‹ Question universitaire de Montréal (volume 4)Chapitre 53 sur 65 · CX IV · texte numérisé non relu

CX IV

P. S. — Monsieur le Secrétaire, si je vous adresse, à vous personnellement, les quelques remarques cidessus, que j'avais l'honneur d'envoyer à Mgr Fabre le 25 février dernier, ce n'est pas, croyez-moi, pour récriminer, ni me plaindre, ni solliciter de nouveau une réponse. J'accepte assez volontiers les positions que l'on me crée, et j'attends avec calme, du temps et de la force des choses, la solution des questions dont on refuse d'opérer le règlement par la prévoyan e et l'étude en temps opportun.

Seulement, je veux vous montrer que si j'ai suspendu alors toute correspondance avec Mgr Paquet sur ce sujet, ce n'était pas parce que je ne voyais point le faible de sa cuirasse ; c'était parce que je considérais nuisible au bien de la paix et de l'harmonie de presser davantage, dans les dispositions d'esprit où il se trouvait, la réponse à mes trop légitimes questions. Aujourd'hui, votre lettre vient me dire qu'on en reconnaît l'a propos, du moins dans une certaine mesure. Merci.

Avec beaucoup de considération,

Votre très dévoué serviteur,

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Suivent, Monseigneur, en abrégé, le narré et l'exposé des réformes importa nies que les délégués des collèges affiliés ont apporté, Quebeco relnctante, au programme du baccalauréat. Cette

latitude que les collèges ont prise dans leur sphère d'action, concorde parfaitement avec celle pour laquelle j'ai travaillé dans la mienne depuis deux ans. Liberté dans V unité, c'est là le secret qui rendra possible au milieu de nous une université une ; en dehors de là il n'y aura que contrainte, souffrance, murmure, puis dislocation. En même temps, je vous dirai merci pour la lettre vraiment paternelle que votre Grandeur a bien voulu m'écrire pendant sa visite pastorale, à Lanoraie.

Montréal, 27 juin 1891.

Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,

Archevêque de Montréal, Monseigneur,

Je viens de recevoir de Son Eminence le Cadinal Simeoni et de Mgr Jacobini deux deux lettres qui m'ont éfé bien agréables. Je vous en envoie la copie. Elles donnent, je crois, le diapason des sentimentsque l'on entretient à Rome, actuellement, à notre endroit. Les livres, auxquels il est fait allusion, sont mon u Rapport à l'archevêque de Montréal," et "Ma justification," que j'ai adressés à tous les cardinaux qui font partie de la Propagande. A Notre Très Saint Père le Pape, au Cardinal Simeoni et à Mgr Jacobini, j'en ai envoyé des exemplaires reliés en chagrin.

De plus, j'insère sous cette même enveloppe la

copie d'une lettre que j'écris simultanément à M. le Dr Eottot et à M. le Dr Hingston. Inutile d'ajouter ici des commentaires, la lettre parle pour ellemême.

Je pars ce soir pour Québec, où je me propose d'assister à la conférence des représentants des collèges affiliées, à propos du programme du baccalauréat ; comme de juste cette question est pour moi pleine d'intérêt.

Depuis quelques semaines, comme vous le savez, Monseigneur, je me sens un peu fatigué, et la faculté est d'avis que j'ai besoin d'un peu de repos. Rendu à Québec, j'en profiterai, avec votre permission, pour pousser une pointe jusqu'à Chicoutimi et Rimouski • et je compte beaucoup, pour me refaire, sur l'air du Saguenay et du lac St. Jean, sur les salins du bas du fleuve, et les vieux souvenirs de Ste. Flavie, où j'ai passé un été, il y a déjà 26 ans, avant que d'entrer dans l'état ecclésiastique. J'ai mes papiers en règle avec M. le Grand Vicaire.

Je n'oublie pas votre dernier passage à St Lin. Ma paroisse est restée embaumée de ces cérémonies de bénédiction, et la pluie bienfaisante qui est venue couronner cette visite pastorale n'a pas peu contribué à fortifier les impressions de la grâce.

Je demeure avec la dévotion la plus filiale.

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PEOULX, Ptre.

P. S. — Quant aux mots que j'ai remplacés par des petits points dans la lettre de Mgr Jacobini, je me ferai un plaisir de vous les dire de vive voix à notre

prochaine rencontre, ni 'étant engagé de ne jamais les écrire.

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Québec, 30 juin 1891.

Sa Grandeur Mgr Ed. Chs. Fabre,

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Je suis à Québec, depuis trois jours, j'en pars demain pour Chicoutimi.

Les délégués pour les collèges affiliés ont travaillé sérieusement, ont fait beaucoup d'ouvrage, et ont certainement amélioré leur situation.

J'ai regardé faire. Je ne suis pas venu ici pour prendre part à ce travail ; d'abord il n'est pas actuellement dans le cercle de mes attributions ; ensuite je n'aimerais pas, dans les circonstances à engager ma liberté d'action pour l'avenir. Je suis venu pour voir, m 'instruire agréablement et connaître, sans paraître y toucher, les différents courants d'idées qui dirigent l'opinion dans les différentes maisons.

La grande question était de dégrever les épreuves universitaires du baccalauréat, des matières secondaires ou de mémoire, dont les examens auraient lieu de temps à autre dans les collèges qui en tiendraient compte toutefois et qui en enverraient à Québec le résultat, pour qu'il fût ajouté au résultat des examens universitaires. C'était le plan de M. Nantel. La discussion fût longue, mais modérée et très convenable.

J'étais bien décidé à ne prendre la parole aucu-

nement, lorsqu'enfin Mgr. Hamel se leva et dit entr 'autres choses : " que la proposition de M. Nantel tendait à amener la dissolution de l'union entre les collèges, qui avant longtemps, si la chose continue, se trouveraient vis-à-vis de l'Université dans la position des Révérends Pères Jésuites."

Personne ne relevant les paroles, je crus devoir dire, en résumé : u que, au contraire, le moyen d'amener cette dissolution était de gêner les aspirations légitimes d'un certain nombre de collèges, d'avoir un programme tellement uniforme qu'il efface la personnalité de chaque maison, qu'il contredise en plusieurs points ses traditions qui font sa force, qu'il détruise ses énergies, et paralyse son esprit d'initiative. Plusieurs chemins mènent à Borne, plusieurs routes mènent aux fortes études. Laissons à chaque collège le soin d'y arriver par des voies qui sont conformes à son passé, à son caractère, et aux besoins des localités où il se trouve situé. On maintiendra, on cimentera cette union que le Saint Père veut et que tous ici paraissent désirer, si on l'exige seulement sur les points essentiels du cours classique, où tout le monde s'accorde, laissant sur les autres points la liberté la plus vaste possible." Après tout, je n'étais pas fâché que l'on m'eût fourni l'occasion de proclamer hautement devant l'Université réunie, après tant de rumeurs révolutionnaires qui avaient été répandues sur mon compte, les deux principes qui font la base de notre politique universitaire, l'unité, tant qu'elle sera dans les désirs du Saint-Siège et les intérêts du pays, et la liberté dans cette unité.

Le vote fut pris. Pour le plan de M. Kantel : Montréal, Rigaud, Ste-Thérèse, Ste-Marie de Mon-

noir, St-Hyacinthe, Sherbrooke, Trois- Rivières, Nïcolet et Lévis, 9. Contre : Québec, Chicoutimi, Riinouski, Ste-Anne, St-Laurent, l'Assoinption et Johette, 7.

D'après le règlement universitaire, il faut le vote des deux tiers des collèges pour changer l'ancien mode d'être. De plus, au commencement de la séance, Mgr Paquet avait lu une consultation à Rome, et une réponse du Cardinal Simeoni allant à dire la même chose. Après une simple lecture, sans avoir sous les yeux le texte de ce document pour l'examiner à loisir, je n'en saisis pas très-bien toute la portée. J'espère que Mgr Paquet nous fera le plaisir de nous en passer une copie.

Le^ deux tiers étaient onze. La motion quoique emportée à la majorité des voix, se trouvait être rejetée. Après l'assemblée, la majorité battue ne paraissait pas être de très bonne humeur. Quelques uns allaient jusqu'à vouloir proposer le lendemain que les collèges fussent mis sur le même pied que les Jésuites. Je me permis de faire une petite suggestion.

La motion de M. Nan tel n'avait pu réussir, parceque les collèges de l'Assoinption et de Joliette s'en étaient séparés sur un point qui ne manquait pas d'apropos, mais que l'on trouvait en général trop compliqué dans la pratique. Je suggérai donc de proposer au plan de l'Assomption, qui devait être soumis au vote le lendemain matin, un amendement qui renfermerait toute la motion de M. Nantel et qui en même temps donnerait satisfaction autant que possible aux vues des Messieurs de l'Assomption et de Joliette. On tint un caucus informel, la proposition fut acceptée et rédigée.

Le lendemain, M. Caisse des Trois -Rivières, secondé par St-Hyacinthe proposa l'amendement; l'Assomption et Joliette s'y rallièrent, et le vote fut celui-ci : Pour, Montréal, Rigaud, Ste-Thérèse, l'Assomption, Joliette, Sherbrooke, St Hyacinthe, S te- Marie de Monuoir, Nicolet et Trois-Riviéres, 10; contre, Québec, S te- Anne, Chicoutimi, Rimoaski et St-Laurent, 5. C'était les deux tiers des collèges présents ; et comme Lévis, absent, avait voté la veille pour M. Nantel, on en conclut que son vote assurerait à l'amendement les deux tiers absolus des collèges : il fut donc déclaré emporté. Personne ne paraît trop désappointé. Je suis sous l'impression que, même à Québec, plus d'un sont heureux de ce résultat.

Depuis c'est un travail incessant de comités et d'assemblées générales, où tout se passe aimablement dans le meilleur des inondes. Le Séminaire de Québec est reconnu pour sa bonne et franche hospitalité. Même, Mgr Paquet, du moins pour la circonstance présente, a suspendu vis-à-vis de moi ses réserves et ses froideurs, et paraît vouloir traiter son intraitable Vice-Recteur avec tous les égards convenables.

Avant que de partir de Québec, je vais laisser à Mgr Paquet ma réplique et ma réfutation à ses derniers avancés ; j'en déposerai aussi une copie chez Son Eminence le Cardinal Taschereau. J'ai attendu plus de trois mois afin de ne pas susciter de disputes acrimonieuses et de laisser aux esprits le temps de se calmer. En cela, je savais faire plaisir à Votre Grandeur. Mais d'un autre côté, comme Votre Grandeur l'admet volontiers, je ne puis rester indéfiniment sans mot dire, sous le coup d'accu-

sations aussi graves devant un corps aussi vénérable, et par moi aussi vénéré, que le Conseil Supérieur de l'Université ; j'espère, je sais que l'on me tiendra compte, au milieu de ces attaques sanglantes, de ce que j'appelerai ma longanimité. Je suis heureux d'avoir l'occasion, si la circonstance se présente, de donner des explications verbales à Nosseigneurs les évêques de Chicoutimi et de Eimouski.

Je termine cette longue lettre, Monseigneur, en m 'excusant d'ajouter cette nouvelle fatigue aux fatigues de votre visite pastorale, et en vous priant de me croire dans les sentiments de la dévotion la plus filiale,

Le très humble et très obéissant serviteur, J. B. PROULX, Ptre,

Lanokaie, 4 juillet 1891.

M. l'abbé J. B. Proulx,

Monsieur le Vice-Recteur,

En arrivant à l'Ile Dupas, M. Baillargé n'a rien eu de plus pressé que de me faire part du résultat de l'assemblée de Québec. Quelques heures après, j'arrivais à Berthier et je trouvais votre lettre.

J'ai aussi reçu la première, par laquelle vous me commuuiquiez les bonnes nouvelles de Rome. Le bon Dieu est avec nous, pourquoi clouterionsnous du succès ? Vous êtes de cet avis, et vous ne doutez pas que je pense de même. Votre visite à Chicoutinii et à Riniouski aura pour résultat nonseulement de vous procurer un repos, mais encore de bien faire comprendre à NN. SS. le véritable état des choses.

Je retourne ce soir à Montréal pour trois jours. Je trouverai beaucoup à faire. Il surgit toujours quelques difficultés. Pensez à moi quelques fois dans vos prières.

Je suis votre tout dévoué,

f EDOUARD CHS,

Arch. de Montréal.

En même temps que je portais à Son Eminence le Cardinal Taschereau les mémoires que j'ai fait imprimer depuis mon retour de Rome, j'en envoyais un exemplaire à tous les Archevêques et Evêques qui composent le Conseil Supérieur de l'Université. Par hasard, " Ma justification " ne fut pas mallée à l'adresse de Monseigneur l'évêque de Nicolet.

Nicolet, 1er juillet 1891.

Eévérend J. B. Proulx,

Mon cher Monsieur,

Merci de l'envoi de la brochure: " Rapport sur ma question Universitaire." J'attends également " Ma justification." Je suis désireux de conserver dans la bibliothèque de mon Evêché toutes les brochures qui ont trait à la question Universitaire.

Agréez avec mes remerciements, l'assurance de ma vive et sincère estime.

f ELPHÈGE, Ev. de Nicolet.

Montréal, 11 juillet 1891.

Sa Grandeur Mgr Elphègke Gravel,

Evêque de Nicolet.

Au retour d'un petit voyage dans le bas du fleuve, je reçois la lettre que Votre Grandeur m'a fait l'honneur de m 'écrire en date du premier juillet. Si vous n'avez pas reçu " Ma justification," c'est par un oubli involontaire de mon secrétaire, à qui j'avais recommandé de vous l'adresser. Je suis heureux que vous ayez attiré mon attention sur cette omission, car je tiens à ce que tous les Vénérables membres du Conseil Supérieur de l'Université aient connaissance de ce que je me suis cru

dans la nécessité de soumettre à la considération du Saint-Siège sur la question universitaire.

J'ai appris avec plaisir que votre santé s'était améliorée, et que vous reveniez à la vigueur florissante des années passées.

Croyez que je demeure avec la plus haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PEOULX, Ptre.

Le 10 juillet la nouvelle Faculté médicale élisait ses officiers supérieurs. J'arrivai de mon voyage dans le bas du fleuve, le lendemain. Ce jour-là M. le Dr E. H. Desrosiers, le nouveau secrétaire, vint me rendre visite à l'Université, et m'apprit le résultat de l'élection.

Ce choix, dans les circonstances, si tous nous savons en profiter, ne peut servir qu'à affermir l'union davantage, à faire tomber en certains quartiers un reste de défiance, et à rallier autour de l'institution les efforts généreux de toutes les bonnes volontés.

Dans sa réponse à ma lettre de félicitations, le nouveau président emploie le mot indépen-

dance. Tout me porte à croire que c'est une expression impropre pour dire liberté. Dans ce dernier sens, en effet, nous aurions pu poursuivre le même but par des moyens différents.

Du reste, la correspondance suivante fait connaître, avec de nombreux détails, l'impression qu'a produite, dans les cercles universitaires, cette première élection de l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal, après qu'elle fut devenue la Faculté médicale de Laval cà Montréal.

Montréal, 11 juillet 1891.

M. le Dr Louis B. Durocher,

Prés, de VE. méd. faculté M. L.

Monsieur le président,

En arrivant d'un petit voyage que j'ai fait dans le bas du neuve, j'apprends que, liiersoir, vous avez été élu président de l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal, faculté médicale de Laval à Montréal. Permettez-moi de venir vous offrir mes félicitations. Vos collègues ont voulu récompenser un dévoûment indiscutable et de longs états de service en faveur de l'enseignement médical. Veuillez en recevoir mon compliment et me croire, Avec une haute considération, Monsieur le Président,

Votre très dévoué serviteur,

J. B. PKOULX, Ptre.

GXXI

Montréal, 14 juillet 1891.

Bévérend J. B. Proulx, Ptre,

Curé de St-Lin.

Bévérend Monsieur,

Vous m'avez fait l'honneur de ni'offrir vos félicitations à l'occasion de mon élection comme doyen et président de l'Ecole de médecine et de chirurgie de Montréal, faculté médicale de l'Université Laval à Montréal. Tout en déclinant les mérites que vous voulez bien m 'attribuer comme des titres à la faveur de mes confrères, permettez-moi de vous remercier de votre bienveillante appréciation de mes efforts soutenus par des confrères et amis pour obtenir une Université indépendante pour Montréal.

Il est probable que nous poursuivions le même but, différant seulement sur les. moyens. Aujourd'hui, je crois ce but principal atteint. Tous les amis de l'enseignement médical doivent s'unir pour en obtenir les meilleurs résultats.

Veuillez me croire, avec la plus respectueuse considération, votre serviteur dévoué,

Ls B. DUBOCHEB.

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