‹ Question universitaire de Montréal (volume 4)Chapitre 40 sur 65 · Y. E. IL L. M · texte numérisé non relu

Y. E. IL L. M

Université Laval, Québec, 11 avril 1891.

M. l'abbé J. B. Proulx,

Vice-Recteur de V Université Laval, Montréal.

Monsieur le Vice-Becteur,

La lecture de votre lettre du 9 du courant m'a confirmé dans ce que j'avais prévu relativement à nos élèves de la Faculté de médecine.

Je vous félicite et vous remercie de la conduite tenue à l'égard des élèves, tant par vous, Monsieur le Vice-Becteur, que par la Faculté de médecine.

Yoici en peu de mots l'histoire de cette petite révolte. A la demande de la Faculté de médecine, le conseil universitaire passa, l'année dernière, un règlement qui oblige les élèves en médecine à subir l'examen de terme sur l'anatomie pratique et qui met cette matière parmi celles exigées pour le baccalauréat. Ce règlement fut porté à la connaissance des élèves au commencement de l'année actuelle.

Le 16 mars dernier, à ma grande surprise, car je n'avais entendu parler de rien jusqu'à ce jour, une députation d'élèves en médecine vint me rencontrer et me remit une requête signée par 24 élèves de deuxième année. Dans cette requête, il est dit entre autres choses singulières : " Nous avons cru unanimement devoir nous abstenir de cet examen, (l'examen d'anatomie pratique), et en conséquence, nous en demandons une exemption officielle."

Le lendemain, comme il y avait un conseil universitaire, je lui soumis cette pétition. Deux des professeurs de la Faculté de médecine étaient pré-

sents au conseil. Toutes les raisons alléguées dans la requête furent trouvées dénuées de fondement, à l'exception peut-être de celle qui soutient que les élèves auraient dû être avertis une année plus tôt. Voulant leur donner quelque satisfaction et les engager à rentrer dans l'ordre, on leur répondit que l'examen sur l'anatomie pratique ne serait pas exigé cette année pour le baccalauréat, et qu'ils n'auraient qu'à subir l'examen de terme, comme les élèves de première année. Les élèves de première année ont passé leur examen d'anatomie pratique et ceux de deuxième année n'ont pas voulu le subir.

Alors, nous leur avons signifié que si, advenant le 1er de mai, leur examen n'était pas subi, ils ne seraient pas admis à celui du baccalauréat.

Comme vous voyez, ils ne veulent pas se soumettre à un règlement universitaire.

Au sujet de la question que vous me posez, M. le Vice-Recteur, j'ai consulté plusieurs des principaux officiers de l'Université, et, comme moi, ils sont d'avis que les élèves qui abandonnent un siège, parcequ'ils ne veulent pas se conformer aux règlements universitaires, ne devraient pas être admis dans l'autre. Aujourd'hui le cas se présente pour Québec, l'année prochaine, il pourra se présenter pour Montréal. Il est important qu'un modus vivendi soit fixé et qu'il soit de nature à protéger les deux sections de l'Université.

Avant de soumettre cette question au conseil universitaire et d'arrêter quoi que ce soit, je désire connaître la manière de voir des Facultés de médecine et de droit de Montréal. Je vous serai très

reconnaissant si vous avez la bonté de me dire quel est leur sentiment à cet égard.

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Vice-Recteur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

BENJ. PAQUET, Ptre,

Recteur XI. L.

A propos de ce modus vivendi sur lequel Mgr Paquet désire connaître la manière de voir des Facultés de médecine et de droit de Montréal, voici ce que, quelques jours plus tard, j'avais l'occasion de dire de vive voix à Mgr l'Archevêque de Montréal, et d'écrire à Nosseigneurs les évêques de Sherbrooke et de St-Hyacinthe : " Les principaux officiers des facultés à Montréal sont d'avis qu'un règlement ne serait qu'une toile d'araignée, impuissante même a arrêter les mouches ; qu'il ne serait pas prudent d'enchaîner, à tout hasard, la liberté de l'avenir pour un incident d'une importance aussi minime ; qu'il n'appartient pas aux facultés de Montréal de prendre l'initiative en pareille matière ; et qu'il est surprenant que, la faculté de médecine ayant agi avec une telle loyauté, on en prenne occasion pour nous mettre, par cette consultation, dans une position délicate et pénible."

Montréal, 21 avril 1891.

Mgr B. Paquet,

Recteur de V Université Laval.

Monseigneur,

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre bonne lettre en date du 11 du présent mois.

Je suis heureux que la conduite tenue à l'égard de vos élèves, tant par moi que par la faculté de médecine, ait mérité vos félicitations et vos remerciements.

Après avoir répondu à ma demande, vous ajoutez u II est important qu'un modus vivendi soit fixé et " qu'il soit de nature à protéger les deux sections " de l'Université. Avant de soumettre cette ques- " tion au Conseil universitaire et d'arrêter quoi que u ce soit, je désire connaître la manière de voir des " facultés de médecine et de droit de Montréal. Je " vous serai très reconnaissants! vous avez la bonté " de nie dire quel est leur sentiment à cet égard."

J'ai lu cette dernière partie de votre lettre aux principaux membres des facultés, et ils se demandent si, dans les circonstances présentes, il serait bien opportun pour eux d'exprimer sur cette question une manière de voir. Dans tous les cas, ils sont d'avis que, advenant ici une petite difficulté comme celle que vous avez résolue si facilement avec un peu de sang-froid, ils sont pleins de confiance dans la loyauté des facultés de Québec ; et que, pour Montréal, la conduite que vient de tenir la faculté de médecine, établit un précédent aussi efficace, d'après eux, que n'importe quel règlement.

Espérant que ces sentiments de bienveillance réciproque vous seront une nouvelle preuve de notre bonne volonté, je demeure avec une haute considération,

Monsieur le Recteur

Votre très dévoué serviteur

J. B. PROTJLX, Ptre.

Québec, 22 avril 1891.

M. l'abbé J. B. Proulx,

Vice-Recteur de V Université Laval, Montréal.

Monsieur le Vice-Recteur,

Votre honorée lettre du 21 du courant, reçue aujourd'hui, nous satisfait pleinement. En effet, la correspondance échangée entre le Vice- Recteur et le Recteur, au sujet de l'affaire de nos élèves en médecine, suffit et établit parfaitement notre manière de voir de part et d'autre. Elle fixe aussi la ligne de conduite à suivre pour l'avenir dans des cas analogues.

J'ai l'honneur d'être,

M. le Vice-Recteur, Votre très humble et très dévoué serviteur,

BENJ. PAQUET, Ptre,

Recteur U. L.

Montréal, 25 avril, 1891.

Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre, Archevêque de Montréal,

Monseigneur,

A la réponse que je lui ai envoyée le 21 du courant, Mgr Paquet me fait un accusé de réception tout à fait charmant dans sa forme. J'inclus sous ce pli, pour l'information de Votre Grandeur, et la réponse (A), et l'accusé de réception (B).

C'est à ne pas y croire. Le lion serait-il dompté ? Quelque domestiqué qu'il soit, le lion est toujours un fier et terrible compagnon.

Je suis heureux qu'à Québec on comprenne que nous ne voulons profiter d'aucune circonstance pour porter préjudice au siège Québecquois de l'Université, et que l'on y soit " satisfait pleinement."

Mais, pourquoi ne l'être pas avant ma dernière lettre f car, cette lettre n'ajoute rien de nouveau à la somme de notre bonne volonté. Au contraire, elle dit, dans les termes les plus respectueux que j'ai pu trouver, mais en termes très compréhensibles que nous ne sommes pas actuellement d'avis, à Montréal, qu'il faille s'occuper d'établir par règlement le modns Vivendi dont Mgr Paquet semblait vouloir saisir le conseil universitaire.

Mgr. Paquet ajoute: "Elle fixe aussi (notre correspondance) la ligne de conduite à suivre pour l'avenir dans des cas analogues." Si cela veut dire que Mgr. Paquet, battant en retraite dans son intention de nous faire prendre l'initiative dans les voies de

la réglementation, s'en rapporte, pour les cas analonues, à la loyauté des Facultés, et à la sagesse des administrateurs des différents sièges universitaires, j'en suis ; si cela veut dire davantage, je proteste, dès aujourd'hui, que je ne prétends pas, pour ma part, engager la liberté de l'avenir. Car, loyal, mais libre dans l'unité et le respect mutuel.

Au cas que j'en aie besoin plus tard, je vous écris ce petit mot d'explication, pour m 'exempter de l'écrire à Mgr. Paquet. Le ciel paraît si pur queje me ferais un reproche de souffler le moindre petit nuage sur l'azur universitaire. Au revoir, Mon seigneur ; et je charge cette lettre de vous souhaiter la bienvenue sur votre chemin, en route pour St- Lin. Croyez que je demeure,

De votre Grandeur,

Monseigneur, Le très-humble et très dévoué serviteur,

J. B. PEOULX, Ptre.

F. R. U. L. Jf.

Autre sujet.

Le 6 avril, je recevais de l'Archevêché la copie d'une lettre à Votre Grandeur adressée par Son Eminence le Cardinal Simeoni, lettre tout-à-fait consolante. Je ne la citerai pas ici, car il ne m'appartient pas de publier les communications de Rome. Je garde la même réserve à l'endroit

des missives ou des épîtres que je reçois moimême de la Propagande ; cependant, vous le savez, Monseigneur, je les tiens à votre disposition, de même qu'à celle des autorités universitaires, toutes les fois qu'on désirerait en prendre connaissance.

Montréal, 8 avril 1891.

Sa Grandeur, Mgr Edouard Chs Fabre,

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai l'honneur d'accuser réception d'une copie, à moi envoyée par M. votre Chancelier le 3 du présent mois, et par moi reçue le 6, d'une lettre de Son Eminence le Cardinal Simeoni écrite à Votre Grandeur en date du 16 mars dernier, laquelle se lit comme suit :

Vraiment, nous ne pouvions souhaiter une issue plus favorable à cet incident malheureux. On élève contre nous une plahv e bruyante, et l'on nous force, à notre grande répugnance, à parler pour nous défendre. Rome demande le silence ; mais ce dont on se plaint demeure, reste, restera ; et nous n'avons plus qu'à continuer en paix notre petit bonhomme de chemin, ce que nous aurions désiré toujours faire, dès le commencement.

A qui impose-ton silence ? A ceux qui l'ont rompu. Or, est-ce nous qui nous nous sommes plaints à Rome occasione recentis legis circa unionem ?

Pour nous, tout simplement, Rome nous fait savoir que nous n'avons plus à nous justifier, parcequ'il ne sera plus permis à qui que ce soit de nous attaquer sur ce sujet.

Son Eminence le Cardinal Siméoni me fait remercier en son nom des documents que je lui ai envoyés. C'est pour moi un honneur que j'apprécie hautement ; en retour je ne lui créerai pas l'embarras de dire que, par là, il approuve tout ce que renferment ces mémoires ; mais, tout de même, tout le monde peut fort bien comprendre qu'à Rome on ne remercierait jamais personne pour une justification qui ne serait pas considérée, au moins, comme très raisonnable.

Il est opportun, nous dit cette lettre précieuse, ut omnis quaestio hac super re absolvatur. Pour ce qui me regarde, il m'est bien facile d'oublier un passé qui, à mon sens, n'aurait jamais dû exister, et de tout absoudre. Je n'ai écrit que pour me justifier ; du moment que je suis justifié sans me défendre davantage, je ne me sens aucun besoin d'écrire. Même, ces remarques sur la dernière épître de Mgr Paquet au Conseil universitaire, lesquelles je vous ai annoncées pour plus tard, et qui sont prêtes, je suis volontiers dans la disposition de ne pas les passer à Vos Grandeurs, si Elles le jugent à propos.

C'est la volonté expresse du Saint-Père que la concorde règne dans toute l'université, afin que nous puissions travailler de concert à la diffusion des saines doctrines. Dieu soit béni. Nous n'avons jamais eu d'autres désirs 5 et, pour établir cette concorde et cette union à Montréal dans les hautes régions universitaires, on sait quels sacrifices de

tous genres nous avons faits, et quels pénibles travaux nous avons entrepris.

Enfin, ce qu'il y a pour moi de plus consolant dans cette lettre, ce sont les dernières paroles : ut cliristiana sapientia optimo studiorum curriculo fldelibus istius regionis irreguis fontibus undequaque pateat. Or, ces fontaines de sagesse chrétienne, découlant de renseignement universitaire, ne seront abondantes et salutaires pour les fidèles de cette importante partie du pays, qu'à la condition que le siège montréalais de l'Université soit mis sur un pied nonseulement viable, mais encore florissant ; pour cela, il lui faut nécessairement le concours de la confiance publique et le secours des capitaux. Quel est le meilleur moyen d'arriver à ce résultat? C'est ce que nous sommes à étudier actuellement, moi et le Conseil que vous m'avez donné ; c'est ce qui sera soumis à votre haut et puissant examen avant longtemps. Dans la circonstance présente, ces dernières paroles du Saint-Siège résonnent à mon oreille comme un encouragement et comme une bénédiction.

Votre bénédiction aussi, Monseigneur, me portera bonheur 5 je la demande, et je me souscris avec une haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre,

P. S. — Lundi, 6 du courant, le comité de rédaction s'est réuni pour la deuxième fois. Il était au complet. Nous finîmes l'examen du projet de loi. L'épreuve de ce travail, tel que modifié, se tire au

clair actuellement et sera envoyé à chacun des membres du comité. Troisième réunion du dit comité, lundi, 13. Puis, le bill, touché et retouché, ira devant le conseil en assemblée plénière, puis devant les évêques de la province à St. Lin. CM va piano , va sano. — J. B. P.

Montréal, 8 avril 1891.

Son Eminence le Cardinal Simeoni,

Préfet de la S. C. de la Propagande.

Eminentissime Seigneur,

Le 6 de ce mois, j'ai pris connaissance d'une lettre en date du lt> mars dernier (Protocole N° 493), que votre Eminence a adressée à Mgr l'Archevêque de Montréal.

Je viens dire à Votre Eminence, dans toute la sincérité de mon âme, que cette lettre m'a rempli de consolation. J'en bénis Dieu, Notre Très-Saint Père le Pape et Votre Eminence. Cette paix universitaire, pour l'obtention de laquelle, sur l'invitation de Nosseigneurs les Evêques de la Province de Montréal, j'ai quitté le repos de ma bonne paroisse de St. Lin, et me suis exposé aux attaques les plus diverses ; ce silence, qui nous est si nécessaire pour utiliser à Montréal les bonnes dispositions qu'y a fait naître, développé, le décret Jam dudum: cette lettre va nous les donner enfin.

Pour ce qui dépend de moi, croyez que je suis prêt à tous les sacrifices pour exécuter, pour faire

réussir cette volonté expresse de Sa Sainteté. Eome et l'Episcopat, voilà les deux seuls phares qui ont éclairé ma route jusqu'ici : je n'en veux avoir jamais d'autres.

Quant aux remerciments que Votre Eminence a bien voulu me faire transmettre, je les ai reçus avec la reconnaissance la plus vive, comme un grand honneur qu'Ellea daigné ni'accorder, et comme une récompense magnifique pour la sincérité et l'honnêteté avec lesquelles j'ai travaillé à ce que je crois être le plus grand bien de l'Université catholique au Canada.

Dans les sentiments du respect le plus profond et de la considération la plus haute, je demeure,

De Votre Eminence,

Eminentissime Seigneur, Le très -humble et très-obéissant serviteur,

J. B. PROTJLX, Ptre.

Montréal, 8 février 1891.

Sa Grandeur Mgr A. Racine.

Evêqiie de Sherbrooke.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli : 1° une copie d'une lettre à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, qui renferme des choses qui apporteront, je n'en doute pas, joie et contentement à votre cœur si dévoué aux intérêts de l'œuvre

universitaire ; 2° la copie d'une lettre de remerciements que j'envoie à Son Eminence le Cardinal Simeoni.

M. le Grand Vicaire m'a parlé en termes très chauds de votre hospitalité, et ne m'a rien appris. Je me propose d'aller en jouir encore une fois, même avant que je n'aie l'avantage de vous offrir la mienne, le 28 de ce mois.

En attendant ce plaisir, je demeure avec une haute considération,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur.

J. B. PROIJLX, Ptre,

Vice-Recteur Université Laval, Montréal.

LYI

Montréal, 8 avril 1891.

Sa Grandeur Mgr L. Z. Moreau,

Ev. de St Hyacinthe.

Monseigneur,

J'ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli : lo Une copie d'une lettre à Mgr l'Archevêque de Montréal qui renferme des choses qui apporteront, je n'en doute pas, joie et contentement à votre cœur si dévoué aux intérêts de l'œuvre universitaire : 2o la copie d'une lettre de remerciements à Son Eminence le cardinal Siméoni.

Dame rumeur, paraît-il, ne vous a pas trompé ; j'ai

appris la même nouvelle d'une source on ne peut plus autorisée. Cependant, l'instrument officiel n'a pas encore été délivré. Dans les circonstances, je ne le cache pas, la chose m'est encore plus sensible, parce que je la prends pour une marque non seulement de confiance, mais encore d'approbation et d'encouragement.

Donc au 28 au soir !

Je suis avec une haute considération,

Monseigneur, Le très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre,

St-ïïyacintïïe, 10 avril 1891.

Révérend M. Proulx,

Vice- Recteur U. L. M.

Mon cher Monsieur,

Au milieu de vos divers labeurs et des contradic* tions que vous rencontrez sur votre chemin pour l'accomplissement de votre difficile mission, vous recevez de bien précieuses consolations et de très appréciables encouragements. J'en bénis le bon Dieu de tout mon cœur et je vous en félicite bien cordialement.

J'ai vraiment joui en lisant la lettre du Cardinal Préfet à Mgr l'Archevêque, car elle témoigne bien clairement qu'à Rome on a bien saisi la note et que

Québec n'a pas autre chose à faire maintenant que de nous laisser tranquilles, afin de nous permettre de faire prospérer notre université, et de lui faire produire des fruits efficaces. Que le St. Siège est sage, et en même temps, d'une prudence et d'un calme admirables ! Cette lettre dit beaucoup de choses, mais elle parle de telle manière que les uns sont fort encouragés et les autres doucement amenés à se désister de leurs oppositions et à entrer dans la voie de la paix. Faisons des vœux bien ardents pour que ce précieux document ait toute son efficacité !

Je suis très heureux d'apprendre que dame rumeur ne nous a pas trompé au sujet de votre entrée dans le Chapitre de Montréal. Je remercie Mgr l'Archevêque d'avoir eu cette salutaire pensée et de la mettre à exécution. Il ne pouvait rien faire de plus agréable à ses deux suffragants, qui, ainsi que leur digne Métropolitain, vous sont si redevables pour votre profond dévouement à leur œuvre si importante de l'Université.

Veuillez bien me croire plus que jamais votre tout dévoué et reconnaissant en Notre Seigneur,

f L. Z., Ev. de St-Hyacinthe.

Sherbrooke, 11 avril 1891.

Révérend J. B. Proulx,

Monsieur le Vice-Recteur,

J'ai reçu hier : 1° votre honorée lettre du 8 avril; 2° la copie d'une lettre à Mgr. l'Archevêque de

Montréal ; 3° la copie de votre très belle lettre de remerciements au Cardinal Sinieoni. Deo grattas.

Ce qui donne la note juste de la lettre du Cardinal Préfet , ce sont les remerciements qu'il vous fait adresser pour les documents si vrais et si lucides que vous lui avez envoyés.

Quant à la concorde, rien ne nous sera plus facile et plus agréable (aux Evêques de la Province de Montréal) de travailler, comme ci-devant, à la faire régner dans toute l'Université. Cherchons la vérité dans la charité.

Je désire connaître vos remarques sur la dernière épitre de Mgr. Paquet.

Nous parlerons de toutes ces choses à Sherbrooke. En attendant le plaisir de vous recevoir, at home, veuillez agréer l'expression de mes dévoués et affectueux sentiments.

f ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.

Au milieu du zèle général qui a présidé aux travaux du " Conseil d'affaires," personne n'a travaillé avec plus d'ardeur, de persévérance, de ténacité et d'efficacité au projet de loi pour constituer en corporation civile " Les Administrateurs de l'Université Laval à Montréal," que son Honneur le juge Pagnuelo. C'est pour moi comme un devoir de justice de l'inscrire ici.

Montréal, 8 avril 1891.

Rvd J. B. Proulx,

Mon cher Monsieur,

Je fous transmets sept exemplaires de la 3ème édition de notre projet de constitution. Vraiment, je crois que nous avons raison d'être contents de notre œuvre. A mes yeux elle est supérieure à tout ce que je connais, et doit assurer le succès de l'entreprise entre les mains de notre Vice-Recteur, s'il est convenablement secondé, comme je n'en doute pas.

Vous voudrez bien faire parvenir à qui de droit. Votre tout dévoué,

S. PAGNUELO.

P. S. — Il vous restera deux exemplaires que vous pourrez garder en réserve pour les autres membres du comité, ou transmettre aux Evêques, si vous croyez utile de le faire à présent.

Montréal, 10 avril 1891.

L'Hon. juge Paonuelo,

Montréal.

Monsieur le Juge,

J'ai reçu votre bill, les diverses copies en sont rendues à destination. Je n'en ai pas envoyé à

Sherbrooke, ni à St. Hyacinthe, dans l'espérance que vous pourriez venir, vers le milieu de la semaine prochaine, les porter avec moi.

Vous faites un travail honnête et consciencieux, l'Université vous devra une statue.

Je demeure avec une haute considération, Monsieur le Juge, Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre.

Toutes ces lettres adressées à Mgr l'évêque de Sherbrooke, l'ont été également à Monseigneur l'évêque de St Hyacinthe. Quand les deux copies sont parfaitement identiques, je cite la première, parce que des deux prélats, Mgr A. Racine est le plus ancien, tant pour l'âge que pour la dignité épiscopale. Quant à vous, Monseigneur l'archevêque, comme je demeure dans votre voisinage, au lieu de vous écrire, généralement je vais vous voir, ce qui me permet de vous donner de vive voix des explications encore plus détaillées, et/le recevoir de votre paternité des conseils toujours salutaires.

Montréal, 14 avril 1891.

Sa Grandeur Mgr A. Eacine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Je viens vous remercier de la bonne lettre, si remplie de bonnes choses et de bonnes paroles, que vous m'avez écrite le 10 de ce mois.

J'ai reçu hier, de Sa Grandeur Mgr. Jacobini, une lettre, qui est pour moi si consolante que je ne puis résister au désir de vous la communiquer. Les mots que je remplace par des points sont si intimes, que je n'ose les confier au papier ; je n'aurai, par exemple, aucune objection de vous les communiquer de vive voix, à notre première rencontre. Evidemment, j'ai été accusé de faire du bruit ; vous savez, vous, Monseigneur, que tout le bruit que j'ai fait, c'est de me laisser taper dessus, de différents côtés, comme sur une enclume, sans mot dire ; à peine une fois, sous ma signature, ai-je rectifié, dans une feuille publique, certains avancés, dépassant toute mesure, qui pouvaient faire tort à l'Université, aussi bien à Québec qu'à Montréal. De cette nouvelle attaque, je prétends bien triompher, à la fin, par le silence, le sang froid et la patience.

Je profite de l'occasion pour vous envoyer la copie d'une lettre que j'adressais à Mgr Paquet le 8 de ce mois. Vous y verrez que nous voulons être loyaux vis-à-vis les Facultés de Québec. (N° LVIII) . J'y ajoute également une copie de la réponse de Mgr Paquet. (N° LIX). Elle a bien un petit embarras dans la queue ; mais le ton général, comparé à celui de ses lettres précédentes, est changé

du tout en tout. Oh ! qu'il fait bon de voir un petit éclairci de ciel bleu ! Si cela pouvait durer !

Hier soir, de 8 à 11 heures, séance du Comité de rédaction. M. Colin manquait, malade. Son absence fut moins sentie qu'elle ne l'aurait été en d'autres circonstances, parceque, déjà, tout le bill, ensemble et détails, avait été sassé et resassé, examiné et approuvé ; il ne s'agissait plus que d'un dernier travail de la lime. Le grand conseil est convoqué pour lundi prochain, dans le but de revoir, reviser, et s'il y a lieu, accepter l'œuvre du comité. Avant ce jour-là, je ferai l'impossible pour aller voir Votre Grandeur, afin qu'elle puisse prendre connaissance du projet de loi et me transmettre ses suggestions, en sorte qu'il me soit possible d'en faire profiter l'assemblée générale. Je me propose d'aller demander l'hospitalité pour la nuit à St. Hyacinthe, jeudi soir, et le lendemain, vendredi à midi, d'aller dîner avec le poisson de la rivière St. François. Je reviendrai à Montréal, samedi, par le train du matin, pour pouvoir aller passer le dimanche au milieu de mes bons laurentiens.

La fête aura toujours lieu le 29 ; il en sera parlé dans Landerneau. De vive voix j'aurai à vous donner quelques petites explications pour l'arrivée mardi soir ; si je ne puis aller vous voir, je vous en écrirai. — Croyez que je demeure toujours, avec une très haute considération,

Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre, V. R. U. L. M.

Montbéal, 21 avril 1891.

Sa Grandeur Mgr Jacobini, Arch. de Tyr,

Sec. de la S. G. de la Propagande.

Monseigneur,

J'ai l'honneur d'accuser réception de votre honorée lettre en date du 29 mars dernier.

J'ai été confus des renierciments que vous m'avez

envoyés Je n'oublierai jamais que Rome, (et à

Rome, dans cette affaire, vous n'êtes pas le moins considérable) nous a tirés d 'embarras inextricables. L'avenir seul pourra dire la grandeur du service que vous nous avez rendu.

Rien ne me fait plus plaisir, rien n'est plus utile à notre cause, que ce silence qu'impose le Saint Père : il m'est bien plus agréable d'employer mon temps-à travailler au développement intérieur de notre œuvre universitaire, que d'avoir à me défendre ou à défendre les intérêts de l'Université catholique à Montréal, mis en péril. Le temps, qui est le meilleur médecin, guérira bien des plaies, faites inconsciemment ou à contre cœur. Un jour viendra que Québec verra qu'il n'a pas de meilleur ami que nous : si l'on savait s'élever dans les hautes sphères des intérêts provinciaux, l'accord et l'entente deviendraient chose facile 5 et les deux sections de l'Université prospéreraient librement, entravées aucunement l'une par l'autre. Ce à quoi nous aspirons, c'est le grand air pour respirer et vivre, mais nullement la division, nullement l'indépendance sectionnelle.

Quant à M. X., c'a été pour moi un bonheur d'apprendre de votre bouche la haute opinion qu'on a de lui à Rome. Le Canada n'a pas un homme aux idées plus larges, aux desseins plus vastes, à la science plus solide et à la vertu plus éprouvée : c'est un grand homme et un saint. De savoir ce qui lui plairait, ce n'est pas <chose facile ; de le rechercher par des voies extérieures, dans les circonstances où nous sommes, c'est encore plus difficile. Cependant, je m'ingénierai pour tâcher d'obtenir le renseignement que vous désirez avoir, et je me ferai un devoir devons le communiquer aussitôt.

Vous serez heureux d'apprendre, sans doute, que, sous l'inspiration de son vénérable supérieur, le Séminaire vient de faire à l'Université à Montréal un don qui vaut de $50,000 à $60,000, c'est-à-dne de deux cent cinquante à trois cents mille francs.

Quand vous recevrez cette lettre, déjà la nouvelle vous sera parvenue que M. Colin a été réélu, pour cinq ans, supérieur de sa communauté à Montréal, ce qui est un heureux événement pour tout l'Archidiocèse. Mgr. l'Archevêque de Montréal a fait plaisir à tout son clergé, dernièrement, en le nommant chanoine honoraire de son Eglise cathédrale.

A propos, Sa Grandeur a bien voulu étendre le même honneur à ce pauvre Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal ; de plus, il l'a choisi pour son témoin dans la cause de béatification de la Mère d'Youville, et pour juge dans un procès à l'occasion d'un miracle que l'on dit avoir été opéré par l'intercession du bienheureux Jean-Baptiste de la Salle. Je n'ai pas pu ne pas être sensible à ces marques de confiance, surtout au sortir de ces assauts violents dont j'ai été le point de mire en certains quar-

tiers, pour avoir fait triompher civilement les décrets romains au Canada.

De plus les trois dignes prélats, archevêque et évêques, de la province de Montréal me font le plaisir d'assister à la consécration de mon église, qui aura lieu le 29 avril, comme vous pourrez le voir par le programme que je vous envoie ci-inclus: ils veulent me donner par là, disent-ils, un témoignage public de leur satisfaction, ce qui m'est une récompense bien douce, et un encouragement bien puissant.

Mais, laissez-moi vous le dire, rien n'est plus propre à m 'encourager et à me soutenir, que les paroles bienveillantes que j'ai reçues de Votre Grendeur ; croyez que j'en conserverai un long souvenir, et que je serai toujours avec les sentiments de la considération la plus profonde,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROTJLX, Ptre.

Montréal, 21 avril 1891.

Sa Grandeur Mgr A. Racine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Hier soir, quatrième réunion du Conseil d'affaires, Tous présents, excepté MM. Racicot, Lacoste et

Colin, malade et fatigué de l'assemblée à laquelle il venait d'assister au Séminaire même. J'ai le plaisir de vous annoncer qu'il a été ré-élu supérieur pour la troisième fois : événement qui ne sera pas indifférent au succès de notre œuvre.

Le projet de loi a passé unanimement, mais non sans une étude approfondie. Les deux principales modifications sont celles-ci :

1° A la page 7, les onze dernières lignes du numéro VII, depuis " pourvu que " ont été retran-^ chées. Les facultés auraient pu se plaindre d'être mises complètement à la merci des administrateurs. Avec cette correction, la corporation pourra toujours faire des règlements touchant les études ; et s'il y a conflit avec les règlement des facultés, alors, il appartiendra au Conseil des évêques de décider qui doit céd»-r le pas.

2° Dans l'alinéa suivant, à la première ligne de la page 8, on a retranché ces mots (i dont elle pourra choisir les professeurs." C'aurait été là introduire un mode de nomination qui n'existe pas par le décret Jam dudum.

Les autres modifications sont de peu d'importance, Ainsi se trouve constitué le plus catholique des bills ; il n'attend plus que la sanction de Vos Grandeurs, pour se lancer dans les hasards d'une existence que je lui souhaite moins mouvementée que celle de son frère aînée, le bill d'union.

Je vous envoie sous ce pli (A) une copie de ma réponse à Sa Grandeur Mgr. Jacobini. Vous voudrez bien y remarquer que je lui annonce le beau présent que le Séminaire vient de faire à l'Université Laval à Montréal. Je dois ajouter ici qu'il y met certaines conditions que Vos Grandeurs, je

crois, ne trouveront pas trop onéreuses. A cheval donné, on ne regarde pas la bride. La chose a passé au grand conseil des Douze, hier ; avant longtemps, je suppose, vous en recevrez un avis efficiel. (No LXXII) ;

(B) Le rapport de nos derniers travaux, lequel a été présenté et adopté à notre assemblée d'hier soir ;

Et (C) une copie de ma réponse à la dernière lettre de Mgr. Paquet. Les principaux officiers des facultés à Montréal sont d'avis qu'un règlement ne serait qu'une toile d'araignée, impuissante même à arrêter les mouches ; qu'il ne serait pas prudent d'enchaîner, à tout hasard, la liberté de l'avenir pour un incident d'une importance aussi minime ; qu'il n'appartient pas aux facultés de Montréal de prendre l'initiative en pareille matière ; et qu'il est surprenant que, la Faculté de Médecine ayant agi avec une telle loyauté, on en prenne occasion pour nous mettre, par cette consultation, dans une position délicate et pénible. (No LX).

Au revoir, Monseigneur, je prie Dieu de vous donner une bonne santé, et de nous donner, la semaine prochaine, le beau soleil d'aujourd'hui. J'irai passer le jeudi à St. Lin, fête de St. George, patron de mon dévoué desservant. Avec dévouement et considération, je demeure.

De Votre Grandeur.

Monseigneur, Le très respectueux serviteur,

J. B. PROULX, Ptre.

Montréal, 2 mai 1891.

L'Hon. Juge Pagnuelo,

Montréal,

Monsieur le Juge,

J'ai le plaisir de vous amioncer que les évêques de la Province de Montréal, mercredi soir, ont approuvé le projet de bill Gum laude maxima. Ils ne m'ont demandé qu'une petite modification, qui est bien facile à faire. J'ai été chargé par leurs Grandeurs de préparer le mémoire explicatif qui doit accompagner le bill à Rome. Je ne ferai pas ce travail sans consulter le conseil, et vous en particulier. Dans l'espérance que cette bonne nouvelle vous sera agréable, je demeure avec une haute considération,

Monsieur le Juge, Votre très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre.

On dit que j'ai toujours été mi peu, beaucoup naïf. Je me sens trop vieux pour essayer de me corriger sur ce point. Je citerai donc les quatre lettres suivantes tout naïvement.

Montréal, 1er mai 1891.

Sa Grandeur Mgr. A. Racine,

Evêque de Sherbrooke.

C'est pour moi un devoir bien doux de venir vous remercier d'avoir bien voulu prendre part à ma fête des Laurentides, et de l'avoir rehaussée d'un tel éclat. Veuillez accepter l'expression de ma gratitude la plus vive pour cette nouvelle faveur, et croyez, pour me servir des mots de la chanson, que " sous le chaume on en parlera longtemps."

Au milieu d'une foule de lettres de félicitations, j'en ai reçu une qui m'a touché davantage, comme elle vient d'un vieil et fidèle ami ; je me permets de vous en envoyer une copie, sans vergogne, tout naïvement, malgré les éloges mirobolants dont elle est remplie. L'amitié a, sans doute, grandemeut exagéré le mérite de l'ami, mais ces paroles chaudes viennent d'un esprit si droit et d'une tête si saine, l'Honorable Juge Dubuc de St. Boniface, Manitoba, que je ne puis ne pas me réjouir de voir la situation actuelle appréciée de cette manière. Du reste, Monseigneur, ce qu'il y a, dans cette lettre de trop élogieux pour ma part d'action, ne l'est pas trop pour votre part de direction.

Je vais mettre la main, immédiatement, au mémoire qui accompagne le bill à Rome. Je le recommande à votre bonne prière, et me souscris avec la considération la plus haute,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX, Ptre.

P. S. — Je vous envoie par l'express un certain nombre des brochures et opuscules suivants : 1° Rapport de ma gestion universitaire ; 2° Ma justification ; 3° Quelques lettres de Mgr. Paquet. ; 4° Réponse à Mgr. Paquet, pour les mettre en dépôt à votre évêché ; et vous en disposerez comme bon vous semblera. Vous connaissez mieux que moi à qui il serait utile et opportun de communiquer certaines choses qui pourraient devenir parfois, pour le bien de la grande cause que vous avez en mains, des renseignements en quelque sorte nécessaires. Je me trouve par là exempt du danger de risquer un faux pas ou une démarche imprudente, et je n'ai toujours eu qu'à me louer de laisser ce soin à l'Episcopat. Pour moi, il me suffit que ma conduite soit connue et appréciée de mes supérieurs ecclésiastiques.

De retour à St. Lin, pour me conformer au désir que vous m'avez exprimé en descendant du train à Montréal, je mettrai pour vous à la poste ou à l'express les quelques rapports de Rome qui me restent encore, et dont je puis disposer. — J. B. P.

St Boniface, Manitoba, 27 avril 1891.

M. l'abbé J. B. Proulx.

Mon cher Monsieur Proulx,

Je viens de lire un livre que m'a passé Mgr. Taché. En me le remettant, Monseigneur m'a dit de faire

attention que les matières traitées dans ce volume n'étaient pas du domaine public. Est-ce que jetais une indiscrétion en vous en parlant ? C'est un grand in-quarto, de plus de 400 pages, contenant un rapport ou plutôt des rapports, des lettres, des documents, etc., sur une question brûlante de la Province de Québec, l'affaire Laval -Victoria.

Ce livre, plus intéressant que le plus mouvementé des romans, m'a empoigné dès le commencement et m'a tenu sous son attrait captivant et progressif jusqu'à la dernière page.

Je l'ai parcouru d'un trait, je tiens à dire à son auteur qu'il m'a fait passer quelques heures extrêmement agréables. Ce n'est pas de la fiction, du sentiment, de l'imagination. Le volume est attrayant, par la force des choses dont il traite, et par la manière dont elles sont traitées.

Quelle tâche vous aviez acceptée ! Quelle lutte à faire ! Quels obstacles à surmonter ! Quelle montagne à trancher ! C'est vraiment incroyable. Il faut voir cela pour s'en rendre compte. Les travaux d'Hercule n'étaient que jeux d'enfants, comparés à ce que vous entrepreniez. Etouffer des lions, la belle affaire, vraiment. Il ne fallait que de la force, et il en était rempli. Mais vous, vous vous trouviez en face d'éléphants puissants, de mulets entêtés, de renards matois et défiants, de chiens et de chats qui se montraient les dents constamment, tous adversaires d'assez bonne nature sans doute, mais la difficulté était d'amener ensemble ces êtres hétérogènes, les faire s'accorder et chanter à l'unisson comme un choeur bien exercé. Et dire que vous y êtes arrivé ! Vous avez été appuyé et encouragé sans doute, par des hommes supérieurs, comme les

trois évêques distingués qui désiraient la chose. Mais c'était vous qui aviez à faire le travail, à accorder les violons et à battre ia mesure. Il fallait pour réussir être ce que vous êtes, un croyant, un convaincu, un confiant qui ne regarde que le but, un connaisseur du cœur humain, un manieur d'hommes qui sait le sens du poil où il faut passer la main. Vous vous êtes heurté à des intérêts particuliers, des susceptibilités chatouilleuses, des ambitions contrecarrées, des petitesses prétentieuses, et du mauvais vouloir en certains endroits. Votre extrême prudence, votre tact remarquable, votre grand sang froid au plus fort de la lutte, vous ont permis de passer habilement au milieu de ce monde de difficultés, d'éviter tous les écueils, et d'arriver sûrement au port. Votre flegme imperturbable, en face des obstacles qui semblaient se succéder et s'accumuler indéfiniment, laisse bien en arrière l'Anglais de Jules Verne dans son " Tour du monde en 80 jours."

Vous avez joué une grosse partie, et vous l'avez gagnée. Je vous en félicite bien sincèrement, et au risque de passer pour banal et naïf, j'ajouterai : je vous admire immensément. Ce n'est pas seulement une victoire que vous avez remportée. C'est une bonne œuvre, une œuvre nationale et religieuse d'une grande importance que vous avez accomplie. Cette lutte pénible qui durait depuis tant d'années, cet antagonisme persistant entre des frères, cette guerre sourde où le clergé se trouvait mêlé, au grand scandale de la galerie, et dans laquelle l'intervention et les injonctions de Eome apportaient à peine une trêve temporaire, vous avez réussi à tout régler cela d'une manière tout-à-fait satisfaisante.

Votre talent de diplomate, de tacticien, de fascinateur d'hommes, doit être reconnu de tous. Et vous voudriez maintenant retourner dans votre bonne paroisse de St. Lin. Vous auriez bien droit à un repos prolongé. Et je vous le souhaite de tout cœur. Mais Sa Grandeur ne parait pas disposée à vous lâcher. Il trouve que les hommes comme vous sont trop rares pour se priver de leurs services.

Les choses marchent-elles harmonieusement maintenant % Avez- vous un peu de loisir % Trouverezvous, dans le courant de l'été, le temps de venir nous faire une visite à Manitoba % Vous savez quels chauds amis vous y avez, et quel plaisir ils auront de vous voir

Ma femme vous salue respectueusement. Et moi je vous serre la main comme

Un véritable ami,

Page 1