‹ Question universitaire de Montréal (volume 2)Chapitre 26 sur 47 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

Incorporer les Administrateurs de l 'Université Laval à Montréal.

Monseigneur l'Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Avant de passer, dans ce rapport, au nouveau mémoire que Mgr Racine présentait à l'Eminentissime Préfet de la Propagande, le 6 de janvier de cette année 1892, sur le peu de bonne volonté que le Recteur et le Conseil de /' Université Laval ont apporté au fonctionnement de P Université à Montréal, je réunis comme en un faisceau les principales pièces de la correspondance sur le

sujet qui nous occupe en ce moment, depuis la veille de notre départ pour Rome jusqu'à la veille de la présentation du susdit mémoire.

Votre Grandeur y verra :

1° Le développement graduel de la position que nous avons dû prendre ici ;

2Q La surprise que nous avons éprouvée en voyant sur les journaux du pays, la persistance avec laquelle certains correspondants ou inspirateurs s'obstinaient à vouloir faire croire au public que nous étions venus à Rome pour demander au Saint-Siège l'indépendance de l'Université à Montréal ;

3° Les protestations immédiates et la dénégation formelle que ces avancés insidieux ont élicitées de ma part ;

4° La continuation de cette politique de retard, aux perspectives indéfinies, qu'apporte Québec à formuler, d'une manière précise, les objections qu'il dit avoir à notre projet de loi;

5° Enfin le danger toujours croissant que ce peu de bonne volonté de la part des autorités Universitaires à Québec entretient et nourrit,

de voir se fortifier l'idée et les chances d'une Université laïque à Montréal.

Croyez que je demeure dans les sentiments du respect le plus profond,

Monseigneur, De Votre Grandeur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX. Pire.

Montréal, 4 novembre 1891.

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre,

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai rencontré hier soir la Faculté de Médecine. . .

Comme c'est probablement la dernière fois que je vous écris avant mon départ pour Rome, laissez-moi vous remercier de la nouvelle marque de confiance que vous me donnez. Croyez au

dévoue nent et au travail que j'apporterai au règlement pacifique du nouvel imbroglio universitaire que l'on vient de soulever encore une fois sur notre route. Quant à la question de * * *, je n'ai jamais eu d'autres vues actives, d'autre politique à suivre que les desseins des Evêques, du ressort desquels ces choses relèvent. Je pars bien décidé de ne m'en mêler en aucune façon sous ma responsabilité personnelle ; seulement, je serai heureux de prêter le secours de ma plume à Mgr l'Evêque de Sherbrooke, si cela peut lui rendre service ou lui faire plaisir; je veux, dans cette affaire, être l'homme de plume ; lui, sera l'homme de poids.

J'espère que, pendant mon absence, mon doux, gracieux et aimable remplaçant s'ancrera assez solidement dans la position qu'il ne sera plus possible, à mon retour, de l'en arracher. La plus belle nouvelle qui pourrait m'être apprise lorsque je mettrai les pieds de nouveau sur le sol canadien, ce serait de savoir que Nosseigneurs les Evêques veulent bien se passer de mes services à l'Université. Mais, nous reparlerons de ces choses.

Cependant, en attendant que je sois rendu aux travaux de ma cure, croyez que je ne cesserai de travailler à l'œuvre qui nous est chère, et d'être avec le respect le plus profond, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

P. S. — J'oubliais de vous dire que Mgr Hamel m'envoyait, à la date du 30 octobre, la perle suivante :

" M. le Vice-Recteur, une absence de quelques " jours m'a empêché d'accuser réception plus tôt " de votre lettre du 27 octobre. Je vous en u remercie cordialement; car, elle répond à un " désir que j'entretenais depuis longtemps. J'ai " l'honneur d'être,. . . ."

Quel pourrait donc être, en vain je me creuse la tête, ce désir mystérieux ?

Désir de fille est un feu qui dévore, Désir de none est cent fois pire encore.

De quelle nature serait donc celui-ci ? Tout ce que nous en savons, c'est qu'il était très

ardent; car on l'entretenait depuis longtemps, et son accomplissement, bien que je n'y aie qu'un mérite d'occasion, me vaut un remerciement cordial. Enfantillage que tout cela ! — J. B. P.

Cité du Retiro, 3, entrée : 30 fnub. St-Honoré,

Paris, 17 novembre 1891.

Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur.

Arrivée à Paris hier soir, 16 du courant, à 5 heures. Traversée horrible de vent et de roulis. J'ai fait une chute, et me suis démis le bras droit. Deux médecins m'ont rebouté à bord, avec douleurs atroces. Assez bien maintenant, cependant je ne me sers de ma main droite que pour écrire : de là le laconisme de cette lettre. Mgr Racine se porte asssz bien, il n'a ressenti les

atteintes du mal de mer que durant les deux premiers jours. Nous partons ce matin pour aller voir Mgr Gravel à une heure de chemin de fer de Paris. Nous pensons pouvoir quitter pour Rome après demain matin au plus tard. Nous avons vu en arrivant Monsieur H. Fabre. Il salue Votre Grandeur, et moi je m'en souscris avec le plus grand respect,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

P. S. — En tombant, je n'ai pas renversé le sel de ma salière, et la question universitaire reste toujours debout.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 28 novembre 1891.

Sa Grandeur Mgr Ed. Ch* Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Voici une semaine aujourd'hui que nous sommes arrivés à Rome, si je n'ai pas écrit plus tôt à Votre Grandeur, j'en ai été empêché par deux raisons.

La première, c'est que pendant ce temps j'ai été dans les écritures et les impressions pardessus la tête. L'imprimeur me livre ce soir deux mémoires qui peuvent former 60 pages d'un format ordinaire ; puis, avant de commencer ce travail, il a fallu prendre deux jours pour voir sur quel terrain nous étions, de quel côté soufflait le vent, et où se trouvait le joint des questions. Je vous assure que nous n'avons pas

perdu notre temps. Du reste, il me paraît être dans le caractère de Mgr Racine de mettre de suite la hache en bois, il court au plus pressé.

La seconde raison, c'est que ma main, de ce temps-ci, est un peu rétive à prendre la plume, et que déjà elle trouvait longue la course que j'avais à lui faire parcourir...

Quand j'entrai, lors de ma seconde visite chez le Cardinal Simeoni, il avait appris mon accident : " Ah ! ah ! dit-il, la Providence s'est chargée de vous désarmer. — Eininence, il me reste le bras gauche, et je puis encore donner un bon coup." On ne peut pas nous recevoir avec plus de bienveillance. J'ai été le voir une troisième fois, seul, mardi soir. Mgr Racine a vu deux fois Mgr Persico; je l'ai rencontré une fois, il a eu pour moi de très gracieuses paroles. Maintenant que nos mémoires sont imprimés, nous allons commencer auprès des Cardinaux de la Propagande un travail plus actif. Tout a bonne mine. Avec un peu de temps et de la patience, ça aboutira. Mgr Racine a dû vous écrire que l'affaire des * * * est en bonne voie

de solution immédiate, et que l'Archevêque de Montréal aura satisfaction complète.

Son Eminence le Cardinal Siineoni a écrit à Son Eminence le Cardinal Taschereau, lui demandant de vouloir bien lui envoyer son opinion motivée sur notre projet de loi, et celle des Evêques de la Province de Québec ses suffragants, tout comme nous avons fait : j'espère que l'Eminentissime Préfet aura plus de chance que nous.

Je vous envoie par la malle les deux mémoires. . . Avec une haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 28 novembre 1891.

Sa Grandeur Mgr L. Z. Moreau, Evêque de St- Hyacinthe.

Monseigneur,

Je vous envoie la copie d'une lettre que j'adresse à Mgr l'Archevêque de Montréal. Cela soulage d'autant ma main malade, comme vous le verrez dans cette lettre. Mgr Racine vous salue; et moi, en attendant que je puisse vous écrire plus au long, ce qui sera avant longtemps, je me souscris avec un profond respect. De Votre Grandeur, Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 28 novembre 1891.

Le Très Révérend Louis Colin, Supérieur du Séminaire de St-Sulpice, Montréal.

Monsieur le Supérieur,

Depuis plusieurs jours, je désire vous écrire ; mais un accident, arrivé à mon bras droit, me force d'être aussi sobre possible en écriture, afin de conserver ma faible capacité pour les griffonnages nécessaires. Ne voulant pas vous laisser sans nouvelles, j'ai pris le parti de vous adresser une copie d'une lettre que j'envoie à Mgr l'Archevêque de Montréal. Je serais très heureux, s'il jugeait à propos de vous passer les mémoires que je lui ai annoncés.

Excusez ma main malade, et croyez-moi avec un grand respect,

Monsieur le Supérieur,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 1er décembre 1891.

Monseigneur Bergamoschi, Minutante pour le Canada.

Monseigneur,

Je vous remets les documents que vous avez eu l'obligeance de me passer hier, et je vous en remercie. Seulement ce n'est pas celui dont j'ai besoin ; c'est une lettre des Evêques de la Province de Montréal, datée du j ou 4 Novembre 1891, laquelle Mgr Racine a remise à Son Eminence le Cardinal Préfet de la S C. de la Propagande il y a huit jours environ.

Quant au mode de solution, dont nous avons parlé hier chez Monseigneur Persico, et que vous trouvez le plus doux et le plus honorable

pour Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec :

Mode auquel, vu mes dispositions de paix et de conciliation, j'ai dit devoir accéder volontiers, si la Sacrée Congrégation de la Propagande le trouve le meilleur, en faisant remarquer toutefois qu'il importerait, dans ce cas-là, que le Saint-Siège signifiât aux Evêquesdes Provinces de Québec et de Montréal son désir qu'ils accordassent de suite au Siège Montréalais de l'Université un syndicat financier, absolument nécessaire à son existence et à sa prospérité ;

A ce sujet donc, je dois vous avertir que Mgr Racine, Evêque de Sherbrooke, ne trouve pas que ce moyen serait le plus efficace : il prêterait flanc, dit-il, à des embarras inextricables et interminables. J'avoue que Mgr Racine connaît mieux le terrain que moi. Nous pouvons avoir raison en principes spéculatifs ; lui, sans doute, a raison en pratique. Or il s'agit d'en arriver à une solution pratique.

Je tenais à vous donner cette explication sur une matière, traitée d'abord avec vous, et dont

il a été question hier soir chez Son Eminence le Cardinal Simeoni, en présence de Mgr Persico.

Croyez que je suis avec la plus haute considération,

Monseigneur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 4 décembre 1891.

Le Rév. Bruchési, Chanoine, V. R , Archevêché de Montréal.

Monsieur le Chanoine,

Tout va bien. Les affaires ont bonne mine. Mgr l'Archevêque pourra vous en donner les nouvelles qu'il jugera à propos.

Je vois par les journaux que vos bruyants enfants vous ont donné un peu de tablature. Nous sommes ici trop loin pour pouvoir donner

aux événements leurs justes proportions. Dans tous les cas, cette échauffourée n'a dû avoir aucune conséquence universitaire, puisque la cause était loin de l'Université.

Mais ce qui me paraît plus grave, ce sont les correspondances qui ont paru dans la Presse du du 17 novembre, et dans le Star du 19.(1)

Les journaux, même les mieux disposés, souvent n'ont pas la conscience de ce qu'ils publient. Bon nombre de reporters n'ont qu'une idée : publier des nouvelles ou des cancans, sans savoir s'ils sèment le vent ou la tempête. Il nous faut bien prendre le monde comme il est.

D'abord cet Infor meur n'est pas un vieux de Victoria. Il connaît trop, et a trop à coeur les intérêts de Laval à Québec. Le bout de l'oreille perce. Je pourrais signer son nom au bas de l'article, sans courir grand risque de me tromper.

L'article fourmille d'erreurs. Le but évident est de semer la défiance dans le public qui ru connaît pas, et ne peut connaître le fond des

(] ) Voir Pièces justificatives, Nos I et II, pages 332 et 335

choses, et de réveiller des craintes chez les anciens amis de l'Ecole. Embrouille, embrouille, et l'on pourra toujours pêcher quelque chose en eau trouble.

Le meilleur remède est la patience, et aussi la ligne droite. Je ne puis ni ne veux donner aucun conseil. Mes paroles arriveront un mois trop tard, vraie moutarde après le dîner. Toutefois voici ce qu'il me paraît de faire.

Si ces correspondances ne font pas grand émoi dans le public, c'est de les ignorer. Ceux qui les inspirent voudraient de la discussion et du bruit. Etouffons-les par le silence. Si au contraire elles produisaient quelque malaise considérable et persévérant, il serait peut-être bon de rétablir les faits, une fois pour toutes, sous une signature autorisée. Mgr l'Archevêque de Montréal ne pourrait-il pas demander aux journaux catholiques, de ne plus donner jour à de semblables élucubrations. Les rédacteurs en chef sont tous assez intelligents et assez patriotes pour comprendre qu'il y va du bien public de ne point soulever ces questions inopportunes.

Mgr Racine et moi, nous ne doutons pas que certains personnages, qui ne sont peut-être pas aussi étrangers à ces correspondances qu'ils le paraissent, ne manqueront pas de tailler des découpures dans ces journaux, et de les envoyer à Rome, pour montrer que l'Union n'a produit que de mauvais fruits, et que tout est remis en question à Montréal. Si vous pouviez nous envoyer sur ces correspondances une pièce forte, claire, que nous montrions, au besoin, à la Sacrée Congrégation, vous nous sauveriez peut-être bien des explications, sans compter que votre parole autorisée aurait bien autrement de poids que la nôtre, vu que nous ne sommes pas sur les lieux. Oui, oui, faites-nous cela comme un article de la Semaine religieuse ; doux, sans malice apparente, peigné, brossé, à croquer.

Il paraît que Mgr Bégin est nommé archevêque de Cyrène. Evidemment Rome fait exprès: Mgr Bourget, archevêque de Martianopolis ; Mgr Fabre, évêque de Gratianopolis; Mgr La- Rocque, cousin de son cousin, évêque de Germanicopolis j Mgr Lorrain, vicaire apostolique

dans les charmes et les glaces du Nord, évêque de Cythère ; et Mgr Bégin, destiné dans la pensée du Saint-Père à rallier les partis divers, archevêque de Cyrène.

Je suis toujours avec une haute considération, Monsieur le Chanoine et Vice-Recteur, Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

VTII

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome. 11 décembre 1891.

Son Eminence le Cardinal Simeoni, Préfet de la S. C. de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Je viens de recevoir de Montréal, de la part de personnages officiels, des nouvelles importantes à propos de l'Université ; je me fais un plaisir comme un devoir de les communiquer à Votre Eminence.

I. D'abord certains règlements d'intérêts monétaires, devant lesquels avait toujours échoué l'administration du Séminaire de Québec, tant qu'elle eut en main les affaires financières de la Succursale, viennent d'être réglés définitivement, je puis dire, à l'amiable. Voici ce que m'écrit à ce sujet le Grand Vicaire de Monseigneur l'Archevêque de Montréal, Monsieur L. D. A. Maréchal, en date du 27 novembre dernier :

" Je m'empresse de vous informer que le

<4 règlement des biens et des réclamations des " deux Ecoles de médecine, décidé eu principe " avant le départ de M. le Vice-Recteur, est un " fait accompli. Les Docteurs de Victoria (1) " ont tous signé, moins un, Monsieur le Docteur " Chartrand qui est en Europe, et qui a déjà " déclaré qu'il acceptait. Ceux de Laval ont " reçu leur argent et signé. Deux font semblant " d'hésiter ; mais on a tout lieu de croire qu'ils " vont signer l'acte de décharge prochaineu ment.

(1) C'est-à-dire, les anciens membres de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal. — J. B. P.

" Enfin l'affaire paraît réglée avec toutes les " garanties désirables. Monsieur Z. Racicot a " suivi cette transaction avec soin. Comme M. le u Procureur doit en rendre compte avec tous les " détails à M. le Vice-Recteur, je me contente u d'en informer Votre Grandeur sommai re- " ment."

De son côté M. le Vice-Recteur Proulx reçoit l'information suivante de Monsieur Z. Racicot, chanoine, procureur de Y Archevêché de Montréal, qui le remplace pendant son absence pour terminer le règlement de cette affaire :

" Je vous ai donné tous ces détails, croyant " qu'ils vous seraient utiles et agréables. Je suis " heureux d'avoir contribué quelque peu au " règlement de cette grande question qui a tenu " si longtemps les esprits surexcités, et que vous " avez eu l'habileté de résoudre. Continuez de " réussir pour le bien de la religion et du pays."

II. Secondement, il vient de se produire un incident qui démontre, une fois de plus, la sagesse et l'a propos de la Constitution Jam dudum.

Certains esprits, mécontents de voir la paix s'établir à Montréal, ayant fait circuler dans les journaux des rumeurs allant à dire que le Séminaire de Québec voulait reprendre par lui-même, la direction de l'Université à Montréal, il s'en est suivi une protestation qui montre quel est le sentiment qui règne généralement à Montréal, sentiment qu'il serait dangereux de froisser ou de surexciter. Je laisse la parole à M. le Grand Vicaire Maréchal.

" Depuis votre départ a paru dans un journal " un entrefilet qui disait que les Messieurs de u Québec avaient l'intention de reprendre la " direction de la Succursale à Montréal, ce qui a " provoqué une manifestation de sentiments de " la part de tous les professeurs. Tous seraient " décidés, le cas échéant, à rompre radicalement " avec Québec, et à faire reconnaître leur indé- " pendance (des Ecoles de droit et de médecine) " par l'autorité civile. Bien entendu qu'il n'y " avait rien de fondé dans cette rumeur. Mais u ce qui vient de se manifester prouve que le " décret Jam dudum est nécessaire, de nécessité u sine quâ non."

Ainsi, nous nous trouvons toujours en face du danger d'une Université laïque. Toute notre espérance est en Rome, et dans l'exécution pacifique et entière du décret Jam dudnm. Dans cet espoir, je demeure avec le plus grand respect et la vénération la plus profonde, De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,

f ANTOINE, Eveq. de Sherbrooke,

Canada.

St-Hyacinthe, 12 décembre 1891.

Monsieur le Chanoine Proulx, Collège Canadien, Rome.

Mon cher Monsieur,

Je vous suis bien reconnaissant de m'avoir transmis copie de la lettre que vous avez écrite le 28 novembre à Mgr l'Archevêque de Mont-

réal, et je remercie le bon Dieu de tout mon cœur que votre accident de la traversée n'ait pas eu de suites fâcheuses, quoique vous en ayez souffert beaucoup.

J'espère que vous êtes maintenant guéri, et que vous pouvez guerroyer facilement des deux bras.

Les affaires ont bonne mine, tant mieux! C'est bien ce que je pensais, car nous avons avons travaillé en union si étroite avec le Saint- Siège, et en suivant si fidèlement ses avis et directions, que nous ne pouvions pas en être condamnés. Avec une boussole aussi sûre que celle-là, on ne peut périr, quelque fortes que soient les tempêtes.

Je vous souhaite santé, bonheur et succès, et croyez-moi votre tout dévoué en N. S.

f L. Z., Ev. de St- Hyacinthe.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 18 décembre 1891.

Sa Grandeur Mgr Edouard Chs Fabre, Archevêque de Montréal.

MONSEIGNE UR,

Votre lettre du 28 novembre dernier, si remplie de nouvelles, si sympathique, m'a causé une grande joie, et je vous eu remercie. Je vous remercie également pour ce que vous avez daigtié faire en faveur du Ruisseau S t- Jean . . . •

Mgr Racine vous tient au courant de ce que nous faisons. Nous nous sommes empressés de rentrer nos diverses questions de suite de vaut les autorités de la Propagande, établissant dans pi usieurs visites clairement la position que nous voulons prendre. Mais elles ne pourront venir devant la Congrégation que dans la deuxième partie de janvier. En attendant, nous ne

perdons pas notre temps. J'ai ajouté au mémoire sur l'Université que je vous ai déjà envoyé, un supplément de pièces justificatives. Je charge la poste de vous porter un de ces mémoires ainsi augmentés. De plus, sur l'avis autorisé d'un qui connaît, je fais imprimer toute la correspond ince qui a eu lieu en septembre et eu octobre, au sujet du projet de loi, pour la soumettre aux Cardinaux, surtout au Ponente de notre cause. En effet, de cette correspondance il ressort avec quelle droiture nous y sommes allés en toute cette affaire, et combien, ailleurs, n'osant pas dire un non carré à notre requête, on a cherché des réponses détournées pour gagner du temps et nous retarder, ce qui a pour premier effet de nous empêcher d'être prêts pour la prochaine session de la Législature, si elle se réunit en temps ordinaire.

Cette nouvelle brochure aura cent pages environ, grand format, celui des mémoires. Elle sera terminée probablement à la fin de cette semaine, et aussitôt un exemplaire prendra la route de Montréal, à votre adresse. Li disposi-

tion des matériaux, le sommaire détaillé, qui se trouve en tête de l'opuscule, les notes au bas des pages, tout cela m'a tenu joliment occupé. Mais, comme en toutes choses humaines, le bout viendra.

De plus, il ne se passe guère de jours sans que nous voyions quelque Cardinal. Déjà ont été visités : les Cardinaux S. Vanutelli, V. Vanutelli, Parocchi, Oreglia, Monaco, Mazella, Rampolla, Zigliara; je ne parle pas du Cardinal Simeoni à à qui nous avons rendu plusieurs visites. Les uns connaissent mieux la question de ***, les autres celle de l'Université. Tous se montrent d'une grande bienveillance.

Dans tous les cas, nous faisons tout en notre pouvoir pour nous acquitter des préparations préliminaires, et, quand la question viendra devant la Congrégation, elle pourra être jugée, pour ce qui défend de nous, à son mérite.

Mgr Racine, à qui je lis cette lettre, me fait remarquer qu'il importe de faire à temps l'annonce du bill dans les journaux, comme il a été décidé la veille de notre départ; et nous espérons

que M. Bruchési nous tiendra au courant de ce qui sera fait, ainsi que des mouvements de l'opinion publique.

Cette lettre vous arrivera, Monseigneur, dans les derniers jours de l'année, probablement. Je la charge de vous porter mes meilleurs souhaits de santé, de succès, de bonheur, ainsi que l'expression de ma reconnaissance pour la confiance et les bontés que vous ne cessez de me témoigner, et l'assurance du zèle que je ne cesserai, moi non plus, d'apporter au service des causes qui vous sont chères.

Dans ces sentiments, je demeure avec le respect le plus filial,

De Votre Grandeur, Monseigneur, Le serviteur et fils tout dévoué,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontai ries,

Rome, 20 décembre 1891.

M. l'abbé Bruchési, Chanoine, Archevêché de Montréal.

Monsieur le Recteur

D'une Université qui fait parler d'elle, je vous présente mes saluts, mon respect, et mes souhaits de bonne année.

Chaque semaine, les journaux nous apportent de petits entrefilets, ingénieux, insidieux, allant tous à dire, sous une forme ou sous une autre, que je suis venu à Rome pour demander l'indépendance de l'Université à Montréal. (1)

Evidemment ces entrefilets ne sont pas de la rédaction, car Je journal lui-même ne paraît pas y attacher assez d'importance Ce sont donc des ballons d'essai qui viennent de l'extérieur, et

(1) Voir Pièces justificatives, aux Nos III, IV et V, pages 338, 341 et 342.

encore de personnes qui y tiennent ; car elles reviennent trop souvent sur ce sujet.

Maintenant, quel pourrait être le but de ces fusées, lancées par-ci, par-là ? Chi lo sa ?

Serait-ce pour soulever des discussions et pêcher en eau trouble ?

Serait-ce pour agir indirectement sur un personnage qui ne suit pas habituellement les journaux, en lui faisant accroire que l'opinion publique se préoccupe grandement de ces rumeurs ?

Serait-ce pour réveiller à Montréal des espérances endormies, et pousser certains esprits à des démarches imprudentes, afin de se donner des motifs pour combattre en faveur d'une cause perdue autrement ?

Serait-ce pour se donner un prétexte de demander à Rome, avec un air de préoccupation, si réellement il s'agit de traiter de l'indépendance de l'Université à Montréal, afin d'avoir une réponse négative que l'on montrerait aux profanes comme le témoignage d'une victoire pour soi et d'une défaite pour d'autres?

Serait-ce pour se donner l'occasion d'offrir de

soi-même à Home l'indépendance de la section montréalaise de l'Université, dans le but que que l'on sait ?

Serait-ce pour toutes ces raisons à la fois ? Je l'ignore. Seulement on ne se donne pas tant de trouble pour rien.

Dans tous les cas, afin de rogner les ongles à des calculs peu bienveillants qui pourraient s'appuyer sur notre silence pour nous graffigner, ne serait-il pas bon de contredire ces rumeurs, en quelques mots clairs et courts, d'une manière autorisée, disons, par exemple, quelque chose dans ce genre ?

" Les rumeurs qui circulent dans certains " journaux et qui vont à dire que Mgr Racine, " évêque de Sherbrooke, et M. l'abbé J. B. " Proulx sont allés à Rome pour demander au " Saint-Siège d'ériger la section Montréalaise u de l'Université Laval à Montréal en Univer- " site indépendante, sont absolumentdépourvues " de fondement." — Bruchési.

Si la Semaine religieuse voulait donner l'hospitalité à une pareille dénégation, l'autorité en serait encore plus grande devant le public.

C'est là l'opinion de Mgr Racine, c'est aussi la mienne, autant qu'on peut se former une opinion à cette distance des lieux et des événements. Je n'oublie pas qu'un mois sépare, pour vous, l'entrefilet de la remarque qu'il suscite sous ma plume. Parlez de la chose à Mgr l'Archevêque de Montréal, et faites pour le mieux. Sachant que vous vous arrêterez au parti le plus sage, je demeure avec beaucoup de considération,

Monsieur le Chanoine, Votre très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Collège Canadien, 117 rue des Quatre-Fontaines,

Rome, 27 décembre 1891.

Sa Grandeur Mgr Fabre, Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Au seuil de la nouvelle année, veuillez accepter mes meilleurs souhaits de bonheur, de santé et de succès. Votre Grandeur est certainement née sous une bonne étoile : je souhaite que les chances de votre vie vous accompagnent jusqu'à ce que Dieu nous appelle à la récompense. Ce jour ne sera pas demain, puisqu'il n'est pas encore arrivé et qu'il ne paraît pas devoir arriver de sitôt pour celle qui est votre mère. Pour la mère et pour le fils, Dieu soit béni !

Les Congrégations sont en vacances. Nous continuons à préparer le terrain, à fourbir nos armes. La veille de Noël, nous avons fait trentedeux visites dans une même journée : une cor-

vée ! Les affaires continuent, de leur côté, à avoir bonne raine. Après demain, mon imprimeur doit me livrer mes Pièces justificatives. Il m'a retardé; je ne le pressais pas, vu que je n'aurai besoin de cette brochure que dans une quinzaine de jours. J'en mettrai de suite un exemplaire à la poste à votre adresse, quand j'aurai reçu l'ouvrage de l'imprimerie.

Quelqu'un, peut-être optimiste, peut écrire qu'il n'était pas nécessaire que nous vinssions à Rome. Pour ***, c'est possible. Et puis encore, sans notre voyage, il est probable que l'affaire aurait traîné, traîné avec le danger de se salir. Quant à l'Université, c'étiit de nécessité urgente. Le développement des choses va le prouver surabondamment. On n'a pas encore digéré à Québec le décret yam dudwn. J'ose espérer que notre voyage aura pour résultat de régler non seulement l'incident actuel, mais de faire sortir un principe qui réglera par lui même toutes les autres difficultés qui pourront naître plus tard, sans qu'il soit besoin de toujours recourir à Rome,

Videbitur infra,

ou, Qui vivra, verra.

Pas de réponse encore de Québec au Cardinal Préfet. Nous sommes k représenter que de temporiser et de ne pas montrer une très grande bonne volonté est, pour le règlement de nos affaires montréalaise, dans la politique de Québec ; or voici que Québec lui-même se charge de faire ici notre preuve : la démonstration peut prendre un peu sur notre temps, mais après tout qui s'en plaindrait ?...

Croyez que je demeure avec une haute considération et une profonde reconnaissance, De Votre Grandeur,

Monseigneur Le très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Prêtre.

Bon Pasteur, Montréal, 30 décembre 189.1.

Le f.'évérend J. B. Proulx, Vice-Recteur de l'Université Laval. — Rome.

Mon bien cher Monsieur et Ami. (1)

L'intérêt que j'ai toujours porté à votre œuvre, l'union de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal à la faculté Laval, me fait un devoir de vous dire que si les demandes et prétentions de Québec étaient exaucées à Rome ; si Québec avait le pouvoir de s'ingérer dans l'administration des affaires pécuniaires de la Succursale de Montréal, l'union que vous avez réalisée au prix de si grands sacrifices, et qui a réjoui tous les cœurs affligés depuis vingt

(1) Cette lettre n'a aucun caractère officiel. Mais elle vient d'un homme si droit, qui est parfaitement au courant de l'opinion ; elle exprime si bien les nécessités de la situation, qu'il m'a semblé qu'elle avait ici sa place toute naturelle.

ans, et qui a pacifié tous les esprits tant partagés, serait malheureusement brisée du jour où cette nouvelle arriverait à Montréal. Je vous parle ainsi d'après les dires du Docteur B... et autres médecins, et aussi d'autres personnes avec lesquelles j'ai conversé. Je les ai rassurés en leur disant de ne rien craindre ; que Rome, dans sa sagesse, ne leur ôterait pas les droits que le décret Jam dudum leur donne, et que ce que vous demandez, dans votre projet de bill, n'est qu'une conséquence, ce nous semble, de ce décret, qui a été reçu au Canada avec une joie si générale, et qui a mis fin à de si longues et si pénibles divisions dans tout le pays. Ayez confiance, leur ai-je dit, dans la sagesse et l'habileté de ceux qui sont chargés de revendiquer vos droits auprès du Saint-Siège, qui ne sait que rendre justice.

En vous exprimant mes souhaits de bonheur et de réussite dans vos importantes affaires, au renouvellement de l'année, j'ai cru que vous seriez bien aise de connaître ces réflexions de nos médecins qui se montent^ même à la seule

pensée que Québec aurait son mot à dire dans leurs propres affaires montréalaises.

Le plus tôt cette question sera réglée définitivement, le mieux ça sera pour la bonne entente, et la consolidation de l'union médicale de Montréal.

Monsieur Délinelle et moi vivons toujours paisibles dans notre solitude, et nous vous offrons, tous deux, nos meilleurs souhaits pour la nouvelle année, ainsi que nos saluts les plus affectueux, en attendant le plaisir de vous revoir.

Votre ancien et fidèle ami,

F. PERRAULT, Prêtre.

Montréal, Séminaire de St-Sulpice,

2 janvier 1892.

Monsieur J. B. Proulx, Ptre, V. R. U. L. M., Au Collège Canadien, à Rome.

Cher Monsieur le Vice-Recteur,

Nos messieurs ont déjà été chargés de vous remercier en mon nom de votre bonne lettre. J'aime à le faire encore aujourd'hui par moimême.

Monsieur le Vicaire Général a envoyé à Monseigneur de Sherbrooke toutes les nouvelles qui pouvaient lui être de quelque utilité et vous intéresser vous-même. La bonne tournure que prennent les choses nous donne à espérer que votre second voyage à la Ville Eternelle sera béni de Dieu comme l'a été le premier. Je m'en réjouis d'avance. La paix et la religion n'auront qu'à y gagner. Rome sera toujours la source d'où tout bien nous viendra.

Votre présence ici nous serait utile, et je ne puis que souhaiter votre retour. Mais j'ai la confiance que la mer vous sera plus clémente qu'à votre départ, car vous aurez besoin de toutes vos forces.

La mort a enlevé en quelques jours le cher et vénéré M. Dowd, décédé le samedi 19 décembre, par suite d'une pneumonie, amenée par une attaque des rhumatisme et de grippe. Ses funérailles ont donné lieu à une manifestation extraordinaire parmi la population catholique et protestante.

Le juge Jette va mieux, mais il a été assez sérieusement malade de la grippe et demeure toujours languissant.

Recevez, avec mes meilleurs souhaits de l'année, les sentiments de respectueux dévouement dans lesquels je suis,

Votre bien humble serviteur en N. S.

Page 1