J. DUBUC
Québec, 1er juin 1892.
L'honorable Juge Dubuc,
St-Boniface, Manitoba.
Honorable Monsieur,
Votre lettre du 27 mai m'arrive de Montréal ; j'y réponds immédiatement.
Je commencerai par vous remercier des bonnes paroles que vous me dites, je dois cela à votre bonne volonté et à votre bon coeur. Vous les écrivez si élogieuses que,évidemment,vous voulez me dédommager de celles qui voudraient me faire croire que je suis le plus grand coquin du Canada. Pour celles-ci, je n'en crois pas un traître mot. Pour les vôtres, ce n'est pas pareil : votre honorabilité et mon intérêt me prédisposent en faveur de votre jugement; je vous demande seulement la permission de ne les prendre qu'avec un petit grain de sel.
Pour me venger, je vous dirai que vous avez fait de la question un résumé vraiment magistral: on voit que l'habitude du palais vous a accoutumé à extraire du milieu de mille détails, raisons ou prétextes, la quintessence des choses. En droit strict, nous nous différons assez peu, puisque d'un côté comme de l'autre nous sommes ou devons être pour l'unité d'Université. Tout simplement il s'agit de savoir qui enseignera et dirigera à Montréal; Mais dans les conséquences la différence est immense. Québec enseignant à Montréal, c'est la défiance, la division, le vêgétement sur toute la ligne. Québec dirigeant, c'est la centralisation, tandis que la politique montréalaise est une décentralisation générale du haut au bas de l'échelle, c'est la création de corps politiques particuliers pour chaque branche de l'enseignement, c'est une fédération de .chartes et de pouvoirs, c'est un appel à toutes les énergies, c'est l'admission ded laïques en très large part dans la conduite de l'institution, c'est l'acte de mettre au faîte de la surveillance active et dirigeante l'Episcopat.
Enfin quant aux " voies et moyens ", Québec et Montréal sont aux antipodes. Rome ne nous a pas caché que notre plan est excellent, qu'il est pour me servir de l'expression d'un éminent personnage, un chef-d'œuvre, vu notre état de société démocratique. Les droits de l'Eglise sont assurés, et ils ne pèsent sur personne ; au contraire tous sentent qu'ils sont, à un moment donné, une sauvegarde.
En conséquence, outre le bill d'incorporation pour les administrateicrs, que je sollicite de la Législature, de leur côte la faculté de droit et l'Ecole polytechnique demandent une charte d'incorporation, dans le genre de celle de la faculté médicale ; la faculté de théologie virtuellement a déjà la sienne par le Séminaire. Vous voyez de chez vous combien sera ce rouage, large, grandiose, puissant, incontrôlable pour toutes forces extérieures et hétérodoxes. Et dans tout ce mécanisme entre l'influence épiscopale comme l'huile qui facilite le mouvement, comme la force latente qui maintient la cohésion.
Mon bill a passé sans accident toutes ses
phases à l'Assemblée législative, et il entre au Conseil; les apparences sont bonnes. Les deux autres bills en sont à leur dernière lecture. Quand tout sera fini, pensez-vous qu'on me donne mon congé ? Je soupire après le repos, la retraite, le silence, la vie paisible. Oh ! que vous avez bien saisi le plus intime de mon âme, quand vous dites que je sais savourer les charmes de l'amitié et goûter les délices de la solitude. J'ai longtemps fait traduire St-Grégoire de Nazianze, j'en ai retenu par cœur de longues tirades, je voudrais pouvoir m'appliouer ces paroles : " Qu'un autre entreprenne une longue et périlleuse navigation, qu'il lutte avec les vents et les Ilots ; pour moi il vaut mieux, il m'est plus désirable de laisser l'honneur des périls aux marins habiles.de saluer la mer de loin, de me renfermer dans le calme et la douceur d'une vie consacrée à la culture de mon modeste héritage." Ce modeste héritage est ma bonne paroisse de St-Lin où le respect, le dévouement et l'affection de mes paroissiens me font la vie si douce, trop douce. Car ne l'avezvous pas dit, n'avez-vous pas développé cette
pensée dans votre lettre: militia vita liominis super terrant. Eh ! bien puisqu'il en est ainsi fatalement, courage, en avant ! et aux armes, citoyens, bande de coquins î Au revoit- ! et croyezmoi toujours avec une haute considération,
Votre très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Prêtre.
Ste-Dorotiiée, 1er juin 1892.
Mon-ieur l'abbé J. B. Proulx,
Vice-Rect. U. L. M.
Monsieur le Vice-Recteur,
C'est à rile-Bizard que j'ai reçu votre lettre. C'est heureux de voir que tout va à merveille. L * bon Dieu est avec nous, il n'y a pas à en douter. Vivons dans l'espérance, et ayons confiance. Vous étiez désiré à l'Ile-Bizard. La visite a été
comme les précédentes, trèfl agréable. M. Dubois est avec nous ce soir.
Je suis votre tout dévoué,
f EDOUARD CHS, Arch. de Montréal,
Québec, 2 juin 1892.
L'Honorable C. de Boucherville, Premier du Gouvernement de Québec.
Monsieur le Premier Ministre,
Notre bill n'est pas venu hier encore devant le Conseil législatif.
Au risque d'être importun, je me permets de le recommander de nouveau à vos soins, afin qu'il n'échoue pas pur mégarde dans quelque bureau et qu'il n'arrive pas trop tard devant votre honorable Conseil, de peur qu'à la fin il ne soit enveloppé dans le massacre des innocents.
Ce serait dans mon opinion un malheur pour l'Université à Montréal, et, je le sais, un très
grand désappointement pour Nosseigneurs les Evoques de la Province de Montréal qui portent un si vif intérêt à la reconnaissance légale de leur projet de loi. Je suis toujours avec la plus haute considération,
Monsieur le Premier, Votre très humble et très dévoué serviteur,
J. B. PROULX, Pire.
Québec, 2 juin 1892.
Sa Grandeur Mgr Ed. dis Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monsieur,
C'est ennuyeux. L'imprimeur (ou d'autres ! ) nous retarde.
Lundi, notre bill fut rapporté du comité des bills privés à la Chambre. M. Taillon se trouvant à Beauharnois, j'avais demandé à M. Nantel
d'en proposer la troisième lecture : ce qu'il fit bien voloutiei s.
De là il doit être imprimé de nouveau pour être envoyé au Conseil législatif. Ali ! si le soin de l'impression était laissé entre mes mains, le même soir aurait vu la fin de l'ouvrage. Mais ci va plam piam ; chaque jour, mardi, mercredi, et aujourd'hui jeudi, je vais voir tantôt M. de Boucherville, tantôt M. Fréehett ', greffier du Conseil législatif, tantôt M. Del orme, greffier des impressions, et partout la réponse invariable est: les imprimeurs sont m arrière daus leur
ouvrage.
Pas plus tard que ce matin, j'écrivais à M. de Boucherville: i; Notre bill n'est pas venu hier '' encore devant le Conseil législatif. — Au '• risque d'être importun, je me permets de le " recommander de nouveau à vos soins afin '• qu'il n'échoue pas par mégarde dans quelque " bureau et qu'il n'arrive pas trop taid devant 11 votre honorable Conseil, de peur qu'à la fin il u ne soit en veloppé dans le massacre des innocents. " — Ce serait dans mon opinion un malheur pour
" l'Université à Montréal et, je le sais, un très k6 grand désappointement pour Nosseigneurs " les Evêques de la Province de Montréal qui " portent un k vif intérêt à la reconnaissance " légale de leur projet de loi."
Du train que vont les choses, notre affaire n'arrivera pas à son terme avant la fin de la semaine prochaine. Je m'étais proposé, d'une proposition bien arrêtée, d'aller au sacre de Mgr Emard, d'autant plus que mo.i absence pourrait peut-être être remarquée par quelques-uns. Mais, d'un autre côté, mercredi et jeudi seront probablement les jours où ma présence ici sera le plus nécessaire. Je remets la chose entre vos mains, Monseigneur ; j'attends votre réponse et je ferai ce que vous m'indiquerez. Mgr Emard peut f>rt bùm se passer de moi, peut-être le bill le peut-il moins. Si je ne suis pas là, Mgr Emard sera sacré tout de même ; si je ne suis pas ici, le bill peut-être jeté au panier. Qu'en dites vous? N'est-ce pas mieux de courir au plus pressé ?
Je vous envoie cette lettre à Montréal, sachant qu'on vous la fera parvenir là où Vuus
portent vos pérégrinations épiscopalet). Cette année nous n'aurons pas le plaisir de vous posséder à St-Lin, toutefois je me donnerai celui d'aller vous rencontrer à Ste-Anne et à Ste- Sophie. En attendant, je demeure toujours avec le respect le plus filial,
De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
Chez M ad. Redmond, 84 rue d'Auteuil, Québec.
P. S. — Si ces retards se prolongeaient outre mesure, au commencement de la semaine prochaine, il ne serait peut-être pas mauvais que les Evêques de la Province de Montréal télégraphieraient à M. de Boucherville, à peu près dans ces termes : " Nous vous prions de faire en sorte que le bill des administrateurs de l'Uni- Laval à Montréal passe à cette session." Dans ce cas-là, je vous en donnerais avis par le télégraphe. Je viens de voir M. Taillon qui me dit de ne rien craindre et que tout arrivera à bon port safe and sound. — J. B. P.
Québec, 3 juin 1892.
Sa Grandeur Mgr Ed. dis Fabre, Archevêque de Montréal.
Monseigneur
Enfin notre bill a subi cet après-midi sa première lecture; la seconde est fixée à lundi. Demain le Conseil prend congé : je vais faire comme lui et aller passer le dimanche à St-Lin, où mes petits enfants ce jour-là doivent faire leurpremièrecommunion; ça m'était un véritable sacrifice d'avoir à être absent en cette circonstance. Dieu prend soin de ceux qui font vœu d'être siens.
En supposant queles choses maintenant aillent le plus vite possible,en suivant le cours ordinaire de la procédure parlementaire, voici ce qui va arriver : lundi seconde lecture ; mardi, affiché
dans le corridor de la Chambre, que le bill est renvoyé au comité des bills privés; mercredi avant midi, comparution devant le susdit comité; mercredi après-midi, rapport du comité au Conseil et troisième lecture. Si maintenant il y a des amendements au bill, la troisième lecture régulièrement serait renvoyée au jeudi, et vendredi le pauvre bill ferait son dernier voyage en reparaissant à la Chambre d'Assemblée. Maintenant si la rumeur dit vrai, que la Chambre doit être prorogée à la fin de la semaine prochaine, il ne reste pas une large marge pour les retards et les accidents.
C'est pourquoi je recommande l'affaire à vos bonnes prières, et je prends la liberté de vous demander, ainsi qu'à Monseigneur l'Evêque de Sherbrooke et à Monseigneur l'Evêque de St- Hyacinthe, de vouloir bien télégraphiera M. le Premier Ministre une dépêche dans le sens que j'avais l'honneur de vous indiquer dans ma dernière lettre, afin de bien montrer dans toute son étendue l'importance que l'Episcopat de la Province de Montréal attache à la passation de
ce bill à la présente session. De grâce, ne manquez pas de le faire dès lundi.
Je demeure avec le pins profond respect, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
Québec, 3 juin 1892.
Sa Grandeur Mgr A. Racine,
Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur, Excusez-moi si je ne vous envoie que des copies de ce temps-ci. Je suis plus occupé qu'on ne le croirait, et les journées passent comme l'eau dans le fleuve. J'attire votre attention sur le télégramme qui sera certainement utile. Avec le plus grand respect,
De Votre Grandeur,
Le très dévoué serviteur. J. B. PROULX, Prêtre.
Montréal, 5 juin 1892.
Mons. l'abbé J. B. Proulx,
Vice-Recteur D. L. M.
Monsieur le Vice-Recteur,
J'ai trouvé vos deux lettres hier en arrivant de la visite. Je ferai ce que vous demandez. Les choses ont si bien été jusqu'à présent que Ton doit espérer un succès complet, ...
Je passe la semaine à Montréal pour la confirmation, à l'exception de jeudi qui sera consacré à Valleyfield. Il n'est pas possible pour vous de vous y trouver à cause du bill. Ceci sera facilement compris de ceux qui connaissent l'affaire. Qui ne la connaît ?
Je suis votre tout dévoué serviteur,
t EDOUARD CHS FABRE,
ArcJi. de Montréal.
Québec, 6 juin 1892.
Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,
Archevêque de Montréal.
Je suis arrivé cet après-midi juste à temps pour assister, au Conseil législatif, à la deuxième lecture de notre projet de loi. Il est renvoyé au Comité des bills privés, cependant pas pour demain, seulement pour jeudi, et cela sur l'exposé de M. Archambault qui fit remarquer que le comité avait de l'ouvrage amplement pour demain et mercredi. Son bill d'incorporation de la faculté de droit est rendu au comité des bills privés à l'Assemblée législative ; il n'aura pas son tour probablement avant mercredi. Veut-il savoir comment je traiterai son pupille, afin de traiter le mien de la même manière ? ce soupçon est si peu injurieux en politique,
que je pais l'avoir sans manquer à la charité. Si c'est le oxy.%requicscatin pace. Tant qu'il restera ce qu'il est maintenant, au lieu de lui faire du tort, je le favoriserai.
M. de Boucherville, après la séance, m'a dit qu'il avait reçu votre télégramme. Merci. Il produit l'effet voulu. M. le Premier m'a prié de vous faire savoir qu'il ne permettra pas qu'on tue notre projet de bill en traînant le temps en longueur ; et il a ajouté : " On prolongera plutôt la session."
Le bill de l'Ecole polytechnique a subi sa troisième lecture à la Chambre d'Assemblée.
J'ai reçu votre bonne petite lettre de Ste- Dorothévi. Veuillez accepter pour cette faveur l'expression de mon remerciement, avec celui du respect avec lequels je suis, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Pire,
Saint-Hyacinthe, 6 juin 1892.
M. le chan. Proulx, Vice-Recteur U. L. M.
Mon cher Monsieur,
Je vous suis bien reconnaissant de la bienveillante attention que vous avez eue de me transmettre la copie des trois lettres que vous avez adressées à Mgr l'Archevêque de Montréal, aux dates du 20 mai, du 2 et 3 courant.
Notre cher bill vous impose une grande sollicitude et bien des soucis. Le Ciel ne manquera pas, j'espère, de vous récompenser du beau dévouement que vous lui portez, en parvenant à le conduire à bonne fin.
Pour vous aider en cela, j'ai télégraphié aujourd'hui à M. de Boucherville de vouloir bien s'intéresser à le faire passer dans la présente session. Et puis, je prie le Ciel de bénir cette importante mesure et de la faire réussir afin
d'inspirer la confiance au cœur de tous les amis dévoués de l'œuvre de Laval à Montréal.
Croyez-moi bien sincèrement votre tout dévoué en N.-S.
f L. Z., Év. de St-Hyacinthe.
Québec, 7 juin 1892
Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
J'ai oublié de vous dire hier une chose que je regarde comme importante.
Je crains pour jeudi une opposition directe ou indirecte, des embarras enfin. Qu'il y ait anguille sous roche, tous ces moyens dilatoires le montrent assez. Du reste, j'en ai reçu un avis charitable d'un témoin digne de foi...
C'est pourquoi, ne pensez- vous pas qu'il serait d'un grand appoint pour le succès de notre affaire, si mercredi après-midi Votre Grandeur,
en compagnie de Nosseigneurs Racine, Moreau et Emard, télégraphiait à M. Archambault "de vouloir bien favoriser notre bill de toutes ses forces et qu'elle lui tiendrait compte de cet effort?"
Nous sommes au point critique, au moment psychologique : il ne nous faut rien négliger de ce qui peut assurer une solution favorable. Si un pareil télégramme ne fait aucun bien, il ne peut faire de mal. Dans tous les cas, je prie Dieu qu'il vous inspire ce qu'il y a de mieux dans la circonstance.
Il m'est devenu tout à fait impossible d'assister à la cérémonie du sacre : là-dessus, il ne peut y avoir deux opinions. J'en écris aujourd'hui mon excuse et mon regret à Mgr Emard.
Je vous souhaite bon voyage, beau temps, belle fête, et me souscris avec un respect filial, De Votre Grandeur, Le très obéissant et très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
Québec, 7 juin 1892.
Sa Grandeur Mqt J. M. Emard,
Evêque de Valleyfield.
Monseigneur,
Je viens vous exprimer mon regret de ce que je ne puis assistera la cérémonie de votre sacre ; et ce regret ne peut que s'accroître en voyant que la fête s'annonce avec des apparences aussi gentilles. Mais notre projet de loi vient jeudi même devant le comité des bills privés au Conseil législatif, et c'est le moment vraiment critique de sou existence. Il n'est pas dit que ma présence le sauve; au moins aurais-je la conscience d'avoir fait tout en mon pouvoir pour assurer ce que je considère comme de nécessité de moyen à l'existence de l'Université à Montréal.
Si je ne suis pas à Valleyfield jeudi, croyez
que je n'oublierai pas ici ce jour-là de dire le saint sacrifice de la messe à vos intentions. Vous êtes vraiment heureux de recevoir la plénitude de sacerdoce dans la semaine de la Pentecôte; ce vous est comme un gage de la plénitude des dons de l'Esprit-Saint.
Permettez-moi de vous souhaiter, au début de votre carrière ép^copule, ce qui peut faire le bo. «heur d'un évêque : le succès dans \os œuvres, le respect de vos ouailles, le dévouement et l'affection de votre clergé. — Veuillez croire que je suis et serai toujours avec beaucoup de considération,
De Votre Grandeur, Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur.
J. B PROULX, Prêtre.
LXXT
Québec, 8 juin 1892.
A Nosseigneurs les Archevêque et Evêques de la Province ecclésiastique de Montréal.
Messeigneurs,
Comme vous allez vous trouvez occupés une partie de l'été dans vos visites pastorales, et qu'il vous sera difficile de pouvoir vous assembler avant assez longtemps, je profite de la circonstance qui vous réunit à Valleyfield pour remettre devant vous, avec de nouvelles instances et pour les mêmes raisons, la demande que j'avais l'honneur de faire à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, de Rome, à la date du 6 mars dernier : savoir, de vouloir bien me donner un successeur comme Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.
L'œuvre que vous avez demandée de moi est, je crois, en réalité terminée. Elle l'est certaine-
ment si les bills que nous avons devant la Législature arrivent à bon terme. Si, par un hasard malencontreux, ils échouent, elle l'est encore du moins in se, puisque les principes sont admis par les autorités et civiles et ecclésiastiques, les oppositions ostensibles sont abattues, et l'esprit public est préparé, tellement que, si l'Université à Montréal survit à un échec de ce genre, un autre pourra faire réussir à la prochaine session ces bills certainement aussi bien que moi, peut-être mieux.
En sortant de l'Université , ce qui me console de tous les horions que j'ai reçus et de toutes les pertes matérielles que j'ai faites, ce n'est pas tant l'union opérée entre les deux Ecoles rivales, ni l'acquittement de la dette universitaire, ni le règlement des réclamations des professeurs, ni l'autonomie procurée aux facultés Montréalaises, ni la liberté assurée au jeu des intérêts locaux, ni les meilleures espérances monétaires ouvertes au travail de l'avenir, ni même la tranquillité et la paix ramenées dans les esprits, mais bien plutôt l'unité Univer-
si taire assise sur ses véritables bases, l'autorité épiscopftîé sauvegardée dans tous ses droits et reconnue par les lois civiles, le triomphe des lettres apostoliques et l'accomplissement entier dans les faits comme dans les paroi» s du dernier décret papal, je veux dire la Constitution Jam du du m.
Un autre souvenir qui me restera comme une aurore dorée planant au-dessus de ces jours agités, c'est la mémoire des bontés et des confiances dont n'a cessé de me combler l'Episcopat de la Province de Montréal. C'est pourquoi je suis et serai toujours dans les sentiments de la reconnaissance la plus vive et du respect le plus profond.
De Vos Grandeurs,
Messeigneurs,
Le très obéissant et très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
P. S. — A Monseigneur ï Arclieveque de
Montréal.
Je reçois en ce moment votre si bonne lettre datée du 5 juin. En effet la mort est bien cruelle
envers les Térésiens depuis une vingtaine de
mois. Elle devra en épargner au moins quelques-
uns, c'est ce qui me fait espérer.. Dans tous les cas, à la vie et à la mort, vive Dieu ! et faisons ce que nous devons. Que nous partirons un jour , c'est ce qu'il y a de moins douteux, il faudra bien se résigner. Auparavant, j'aimerais fort que ma résignation lût acceptée. — J. B. P.
P. S. — A Monseigneur C Evoque de Sherbrooke, Monseigneur, plus que tout autre, à raison de la longue communication d'idées qu'a amenée notre voyage, vous connaissez mes raisons ; permettez-moi décompter particulièrement sur vous pour la réussite de mon dessein. — J. B. P.
P. S. — A Monseigneur /' Evoque de St.-HyacintJie.
Monseigneur, je suis bien peiné de contredire par cette lettre plusieurs invitations tout à fait bienveillantes que vous m'avez faites, à plus d'une reprise, dans vos dernières missives; mais que voulez-vous? Je ne peux m'ôter de l'esprit que c'est pour moi le moment juste et opportun de prendre ma retraite. — J. B. P.
Québec, 9 juin 1892.
Sa Grandeur Mgr Ed. dis Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
Une bonne journée aujourd'hui. Le Saint- Esprit qui est descendu à Valieyfield a soufflé de ce côté-ci.
Ce malin à 10 heures comme d'habitude, à la manière des bons députés fidèles à leur mandat, je me rendis aux bâtisses du Parlement. Je rencontrai M. Horace Archambault. " Avez-vous, dit-il, quelques modifications à proposer à notre bill des Avocats. — Oui, une seule avec votre permission.— Laquelle ?— Ce serait d'ajouter dans la clause onzième ces quelques mots : sauf les droits reconnus par cet acte à Monseigneur T Arclicvcque de Mo?itréal. — Je n'y ai aucune objection. Maintenant, ajouta-t-il, voici la charte de Mont-
réal qui menace de prendre un temps considérable. Cela rejette notre bill trop avant dans la session, et le met en danger. Voulez-vous venir avec moi devant le président du comité pour lui déclarer que vous n'avez aucune objection à notre projet de loi, et lui demander de vouloir bien le prendre en considération dès l'ouverture de la séance. D'un autre côté, je puis vous assurer que votre bill des administrateurs passera sans amendements ce matin devant le Comité du Conseil. Je renonce à proposer les petites modifications dont je vous ai parlé, parce que cela le renverrait devant l' Assemblée législative et que vous pourriez en prendre de l'ennui. — Très bien, Monsieur,de ce pas allons trouver le président du comité." Vraiment, sans qu'il en fût dit un mot, c'avait l'air quasiment d'un compromis. Son bill passa devant le Comité de l'Assemblée législative comme un couteau chaud dans le beurre, et comme un couteau chaud dais le beurre devant le Comité du Conseil passa mon bill. Cet après-midi aura lieu la troisième lecture. Je suis si certain du fait qu'il ne m'« n coûte
pas de vous l'annoncer dès cet avant-midi. Mais vous en apprendrez la nouvelle avant de recevoir cette lettre; car. aussitôt que le Conseil aura dit : adopté, carried9je vous télégraphierai à Vallejfield même.
Je vais rester à Québec, pour suivre au Conseil législatif le bill d'incorporation de la faculté de droit, pour veiller à ce qu'on n'y écourtepas le droit des évêqnes. Quant au bill de l'Ecole Polytechnique, il pourrait bien se faire qu'un zèle indiscret l'ait condamné à mort pour cette session. Tant pis pour les indiscrets! (1) Je le regrette pour M. Archambault qui s'est donné beaucoup de peine, et dont l'esprit a été si bien ouvert à toutes les directions du Jam dudum. Dans tous les cas,sa position est sauvée monétaire. ment parlant pour cette année, et le malheur pourra se réparer facilement à la prochaine session, peut-être même avec avantage pour la charte de l'Ecole.
Je vous remercie, Monseigneur, du concours
(1) Kl ces indiscrets, paraît-il, habitent Montréal.
puissant et de l'appui inébranlable que vous m'avez donnés dans les différentes phases de cette affaire délicate. .Te remercie le bon Dieu d'avoir béni nos efforts. Pour m'acquitter d'une promesse, j'irai, dès ce soir, porter mes remerciements à la bonne sainte A.nne dans son sanctuaire de Beaupré. L'Université depuis si longtemps va cahin-caha, et ces questions diverses sont tellement embrouillées que j'ai cru ne pouvoir mettre cette cause entre meilleures mains que celles de la thaumaturge qui guérit tant de boiteux et d'aveugles. Sancta Anna, or a pro nobis !
Croyez, Monseigneur, que je suis toujours avec le plus profond respect,
De Votre Grandeur, Le très humble et très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre.
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