‹ Question universitaire de Montréal (volume 5)Chapitre 11 sur 26 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

Kvêciié de Sherbrooke, ^4 mai 1892.

M. le chanoine J. B. Proulx,

Vice-Rect. U. L. M.

M. le Vice-Recteur,

Je vous prie d'introduire dans le bill, comme membre de la corporation, Frédéric Paré, Ecr, Médecin de Sherbrooke. J'ai hâte de savoir si M. le Sénateur Murphy, MM. Tourvilleet Lavio-

lette ont accepté Y honor et Yonus de gouverneur.

J';\i confiance que sous votre habile direction le bill ne se démettra pas un bras. Tout de même il faut être vigilant, nous naviguons encore sur la Tour aine.

Votre très dévoué,

f ANTOINE, Ev. de Sherbrooke.

Evêché de Shebrooke, 25 mai 1892.

Le Révd J. B. Proulx, Vice-Rect, U. L. M.

Monsieur le Vice-Recteur,

Mgr Racine, en arrivant de Québec, m'a prié de vous écrire pour vous demander de lui envoyer ici, à Sherbrooke, quelques exemplaires des premiers mémoires faits lors de votre voynge à Rome en 1889, Edition montréalaise, petit format. M. l'abbé X. veut absolument avoir un de ces exemplaires. Depuis qu'il a su qu'il y avait une nouvelle édition de ces mémoires, c'est à peine s'ildort. Nous lui enverrons un exemplaire aussitôt que nous les aurons reçus ; car il est fort à craindre que votre bill n'échoue s'il ne reçoit pas ces mémoires avant la troisième lecture ! ! !

J'ai l'honneur d'être, Votre tout dévoué,

G. H. LEM1EUX. Pire,

Secrétaire.

St-Lin des Laurentides, 25 mai 1892.

L'Honorable C. de Boucberville, Premier du Gouvernement de la Province de Québec.

Monsieur le Premier Ministre,

Il me revient de par la rumeur publique que quelques amis du* Séminaire de Québec, plus séminaristes que le Séminaire lui-même, se proposent de faire opposition à notre bill, soit devant le Comité des bî Ils privé*, soit au Conseil législatif, sous prétexte que notre corporation va causer des dommages aux intérêts du Séminaire.

Or, notre projet de loi ne crée aucune situation nouvelle; il ne fait que légaliser la position qu'occupe actuellement l'administration financière de l'Université à Montréal.

Jamais le Séminaire de Québec n'a entendu supporter les frais de la Succursale. Si, pendant quelques années, il a administré à Montréal,

c'était en vertu d'un arrangement avec T Archevêque de cette ville, par lequel il était assuré de ne rien perdre de ses avances de fonds, si avances il faisait. Dans tous les cas, depuis bientôt trois ans, de lui-même, le Séminaire de Québec a renoncé formellement à administrer les finances de l'Université à Montréal. Comme preuve de ce que j'avance, j'annexe à cette lettre une communication de Mgr Paquet, en date du 29 août 1889, où il est dit en toutes lettres :

" Par le fait de la nomination du nouveau " Vice-Recteur, le Séminaire a abandonné l'ad- " ministration financière de la Succursale le "jour même de cette nomination. Par conséquent " vous pouvez prendre possession de la maison " et de tout ce qu'elle renferme, et administrer " le tout au nom de la Succursale ou de Msr " l'Archevêque de Montréal."(l)

De fait, depuis le mois d'août 1889, l'Archevêque de Montréal porte seul toutes les charges de l'Université dans sa ville épiscopale. Si

(1) Voir Troisième Rapport, page 116.

aujourd'hui le susdit archevêque, pour assurer plus de poids, d'ampleur et de chances de succès à son administration, se donne des auxiliaires entendus dans ces matières, et demande à la Législature d'être avec eux constitué en corporation légale, en quoi cela peut-il blesser les inté" rets du Séminaire de Québec? A moins que, quand mon œil est bon, celui de mon voisin ne devienne mauvais.

Non, non. Le Séminaire de Québec, ou plutôt le Conseil Universitaire dans lequel le Séminaire de Québec est très largement représenté, a déclaré lui-même, dans une résolution eu date du deux d'octobre mil hui cent quatre-vingt onze, dont vous avez une copie entre les mains, qu'il " s'abstiendra de toute opposition à ce que ce projet devienne loi."

Espérant que ce dessein d'opposition ne passera pas dans l'ordre des faits, je demeure avec la plus haute considération,

Monsieur le Premier, Votre très humble serviteur,

J. B. PROULX, Ptrc.

St-Lin des Laurentides, 26 mai 1892.

Sa Grandeur Mgr A. Racine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

J'ai reçu ici le nom de l'honorable Monsieur que vous m'avez envoyé pour être mis au nombre des membres de la Corporation ; il sera introduit avec les autres dans le texte du bill.

Je descendrai à Québec vendredi soir. Notre projet de loi ne peut venir devant le Comité des bill s privés avant samedi, ou même lundi prochain.

MM. Laviolette et Murphy ont accepté d'être gouverneurs. Quant à M. Tourville, il est monté à Montréal le jour que je descendais à Québec. Je me propose de le voir à son bureau vendredi.

M. Taillon veut bien être membre de la corporation. M. de Boucher ville, tout en se disant flatté de notre offre, ne croit pas cependant devoir l'accepter, parce qu'il est Premier Minis-

trc : il a peut-être raison. Dans tous les cas. lefl motifs qu'il m'a exposés sont d'un ordre élevé, et lui font honneur. Je n'ai pu encore rencontrer M. Marchand.

Vous n'avez pas eu le plaisir d'entendre le discours de Mgr Paquet, dimanche, au Séminaire, à la fin du repas ; quelqu'un sans doute a dû vous en parler C'est un chef-d'œuvre dans le genre. Tout le monde est pour l'Université- Mais être pour l'Université ne veut pas dire embrasser, quand même, en tous ses points, la politique universitaire de Mgr Paquet. Je ne vois pas, dans les circonstances présentes, d'autre raison d'être à des paroles aussi étranges, que le désir d'aider ceux qui, pour lui faire plaisir, travailleraient^, nous monter une opposition au Conseil législatif. Encore un obstacle qu'on tâche de dresser sur notre route. Je compte sur les prières des bonnes âmes, sur la vôtre, Monseigneur, pour qu'il se dissolve comme un monceau de neige sur les souffles tièdes du printemps. Si l'on réussisait à stopper notre bill, plus que

probablement c'en serait fait pour toujours de l'unité universitaire au Canada.

Espérant que Dieu disposera toutes choses pour le plus grand bien de notre chère patrie, je demeure avec la plus haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.

J. B. PROULX, Ptrc.

P. S. — J'ai appris avec admiration, mais non avec surprise (car on m'a accoutumé à ces choses), que Mgr Paquet ne vous avait pas fait visite : par de semblables procédés, que penset-on gagner ?

LVIT

Québec, 28 mai 1892.

Sa Grandeur Mgr Ed. Ohs Fabre.

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

Notre projet de loi a passé ce matin devant le comité des bills privés comme une lettre «à la poste. M. Taillon était absent, parti hier soir pour Montréal dans le but, dit-on, d'assister à un banquet donné en l'honneur de Mgr Emard. A 11 heures, notie projet fut appelé. M. Duplessis, président du Comité,me demanda si je désirais procéder. D'un côté il m'en coûtait de m'aventurer dans les hasards de cette discussion en l'absence de M. Taillon. D'un autre côté, time is money, et de pins les opposants que l'on m'avait prédits, se reposant peut-être sur l'absence de M. Taillon, n'étaient pas au poste. Et il est d'un si bon effet de ne pas avoir d'opposition ! '; Procédez, répondis-je, mais à une condition,

c'est que si je me trouve embarrassé, et si je le désire, il me soit loisible de renvoyer F examen à un autre jour. — Admis, admis." M. le Président me demanda d'exposer la question. Je n'insistai que sur ce point, qu'il s'agissait purement et simplement de constituer en corporation légale sur une base plus large l'administration financière qui existe actuellement de fait à Montréal. " Le Conseil universitaire s'oppose-t-il à votre dessein, demanda quelqu'un. — Aucunement. Voici un document par lequel il déclare qu'il ne fera aucune opposition à ce que ce projet devienne loi." Le principe du bill fut admis à l'unanimité. Puis les clauses furent lues une par une et acceptées sans aucun changement. " M. le président et MM. les membres du comité, mou remerciement «era aussi court et aussi vrai que votre travail a été prompt et solide, short and sweet, je vous remercie."

J'ai vu ce matin M. Marchand, et j'ai eu avec lui une longue et agréable conversation. Il a accepté bien volontiers de faire partie de notre corporation. Plaise à Dieu que le chemin à par-

courir soit aussi uni que celui où nous marchons depuis quelques jours. Ah! qui nous donnera la paix ? Qui enlèvera de tous les esprits le doute et la défiance, afin que nous puissions consacrer toutes nos énergies au développement et au bon fonctionnement de l'Université ?

J'oubliais de dire que, au comité des bills privés, était assis à mes côtés M. Pouliot, professeur du la Faculté de droit à Québec. En quelle qualité était-il là? En qualité de simple spectateur, je nen doute pas. Quand tout fut terminé, il me fit ce compliment gracieux : "Vous êtes vraiment heureux, vous emportez tout sur votre passage. — Monsieur, je suis doublement heureux que vous soyez ici ce matin ; car j'aurai un témoin déplus que je suis un partisan de l'unité

universitaire."

.le suis de plus, avec beaucoup de respect, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.

J. B. PIIOULX, Prêtre.

Québec, 30 mai 1892.

Sa Grandeur Mgr Elph. Gravel, Evêque de Nicolet.

Monseigneur,

J'ai reçu au nioinent de partir de St-Lin votre mandement sur la dîme, je voulais le mettre dans ma valise, pour le lire en voyage sur le train ou sur le bateau. Mais je l'oubliai, comme la chose m'arrive quelquefois, même pour mon bréviaire. C'est pourquoi ma 'boite reste fermée, et je ue puis vous faire mon compliment; aujourd'hui je viens seulement vous offrir pour cet envoi mon remerciaient le plus sincère.

Notre projet de loi a passé samedi au comité des bills privés comme une lettre à la poste. Je fis un petit speech pas malin du tout, short and sweet dans le genre, autant que possible, du sermon au sacre de Mgr Labrecque, [n'efforçant de démontrer qu'il ne s'agissait en aucune façon

de porter atteinte à l'unité ou au contrôle universitaires. Le princip \ du bill fut admis à l'unanimité et les diverses clauses en furent aeceptées sans modification. M. Pouliot, professeur à la Faculté de Droit qui était assis a nies côtes nie dit gracieusement: "Vous êtes vraiment heureux, vous emportez tout sur votre passage. — Merci, Monsieur,etdans cette circonstance je suis doublement heureux de ce que vous soyez ici ; car j'aurai, au besoin, un témoin de plus que je suis un partisan de l'unité universitaire." Cet après-midi, troisième lecture. Puis le dit bill entrera dans les eaux du Conseil législatif: quelles tempêtes lui ménage-t-on ? Vous en savez sur ce sujet plus long que moi. Quoi qu'il arrive, mon espérance dans une issue favorable est toujours inébranlable. Dieu ne fait rien pour rien. L'Université Catholique à Montréal, dans tout le pays, est appelée à faire un grand bien et à s'élever très haut, si on en juge d'après le labeur de ses commencements. 7 anter molis crat Romanam condere gaihvi.

J'en reviens à l'objet de cette lettre, et je

vous renouvel le l'expression de mesreinercîments en vous priant d'accepter celle du respect et de la considération avec lesquels je suis,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur,

J. B. PROULX. Ptre.

St-Boniface, 27 mai 1892.

Révérend J. B. Proulx,

Chanoine honoraire, etc., etc.

Mon cher Monsieur Proulx,

Je viens de lire vos deux volumes de documents : Devant Québec et Ro7ne. Inutile de vous dire que cette lecture m'a vivement intéressé. Que voit-on dans cette collection de documents? On y voit les incidents d'un conflit, l'histoire d'une lutte: lutte longue, ardente, vigoureuse, entre deux partis respectables,eroy-

ant chacun sans doute avoir le droit de son côté. Malheureusement le droit légal, basé sur documents conférant des privilèges, n'est pas toujours la justice et l'équité.

La question, dégagée de ses particularités plus ou moins techniques, peut se résumer comme suit: deux branches d'une même famille, la grande famille catholique de la Province de Québec, sont en contestation. Et quel est le point réel du litige ? Peu de chose en vérité, puisqu'au fond on vise au même but, l'instruction de la jeunesse. Montréal dit par la bouche de ses pasteurs : " Nous voulons assurer à nos enfants l'enseignement universitaire catholique. — Très bien, répond Québec, par les membres du Conseil de l'Université ; maiscct enseignement, c'est nous qui allons vous le donner. — Permettez, reprend Montréal, nous sommes en état d'instruire nous-mê nés nos enfants. Pourquoi vouloir vous imposer chez nous ? — En vertu de notre privilège et de notre droit d'ainesse conférés par une ch irte, repartit Québec. — Nous reconnaissons, ajoute Montréal, votre droit

d'aînesse, et nous voulons bien nous organiser sous votre tutelle; mais laissez-nous au moins gérer et contrôler nous-mêmes nos propres affaires.— Point du tout, riposte Québec; nous avons un droit, nous possédons un privilège et nous prétendons en jouir, que la chose vous plaise ou vous déplaise, qu'elle vous soit préjudiciable ou

non. "

D'un côté réclamation légitima, efforts réitérés, démarches pénibles et coûteuses pour l'obtention d'un droit qui semble pourtant bien juste et raisonnable; de l'autre, persistance à empiéter et à dominer sur la patrimoine du voisin. N'estce pas là le véritable terrain de la lutte? Et dire que cela dure depuis vingt-ans! C'e-t à peine croyable.

En parcourant les pages des volumes en question, on vous suit à Rome, on vous voit à l'œuvre, on assiste à votre travail de chaque jour. J'admire beaucoup votre manière de faire. Comme un tacticien consommé, vous êtes constamment sur la brèche, vous faites face à tout, Vous mettez toutes les chances de votre côté ! Au

milieu des attaques répétées, des insinuations peu bienveillantes qui vous viennent de l'autre camp, des projectiles qu'on vous lance, vous restez calme et imperturbable. Vous préparez vos moyens de défense qui sont nombreux, bien agencés et habilement calculés. Puis, pour être sûr de ne pas faire de mouvements risqués, vous soumettez chaque jour vos plans et vos projets aux illustres généraux qui dirigent les opérations. L'un d'eux, septuagénaire, est avec vous, vous avise, prend une part active à la lutte, et donne lui-même les commandements les plus importants. Les deux autres, par lettres et par télégrammes, vous encouragent de leur parole autorisée.

Le camp opposé — je me garderai bien de dire l'ennemi, — estdéjàen possession du terrain contesté, terrain qui vous appartient naturellement, et lutte avec vigueur pour conserver la position conquise. C'est un combat homérique. Mais, avec votre habileté et votre prudence bien connues, avec la loyauté qui caractérise vos procédés, avec surtout la justice de votre cause, il faudra

bien que le succès vienne à la fin couronner vos efforts. Je vous le souhaite aussi décisif et aussi rapproché que possible.

Merci bien cordialement à qui m'a envoyé vos deux volumes de documents. La question m'intéresse beaucoup et je suis bien aise de pouvoir en suivre les différentes phases.

Cette question universitaire qui passionne depuis si longtemps les esprits de la Province de Québec offre un curieux sujet de réflexions et d'études. Elle est une illustration frappante de cet aphorisme chrétien : militia est vita hominis super terram. Tout est lutte pour l'homme, du berceau à la tombe : lutte pour le pain quotidien, lutte pour l'aliment de l'intelligence, lutte pour posséder un pouce de terre ou un bien quelconque, lutte pour conserver ce qu'on a, lutte contre les obstacles du chemin, lutte contre l'intempérie des saisons, lutte contre les ennemis déclarés, lutte contre des adversaires honnêtes, lutte quelquefois contre des amis qui sont chers, lutte au sein même des meilleures fnnilles.

Dieu, ayant fait de la lutte une des conditions

de notre existence, lui a attribué en même temps,comine récompense, un résultat favorable : elle développe, fortifie, trempe les caractères. Si nos pères avaient été traités avec bienveillance et en enfants gâtés après la conquête, serionsnous devenus ce que nous sommes ? Il est permis d'en douter. Donoso Cortès prétend démontrer que la guerre est d'institution divine, et que ses résultats sont toujours excellents. Mais je ne suis prêt à accepter ni sa proposition ni sa conclusion.

Quant à vous, je vous connais assez pour savoir que vous n'êtes pas un ferrailleur par nature ou par goût. Au contraire, vous êtes un homme de paix et de conciliation, vous aimez la bonne entente, vous savez cultiver et savourer les charmes de l'amitié. Mais, comme un chevalier d'autan, vous acceptez de bonne grâce et vous menez vigoureusement les luttes que le devoir vous commande.

Bien fidèlement et sincèrement à vous.

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