B. PAQUET
N. B. — Sous la même enveloppe, avec cette première lettre que l'on vient de lire, réservée, mais digne et étudiée dans sa forme, j'en trouvai une seconde,un peu plus dégagée, dans la-
quelle Mgr Paquet se soulageait le cœur. La
voici.
Québec, 21 janvier 1891 .
Au Révd J. B. Proulx,
Monsieur le Vice-Recteur,
J'ai été très heureux d'apprendre par votre lettre du 16 du courant que la visite que vous m'avez faite le même jour avait pour but de me présenter votre respect et de me renouveler l'expression de votre bonne volonté. Je vous avoue qu'elle m'a laissé une tout autre impression, attendu les nombreuses choses désagréables, pour user d'une expression modérée, que j'ai été obligé d'entendre de votre part contre moi et contre le Séminaire de Québec, dont je suis le Supérieur. (1)
(1) Le 25 septembre 1890, devant le Conseil Supérieur de l'Université Laval, j'avais l'honneur de dire: " Mgr Paquet me paraît avoir un faible pour s'identifier avec le Séminaire de Québec ; et, du moment que vous contredisez une de ses opinions, retranché derrière la grande ombre do cette antique maison, il vous crie: Prenez garde, vous frappez le Séminaire."
Dans mon Mémoire sur les compte*, je disais : " Dans l'exposé de mes idées, inévitablement, il m'arrivera do contredire de dignes el éminents personnages. Je le ferai librement et respectueusement. Je respecte les personnes, je ne discute pas les
Vous guillemettez certaines phrases, voulant par là, sans doute, faire entendre que vous citez textuellement. Afin de vous prouver l'avantage de traiter les affaires par écrit, je me permets de vous dire que je n'admets pas que vos citations soient exactes. Je savais déjà par le passé que votre mémoire n'est pas très heureuse, mais je ne la croyais pas aussi infidèle. (1)
Suivant moi, les questions que vous m'avez posées et les réponses que je vous ai données, au sujet du Dr Durocher sont les suivantes : " Est-ce que M. le Dr Durocher est professeur de la Faculté de Médecine de l'Université Laval à Montréal ?(2) — Je ne suis pas prêt à répondre. — Ceux qui sont nommés dans l'annuaire sont-ils professeurs de l'Université Laval? —
intentions, je ne voudrais employer que les expressions les plus adoucies et les plus modérées ; mais, enfin, dans des divergences de vues aussi radicales, je ne puis faire qne mon opinion ne heurte la leur, carrément."
Dans cette conversation, mon opinion a pu heurter carrément l'opinion d'un autre ; mais, certainement, elle n'a heurté ni le Séminaire de Québec, ni la personne de son honoré Supérieur.
(1) Si j'avais eu le sang chaud, il aurait pu y avoir là matière A cartel :
Rodrigue, as-tu du ccear?
— Tout autre que mon père L'éprouverait sur l'heure.
(2) Monseigneur le Recteur, de son côté, a oublié ce petit membre de phrase, qui a bien son importance: "sans qu'il soit besoin d'avoir recours à d'autres procédés." Mais, hélas ! omnis homo mendax ; et qui ne connaît cette définition de la mémoire: " c'est une faculté qui oublie."
Oui, M. le Vice- Recteur." Question par moi : " M. le Dr Durocher est- il de ce nombre ? -Non, M. le Recteur.— Eh bien ! le Dr Durocher n'est pas professeur de l'Université Laval. — M. le Dr Durocher est-il professeur de l'Université en vertu du Bill de l'Union ? — A vous, M. le Vice-Recteur, de répondre à cette question ; vous connaissez mieux que moi tous les secrets de ce bill. — Mais, M. le Recteur, vous devez les connaître aussi, vous avez appuyé le bill et recommandé son adoption. — C'est vrai, mais c'a été de confiance en vous et au Saint-Siège". (l)Lorsque vous vous êtes retiré, je vous ai dit : " Pour cette question, comme pour les autres, vous avez une plume, veuillez donc faire vos demandes par écrit, nous serons moins exposés à être mal compris ou à voir notre pensée mal interprétée."
Voilà, suivant moi, sinon mot à mot, au moins substantiellement, la conversation que nous avons eue au sujet du Dr Durocher. (2)
Je profite de l'occasion pour vous répéter par écrit ce que je vous ai dit dans notre entrevue du 16 janvier. Nous serions très heureux de recevoir de temps en
(1) Tout de même, c'est très honorable pour moi et mon infidèle de mémoire, d'être placé, sous le rapport de la confiance que nous inspirons, sur une même ligne avec le Saint-Siège; ou bien, après ce qui vient d'être dit à mon adresse, pour le Saint- Siège, ce n'est pas très flatteur.
(2) Ah ! ah ! comme la conversation n'est citée que substantiellement, et comme substantiellement cette version ne diffère guère de l'abrégé que j'en ai donné, je n'entreprendrai pas de rétablir, à mon tour, ce dialogue. Seulement, qu'on veuille bien me croire, dans cette pâle analyse, le ton manque à la chanson.
temps quelques renseignements sur le fonctionnement de la Succursale, vu que nous nous intéressons beaucoup à sa prospérité. Nous sommes chagrins de voir que nous ne recevons aucune communication à ce sujet. Vous comprenez, M. le Vice-Recteur, que je n'ai pas pris au sérieux la réponse que vous m'avez donnée, à savoir que vous craignez par ces renseignements, de nous fournir le moyen d'entraver le bien que vous pouvez faire. Je crois que plus vous tiendrez l'Université mère au courant de ce qui se fait dans sa Succursale, plus vous entrerez dans les désirs du Saint- Siège. (1)
Je n'admets pas que des indiscrétions à propos de lettres reçues de Rome, qui ne sont pas justes, seraient parties du Séminaire de Québec. Je crois que vous serez de mon avis, lorsque vous connaîtrez la lettre que le Cardinal Préfet de la Propagande a écrite à Son Eminence le Cardinal Archevêque de Québec. (2)
(1) A ce reproche bienveillant et à cette douce invitation, j'ai répondu dans une lettre du 3 février (voir plus loin N" VIII). Je n'ajouterai que ceci. Je suis encore à me demander : comment se fait-il que Mgr Paquet ait pu comprendre que/'e craignaispar mes renseignements de lui fournir le moyen d'entraver le bien que je
pouvais faire ? J'avais bien remarqué qu'il était très excité, je ne croyais qu'il le fût jusqu'à ce point-là.
(2) Mgr Paquet ne nie pas que des indiscrétions avaient été commises ; et comment l'aurait-il pu nier, lorsque le vehementer doluit courait tous les cercles universitaires de la ville de Montréal, colporté avec complaisance par quelques amis personnels de Mgr le Recteur? Bien plus, d proteste qu'un jour viendra !et on «lirait qu'iln'est pas loin) que je serai de son avis. Mon avis
Je vous remercie de votre invitation à aller passer quelques jours chez vous dans votre solitude de St- Lin. Je sais qu'elle part du fond du cœur; mais je redoute de vous connaître trop intimement, je serais exposé à tomber dans des amitiés particulières qui sont toujours dangereuses. (1)
J'ai l'honneur d'être, Monsieur le Vice- Recteur, Avec la plus grande considération, Votre très humble et très dévoué serviteur,
B. PAQUET, Recteur U. L.
est que Notre Saint Père le Pape, en effet, doit être très affligé du spectacle affligeant que nous lui offrons tous ensemble; que ces mots, cités ex parte, n'ont pas, dans l'ensemble de la lettre romaine, le sens qu'on leur donne dans ces commentaires de circonstance; que l'Eminentissime Préfet de la Propagande ne les a jamais écrits pour l'usage qu'on en a fait ; que cette lettre de paix et de bienveillance paternelle, que l'on semble vouloir agiter de loin comme un épouvantai!, ne me fera jamais que du bien ; que jamais je ne serai blâmé, à Kome, pour avoir contribué à faire passer un bill qui a été le triomphe définitif des décrets apostoliques au Canada; et que, avant longtemps, le silence sera imposé à ceux qui promènent, dans le clairobscur d'un demi-secret, ces indiscrétions que je signale, comme étant non seulement injurieuses aux personnes, mais encore préjudiciables à l'œuvre universitaire.
Monseigneur, il me plaît de risquer ici une petite prédiction. Voici que, dans l'espérance d'un retour de la fortune, on fait circuler, à l'occasion de ma manière d'agir, certaines rumeurs dans le public; devant le public, je ne me défendrai point, absolument point. Eh bien ! à la fin, lorsque ces espérances seront devenues vaines, vous allez voir si l'on ne m'accuse pas d'avoir fait du bruit et d'avoir rompu le silence. Je connais mon monde !
(1) L'invitation partait du fond du cœur. Il me semblait qu'une pareille visite, sous le couvert de l'hospitalité et des
N. B. — En lisant la lettre précédente, toutes ces réflexions que je viens mettre, sous forme de notes, au bas des pages, et bien d'autres encore, s'étaient présentées à mon esprit; je les refoulai en moi-même, pour ne donner que la réponse que voici, courte, respectueuse et calme, je crois. On verra un peu plus loin (Nc* X et XI) comment on me tint compte de cette modération.
Montréal, 3 février 1891.
A Mgr B. Paquet,
Monsieur le Recteur,
Je réponds à votre lettre du 21 de janvier qui accompagnait votre réponse officielle du môme jour. Il y régnait un ton plus que aigre-doux, qui m'a pro-
égards réciproques qu'elle entraîne, était propre à dissiper bien des malentendus entre nous, et à produire le meilleur effet à l'extérieur. J'ignorais que Mgr Paquet songerait alors à ne plus me rencontrer seul, chose surprenante, mais vraie. (Voir plus loin, N° XI). Boileau aurait dit :
" Le vrai quelquefois peut n'être pas vraisemblable. "
fondement peiné; et je le serais doublement si, par hasard, il avait été occasionné par quelqu'expression de cette lettre que je vous écrivis à la hâte, au sortir de votre chambre, au milieu des préparatifs de mon départ. Je n'ai pas sous les yeux la copie de cette lettre; mais croyez-moi, si elle renferme un seul mot qui ne serait pas conforme au respect que je vous dois, je le désavoue et vous en fais mon excuse.
Vous prétendez rétablir notre conversation à propos de M. le Dr Durocher. Permettez-moi de ne pas revenir sur ce sujet, non plus sur ce que vous dites de l'infidélité de ma mémoire, ou des motifs d'un ordre supérieur qui vous empêchent d'accepter l'invitation que j'avais l'honneur de vous faire.
Quant aux deux avancés suivants : " Les nom- " breuses choses désagréables, ...que j'ai été obligé " d'entendre de votre part contre ....le Séminaire de
" Québec à savoir que vous craignez par ces ren-
" seignements de nous fournir le moyen d'entraver le " bien que vous pouvez faire," — je me vois dans la pénible nécessité, pour me rendre justice à moimême, de les nier respectueusement et absolument. Certainement vous m'avez mal compris.
Quant à l'invitation que vous me faites de vous renseigner sur les choses de la Succursale, la tâche me sera bien agréable et bien facile ; je n'aurai qu'à continuer ce que j'ai fait jusqu'ici ; car vous n'avez pas oublié que depuis dix-huit mois que je suis Vice- Recteur, bien que j'aie été en Europe près de huit mois, outre la correspondance que j'ai entretenue
avec vous ou d'autres officiers du Conseil Universitaire, je suis descendu à Québec pour vous parler des affaires de l'Université, dix fois bien comptées ; et, vous le savez, on en dit beaucoup plus dans une conversation que dans une lettre.
Dans tous les cas, je suis bien aise de connaître aussi clairement cette disposition de votre part ; car, d'ici à l'automne prochain, nous avons une foule de questions à traiter, de détails à régler, et je ne craindrai pas, dans les circonstances plus ou moins embarrassantes que nous pourrions avoir à traverser, de vous fatiguer.
Comme Cassandre, en disant la vérité j'ai le malheur de n'être pas cru; il me reste la consolation de me croire moi- môme, et je crois que personne au Canada n'est plus sincèrement dévoué que je le suis au succès et à la prospérité réelle de l'Université Catholique.
Je demeure avec une haute considération,
Monsieur le Recteur,
Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre.
Montréal, 3 février 1891.
A Mgr B. Paquet,
Monseigneur,
J'ai étudie avec soin la réponse élaborée que vous m'avez écrite le 21 du dernier mois, et j'en suis arrivé à la conclusion suivante:
MM. les Drs Durocher, Brunelle et Poitevin, en supposant qu'ils restent membres de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, au premier de juillet prochain, pourraient tout au plus être professeurs à la Faculté Médicale de V Université Laval à Montréal, mais ne seraient aucunement professeurs de V Université Laval.
Permettez-moi maintenant de vous demander : 1' Y a-t-il, en pratique, une différence entre ces deux titres ? 2° Si oui, quelle est cette différence ?
Excusez-moi si je reviens à la charge. Je voudrais qu'il n'y eût aucun malentendu entre les professeurs et moi, non plus qu'entre moi et l'Université.
Je demeure avec une haute considération,
Monsieur le Recteur,
Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Ptre.
Québec, 7 février 1891.
Révd J. B. Proulx,
Monsieur le Vice- Recteur,
Dans votre honorée lettre du 3 février, en réponse à ma communication du 21 janvier, vous me dites que vous avez étudié avec soin ma réponse et que vous êtes arrivé à la conclusion suivante :
" MM. les Docteurs Durocher, Brunelle et Poitevin, " en supposant qu'ils restent membres de l'Ecole de " Médecine et de Chirurgie de Montréal, au premier " de juillet prochain, pourraient tout au plus être pro- " fesseurs à la Faculté médicale de V Université Laval à " Montréal, mais ne seraient aucunement professeurs " de l'Université Laval."
Puis vous me posez deux nouvelles questions : 1° Y a-t-il, en pratique, une différence entre ces deux titres ? 2° Si oui, quelle est cette différence ?
Je n'ai rien à ajouter à ma réponse du 21 janvier, attendu que, suivant moi, elle répond parfaitement à vos nouvelles questions ; attendu aussi que, d'après votre lettre, vous avez compris le sens de cette réponse.
D'ailleurs, je suis d'avis que ces questions, et celles du même genre, doivent être faites à des légistes. Ceux qui ont présidé à la rédaction de la loi de la Faculté
médicale de P Université Laval à Montréal, sont plus en état que les autres de dire quels sont les privilèges des professeurs qui seront nommés en vertu de cette loi.
Une chose, toutefois, me paraît certaine, c'est que les professeurs de la Faculté médicale de l'Université Laval à Montréal, nommés en vertu de la loi qui régira dorénavant la corporation de l'Ecole de Médecine et de Chirurgie de Montréal, n'auront pas les privilèges accordés par la Charte Royale de l'Université Laval aux professeurs de cette dernière institution.
Je vous ferai remarquer, Monsieur le Vice-Recteur, que si les autorités de l'Université Laval avaient été consultées sur la confection de votre loi, bien des difficultés auraient peut-être été évitées.
J'ai l'honneur d'être,
Monsieur le Vice- Recteur,
Votre très humble et très dévoué serviteur,