monsieur le Vice-Recteur, l'assurance de mon dévouement,
E. A. Card. TASCHEREAU,
Arch. de. Québec,
Visiteur et Chancelier Apostolique de V Université Laval.
(] ) On ne sera pas sans remarquer que, dans l'espace d'un mois, les autorités Universitaires à Québec nous ont envoyé trois opinions, pas pareilles du tout.
1° D'abord Mgr Hamel, Pro-Recteur, agissant au nom de Mgr le Recteur, admet personnellement que la clause IX de notre projet de loi " sauvegarde tous les droits conférés à l'Université Laval par la Charte Royale." (Lettre du 16 septembre 1891.)
2° Un peu plus tard, le Conseil Universitaire, se rangeant à une opinion tout à fait contraire, est d'avis que notre projet de loi " empiète sur les droits octroyés au Conseil Universitaire par la Charte Royale ; " cependant, pour certaines considérations, " il s'abstiendra de toute opposition à ce que ce projet devienne loi." (Résolution du 2 octobre 1891.)
3° Enfin Son Eminence le Cardinal Taschereau, allant encore
Montréal, 16 octobre 1891.
Son Eminence le Cardinal Taschereau,
Arch. de Québec, Visiteur et Chanc. Apost. de l'Université Laval.
Eminentissime Seigneur,
Au moment de partir pour la campagne, je reçois la lettre que Votre Eminence m'a fait l'honneur de m'écrire le 15 du courant. Je m'empresse de lui répondre, bien que je n'aie pas le temps de voir auparavant Mgr l'Archevêque de Montréal, ni les Révérendissimes Evê-
plus loin, dit " que notre projet de loi crée une Université indépendante" et Elle nous fait savoir que, " en sa qualité de Chancelier Apostolique de l'Université Laval, Elle ne peut l'approuver." (Lettre du 15 octobre 1891.)
Cependant le résultat pratique de ces opinions contradictoires est idem et unum : retarder la reconnaissance légale de notre projet de loi, ce qui, dans notre opinion, met en danger même l'existence de l'Université à Montréal,— J. B. P.
ques ses suffragants. Du reste, je ne suis pas fâché de me trouver dans l'occasion de prendre sur moi .seul la responsabilité des quelques remarques qui vont suivre.
Votre Eminence me dit : " Sous prétexte de " faire incorporer civilement les Administra- 11 teurs de T Université Laval à Montréal, le pro- *' jet de loi que vous présentez à l'approbation " du Conseil Supérieur de l'Université (sans " nous dire ce qu'en pense le Saint-Siège auquel " vous l'avez soumis avant de demander notre " avis), créi réellement à Montréal une Uni- * versité tout à fait indépendante de l'Uni ver- (( site Laval telle que constituée par sa Charte 11 Royale et son institution canonique."
1° Eminence, veuillez m'en croire, il n'y a pas de prétexte dans notre conduite ; nous agissons par des raisons d'importance majeure, raisons si fortes que, dès mil huit cent quatrevingt-sept, l'Université Laval elle-même a demandé à la Législature d.j Québec, et en a obtenu pour la Succursale de Montréal, l'organisation légale d'un syndicat financier,dans le genre
de celai que nous soumettons actuellement à l'examen du Conseil Supérieur de Haute Surveillance. Or, pour des motifs tout à fait évidents, ce syndicat n'a pu et ne peut fonctionner. Tout simplement nous voulons le remplacer, en y apportant les améliorations que permettent les circonstances de l'heure présente.
2° Nous ne soumettons pas notre projet de loi seulement à V approbation, mais encore à X examen du Conseil Supérieur, ce qui constitue, ce me semble, une notable différence.
3° Nous lia voulons aucunement créer à Montréal une Université tout à fait indépendante de l'Université Laval. Preuve, la clause IX de notre projet de loi qui dit :
u Rien de contenu au présent acte ne sera inci terprété comme amoindrissant ou affectant en * aucune manière les pouvoirs, droits ou privi- " lèges accordés à l'Université Laval à Québec {i ou ait Conseil de la dite Université par laChar- " te Royale de Sa Majesté la Reine Victoria, en " date du 8 décembre 1852, érigeant en corpo- (i ration civile la dite Université Laval à Que-
" bec, l'intention du présent acte étant de ne tl déroger en rien à la dite Charte."
Autres preuves, les suggestions et les remarques que nous demandions au Conseil Universitaire et au Conseil Supérieur de nous faire, afin d'apporter, s'il y a lieu, des modifications à notre projet de loi :
" Leur confiance égale le respect avec lequel " ils sont prêts (les membres du Conseil d'afîaiu res de l'Université Laval à Montréal) à re- 11 cevoir les suggestions qu'il plaira à Votre Emi- ° nence et à Vos Grandeurs de leur faire, pour " le succès de la tâche qu'ils ont entreprise sous " la direction de leur vénéré Archevêque. " (Lettre de l'abbé J. B. Proulx, Prêtre, Vice- Recteur de l'Université Laval à Montréal, à Son Eminence Cardinal Taschereau, 9 septembre 1891.)
'• Si vous, Mgr le Recteur, ou le Conseil Uniu versitaire, aviez quelques remarques à nous " faire à propos de ce projet de loi, croyez que " nous serions très heureux de les recevoir et
" d'en tenir compte." (Lettre de l'abbé J. B. " Proulx à Mgr Paquet, 9 septembre 1891).
4° Nous n'avons pas envoyé à Rome notre projet de loi pour le faire approuver, dans ses détails, en dehors de toute participation du Conseil Supérieur. Notre but, comme tous les intéressés ont pu le lire, est clairement énoncé dans une lettre à Sjïi Eminence le Cardinal Simeoni en date 26 juin 1891, laquille se trouve en tête de l'opuscule que j'avais l'honneur d'adresser à Votre Eminence, le 9 de septembre dernier. Voici :
" C'est pourquoi j'ose espérer que Votre Emi- " uence, que la Sacrée Congrégation &3 la Pro- " pagande et que notre Très Saint Père le Pape " auront peur agréable ce projet de loi qui a été " préparé avec tant de soin, et qu'ils ne désap- " prouveront pas le dessein que Nosseigneurs ;< les Archevêque et Evêques de la Province " ecclésiastique d s Montréal ont d'en demander (i la sinction civile à la prochaine session de la " Législature de la Province de Québec."
Du moment que nous avons constaté que notre
projet de loi, inse9 n'était pas désagréable à la Cour de Rome et que, prima fade, elle ne désapprouvait pas notre dessein (1), nous avons fait ce que nous avions décidé de faire dès le commencement : suivre la voie régulière, et soumettre notre projet de loi; pour examen, au Conseil Universitaire et au Conseil Supérieur.
Après cela, m'appartient-il de dire ce que pense le Saint-Siège, au risque de mal interpréter sa pensée ? Ne suffit-il pas que notre conduite, vis-à-vis les autorités universitaires, soit prudente, sincère, franche et loyale ? Loyalement et franchement nous avons demandé l'avis du Conseil Supérieur; le Conseil Supérieur dans ces conditions, il me semble, peut donner son avis sans courir le danger de se compromettre. C'est ce que notre manière d'agir proclame plus haut que mes paroles.
Votre Eminence ajoute : " Dans ces conditi- " ons, je ne puis, pour ma part, en ma qualité '{ de Chancelier Apostolique de l'Université
(1) Voir, au Supplément, le No I.
" Laval, approuver ce projet de loi, et je l'ap- '•' puierai qu'autant qu'il \m sera authentique- ' 'meii t démontré que tel le est la volonté du Saint-
£iege.
5Q D'abjrd, E niuence, ni d ans mes écrits, ni dans mes paroles, il n'a été question de la volonté du Saint-Siège. Nous avons mis devant vous notre projet de loi, purement et simplement, ne faisant valoir en sa faveur que ses mérites intrinsèques et les résultats bienfaisants que nous en attendions. Après tout, le fait d'avoir été à Rome tout d'abjrd ne peut cjnstituer contre nous un argument.
6Q Nous nous trouvons vraiment, dans une position singulière. Votre Eminenceadit à Mgr l'Arclieve [Lie de Montréal que notre projet de loi renferme des dispositions qui empiètent sur les droits de l'Université, et sa lettre d'hier répète la même chose eu d'autres termes. Nous voulons connaître, avec précision, quels sont ces empiétements, aliu de les corriger , bien plus, nous supplions dans ce sens. Et, pour toute réponse, nous avons qiu " Votre Eminence ne
peut approuver ce projet de loi." Mais, je le répète, ce n'est pas une approbation pure et simple que nous avons demandée ; ce sont des suggestions, des avis, des conseils, des corrections, afin de pouvoir satisfaire l'Université, en même temps que nous sommes obligés de donner satisfaction aux intérêts de Montréal.
Ces intérêts sont si pressants, que Nosseigneurs les Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal écrivaient dernièrement à Rome :
" Nous travaillons, au milieu des difficultés u les plus variées, à rallier à l'Université, sui- '• vaut les désirs des décrets romains, toute la " population catholique du District de Mont- " réal , nous avons déjà obtenu dans ce sens, " par l'union des deux Ecoles de Médecine, un M succès qui dépasse toute espérance : il est mal- '• heureux que notre action ne soit pas toujours " bien comprise par ceux-mêmes qui auraient le " plus d'intérêt, ce semble, à la voir réussir.
" 11 existe à Montréal, il ne faut pas se le ca- M cher, un grand danger qu'il s'organise une
" Université laïque en dehors de tout contrôle " légal de l'Episcopat, si nos difficultés conti-
" nuent ; . . .
i( Nous jouons, probablement, la dernière " chance de voir les laïques en masse marcher " avec nous sur la question universitaire. Us " le font avec beaucoup de sincérité, mais aussi " avec une certaine impatience. N'allons pas, " par des retards, pour des motifs d'ordre secon- " daire, frustrer leur attente et les fruits de il leur bonne volonté."
Je ne vous cache pas, Eminence, qu'un des devoirs les plus pénibles de ma charge est d'avoir à communiquer votre honorée lettre du 15 du courant au Conseil d'affaires de l'Université Laval à Montréal. Je crains que, datis le public (car le public s'ap rcevra bien, à la fin, que nous sommes arrêtés dans notre marche), on interprète cet arrêt d'une manière qui nuira grandement aux meilleurs intérêts et de l'Université et de la Religion. Je ne rencontrer.ii pas le Conseil d'affaire?, je crois bien, avant mercredi soir, le 21 du courant; que je serais
heureux si, d'ici là, Votre Erainence trouvait bon de me faire parvenir une répons-; plus favorable !
Dans cet espoir, je prie Dieu de nous éclairer tous ensemble de ses divines lumières, et je prie Votre Eminence, avec les sentiments de la vénération la plus sincère, de me croire, Eminentissime Seigneur, Son très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Pire.
St-Hyaointeie, 16 octobre 1891.
A M. l'abbé J. B. Proulx,
Chan. et Vice-Recteur U. L. M.
Mon cher Monsieur,
J'accuse réception d'une copie de la lettre que vous venez d'adresser à Son Eminence le Cardinal Taschereau pour le prier de vous donner son sentiment, et celui de ses SufFragants,
sur notre projet de bill d'incorporation des Administrateurs de l'Université Laval à Montréal.
Malgré la peine que vous savez que Son Emin en ce a ressentie au sujet de ce projet de loi, peine que nous lui avons causée bien involontairement, j'ai la confiance que sa réponse sera encourageante, parce qu'Elle ne peut vouloir autre chose que la prospérité sous tout rapport de l'Université à Montréal, qui est la fille de l'Université de Québec et que leSaint-Siège a établie lui-même, telle qu'elle est aujourd'hui.
Dans cet espoir, je demeure votre tout dévoué en N. S.
f L. Z., Ev. de St- Hyacinthe.
St-Hyacintiie, 17 octobre 1891.
Au Révérend J. B. Proulx, Chanoine, Vice- Recteur, Montréal.
Mon cher Monsieur,
Je vous suis bien reconnaissant de l'envoi des cinq documents qui accompagnaient votre lettre d'avant-hier. J'ai lu le tout avec le plus vif intérêt.
Grâce à votre prodigieuse activité, vous nous tenez parfaitement au courant de toutes et de chacune de vos opérations de Vice-Recteur, et vous nous communiquez toutes les nouvelles, bonnes ou mauvaises, qui concernent la grande oeuvre dont le Saint-Siège nous a confié le soin et la direction. Il en résulte que nous sommes aussi bien renseignés que si nous demeurions sur les lieux. En disant nous, je veux parler de
Mgr l'Evêquede Sherbrooke, et de votre humble serviteur.
Je souhaite de tout mon cœur que le Conseil Universitaire revienne au plus tôt de ses préventions contre votre manière d'agir et la nôtre dans l'affaire du projet de loi pour l'incorporation civile des Administrateurs de Laval à Montréal. Assurément nous n'avons pas voulu peser sur cet honorable Conseil en soumettnnt ce projet de loi à l'examen, et non à l'approbation, du Saint-Siège. Ce nuage une fois disparu, il n'y aurait plus, il me semble, de points noirs à l'horizon. Tout va si bien à Montréal, pourquoi n'en serait-il pas ainsi du côté de l'Université mère! Espérons que le Ciel le voudra bientôt.
Avec cette confiance, je demeure toujours avec bonheur,
Votre bien reconnaissant en N. S.
f L. Z., Ev. de St- Hyacinthe.
St-Lin des Laurentides, 19 octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr A. Racine, Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur,
Sous ce pli vous arrive une lettre très importante de Son Erainence le Cardinal Taschereau en date du 15 octobre, et la réponse que je lui fis immédiatement sous ma propre responsabilité.
A cette réponse, avec votre bienveillante permission, j'ajouterai quelques remarques.
1° Lorsque nous présentâmes notre projet de loi au Conseil Supérieur, Son Eminence, si j'ai été bien informé, parla et agit de manière à empêcher les membres du dit Conseil de donner sur ce projet leur opinion. Alors, à quoi bon pour nous de consulter le Conseil Supérieur, comme c'était notre devoir, et comme nous en donnait la direction Son Eminence le Cardinal Simeoni dans sa lette du 4 août dernier ?
2° Lorsque le Conseil Universitaire nous fait savoir " qu'il s'abstiendra de toute opposition à ce que ce projet devienne loi," Son Eminence, en sa qualité de Chancelier Apostolique, nous déclare qu'elle ne l'approuve pas. Est-ce régulier? Peut-être ; mais, certainement, ce n'est pas conciliant. Il estsi facile de nous dire en quoi, dans le détail, notre projet de loi empiète sur les droits du Conseil Universitaire ; et, de notre côté, nous sommes si bien disposés à y apporter toutes les modifications possibles. Car, ce ne doit pas être, après tout, l'idée elle-même de ce syndicat que l'on regarde comme empiétant sur les droits de l'Université, ce qui reviendrait à dire que les droits de l'Université à Québec sont absolument incompatibles avec les intérêts, les besoins et le développement des études universitaires à Montréal.
3° Lorsque nous présentons le projet de loi le plus catholique du monde, et que, dans sa rédaction, nous tâchons de nous inspirer de la constitution JAM DUDUM qui suppose et admet, elle, une administration à Montréal : quiMontis Regii
Suceur salent administrant, on nous dit : Votre projet de loi (i crée réellement une Université tout à fait indépendante de l'Université Laval, telle que constituée par sa Charte Royale et son institution canonique."
Ceci me rappelle qu'un jour, Mgr Paquet, pas très content, avançait que la constitution Jam duduni détruisait en grande partie les conditions posées lors de l'établissement de la Succursale, desquelles faisait mention la bulle d'érection canonique: "Il semble pourtant, dit-il, qu'on aurait pu et dû agir autrement envers l'Université, la principale intéressée, vu surtout que les conditions posées, lors de la concession de la Succursale, avaient été insérées dans la bulle d'érection canonique Inter varias sollicitudines, conditions que la nouvelle constitution modifie et détruit en grande partie." (Extrait du rapport du Recteur de l'Université Laval au Conseil Supérieur pour l'année 1888-89). Cependant, Rome n'en a pas moins maintenu dans toute son intégrité la constitution Jam dudum.
Cela me rappelle encore que, une autre fois,
Mgr Paquet était d'avis, avec quelques autres, que notre bill d'union froissait les droits de l'Université et blessait les décrets romains. " D'un autr^ côté, dit-il, la loi proposée, d'après l'opinion de plusieurs de nos plus habiles légistes, paraissait froisser les droits de Laval et blesser les décrets pontificaux." (Extrait de la déclaration de Mgr le Recteur de l'Université faite devant le Comité des bi Ils privés, le 27 novembre 1890.) Cependant, le Saint-Siège n'en a pas moins approuvé notre bill dans toute sa teneur.
Cette fois aussi, il pourrait bien se faire que Ton donnât, à Québec, à notre projet de loi une interprétation trop sévère et des intentions trop radicales.
Rome a compris n os besoins. Sans blesser la Charte Royale et sans froisser la bulle d'institution canonique, on peut ajouter à l'ensemble universitaire des compléments et des perfectionnements qui, n'empiétant en quoi que ce soit sur les droits de Laval à Québec, assurent, protègent, et sauvegardent les plus chers intérêts de notre jeunesse catholique à Montréal.
4° Son Emmenée le Cardinal Chancelier Apostolique de l'Université me dit : " ... et je ne l'approuverai (ce projet de loi) qu'autant qu'il me sera authentiqueraient démontré que telle est la volonté du Saint-Siège."
Je suis à me demander ce que veut dire ce mot " authentiqueraient." Serait-il venu de quelque part une communication de la volonté du Saint-Siège qui ne serait pas considérée comme une démonstration suffisamment authentique? Toujours est-il qu'elle n'est p;is venue de moi, puisque le Conseil Universitaire, dans ses considérants, fait remarquer que M. le Vice-Recteur Proulx a reçu de Rome " une réponse qu'il n'a pas cru devoir communiquer à ce Conseil," et que de suite il ajoute: " Considérant que par là le Conseil Universitaire se trouve dans l'ignorance de ce que le Saint-Siège approuve ou n'approuve pas dans le susdit projet de loi." La communication ne vient pas de moi, puisque, en second lieu, Son Eminence le Cardinal Taschereau, dans sa lettre, met entre parenthèses les mots suivants : " Sans nous dire ce qu'en pense
le Saint-Siège, auquel vous l'avez soumis (le projet do loi) avant de demander notre avis."
Pourtant, dans la bouche d'un homme qui parle avec autant de précision que le Cardinal Archevêque .de Québec, ce mot " authentiquement " m'intrigue, surtout lorsqu'il vient après catte phrase du Conseil Universitaire, qui affirme pourtant que je l'ai laissé dans l'ignorance de ce que le Saint-Siège approuve ou n'approuve pas : rt Par respect et par soumission pour le Saint-Siège." Le Conseil Universitaire respecterait-il une volonté du Saint-Siège qui n'existerait pas, et se soumettrait-il à un désir qu'il ne connaîtrait pas ? Qui potest capere, capiat.
5° Le terrain de la lutte, si Québec ne revient point sur ses pas, nous est indiqué, nous est imposé ; il ne nous appartient pas, en définitive, d'en choisir un autre : Rome.
Pouvons-nous reculer ? Que diraient les laïques qui ont travaillé avec nous ? Que dirait toute la ville de Montréal ? Les défiants (et ils sont légion) ne crieraient-ils pas à la trahison ?
Si nous abandonnons la tête du mouvement, d'autres en prendront la conduite, et mèneront les choses plus loin que ne le désirerait même Québec. Pour le district de Montréal, c'est la division dans toutes les classes de la société, les mauvais jours d'autrefois reviennent; pour l'influence épiscopale, dans les sphères universitaires, c'est le submergement. Adieu, pour toujours, le développement de l'Université à Montréal sous le contrôle légal des Evêques ; impossible de faire renaître, avec le même bon esprit, l'élan actuel : l'occasion envolée ne reviendra plus.
Pour moi, mon parti est bien pris, depuis longtemps, de sang-froid, irré vocablemen t. Aucun trouble, aucun effort ne me coûtera pour promouvoir l'œuvre à laquelle vous m'avez fait l'honneur de m'associer, pourvu qu'on lui laisse ses chances naturelles de succès ; mais, pour lui donner, au milieu d'exigences impossibles, un travail nécessairement stérile, dans des conditions qui nous forcent à heurter tontes les aspi-
rations local -s, par conséquent à languir, végéter, et à la fin avorter misérablement, jamais!
L'impasse est sérieuse, le moment critique, la décision à prendre pleine de conséquences. Il s'agit de savoir si le projet de loi doit être abandonné ; s'il doit être remis ; s'il y a espérance, par un nouvel effort, d'obtenir de Québec une réponse favorable ; ou si nous devons aller à Rome immédiatement. Dans ce dernier cas, il n'y a pas de temps à perdre. . . C'est pourquoi, en vous envoyant ces lettres et ces réflexions diverses, j'ai recours à votre prudence et à votre expérience, toujours dans les sentiments de la considération la plus haute et de la confiance la plus profonde, avec lesquels je me souscris, De Votre Grandeur,
Monseigneur,
Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
Archevêché de Québec, 19 octobre 1891.
Révérend M. J. B. Proulx, Ptre,
Monsieur,
En réponse à votre lettre du 16 courant, permettez-moi de vous dire que vous êtes bien pressé après avoir perdu plus de quatre mois pour aller chercher à Rome à faire approuver simplement le dessein d'un projet de loi que vous saviez y être bien accueilli du moment qu'il satisferait tous les intéressés. Or, l'Université, dont le Saint-Siège m'a chargé, comme Chancelier Apostolique, de surveiller les intérêts, n'est-elle pas grandement intéressée dans tout ce qui se fait à Montréal sous son nom ?
Votre lettre du 16 est la meilleure preuve de ce que je vous ai dit : le Syndicat financier est le prétexte, ou si vous l'aimez mieux, l'a propos ;
le but final est de créer un corps qui n'nit pas besoin du Conseil Universitaire. (1) Le Syndicat de 1887 était purement financier et n'empiétait sur aucun des droits du Conseil Universitaire. Faites un projet de loi analogue, et je serai heureux de l'approuver. Mais quant à consentir à ce que Ton donne aux "Administrateurs
(1) Si Son Eminence a voulu dire que les Administrateurs de l'Université Laval à Montréal n'auraient pas besoin du Conseil Universitaire, pour gérer les affaires pécuniaires du Siège montréalais de l'Université, Elle a parfaitement raison, puisque déjà, depuis deux ans, l'Archevêque de Montréal gère ces affaires sans avoir à en rendre compte à personne, et puisqu'il ne peut en être autrement, vu que, entre autres raisons, Mgr Paquet, Recteur de l'Université, écrivait au Vice-Recteur Proulx de Montréal, le 18 août 1889 : " Par le fait de la nomination du Vice-Recteur, le Séminaire a abandonné l'administration financière de la Succursale le jour même de cette nomination. Par conséquent, vous pouvez prendre possession de la maison et de tout ce qu'elle renferme, et administrer le tout au nom de la Succursale ou de Mgr l'Archevêque de Montréal."
Si, au contraire, comme le contexte le porte à le croire, Son Eminence veut répéter en d'autres termes ce qu'Elle a dit dans sa lettre du 15 octobre, "que notre projet de loi crée en réalité une Université indépendante de l'Université Laval," je ne puis admettre cette proposition, et on en trouvera la réponse à la lettre suivante. — J. B. P.
de l'Université de Montréal" les droits qui relèvent du Conseil Universitaire, je ne saurais le faire que s'il m'est démontré que tel est le désir du Saint-Siège (puisque le mot volonté vous paraît trop fort). C'est ce qui est loin de m' être démontré.
Au reste, je vais m'en assurer. Cela ne prendra pas les quatre mois que vous avez perdus à aller chercher une réponse dont, d'après ce que vous me dites, vous deviez connaître le sens sans qu'il fût nécessaire de le demander. C'est ce qui me fait croire que vous y êtes allé pour y chercher autre chose. Et, comme je ne connais pas la teneur de la réponse que vous avez reçue, rien ne me dit si le Saint-Siège ne désire pas que je laisse passer cette loi-ci, précisément ce à quoi j'objecte, comme pour celle de l'année dernière qui a enlevé à l'Université le contrôle d'une de ses facultés à Montréal. (1)
Si ce retard vous dérange dans vos calculs,
(1) En réponse à la proposition que renferme ce dernier membre de phrase, voir, au Supplément, le Numéro V.
veuillez, au moins ne pas vous en prendre à moi, lorsque vous disposiez d'un temps amplement suffisant pour consulter d'une manière opportune tous ceux que cela concerne.
Agréez, Monsieur,
L'assurance de mon dévouement,
E. A. Card. TASCHEREAU,
ArcJi. de Québec.
Montréal, 21 octobre 1891.
Son Eminence le Cardinal E. A. Taschereau, Archevêque de Québec.
Eminentissime Seigneur,
Je n'ai reçu que ce matin, 21 octobre, la lettre que Votre Eminence me faisait l'honneur de m' écrire le 19 du courant. Je suis heureux de le dire, cette lettre, d'un côté m'a causé un très grand plaisir, vu que je la reçois avant de rencontrer le Conseil d'affaires, et qu'elle me laisse
espérer que nous pourrons finir par nous entendre.
Nous entendre ! Vénéré Seigneur, s'il n'y avait dans cette affaire que Votre Eminence et nous, il y aurait déjà longtemps, j'en suis persuadé, que l'entente serait complète.
D'un autre côté, je regrette qu'on ne nous dise pas, d'une manière précise, ce que nous devrions retrancher de notre projet de loi, pour en faire un projet que Votre Eminence " serait heureuse d'approuver," et ce en quoi il donne à d'autres " les droits qui relèvent du Conseil Universitaire." C'est possible que le Conseil trouve que notre projet affecte ses droits; et, c'est justement parce que c'est possible que, en le soumettant à l'examen du Conseil Supérieur et au Recteur de l'Université, nous avons demandé des suggestions et des remarques, avec promesse d'en tenir compte. Si on avait jugé à propos, de suite, de nous répondre ad koc, la question très probablement serait déjà finie.
Le mot " volonté du Saint-Siège," dans la lettre que Votre Eminence m'a écrite le 15 du
courant, ne m'a pas paru trop fort. J'ai voulu simplement dire que, à l'occasion du projet de loi, ni dans mes paroles, ni dans mes écrits, il n'a été question de " volonté du Saint-Siège" ; bien plus, il n'a pas été question même de " désir."
Que j'aie "perdu du temps," c'est certainement une chose qui est matière d'opinion; et mon opinion sincère, avec celle d'un grand nombre, est que, dans les circonstances, j'ai été le plus vite qu'il m'a été possible.
Quant à la croyance "que je suis allé à Rome pour y chercher autre chose," que notre projet de loi n'est " qu'un à-propos," et que " le but final en soit de créer un corps qui n'ait pas besoin du Conseil Universitaire," je me vois dans la pénible nécessité de dire (et je le fais sans amertume et avec le plus grand respect) que ce ne sont là que des interprétations, dont je ne doute aucunement cle la sincérité, mais que l'on ne pourra jamais appuyer sur rien de tangible : car, je n'ai jamais eu ces intentions dans ma penhée, et je n'ai jamais dit ni écrit ce que
je ne pensais pns. A l'encontre, outre mes paroles et mes lettres, je pourrais apporter le témoignage de Nosseigneurs les Aichevêque et Evêques de la Province de Montréal, pour qui je n'ai rien de caché, ainsi que celui des membres du Conseil d'affaires qui ont travaillé avec moi avec tant d'assiduité et de persévérance, hommes tous parfaitement honorables.
Si j'ai relevé quelques mots, croyez, Etninence, que mon dessein n'est pas de récriminer: loin de moi cette manière de faire. Mais je serais tellement satisfait si la loyauté de ma conduite pouvait enfin être acceptée à Québec, comme elle l'est généralement à Montréal. Dans tous les cas, je ne désespère point qu'un jour viendra où, à Québec comme à Montréal, Ton croira à mon dévouement aux meilleurs intérêts de l'Université Catholique dans la Province de Québec, comme au respect et à la vénération qu'a toujours eus pour Votre Eminenee,
Eminentissime Seigneur,
Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Pire.
Montréal, 21 octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
La tension se relâche quelque peu (1). Le Cardinal Archevêque de Qjébec vient de m'écrire pour me dire: "Faites un projet de loi analogue (au Syndicat de 1887), et je serai heureux de l'approuver."
Il ne peut pas m'avoir écrit pour un autre motif; car, à part cela, il n'est question, dans sa lettre, que du temps que j'ai perdu, du but final qu'aurait notre projet de loi, de la volonté ou du désir du Saint Siège qui devrait lui être démon-
(1) J'ai toujours eu un si grand désir de voir régner la bonne entente entre les deux sièges de l'Université, que je ne puis m'empêcher de me réjouir, chaque fois que je vois poindre de ce côté une lueur d'espérance, serait-elle faible et incertaine. — J. B. P.
tré pour déterminer son approbation, de la supposition que j'ai été à Rome pour y chercher autre chose, de l'ignorance où j'ai laissé Québec touchant la réponse que j'ai reçue de Rome,etc : toutes choses qui, en affaires sérieuses et importantes comme l'est celle-ci, ne nécessitent pas la lettre d'un Prince de l'Eglise, surtout après celle du 15 courant, excepté peut-être pour la nouvelle que Son Eminence allait consulter Rome.
Je vous envoie la copie de cette lettre, et celle de la réponse que j'y fais. J'ai cru de mon devoir de relever quelques paroles, afin de ne pas paraître admettre que j'ai pris une position tout autre que celle que nous avons décidée et prise en réalité. Notre terrain est ferme, sûr, sagement circonscrit : on ne m'en sortira pas. Pour ne point fatiguer Son Eminence par une réponse trop longue et trop minutieuse, j'ai sauté à pieds joints par-dessus bien des choses, entre autres les suivantes :
Ie u Permettez-moi de vous dire que vous u êtes bien pressé après avoir perdu plus de " quatre mois pour aller chercher à Rome à faire
Ci approuver simplement le dessein d'un projet (i de loi que vous saviez y être bien accueilli du " moment qu'il satisferait tous les intéressés."
Est-ce que cette raison ne suffirait pas pour consulter Rome ? Quelques-uns des intéressés ne pouvaient-ils pas se montrer un peu difficiles? L'expérience du passé, sur ce point, n'était pas tout à fait rassurante ; et l'expérience du présent nous montre assez que notre prudence avait sa raison d'être.
Du reste, voici l'ensemble des raisons qui nous ont conduits, tout d'abord, à Rome; je les trouve dans un compte rendu des délibérations du Conseil d'affaires :
*' Nous savions fort bien que ce projet de loi, en ce qui regarde les intérêts généraux de l'Université, ne serait-ce qu'indirectement, régulièrement devait être présenté au Conseil Supérieur de l'Université Laval.
" Nous l'avons envoyé à Rome, tout d'abord, pour faire honneur à la première autorité, en lui donnant, avant toute autre, connaissance de notre dessein, Nous l'avons euvoyé à Rome, pour
faire acte de bons catholiques ; car, si Home, prima facie, avait trouvé notre projet impraticable, nous l'aurions retiré.
11 Nous l'avons envoyé à Rome, pour prévenir tout retard. Car, au Conseil Supérieur, quelqu'un même de l'extérieur aurait pu dire : Avant que le projet de loi ne soit soumis à l'étude, référons-en à Rome..."
2° " Or l'Université, dont le Saint Siège m'a " chargé, comme Chancelier Apostolique, de sur- 11 veiller les intérêts, n'était-elle pas grandement 11 intéressée dans tout ce qui se fait à Mont- " réal sous son nom."
Elle y est certainement, et c'est pour cela que nous lui avons soumis notre projet de loi, ne la regarderait-il qu'indirectement. Mais d'un autre côté, l'Université, loin d'augmenter les embarras d'une position difficile, surtout par rapport à elle, doit être tenue de nous aider à satisfaire les aspirations légitimes et les vrais intérêts de cette partie du pays.
3Q ii Votre lettre du 16 est la meilleure preu- " ve de ce que je vous ai dit ; le Syndicat finan-
" cier est le prétexte, ou, pi vous l'aimez mieux, " l'a propos ; le but final est de créer un corps qui " n'ait pns besoin du Conseil Universitaire."
Pure affirmation. Où est la preuve ? Qu'on veuille bien relire ma lettre du 16 courant : je prétends qu'elle prouve tout le contraire.
4° "L^ Syndicat de 1887 était purement finan- " cier et n'empiétait sur aucun des droits du " Conseil Universitaire. Faites un projet de loi analogue, et je serai heureux de l'approuver."
Faut-il qu'il soit absolument analogue ? Sous le rapport delà catholicité, notre projet de loi est certainement supérieur au Syndicat de 1887. Si l'on trouve qu'il empiète sur les droits du Conseil Universitaire, faut-il que nous recommencions à neuf le travail tout entier, que nous le représentions de nouveau, au risque d'arriver à un résultat qui ne satisferait pas ces Messieurs. Pourquoi, plutôt, ne pas nous dire formellement en quoi nous empiétons. Nous le demandons. N'est-ce pas la voie ordinaire de procéder ? De même, le travail serait sûr, court et facile.
5 e* " Mais quant à consentir à ce que l'on don-
" ne aux " Administrateurs de l'Université à u Montréal" les droits qui relèvent du Conseil " Universitaire, je ne saurais le faire que s'il i( m'est démontré que tel est le désir du Saint- 11 Siège (puisque le mot volonté vous paraît trop " fort). C'est ce qui est loin de m'être démontré."
Sans doute, Son Eminence Elle-même a trouvé trop fort le mot " volonté ". Elle a été bien aise d'y substituer celui de " désir ". Mais je suis à me demander pourquoi me faire dire, à moi, sans que je n'y aie donné lieu ni de près ni de loin, que je l'ai trouve trop fort?
6° " Au reste, je vais m'en assurer."
On va à Rome, fort bien. Après cela, dites, était-ce mal pour nous d'y aller ? Mais, si on présente à Rome nos démarches sous la couleur qu'on nous les présente à nous-même, il importe que nous y allions aussi, de notre côté.
7° " Cela ne prendra pas les quatre mois que u vous avez perdus à aller chercher une réponse " dont, d'après ce que vous me dites, vous deviez " connaître le sens, sans qu'il fût nécessaire de " le demander. C'est ce qui me fait croire que " vous y êtes allé pour chercher autre chose."
Pourquoi ces suppositions gratuites ? Quel bien peut-il en résulter ? Ne vaudrait-il pas mieux croire à nos affirmations claires et catégoriques ? La solution des diverses questions n'en deviendrait, ce me semble, que plus aisée.
8° " Et, comme je ne connais pas la teneur de " la réponse que vous avez reçue, rien ne me " dit si le Saint-Siège ne désire pas que je laisse " passer dans cette loi-ci précisément ce à quoi " j'objecte comme pour celle de Tannée dernière " qui a enlevé à l'Université le contrôle d'une " de ses facultés à Montréal."
Je m'applaudis de n'en avoir pas communiqué davantage, lorsque je vois comment on utilise une conversation bénévole que j'ai eue dans sa chambre avec Mgr le Pro-Recteur, et comment on torture mes lettres pour leur faire dire le contraire de ce qu'elles exposent. A quoi bon rappeler que l'année dernière on a été forcé, à Québec, d'accepter un projet de loi auquel on objectait tout comme objecte à un autre projet cette année. Si l'Université, dans sa pensée, a perdu, à Montrai, le contrôle d'une de ses facul-
tés, c'est que le Conseil Universitaire l'a choisi, en interprétant la loi de cette manière, et en s'empressant de publier cette interprétation dans son annuaire, avant tout fonctionnement de l'union des deux Ecoles de Médecine (1)
9° " Si ce retard vous dérange dans vos caliC culs, veuillez, au moins, ne pas vous en pren- " dre à moi, lorsque vous disposiez d'un temps " amplement suffisant pour consulter d'une ma- '• nière opportune tous ceux que cela concerne."
Mes calculs ont l'habitude d'être dérangés; pourvu qu'ils réussissent, cela me suffit. Par trois fois, Son Eminence m'accuse d'avoir perdu du temps. Vous savez, vous, Monseigneur, combien nous avons fait diligence.
Je ne dis rien du ton de mauvaise humeur qui règne dans cette lettre, il m'est facile de l'excuser; du reste, c'est un écho lointain des paroles dont Son Eminence a cru devoir se servir à prouos de notre projet de loi, devant les Evêques assemblés, lors de la réunion du Conseil
(1) Voir, au Supplément, le Numéro V,
Supérieur au mois de septembre dernier. Je demande à Dieu de conserver mon calme. Et, c'est pour que le calme ne soit pas troublé que je ne communique ces réflexions, pour le présent, qu'aux seuls Archevêque et Evêques de la Province de Montréal, pour qui je n'ai pas de secrets et dont je suis avec la plus haute considération,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
Montréal, 22 octobre 1891.
Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la Sacrée Congrégation de la Propagande.
Son Eminence le Cardinal Taschereau, Archevêque de Québec et Chancelier Apostolique de l'Université Laval, me fait comprendre qu'il
consulte Rome à propos de notre " projet de loi " pour incorporer civilement les " Administrateurs de l'Université Laval à Montréal." Très bien. Tout mon espoir est en Rome. . . •
Toute notre difficulté se résume en deux mots : 1° Nous présentons un projet de loi non pas, à l'approbation pure et simple, mais à l'examen, mais à la discussion, mais à la critique. On nous répond, à Québec, d'une manière générale et vague, qu'il empiète sur les droits universitaires. Nous demandons qu'on veuille bien nous indiquer en quoi il empiète précisément, afin d'y apporter remède. Nous sommes sincères, Que pouvons-nous faire davantage ? Cependant, on s'obstine à ne rien préciser, et à répondre : nous n'approuvons pas.
Malheureusement, en refusant de se rendre à nos demandes réitérées, justes et rationnelles, de nous envoyer des remarques ou des suggestions, on fait naître dans les esprits le soupçon que l'on veut temporiser, afin d'empêcher l'établissement légal d'une Corporation qui est absolument nécessaire à la consolidation du Siège
Montréalais de l'Université, et, pour les misons que j'ai déjà données dans d'autres lettres, d'une nécessité urgente.
2° Nous avons cru devoir envoyer, tout d'abord, à Rome notre projet de loi. Où est le mal ? Eh bien, à Québec, on paraît peiné de cela, et l'on semble croire que nous voulons peser sur la liberté de leurs délibérations avec des décisions de Rome. Or, ni dans mes paroles, ni dans mes écrits, ni de près ni de loin, sur ce sujtt, il n'a été question de la volonté ou du désir de Rome.
Votre Eminence pourra se convaincre de ces deux avancés en lisant la lettre quelesEvêques de la Province de Montréal lui ont écrite à la date du 24 septembre dernier (N° VI II), les documents que j'ai déjà eu l'honneur de lui envoyer sur cette question, et les deux lettres ci-jointes de Son Eminence le Cardinal Taschereau au Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal (Nos XXIV et XXIX), ainsi que les deux réponses qui leur ont été faites. (N'" XXV et XXX.)
Dans sa deuxième lettre, le Cardinal Archevêque de Québec dit que il l'Université a perdu le contrôle d'une de pes facultés à Montréal." Je ne suis pas prêt à admettre cette proposition dans toute son étendue. Et, si l'Université a perdu de son contrôle, c'est qu'elle l'a choisi elle-même en s* empressant du publier dans son Annuaire une décision prématurée, que je n'ai jamais pu comprendre. Veuillez prendre connaissance, sur ce sujet, des réflexions que je soumettais à Mgr l'Archevêque de Montréal, le 25 août dernier. (1)
J'espère, Eminence, que rien ne viendra déranger la politique large et modérée que nous suivons à Montréal, sous l'inspiration du décret Jam dudum qui a été le salut de toute l'Université, même de ceux qui l'ont reçu avec peine. L'union est établie entre les factions diverses, les rancunes disparaissent, la paix renaît dans les esprits, le calme règne dans les feuilles publiques, toute notre jeunesse rentre sous ladirec-
(1) Voir, au Supplément, le N° V.— J. B. P.
tion universitaire des Evêques : voilà le travail de deux ans. Sans doute, notre situation a encore bien des délicatesses, elle demande beaucoup de prudence, de réserve et de fermeté. C'est pourquoi j'ai l'espoir que, à Rome, au siège de la sagesse et de la prudence, on ne permettra pas qu'il soit rien fait qui puisse arrêter le développement de notre action pacifique et salutaire, rien qui nous rejette dans le trouble et les divisions du passé, si funestes pour la religion, et si ennuyeuses pour la Cour romaine.
Dans cette confiance, je demeure avec les sentiments du respect le plus grand et de la vénération la plus profonde.
De Votre Eminence,
Eminentissime Seigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
Montréal, 23 octobre 1891.
Son Eminence le Cardinal Taschereau, Arch. de Québec, Chancelier Apostolique de l'Université Laval.
Eminentissime Seigneur,
Avec l'approbation, et même sur l'avis de Mgr l'Archevêque de Montréal, je descendrai à Québec, probablement dans le courant de la semaine prochaine, pour demander à Votre Eminence de vouloir bien nous dire ce que nous devons retrancher ou changer dans notre projet de loi pour en faire un projet acceptable en tous points à l'Université. (1)
Croiyez-moi, Eminence, autant nous sommes décidés à rencontrer les besoins et les nécessités
(1) Avant d'aller à Rome, mettant de côté tout sentiment de susceptibilité, nous voulions épuiser tous les moyens à notre disposition pour satisfaire l'Université. Mais en vain !
du Siège Montréalais de l'Université, autant
nous avons résolu, dès le commencement, de
n'empiéter sciemment sur les droits de qui que ce s'oit.
Je prends sur moi la liberté de donner avis de ma visite prochaine à Votre Eminence, afin que, si Elle le jugea propos, Elle puisse faire, ou faire faire une étude précise sur les modifications à apporter à notre projet de loi.
Je prie Votre Eminence de croire aux sentiments de profond respect et de haute considération avtc lesquels je suis, De Votre Eminence,
Eminentissime Seigneur,
Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Fretre, V. R. U. L. M,
Québec, 23 octobre 1891.
Révérend M. J. B. Proulx, Prêtre,
Monsieur,
Permettez que je termine ici une correspondance inutile. Je vous ai dit tout ce que la position que vous me faites me permet de dire. Ne connaissant pas la teneur de la réponse que vous avez reçue de Rome au sujet de votre projet de loi, je ne puis, non plus que l'Université, proposer à celui-ci aucun amendement. La position eût été bien différente si vous nous aviez consultés avant d'aller à Rome. (1)
J'ai du reste soumis mes doutes au Saint- Siège et j'agiiai conformément à la solution qui
(1) Ah ! voilà le mot de l'énigme : nous avons eu le malheur de consulter Rome, sur un point d'intérêt général, avant de consulter Québec !
me sera donnée. Vous ne pouvez blâmer cette démarche, puisque vous persistez à soutenir que vous n'avez pas perdu du temps en prenant quatre mois simplement pour faire approuver le projet de votre loi.
Veuillez, je vous en prie, ne plus répéter l'insinuation que je ne vous exprime pas mes idées quand je vous écris.
Agréez, Monsieur, l'assurance de mon dévoument.
E. A. Card. TASCHEREAU,
Arc h. de Québec,
St-Hyacinthe, 23 octobre 1891.
Au Révérend J. B. Proulx, Chan.,
Mon cher Monsieur,
J'ai reçu vos deux lettres du 20 et 21 courant ainsi que votre correspondance échangée avec Son Eminence le Cardinal Taschereau sur lepro-
jet de loi d'incorporation des Administrateurs de Laval à Montréal.
Malgré tout ce que les Evêques de la Province de Montréal ont pu dire devant le Conseil Supérieur présidé par Son Eminence, pour attester que, dans l'envoi à Rome de ce projet de loi, ils y avaient été avec les intentions les plus droites et sans nul dessein de contrarier le moins du monde le Conseil Universitaire et encore moins de nous soustraire à ce Conseil, on ne veut pas nous croire, et on nous prête des idées d'indépendance que nous n'avons jamais eues et que nous ne voulons pas avoir, comme le prouve bien du reste le texte même du projet de loi. Que devons-nous faire en présence de cette pénible situation ? Désarmer et rejeter notre projet de loi ? Non, absolument non. Continuons de voguer contrevent et marée, et, avec l'assistance du Saint-Siège qui ne nousmnnquera pas.notre nacelle arrivera à bon port. Mais soyez toujours le pilote attentif, prudent et ferme, et nous vous seconderons de toutes nos forces. En vous donnant mes encouragements les plus
sincères, je demeure comme toujours votre tout dévoué en N. S.
f L. Z., Evêque de S t- Hyacinthe,
Shekbrooke, 23 octobre 1891.
Au Révérend J. B. Proulx, Chan.,
Monsieur le Vice-Recteur,
La lettre que Son Eminence le Cardinal Taschereau, déclarant qu'il désapprouve notre projet de bill, indique clairement quelle sera l'action du Conseil Universitaire. La réponse à votre lettre ne sera pas favorable. Alors, dans le moment actuel, que faut-il faire ?
1° Comme les Membres du Conseil Supérieur n'ont pas, à la dernière séance, donné leur opinion sur le projet de loi qui leur était soumis, Mgr T Archevêque de Montréal et ses deux Suffrapants qui ont approuvé ce projet de loi?
doivent écrire à tons les Evêques, sans aucun délai, leur demandant de donner leur opinion par écrit. (1) Son Eminence le Cardinal Taschereau a déjà déclaré qu'il désapprouvait le dit projet. C'est le seul moyen que nous ayons de faire connaître au Saint-Siège l'opinion et les sentiments des Evêques sur cette question.
2° Son Eminence le Cardinal Taschereau a choisi le terrain de la lutte, Eome : impossible de reculer.
3° C'est à Mgr l'Archevêque de Montréal qu'il appartient de choisir celui qui doit aller défendre, à Rome, les intérêts si graves de l'Université Laval à Montréal.
(1) En conformité avec cette opinion, quoique sous une forme un peu différente, il fut demandé à Son Eminence le Cardinal Taschereau de vouloir bien nous émettre son opinion sur le projet de loi, et de faire en sorte que nous ayons aussi celle des autres Evêques de la Province de Québec, de sorte à ce que nous sussions, d'une manière précise, ce qu'il fallait en retrancher pour en faire un projet en tous points acceptable à l'Université. Son Eminence jugea que, dans les circonstances, Elle n'en pouvait rien faire. (Voir Nos XXXIII et XXXIV.) Il ne nous restait plus que de demander au Saint-Siège de vouloir bien, lui, nous faire rendre, en écrivant sur ce point à Son Eminence, ce que nous croyons être tout simplement justice.
Dans mon humble opinion il n'y a pas de temps à perdre.
Videant consules ne respublica detrimentum captât.
Veuillez agréer l'assurance de mon sincère attachement.
t ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.
St-Hyacinthe, 24 octobre 1891.
Au Révérend J. B. Proulx, Chan.,
Mon cher Monsieur,
J'ai pris communication des deux lettres que vous venez d'écrire, l'une au Cardinal Simeoni et l'autre au Cardinal Taschereau. Elles me paraissent très utiles toutes deux. Il est bien important que le Saint-Siège soit informé de toutes les difficultés qui nous viennent de l'Université Mère pour asseoir légalement et solidement la
branche Montréalaise, dont la Constitution " Jam dudum ' nous a confié le soin. J'ai grande confiance en notre cause : il faut néanmoins prendre toutes nos précautions pour parer toute surprise lâcheuse.
En faisant bien des vœux pour que votre prochain voyage à Québec soit couronné d'un plein succès, je demeure tout vôtre en N. S.
f L. Z., Ev. de Si-Hyacinthe, ■
Montréal, 26 octobre 1891.
Sa Grandeur Mgr Edouard Charles Fabre, Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
J'ai l'honneur de vous communiquer, sous ce pli, une nouvelle lettre de Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec, datée du 23 du courant. (N° XXXIV.)
Comme Son Eminence désire " terminer ici
une correspondance inutile/' je me rendrai volontiers à son désir, du moins pour -le moment, quitte à revenir à la charge, lorsque la nécessité se fera sentir : car " nécessité ne connaît pas de loi."
Mais comme cette lettre comporte d'assez nombreux commentaires, et que le respect actuellement m'empêche de les adresser à Son Eminence, je vous demande la permission, Monseigneur, de les communiquer à Votre Grandeur. " Je vous ai dit tout ce que la position que vous " me faites me permet de vous dire."
Je n'ai fait à Son Eminence aucune position embarrassante. L'aurais-je voulu, du reste, l'aurais-je pu ? Si réellement il existe une telle position, elle a été faite par d'autres qui auraient donné des informations que je ne connais pas, ou bien, tout simplement, elle est la conséquence de craintes chimériques ou de soupçons trop tenaces.
Mgr TEvêque de St-Hyacinthe, dans une lettre qu'il m'adresse le 23 d'octobre courant, résume admirablement la situation ; " Malgré
tout ce que les Evêques de la Province de Montréal ont pu dire devant le Conseil Supérieur, présidé par Son Eminence, pour attester que, dans Tenvoi à Rome de ce projet de loi, ils y avaient été avec les intentions les plus droites, et sans nul dessein de contrarier le moins du monde le Conseil Universitaire, et encore moins de nous soustraire à ce Conseil, on ne veut pas nous croire, et on nous prête des idées d'indépendance que nous n'avons jamais eues et que nous ne voulons pas avoir, comme le prouve bien du reste le texte même du projet de loi". Voilà le vrai mot de la situation, on ne veut pas nous croire, même quand nous revenons à la charge, que nous nous efforçons de faire disparaître toute ambiguïté possible, et que nous affirmons formellement, comme si nous n'étions, excusez Monseigneur, pas dignes de confiance. Que la réponse de Sully était bien fondée sur la connaissance des hommes. " Comment avezvous fait, lui demandait-on, pour réussir à tromper tant de monde ? — En disant la vérité," répondit-il, La chose m'egt arrivée souvent,
quelquefois pour mon bonheur, cette fois-ci pour notre malheur, sinon permanemment, du moins passagèrement.
" Ne connaissant pas la teneur de la réponse que vous avez reçue de Rome au sujet de votre projet de loi, je ne puis, non plus que " l'Université, proposer à celui-ci aucun amendement".
Franchement, n'attache-t-on pas une importante exagérée à cette lettre de Rome, dont il n'a été question d'abord que dans une conversation privée, à la bonne franquette, pour donner à Monseigneur le Pro-Recteur des explications bénévoles destinées, dans la naïveté de ma trop confiante simplicité, à dissiper des appréhensions mal fondées? J'étais loin de penser devoir par là les accroître.
Encore une fois, avons-nous jamais parlé, dans notre pétition, d'approbation, d'opinion ou de lettre de Rome ? Du moment que des honnêtes gens demandent l'avis du Conseil Universitaire, purement et carrément, ne doit-on pas raisonnablement supposer et comprendre qu'il
n'y a pas, dans leur démarche, de guet-apens. On peut le supposer d'autant plus facilement avec nous que, dans un cas particulier, assez récent, lorsque nous avons cru ne pouvoir ni ne devoir demander cet avis, nous l'avons dit hautement et franchement.
Cependant, du moment que je me suis aperçu que Son Eminence désirait savoir ce que Rome nous avait répondu, j'attirai immédiatement son attention, d'une manière précise, sur ce que nous avions été demander à Rome ; et Son Eminence, mieux que tout autre, sait fort bien que les réponses à Rome ne vont jamais au delà des demandes. Bien plus, je lui ai expliqué clairement que cette réponse se bornait, comme nous le demandions, à ne pas trouver mauvais, prima fade, notre projet de loi. Preuve, l'extrait suivant d'une lettre du Vice-Recteur de Montréal à Son Eminence le Cardinal Taschereau, en date du 15 octobre 1891 :
" Nous n'avons pas envoyé à Rome notre projet de loi pour le faire approuver, dans ses détails, en dehors de toute participation du Con-
seil Sepérieur. Notre but, comme tous les intéressés ont pu le lire, est clairement énoncé dans une lettre à Son Eminence le Cardinal Simeoni, en date du 26 juin 1891, laquelle se trouve en tête de l'opuscule que j'avais l'honneur d'adresser à Votre Eminence, le 9 de septembre dernier. Voici :
u C'est pourquoi j'ose espérer que Votre Emi- " nence, que la Sacrée Congrégation delà Propa- " gande et que Notre Très Saint Père le Pape " auront pour agréable ce projet de loi qui a été " préparé avec tant de soin, et qu'ils ne désap- " prouveront pas le dessein que Nosseigneurs ié les Archevêque et Evêques de la Province " ecclésiastique de Montréal ont d'en demander u la sanction civile à la prochaine section de la " Législature de la Province de Québec."
" Du moment que noi s avons constaté que notre projet de loi, in se, n'était pas désagréable à la Cour de Rome, et que, prima facie, elle ne désapprouvait pas notre dessein, nous avons fait ce que nous avions décidé de faire dès le commencement, savoir : suivre la voie régulière, et
— [223 — soumettre notre projet de loi, pour examen, au Conseil Supérieur."
Vraiment, m'était-il possible d'être plus explicite ?
" La position eût été bien différente si vous nous aviez consultés avant d'aller à Rome."
C'est possible, en effet, qu'elle eût été différente pour le mieux ; c'est possible aussi qu'elle l'eût été pour le pire. Je ne puis comprendre cette disposition de toujours trouver bon le contraire de ce que nous avons fait. Il devrait suffire que ce que nous faisons ne soit pas mal.
Or, est-ce mal que d'avoir, tout d'abord, consulté Rome sur le principe de notre projet de loi, en le lui envoyant tout entier jusque dans ses moindres détails, afin de nous mettre audessus de tout soupçon, qu'il pouvait y avoir de ménagée quelque part une surprise ?
11 J'ai du reste soumis mes doutes au Saint- " Siège, et j'agirai conformément à la solution u qui nie sera donnée."
Eh bien, nous aussi nous allons soumettre nos doutes à la même autorité. C'est votre opinion,
Monseigneur ; c'est celle de Mgr l'Evêque de Sherbrooke :
•' 2° Son Eminence le Cardinal Taschereau a choisi le terrain de la lutte, Rome : impossible de reculer.
3° C'est à Mgr l'Archevêque de Montréal de choisir celui qui doit aller défendre, à Rome, les intérêts si graves de l'Université Laval à Montréal. — Dans mon humble opinion il n'y a pas de temps à perdre. Videant consulesne respublica detrimendum capiat." (Lettre du 23 octobre 1891.)
C'est aussi l'opinion de Mgr l'Evêque de St- Hyacinthe : " Que devons-nous faire en présence de cette pénible situation? Désarmer et rejeter notre projet de loi ? Non, absolument non. Continuons de voguer contre vent et marée, et, avec l'assistance du Saint-Siège qui ne nous manquera pas, notre nacelle arrivera à bon port." (Lettre du 23 octobre 1891.)
Puisque Son Eminence a choisi Elle-même l'autorité à consulter sur les détails de notre projet de loi, (car Elle ne peut consulter
sur autre chose, vu que, dans sa lettre du 19 octobre, Elle en a approuvé l'idée : " Faites, dit- Elle, un projet de loi analogue, — au Syndicat de 1887, — et je serai heureux de l'approuver), Son Eininence, dis-je, pour me servir de son expression, " ne blâmera pas notre démarche. "
Cette démarche a d'autant plus sa raison d'être que nous sommes certains que notre manière d'agir sera représentée à Rome sous un jour que nous ne pouvons admettre, puisqu'on ne se gêne pas de le faire même avec nous. Il est plus que probable que l'idée adverse aura à Rome son avocat ; la nôtre y doit avoir le sien. Il est possible que, à cette occasion, on fasse revenir sur le tapis bien des choses qui ont été faites à Montréal depuis la promulgation de la Constitution JAM DUDUM, et qu'on n'aime pas : à nous, au besoin, d'expliquer, de défendre, de protéger la belle position acquise, qui assure notre paix, le plus grand bien de notre jeunesse, et le développement naturel des vrais intérêts de l'Université catholique dans notre pays.
" Vous ne pouvez blâmer cette démarche, " puisque vous persistez à soutenir que vous n'au vez pas perdu du temps en prenant quatre u mois simplement pour faire approuver le projet de votre loi."
Je ne saisis pas très bien le puisque de cette phrase, c'est-à-dire la raison pour laquelle nous ne pouvons pas blâmer cette démarche, et je comprends encore moins la persistance que Ton met à soutenir que j'ai perdu du temps.
" Veuillez, je vous en prie, ne plus répéter " l'insinuation que je ne vous exprime pas mes idées quand je vous écris.,,
Son Eminence fait allusion à la phrase suivante que je lui écrivais dans ma lettre du 21 octobre : w Nous entendre ! vénéré Seigneur, s'il n'y avait dans cette affaire que Votre Eminence et nous, il y aurait déjà longtemps; j'ensuis persuadé, que l'entente serait complète."
Il n'y a pas là d'insinuation, j'ai dit clairement ce que je pensais. Et, je l'ai dit, non pas pour peiner Son Eminence, mais bien pour adou-
cir ce qu'il y avait de pénible pour moi d'avoir* à contredire les opinion s d'une personne vénérée. Mais, puisque ma pensée est désagréable à Son Eminence, je m'abstiendrai dorénavant de l'exprimer dans mes rapports avec Elle; je me contenterai de la garder au fond de mon coeur.
Oui, je le répète, c'est une besogne pénible, très pénible pour moi de me trouver dans l'obligation de disséquer, pour ainsi dire, les paroles d'un prélat aussi digne, aussi éminent. J'attribue le grand nombre de nos divergences d'opinion, non pas à de mauvaises intentions, mais plutôt à des préventions presque inévitables, que des circonstances malheureuses ont accumulées depuis des années, et que le temps, j'espère finira par dissiper : au pis aller, la génération future ne les aura plus, c'est déjà beaucoup que de travailler à obtenir ce résultat. Quant à la personne, quant au caractère de Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec, vous savez, Monseigneur, combien je vénère l'une, combien
je respecte l'autre : cette vénération et ce respect sont du genre de ceux avec lesquels je suis, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre,
Québec, 14 octobre 1891.
Révérend Monsieur J. B. Proulx, Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.
Monsieur le Vice-Recteur. (1)
J'ai l'honneur d'accuser réception de votre lettre du 12 de ce mois.
Il est évident que je ne me suis pas fait com-
(1) Si je n'avais pas promis de donner, au sujet du projet de loi, la correspondance tout entière, si je ne craignais pas d'être accusé plus tard d'avoir soustrait au dossier une pièce que l'on regarde sans doute comme importante, je ne citerais pas ici cette lettre, parce que, à mon sens, elle est pleine de
prendre ; c'est ce que je dois conclure de votre lettre. J'aime à croire que je me suis mal exprimé. Je vais tâcher d'être très clair.
1° Je vous disais dans ma lettre du 8 octobre : " En me le donnant (un renseignement) vous vous disculpiez du reproche qu'on devait nécessairement vous faire de n'avoir consulté l'Université que longtemps après avoir consulté Rome." Et plus loin j'appelais cela une objection sérieuse.
Sur cela vous dites : " Vraiment, j'ai beau y songer je ne puis comprendre la nature de ce reproche, surtout dans les circonstances présentes,
détails minutieux, d'accusations futiles, d'explications oiseuses, d'attaques hasardées, qui ne sont pas à la hauteur de la position et du caractère, et aussi j'aime à croire dans les habitudes, de celui qui l'a écrite.
Dans le temps, comme on le verra au N° XL, je n'ai répondu qu'à un seul avancé de cette lettre, passant les cent autres sous silence. On me permettra de répondre ici, en de courtes notes au bas des pages, à quelques-unes de ces attaques, au fur et à mesure qu'elles se présenteront ; j'ai dit à quelques-unes, car il faudrait un volume pour donner une réponse adéquate aux questions sans nombre que soulève ce factum. — J. B. P.
lorsque nous avons agi avec tant de réserve, de franchise et de diligence."
Permettez que je précisa.
N'est-il pas de faitq le vouscommuniquijz, le 9 septembre, à l'Université, pour avis, un projet de loi dont la teneur était définitivement arrêtée le 29 avril ? N'est-il pas vrai que la brochure imprimée qui contenait le texte de ce projet de loi portait dans son titre qiu ce projet avait été soumis à l'examen du Saint-Siège, et contenait, comme datée du 26 juin, la lettre d'envoi au Cardinal Préfet ? N'est-il pas vrai qu'à part ce renseignement, l'envoi au Recteur de l'Université ne contenait aucune explication du motif de ce retard de deux mois, (1) écoulé entre la rédaction définitive du projet (le 29 avril) et l'envoi à Rome (26 juin), non plus que la raison pour laquelle on n'avait pas consulté plus tôt l'Université, fût-ce en même temps qu'on consultait Rome ?
(1) Je suis encore à me demander comment et pourquoi aurais je et? tenu de donner, tout d'abord, de ssmblables explications.
Eh bien, il était dans l'ordre que, recevant ainsi votre communication officielle sans auame explication, on vînt à trouver étrange un retard de quatre mois et demi, ainsi que le fait de consulter Rome avant de savoir si l'Université n'aurait pas à faire valoir des observations utiles (1) à communiquer au Saint-Siège ; et
vous deviez vous attendre à ce que l'on vous en ûtun reproche, (2) et que l'on y vît une objection sérieuse à donner sur le projet un avis favorable.
Ces reproches, ces plaintes, on aurait eu raison de les formuler contre vous, sans ces explications que vous m'avez données, une quinzaine de jours plus tard, dans cette conversation (à la bonne franquette, comme vous dites) que vous avez eue avec moi à ma chambre, et qui était de nature à vous justifier. Vous le compreniez si
(1) Consulter Rome sur l'a propos du projet de loi n'empêchait pas, dans notre pensée, l'Université de nous faire des observations ; de fait, ces observations, nous les avons demandées, sollicitées, et l'Université nous les a, jusqu'à aujourd'hui, refusées.
(2) Non, vraiment, non.
bien alors que c'est de vous-même et sans aucune provocation de ma part ; (1) que vous m'avez donné ces renseignements sans lesquels vos retards eussent été aussi louches qu'injustifiables. C'est précisément pour cela et parce que ces renseignements vous justifiaient que j'ai dû (2) regarder cette conversation comme importante, bien que pourtant vous m'ayez écrit que vous n'avez pas eu la pensée de lui donner aucun caractère officiel.
Ainsi, en résumé, avant de connaître [le 22
(1) Monseigneur le Pro-Recteur, vous oubliez que deux pages plus loin, dans cette même lettre, vous dites : " C'est.... ce qui fait que j'ai été fort mal impressionné, comme vous avez pu le voir par ma lettre du 16 septembre." Cette mauvaise impression que vous vouliez me laisser voir dans votre lettre du 16 septembre, n'aurait-elle pas pu être pour moi une provocation de votre part ? Mais, non, croyez-moi, je parlais surtout, comme on le fait dans une conversation amicale, à la bonne franquette.
(2) C'est justement là qu'est l'erreur. Une conversation peut être très importante, sans perdre, pour tout cela, de son caractère de communication privée. Du reste, je n'aurais jamais protesté contre l'usage qu'on a fait de cette conversation, si on n'avait pas donné à quelques-unes de mes expressions un sens plus étendu que celui qu'elles comportaient naturellemnt et textuellement parlant.
septembre au plus tôt) vos explications verbales, il était raisonnable de vous reprocher vos retards et de trouver dans ceux-ci une objection sérieuse. Voilà, Monsieur le Vice-Recteur, ce que j'ai voulu dire dans ma lettre du 5 octobre et ce que vous y trouverez, si vous voulez bien la relire.
2° Je vous ai écrit le 8 de ce mois : " Ce qui, venant de votre part, eût excité peut-être des récriminations avec soupçon d'intentions peu bienveillantes. ..."
Vous dites à ce propos : " Hélas ! vous soulevez le coin d'un voile derrière lequel je n'aurais jamais voulu voir. Que signifient, à propos de tout, à propos de rien, ces récriminations, ces soupçons, etc.? "
Pardon, Monsieur le Vice-Recteur, ce n'est pas à propos de tout, à propos de rien. D'abord il y avait dans ma lettre un peut-être (1) qui était déjà une restriction et qui eut figuré avec avan-
(1) Peut-être. Mais, dans ces explications si explicites d'aujourd'hui, il n'y a certainement plus déplace pour un peut-être restrictif. Alors j'aurais saisi Y esprit plutôt que la lettre de votre parole.
tage dans la citation guillemettée que vous avez faite de ma phrase. Puis c'était à propos d'une seule chose parfaitement déterminée. (1)
Si, conformément à ce que vous semblez désirer dans votre lettre du 5 octobre, j'avais considéré votre conversation du 23 septembre comme tout à fait privée, et ne m'en étais pas servi au Conseil Universitaire, celui-ci se serait trouvé absolument sans explication (2) et uniquement en présence d'un projet qu'onlui soumettait pour avis par une lettre datée du 9 septembre, bien qu'il eût été définitivement arrêté le 29 avril précédent ; il aurait vu, sans pouvoir en comprendre la raison, que ce. document, rédigé le 29 avril, n'était parti pour Rome que deux mois plus tard ; il aurait constaté que rien n'indiquait
(1) J'avais présents à la mémoire, voyez-vous, les récriminations et les soupçons, éparpillés dans les pages d'une nombreuse correspondance qu'ont eue avec moi, depuis deux ans.quelquesunes des Autorités Universitaires.
(2) Où est le mal? La question devant le Conseil Universitaire n'était pas d'examiner quand le projet de loi avait été fait mais bien si le projet de loi avait besoin de changements ou de corrections, et, dans ce cas-là, en quoi ?
que Rome eût répondu et que cependant on consultait l'Université deux mois et demi après avoir soumis le projet à Rome. C'est ce que j'ai constaté moi-même de suite à la lecture de votre lettre du 9 septembre, et ce qui fait que j'ai été fort mal impressionné, comnii vous avez pu le voir par ma lettre du 16 septembre. Cette mauvaise impression, qui, pour moi, a duré jusqu'à notre conversation du 23 septembre, aurait très probablement été partagée par le Conseil Universitaire, des récriminations s'en seraient suivies contre vous, (1) parce que c'est vous qui êtes le premier moteur et l'agent autorisé de la Succursale, et que c'est à vous naturellement qu'on aurait dû faire remonter la cause volontaire de ces retards (2) J'avais donc raison de dire que.
(1) Ne vous en troublez pas : je commence à être accoutumé à la chose, et le calme de mon âme n'en est guère atteint.
(2) En effet, j'ai cru remarquer que tous les considérants de la Résolution du Conseil Universitaire, habilement pointés, ne visaient que le Vice-Recteur. Vraiment c'est là lui attribuer une importance de motion , d'impulsion qu'il n'a réellement point.
Dans des correspondances de ce genre, les retards peuvent dépendre de cinquante causes contingentes et incontrôlables.
venant de vous, ces retards auraient excité des récriminations contre vous ; tandis que, du moment que ces retards n'étaient pas votre fait, mais venaient de conseils directifs reçus de Rome, l'autorité de ce Siège auguste et le respect qui lui est dû n'ont produit qu'une humble déférence. (1)
Comme vous le voyez, il n'y a pas lieu de lever les yeux au Ciel, ni de soulever aucun coin de voile pénible.
Mais les soupçons d'intentions peu bienveillantes. Eh bien ! oui, Monsieur le Vice-Recteur, que voulez-vous ? Quand on ne comprend pas une manière étrange de procéder, quand on ne peut expliquer par aucune raison acceptable, on soupçonne, surtout s'il y a, en apparence au
Il est intéressant de voir comme, dans le cas présent, on prononce carrément que naturellement on aurait dû m'en croire la cause, et encore la cause volontaire. Mais la prévention, voyezvous, la prévention !
(1) C'est très ingénieux. Il n'y a qu'un défaut dans tout ce raisonnement, c'est qu'il pèche par la hase, comme jamais je n'ai donné, avec le sens qu'on leur attribue, de semblables explications.
moins, des intérêts contradictoires en jeu; et ces soupçons deviennent très légitimes quand on a l'expérience d'un certain passé qui les justifie/ et qui fait que ce n'est pas à propos de tout et à propos de rien, mais à propos de quelque chose. (1)
Mais encore que signifient ces soupçons ? Quels peuvent-ils être ? Voyons s'il n'y aurait pas eu lieu d'en avoir d'aussi légitimes que les récriminations de tout à l'heure. Remarquez que je me place toujours, pour m'en tenir aux termes de ma lettre, dans l'hypothèse que je ne me sois pas servi, au Conseil Universitaire, de la conversation privée du 23 septembre.
Et d'abord permettez-moi de vous dire que vos lettres, publiées dans vos différents rapports et autres documents, n'accusent pas un amour très tendre (2) pour Mgr le Recteur, dont vous
(1) Mais faut-il alors faire de ces soupçons le mobile de sa conduite, comme s'ils étaient des certitudes.
(2) Très tendre, c'est un peu fort. Mais j'ai pour Mgr le Recteur, surtout dans les circonstances actuelles, des sympathies très vraies. J'ai combattu plusieurs de ses opinions,
essayez de séparer la cause de celle du corps qu'il représente, mais qui, dans tout ce qu'il a fait (je suis heureux d'avoir cette occasion de le dire) n'a agi qu'en se conformant aux avis de son Conseil. C'est donc celui-ci, c'est-à-dire, l'Université ou le Séminaire de Québec, suivant le cm s, que vous accusez sans aucun fondement (1) de vouloir mettre des entraves à la Succursale. Ceci déjà est peu bienveillant pour le passé, et pouvait justifier le soupçon d'une bienveillance problématique dans le cas actuel.
Puis on pouvait soupçonner, d'après ces mêmes rapports, que vous vous regardiez comme intéressé à ne pas consulter le Conseil Universitaire, ou à ne le consulter que le plus tard possible. Par conséquent, comme il y avait loin du 29 avril à l'époque de la réunion des Chambres qui devaient faire passer votre projet à l'état de loi, on pouvait soupçonner que vous
mais je ne me suis jamais permis de personnalités à son égard ;
à mon égard, tous au Séminaire de Québec pourraient-ils dire
la même chose ?
(1) Avancé qui, sous cette forme, reste à prouver.
aviez voulu occuper tout ce temps de manière que l'Université, consultée (si cela devenait nécessaire), ne pût pas refuser son assentiment. Pour justifier ce soupçon, il y avait le fait de la de la loi dite d'Union (1) de l'année dernière : blâmé par une très haute autorité (2) de n'avoir pas consulté l'Université sur ce projet d'union, n'avez- vous pas essayé de démontrer (3) qu'il était impossible de consulter le Conseil Universitaire, vu que vous n'auriez pas pu sans cela faire passer la loi telle quelle? Et pourquoi ? parce que vous supposiez une telle mauvaise disposition
(1) Il n'y a pas même l'ombre d'une comparaison entre les deux cas : dans le premier, pour la loi d'union, je disais ouvertement au Recteur que j'étais dispensé de consulter le Conseil Universitaire ; dans le second, pour le projet de loi dont il s'agit ici, au contraire je lui disais hautement que je venais le consulter, lui et le dit Conseil. Si dans l'un et l'autre cas, on avait daigné ajouter foi à mes paroles, on aurait coupé court à bien des misères.
(2) Laquelle, de grâce? Parlons clairement. Je n'ai jamais été, à ma connaissance, blâmé ailleurs qu'à Québec ; et, ailleurs qu'à Québec, j'ai été très souvent approuvé et remercié.
(3) Sans doute ; et, aux yeux d'un grand nombre, j'ai réussi à faire ma preuve.
dans ce corps, (1) que vous regardiez son acquiescement comme impossible ! C'était peu bienveillant, M. le Vice-Recteur, à l'égard d'un corps qui n 'a jamais refusé, non seulement ce que lui a demandé le Saint-Siège, mais même ce sur quoi Rome a manifesté un simple désir (2). On pouvait donc très légitimement soupçonner que
(1) Vous dites, Monseigneur, ce que je n'aurais jamais osé écrire. Voudriez-vous citer celles de mes phrases qui renferment une telle proposition ? Pour moi, en attendant, je livre, aux réflexions de tous esprits qui ne sont pas préjugés, les paroles suivantes, tirées de mon " Mémoire sur la nécessité de l'influence épiscopale dans le règlement de nos difficultés universitaires à Montréal," page 11 : " Quelque grave, quelque digne qu'il puisse être (le Conseil Universitaire) et quelque impartial qu'il veuille bien se montrer, il existe encore contre lui, quoique la Constitution Jam dudum soit venue établir pour l'avenir une base indubitable à la confiance, trop de préjugés dans le district de Montréal. La question n'est pas de savoir si c'est à tort ou à raison. Le fait existe. Quand il s'agit d'accomplir une grande œuvre, toutes les fois qu'il n'y a pas de mal réel à le faire, il faut bien prendre les hommes comme ils sont. Les courants d'opinion changent petit à petit ; mais on ne les voit pas, généralement, se détourner, d'aval en amont, en un clin d'œil, du jour au lendemain."
(2) Oui, mais nous, nous n'étions pas Rome : nous nous croyons susceptibles d'éprouver un refus.
vous n'aviez pas des intentions plus bienveillantes cette fois-ci.
Puis, supposé que vous vous attendissiez à ce que Rome vous obligerait cette année de consulter l'Université sur votre nouveau projet, (c'est une simple supposition, justifiée seulement par undocumentque vous connaissez (l),on pouvait soupçonner que vous aviez, à dessein et seulement pour gagner du temps, d'abord retardé de deux mois votre envoi à Rome, puis peut-être retardé ici votre consultation, afin de pouvoir dire que le projet était soumis à l'examen du Saint-Siège. Malgré vos idées peu bienveillantes à l'égard du Conseil Universitaire, il peut se faire que vous ayez une conscience assez nettement formée sur sa pleine soumission au Saint- Siège pour espérer qu'il s'abstiendrait de toute opposition à votre projet de loi, du moment qu'il verrait en tête de celui-ci: Soumis à P examen du Saint-Siège. Et vous auriez eu raison, M. le Vice-Recteur, puisque la simple possibilité que
(1) Je ne comprends pas.
le Saint-Siège ait approuvé le projet en quelque chose a suffi pour arrêter le Conseil Universitaire. Mais on aurait eu raison de soupçonner que vous aviez calculé (1) tous ces retards à dessein, ce qui aurait indiqué peu de bienveillance de votre
part.
En voilà assez (2), je crois, M. le Vice-Recteur, pour montrer qu'on aurait pas manqué de base pour asseoir des soupçons d'intentions peu bienveillantes.
Heureusement (3) j'ai cru en justice pour
(1) Tous ces calculs imaginaires me rappellent les efforts de science auxquels avait recours un savant pour expliquer comment il se faisait qu'une pierre de son jardin, exposée au soleil, avait chaude la surface appuyée sur le sol, tandis que celle qui était exposée à l'air se trouvait froide.—" C'est bien simple, remarqua le jardinier qui survint sur ces entrefaites ; je viens de la tourner." Je dirai à Mgr Hamel : " C'est bien simple, la poste n'a pas été plus vite."
(2) C'est bien trop, à mon avis : je ne dois pas être aussi calculateur que le laissent supposer tous ces soupçons, âme bien trop naïve que je suis, et bon enfant jusqu'à l'excès... ce me semble.
(3) Pour cet alinéa et les trois suivants, les seuls auxquels j'ai attaché quelque importance, on trouvera la réponse dans la lettre ci-après, N° XI),
vous, que je devais me servir de cette conversation "à la bonne franquette" qui était de nature à vous protéger contre les récriminations et les soupçons. En cela, M. le Vice-Recteur, nous avons montré, nous, de la bienveillance, à admettre comme dénués d'exagération tous les allégués de cette conversation. Vous-même semblez trouver après coup (dans votre lettre du 5 octobre) que ce que vous m'aviez dit peut comporter un autre sens trop étendît lequel, malgré la meilleure volonté, vous ne pouvez admettre. Je ne sais pas si vos paroles étaient susceptibles d'un double sens (à moins que vous n'entendiez par là qu'il fallait en rabattre) ; mais je sais que nous avons bien voulu les prendre pratiquement, d.nns le sens obvie qui vous était le plus favorable, et que c'est ce sens qui a engagé le Conseil à prendre la détermination qui vous a fait tant de plaisir. (1)
(1) Ce que c'est, que d'être accoutumé à donner aux paroles le sens obvie ! A cette phrase ordinaire, exprimée par cette formule de convention qui est devenue presque banale : " Je suis heureux que le Conseil Universitaire en soit venu à la conclusion.. ." on donne le sens : il m'a fait tant déplaisir que le Conseil Universitaire, etc.! !
— Ah ! si le Conseil eût voulu agir sous le soupçon d'exagération de votre part, les choses ne se seraient pas passées comme je vous l'ai dit : il y aurait eu des récriminations très légitimes sur ce qu'on aurait très probablement appelé (non pas simple exagération} mais bien défaut de bonne foi.
Non, le Conseil Universitaire a admis pratiquement votre entière bonne foi, et il a regardé comme constaté: 1° que vous aviez consulté la Propagande pour savoir qui, d'elle ou de nous, vous deviez consulter d 'abord ; 2° que la Propagande vous a répondu que vous deviez commencer par elle ; 3° que vous vous êtes empressé de le faire à la date du 26 juin ; 4° qu'aussitôt après avoir reçu la réponse du Saint-Siège, vous aviez envoyé un exemplaire du projet de loi au Recteur pour avis.
J'ai compris, ainsi que M. Mathieu (séparément l'un de l'autre) que c'était le 7 septembre que vous aviez reçu cette réponse; vous dites maintenant que vous avez mentionné la seconde partie du mois d'août. Je me suis empressé de
faire connaître cette seconde date à une assemblée récente du Conseil Universitaire et j'ai ajouté ce que je n'avais pas pu lui dire la première fois, parce que je ne le savais pas encore, savoir : que vous aviez employé le temps entre le milieu du mois d'août et le 9 septembre à discuter avec le Conseil d'affaires et avec les Evêques de la Province de Montréal la lettre venue de Rome, et à préparer en conséquence celles adressées aux autres Evêques et à l'Université; car tout cela était de nature à intéresser les membres du Conseil.
3° Dans ma lettre du 8 octobre, je vous ai dit que " j'étais prévenu contre vous au sujet du retard apporté dans la communication du projet de loi à l'Université," et plusieurs fois, dans ma lettre, les mots prévenu, préventions, sont revenus sous ma plume. A ce propos vous dites :
u Ne croyez-vous pas, Monseigneur, que toutes ces préventions entrent pour plus de la moitié dans les malentendus qui existent entre nous ? "
Je dois vous dire, M. le Vice-Recteur, que je suis convaincu que les préventions entretenues
par vous contre Mgr le Recteur, (1) contre le Conseil Universitaire et contre le Séminaire de Québec entrent pour plus de la moitié dans les malentendus, là où il y en a. Mais de notre côté, il n'y a aucun malentendu, vu que notre rôle depuis quelques années se borne à subir des faits sur lesquels on ne nous consulte pas, (2) ou, si l'on nous consulte, c'est à la dernière heure et lorsqu'il n'est plus temps de rien changer. Comme ces faits parlent d'eux-mêmes, il ne saurait y avoir de malentendu : nous les prenons
(1) Dans tous les cas je n'ai jamais dit et répété que j'avais des préventions contre Mgr le Recteur, ni contre le Conseil Universitaire, ni contre le Séminaire de Québec.
(2) C'est, un blâme que j'ai l'honneur de partager avec le Saint-Siège. Mgr Paquet, dans son rapport au Conseil Supérieur, pour l'année 1888-89, parle comme suit, à propos de la Constitution Jam dudum: " Qu'il me soit permis de dire que ces changements n'ont nullement été demandés par l'Université, et qu'ils ont été sollicités et faits à son insu. Il semble pourtant qu'on aurait pu et dû agir autrement envers l'Université... Ce manque de déférence envers l'Université et le Séminaire de Québec..." Je serais curieux de savoir si, en exprimant ces idées, Mgr Paquet, pour me servir de vos expressions, Monseigneur le Pro-Recteur, n'a agi qui? en se conformant aux avis de son Conseil.
tels qu'ils sont. Quant à la manière de procéder, le fait que très souvent on nous laisse dans l'ignorance de ce qu'on prépare, même lorsqu'on empiète sur les droits de l'Université ou du Conseil Universitaire, serait bien propre à créer des préventions ; mais je ne saurais appeler de ce nom les conclusions que nous tirons, aussi rigoureusement, aussi froidement que possible, des faits accomplis ; ces conclusions appartiennent à la catégorie des faits et non à celle des préventions.
Passons à mes préventions (1), puisque ce sont elles qui ont provoqué la question que j'ai citée tout à l'heure. Pour celles-là, je réponds qu'elles ne sont pour rien dans les malentendus. Elles ont pris naissance à la réception de votre lettre du 9 septembre, et j'ai expliqué plus haut combien elles étaient légitimes tant que je n'ai pas connu vos explications verbales. Aussi n'ontelles duré que jusqu'au 23 septembre, c'est-à-dire
(1) En effet, l'alinéa précédent tombe dans la catégorie, non des préventions, mais des récriminations.
jusqu'à votre conversation dans ma chambre. Seulement je reconnais qu'elles existaient encore au moment où vous me donniez vos explications. C'est ce qui fait que j'étais tout oreille pour écouter celles-ci, et c'est précisément ce qui explique comment j'aurais saisi de suite tout ce qui aurait pu, dans vos explications, vous être moins favorable.
Le fait que mes préventions ont cessé du coup, après avoir compris que vous n'aviez pas perdu une journée, montre dans tous les cas, qu'elles n'étaient pas enracinées, puisqu'une simple conversation de quelque minutes a suffi pour les faire tomber. (1) Il prouve aussi que si toutes les préventions étaient de la nature de celles que j'ai manifestées, elles ne pourraient causer aucun malentendu.
4° Vous me détaillez par le menu et assez longuement tout ce que vous avez eu à faire pendant les trois semaines qui se sont écoulées
(1) N'est-il pas admirable de voir comme ces préventions, selon les besoins, de la cause, naissent et tombent facilement ?
entre la réception de votre réponse de Rome, et l'envoi de vos documents (pardonnez-moi si j'ai employé le mot paquets \ mais j'ai pris le mot même dont vous vous êtes servi chez M. Mathieu et chez moi, croyant par là mieux réveiller vos souvenirs.) J'avoue que, ayant à faire tout ce que vous dites pendant ces trois semaines, vous n'avez pas précisément manqué de diligence; mais comme j'ignorais toutes ces démarches, je n'en aurais pas moins été frappé par le fait de l'intervalle des trois semaines, si vous me les aviez mentionnées. Cela n'empêche pas le détail dans lequel vous entrez d'être assez piquant parce qu'il porte à se demander pourquoi (1) toutes ces démarches s'il s'agissait simplement de nous dire : " Voici un projet de loi que nous
avons fait de notre mieux; nous l'avons soumis à Rome mais nous serions heureux de connaître ce que vous en pensez."
(1) La raison est bien simple : c'est que je ne suis pas un autocrate, que je me sens le besoin de prendre la direction de mes Supérieurs, et de faire part de mes desseins à ceux qui m'ont été donnés pour auxiliaires.
Cela dit, je vous ferai observer que, lorsque je vous mentionnais ma prévention contre vous au sujet du retard apporté dans la communication du projet de loi à l'Université, il ne s'agissait pas des trois semaines, mais bien des quatre mois et demi entre le 29 avril et le 9 septembre.
Permettez à ce propos que j'appelle votre attention sur une manière habile (1) que vous avez de prendre, dans une lettre à laquelle vous répondez, quelques mots, quelques bouts de phrases, (2) qui ne touchent que de loin au fond de la question, et que vous isolez du contexte ou que vous groupez de manière que, tout en étant extraits réellement de la lettre, vous les faites paraître sous un jour qui s'éloigne plus ou moins
(1) Euphémisme pour dire.... jxmr dire.... enfin disons le mot... pour dire pas tout à fait très honnête.
(2) A moins de citer tout entière la lettre à laquelle je réponds, ce que je me permets souvent, il n'est guère possible de donner des citations plus complètes que celles que j'ai l'habitude de faire ; pour s'en convaincre, il n'y a qu'à jeter un coup d'œil sur ma correspondance. Et c'est, en bonne partie, pour échapper à ce reproche, que je publie ces longs Rapports où sont citées toutes nos lettres in extenso, ce qui toutefois ne paraît pas être très agréable aux autorités universitaires.
du véritable, et vous permet de faire une réponse apparente propre à capter le lecteur qui lira rapidement et sans toujours se reporter au reste de la correspondance.
Citons quelques exemples pour ne rien laisser dans le vague.
a) Le mot retard. La première fois que j'en ai parlé, il s'agissait du retard de quatre mois et demi écoulés entre le 29 avril et le 9 septembre. La prévention créée en moi par ce retard était précisément ce que j'invoquais pour faire voir que j'aurais remarqué la mention de trois semaines, si vous me l'aviez faite. La question entre nous à ce propos, était: m'aviez- vous parlé de telle date ou de telle autre ? — Vous avez glissé sur cette question et, saisissant le mot retard, que vous avez appliqué à l'intervalle entre les deux dates, vous avez démontré longuement qu'entre ces deux date** vous aviez fait diligence, laissant le lecteur bénévole sous l'impression que vous justifierez ainsi le retard total dont je trouvais qu'on aurait eu lieu de se plaindre.
b) Me ; préventions. Il s'agissait de préven-
tions créées par la réception de votre lettre du 9 septembre et qui durèrent jusqu'à votre conversation du 23 : durée 14 jours, le temps de recevoir vos explications. C'est ce que ma lettre disait clairement. — Par un tour de phrase, vous confondez ces préventions, si peu durables, avec d'autres qui auraient pu être la cause de malentendus entre vous et l'Université, et vous en faites l'objet d'une question à effet... pour le lecteur bénévole.
c) Je parle des récriminations qu'aurait suscitées contre vous le fait du retard de quatre mois et demi sans vos explications, et j'en précise parfaitement le sujet. — Sans répondre à la question principale, vous vous contentez de détourner modestement la vue pour ne pas voir derrière certain voile à vous, et de demander : " Que signifient à propos de tout, à propos de rien, ces récriminations, etc." C'est de la mise en scène, ceci, M. le Vice-Recteur.... toujours à l'adresse du lecteur bénévole. (1)
(1) Pauvre lecteur, bénévole et inintelligent, que je te plains d'avoir à faire à un avocat aussi retors, subtil et coquin que cet habile Vice-Recteur de Montréal !
Pardonnez-moi si je vous fais observer que c'est là un procédé dangereux, car il porte à soupçonner (toujours des soupçons, héïas î mais veuillez remarquer que c'est le procédé qui y pousse) que vous écrivez pour un public tout autre que la personne à qui la lettre est adressée, car vous savez bien que celle-ci ne peut pas prendre le change (1). O.i dirait que vous préparez une nouvelle brochure où vos lettres paraîtront (2). Puis, vous le dirai-je ? cela jette
(1) Dites-moi franchement, Monseigneur, cette longue lettre a-t-elle été écrite pour moi, ou bien pour un certain public ?
(2) On serait peut-être porté à croire, d'après cette phrase, que j'écris des brochures pour le public, tandis que, en réalité, je me borne à faire, à Mgr l'Archevêque de Montréal, pour le tenir parfaitement au courant des développements de la question universitaire, des Rapports détaillés que je passe aussi à ceux qui ont le droit d'en prendre connaissance comme, par exemple, le Recteur de l'Université et les membres du Conseil Supérieur de Haute Surveillance. Ces Rapports, je le sais, déplaisent aux adversaires de la politique universitaire que nous suivons, c'est-à-dire, de l'application pacifique et entière de la Constitution Jam dudum ; donc, à ce point de vue, ces Rapports sont bons. Veut-on connaître la raison pour laquelle ils renferment, tout au long, mes lettres et aussi celles de quelques autres personnes. Je la donnais à Mgr l'Archevêque de Montréal, le 31 de juillet de cette année. Voici :
" Pourquoi, me dira-t-on peut-être, publier tous ces docu-
comme un nuage sur les protestations de franchise, de bonne foi et de loyauté qui reviennent souvent dans votre correspondance, et auxquelles naturellement vous devez désirer qu'on accorde foi entière. Personne, voyez-vous, ne pourra admettre que vous, M. le Vice-Recteur, ne saisissiez pas bien le sens de lettres très claires (1) par elles mêmes, lorsque d'autres, bien moins clairvoyants que vous, les comprennent parfaitement.
" ments in extenso, et ne pas se contenter d'un rapport suc- 11 cinct ?
" Un rapport succinct, dans ces temps agités, pourrait être " soupçonné de partialité, de restriction et d'habileté diploma- " tique. Ces pièces in extenso, demandes et réponses, parlent " pour elles-mêmes.
" Je veux clicber, comme dans un métal solide, les opinions " et les démarches du présent, afin d'empêcher les subter- " fuges insaisissables, les explications miroitantes et les sou- " plesses d'interprétation."
(1) Ce qu'il y a de certain, Monseigneur, c'est que j'ai très bien saisi le sens de la phrase qui précède. C'est une insinuation très sérieuse pour terminer une lettre qui ne l'est guère. Cependant je puis vous dire que je ne m'en formaliserai aucunement, étant décidé depuis longtemps à prendre, d'après le dicton américain, les choses comme elles viennent, V argent pour ce qu'il vaut, et les hommes tels qu'ils sont.
Je vous demande pardon de la longueur de cette lettre. Mais je tenais tant à ce que vous ne puissiez pas vous plaindre que je ne parlais pas clairement. (1)
Agréez l'assurance des sentiments respectueux avec lesquels,
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Vice-Recteur, Votre très humble serviteur,
THOS. E. HAMEL, Prêtre,
Pro- Recteur, U. L.
26 octobre 1891.
PS. — Cette longue lettre, commencée le 14. a été souvent interrompue et je ne puis vous l'envoyer qu'aujourd'hui.
T. E. H., Prêtre,
(1) Dans tous les cas, que Mgr Hamel parle clairement ou non pour me servir de son expression, je suis assez clairvoyant pour comprendre, dans cette lettre, surtout ce qui n'y est pas exprimé formellement.
Montréal, 27 octobre 1891.
Mgr T. E. Hamel, Pro-Recteur de l'Université Laval.
Monseigneur,
Je reçois à l'instant votre lettre, commencée le 14 et terminée le 26 octobre.
Ce doit être pour de semblables explications, longues, déliées, subtiles, difficiles à saisir, anxieuses d'avoir raison, qu'a été formulé le proverbe : Qui s'excuse s'accuse.
Je crois qu'il est mieux de ne pas répondre, po.ir le moment, à t >ute cette discussion de motifs, de mobiles et d'intentions. Surtout, il me fiât plaisir de pouvoir, encore une fois, laisser de côté les nombreuses choses peu flatteuses à moi personnellement adressées, que renferme c tte épître.
Cependant il est un pointsur lequel je ne puis
me taire, et je proteste emphatiquement contre le sens trop étendu que vous donnez aujourd'hui clairement à mes paroles, et que laissait entendre, comme je le signalais dans le temps, ce troisième considérant de la résolution du Conseil, basé sur une conversation privée, tenue à la bonne franquette. Jamais, non, jamais je n'ai dit, ni à vous, ni à d'autres, que j'avais consulté la Propagande pour savoir qui, d'elle ou de l'Université, je devais consulter d'abord ; jamais je n'ai dit que la Propagande m'a répondu que je devais commencer par elle.
Ceci étant affirmé positivement et solennellement, permettez-moi de reprendre votre texte.
1° u Heureusement, j'ai cru en justice pour (< vous que je devais me servir de cette conver- " sation à la bonne franquette qui était de na- " ture à vous protéger contre les récriminations, " et les soupçons."
Vous avez cru cela, c'est votre affaire ; mais je ne surprendrai personne, lorsque je dirai que je me serais bien passé de cet acte de justice et d'une telle protection.
2° " En cela, Monsieur le Vice-Recteur, nous (i avons montré, nous, de la bienveillance."
Vraiment, c'est touchant, qui l'aurait cru?
3° il Car, entre nous, il y avait de la bien- " veillance à admettre comme dénués d'exagéra- " tions tous les allégués de cette conversation."
Il n'y a dnns mes allégués d'autres exagérations que celles qu'y a apportées une mauvaise interprétation. Veuillez citer, je vous en prie, cette conversation textuellement. Pourquoi ne l'avez-vous pas déjà fait ? Le travail aurait été certainement moins long que tous les commentaires que vous faites à son sujet.
4° " Vous-même semblez trouver après coup " (dans votre lettre du 5 octobre) que ce que " vous m'aviez dit peut comporter un autre sens '* trop étendu , lequel, malgré la meilleure volonté " vous ne pouvez admettre?'
Je n'ai jamais trouvé, ni semblé trouver pareille chose; mais j'ai trouvé, non après coup, mais bien du premier coup, aussitôt que j'eus reçu l'extrait des délibérations du Conseil Universitaire, que votre troisième considérant,
éclairé par les considérations qui précédaient et les considérations qui suivaient, pouvait comporter un tel sens ; car, remarquez que votre susdit considérant ne rapporte qu'une seule de mes paroles, isolée, séparée de son contexte.
5° " Je ne sais pas si vos paroles étaient sus- " ceptibles d'un double sens (à moins que vous 11 n'entendiez par là qu'il fallait en rabattre) ; "
Mes paroles n'étaient pas plus susceptibles d'un double sens, naturellement parlant, qu'elles n'étaient exagérées. Je n'ai rien à en rabattre, il faut prendre les mots comme ils sonnent. Mais quand on les torture, à l'aide de soupçons et de préventions, on peut toujours arriver à un sens plus ou moins hétérodoxe. Quelqu'un a dit : " Donnez-moi cinq lignes de l'écritu re d'un homme, et je le ferai pendre."
6P u Mais je sais que nous avons bien voulu 11 les prendre pratiquement dans le sens obvie, 11 qui vous était favorable, et que c'est ce sens " qui a engagé le Conseil à prendre la détermi- " nation qui vous a fait tant de plaisir."
Il fallait les prendre dans leur sens littéral,
strict et vrai, qu'il me fût favorable ou non, dût la résolution du Conseil me faire déplaisir. Une fois n'est pas coutume.
7° " Ah ! si le Conseil eût voulu agir sous le " soupçon d'exagération de votre part, les chou ses ne se seraient pas passées comme je vous " l'ai dit."
Peut-être; mais ce qui m'a frappé, c'est que les choses se sont passées à peu près comme vous me l'annonciez dans votre lettre du 16 septembre; et, alors, vous n'aviez pas pour former votre opinion les allégués de ma conversation.
8° " Il y aurait eu des récriminations très (i légitimes sur ce qu'on aurait très probable- " ment appelé (non pas simplement exagérati- " on) mais bie?t défaut de bonne foi r
Merci, Monseigneur le Pro-Recteur de l'Université Catholique, merci.
9° " Non, le Conseil Universitaire a admis "pratiquement votre entière bonne foi. . . ."
Le Conseil a admis ce qu'on lui a dit, et de la manière qu'on le lui a dit, voilà tout; je n'avais
chargé personne d'y défendre ma bonne foi, à sa façon.
Evidemment, Monseigneur, vos préventions, devenues tout à coup trop favorables, dans le désir que vous aviez de montrer de la bienveillance et de protéger ma bonne foi, ont fait que vous avez confondu les temps, les lieux et les personnes. Si maintenant votre considérant, que vous paraissez regarder comme la pierre angulaire de votre argumentation, n'est pas solide sur la base, je le regrette beaucoup pour votre thèse. Tenez, il eût mieux valu s'en tenir aux documents officiels que nous avions communiqués à Monseigneur le Recteur.
Croyez que je demeure toujours avec une haute considération,
Monseigneur le Pro-Recteur,
Votre très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre,
Québec, 30 octobre 1891.
Révérend Mons. J. B. Proulx, Chan. Hon., Vice- Recteur de l'Université Laval à Montréal.
Monsieur le Vice-Recteur,
Une absence de quelques jours m'a empêché d'accuser réception plus tôt de votre lettre du 27 octobre.
Je vous en remercie cordialement, car elle répond à un désir (1) que j'entretenais depuis longtemps.
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Vice-Recteur, Votre humble et respectueux serviteur.
THOS. E. HAMEL, Prêtre,
Pro-Recteur U. L.
(1) Quel pourrait donc être ce désir ? Mgr le Pro-Recteur est aussi réservé dans cette lettre qu'il a été communicatif dans la
St-Hyacinthe, 28 octobre 1891.
Au Révérend J. B. Proulx, Chan., Vice-Recteur Université Laval Montréal.
Mon cher Monsieur,
J'ai reçu votre envoi d'hier, une lettre de Son Eminence le Cardinal Taschereau, votre réplique à cette lettre adressée à Mgr l'Archevêque de Montréal, et votre réponse à une lettre de Mgr Hamel, Pro-Recteur de l'Université.
Les Evêques de la Province doivent se réunir la semaine prochaine à Montréal, et notre digne Métropolitain nous fait entendre que nous en aurons bien pour deux ou trois jours. Je le crois facilement ; car les temps sont difficiles, et les
précédente, dont il ne pourrait pas, certainement, répéter aujourd'hui les dernières paroles : " Je tenais tant à ce que vous ne puissiez pas vous plaindre que je ne parlais pas clairement."
affaires épineuses, surtout pour ce qui concerne Laval.
Faut-il donc reprendre le chemin de Rome ? Il est bien difficile, au point où en sont les choses, qu'il en soit autrement. Que le Seigneur nous vienne en aide et dissipe la tempête !
Toujours votre bien dévoué en N. S.
f L. Z., Ev. de S t- Hyacinthe.