‹ Question universitaire de Montréal (volume 5)Chapitre 13 sur 26 · PROULX · texte numérisé non relu

PROULX

Deo grattas.

Québec, 0 juin 1892.

Le Rév. J. U. Ethier, Sec, U. L. M.

Mon cher ami,

Vivant (1), je suis encore vivant, du moins c'tst l'opinion de bien du monde ici, c'est un

(1) La lettre do M. Ethier commençait par ùes mots " Etes-vous mort ou vif? "

peu la mienne. Le bill a passé sa troisième lecture cet après midi, Fini, Deo grattas \ Je resterai encore ici quelques jours pour parfaire certains petits détails de certaines petites choses : ce qui est très clair, comme vous le voyez. Quand je vous disais que nous finirions bien par passer à travers ces nouvelles tempêtes que des souffles imprudents soulevaient à mon retour. Labor improbus omnia vincit. Le calme et la patience peuvent vaincre le monde. Enfin l'œuvre est terminée, je vais donc pouvoir prendre ma retraite î Que diriez-voussi M. Gauthier prenait la sienne demain ? Gageons que vous seriez capable dépenser que j'ai la main dans cette affaire ? Laissez dire la vieille, je ne partirai pas de Québec pour aller régler son cas. Je télégraphie à M. La Eocqne : " Impossible, mon cher ami, impossible, l'ouvrage me déborde. " — Au revoir! et croyez-moi toujours votre ami dévoué.

J. B. PROULX, Prêtre.

Montréal, 10 juin 1892.

Au Révérend J. B. Proulx,

Chan. hon. et V. R. U. L. M.

Monsieur le Vice-Recteur,

En rentrant hier soir, j'ai reçu votre télégramme. Ce matin, je reçois votre lettre. Toat est donc au succès. Ce n'e&t pa^ en vain que j'ai confié une église à sainte Elisabeth de Portugal. Il faut maintenant qu'elle apaise mes difficultés. Je compte sur elle.

De votre côté, vous mettez sainte Anne dans vos intérêts. Elle aime trop ses enfants du Canada pour ne pas les aider dans ce moment.

La fête de Valleyfield a été magnifique. Je ne vous dis rien, car M. Payette saura mieux vous raconter les faits. Quant à la question de la démission, laissez la chose dormir pour le

moment. Il sera toujours temps d'en parler dans les arrangements d'automne ou plus tard. Je vous verrai probablement à Ste-Anne mercredi.

Tout à vous.

f EDOUARD CHS FABRE,

Arch. de Montréal .

St-Hyacinthe, 10 juin 1892.

Monsieur le Chan. Proulx,

Vice-Recteur Université Laval, à Montréal.

Mon cher Monsieur,

Les copies de vos lettres à Monseigneur l'Archevêque de Montréal, en date des 6, 7, 8 et 9 du courant, me sont parvenues fidèlement ainsi que votre télégramme d'hier que j'ai trouvé sur ma table en arrivant de Valleyfield. Béni soit le Seigneur de la passation sans encombre de notre cher bill d'incorporation des administrateurs de la grande œuvre Laval à Montréal.

C'est un immense pas de fait dans la consolidation de cette si importante mesure. Il me semble que nous n'avons plus qu'à marcher bien en ptiix.

et que toutes les difficultés que nous pourrons rencontrer dans l'avenir ne seront rien à côté de celles que nous avons vaincues pour en arriver où nous sommes aujourd'hui.

Quant à votre démission que vous offrez de nouveau, laissez-moi vous dire, pour ce qui me concerne, que ce n'est pas le temps favorable pour vous l'accorder, et cela non seulement pour l'œuvre qui demande encore votre dévouement, mais aussi pour vous. Je me borne à ces quelques mots pour le moment, me réservant de vous donner de vive voix à la première entrevue de plus amples raisons.

En attendant, croyez à ma sincère gratitude pour tout ce que vous avez fait, et à mon entier dévouement pour vous.

f L. Z., Evoque de St.-HyacintJic.

Evêché dk Sherbrooke. Il juin IS92.

Révérend J. B. Proulx, Prêtre

Mon cher Monsieur,

J'ai reçu votre honorée lettre et votre télégramme qui m'annoncent la bonne nouvelle de la passation du bill financier: Deo gratias ! Je vous offre mes remerciements et mes sincères félicitations.

Vous faites bien de rester à Québec pour suivre au Conseil législatif le bill d'incoiporation de la Faculté de Droit.

Les fêtes de Valleyfield ont été trè< belles ; tous sont revenus joyeux et contents de tout ce qu'ils ont vu et entendu. Les journaux vous raconteront toutes ces belles choses.

Quant à votre demande de résignation, il m'a été impossible de l'appuyer. Tous les Evêques

de la Province de Montréal, M. Colin et antres très intéresses au succès de la grande œuvre universitaire à Montréal, sont d'avis et croient sincèrement que dans les circonstances actuelles votre départ serait très préjudiciable au succès de l'oeuvre.

Quoiqu'il vous en coûte, veuillez donc continuer l'oeuvre que vous avez commencée au milieu de tant de difficultés, que vous avez poursuivie avec un zèle si constant et qui aujourd'hui a encore besoin de vos lumières et de votre ferme direction.

" Pro arts et focis^

Veuillez agréer l'expression de mes dévoués et affectueux sentiments.

t ANTOINE, Év. de Sherbrooke.

St-Lin des Laurentides, 12 juin 1892.

Sa Grandeur Mgr A. Racine, Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Je vous envoie sous cette même enveloppe le projet de lettre au Saint-Père, dont vous m'avez parlé. 11 renferme une digression longue sans doute, mais je la crois propre à faire plaisir au grand Pontife dont elle résume les principaux actes en ces derniers temps. Lorsque, ici et là, tant d'esprits préjugés ou obtus ne veulent ou ne peuventsaisirla portée de ses vues profondes et sublimes, le Saint-Père ne peut pas ne pas être touché en voyant les évoques de cette Province le comprendre parfaitement. Je n'ai parlé de cette lettre à personne, par conséquent vous avez le champ libre pour la présenter à

Nosseigneurs les Evoques de l;i minière que vous le jugerez plus convenable.

Pour toute réponse à, nia lettre de démission, Monseigneur l'Archevêque de Montréal m'écrit: " Quant à la question de la démission laissez la " chose dormir pour le moment : il sera tou- '•' jours temps d'en parler dans les arrangeu ments d'automne ou plus tard. Je vous ver- " rai probablement à Sainte- Anne mercredi." Je suis à lui rédiger une nouvelle épître où j'expose de nouvelles raisons; et celles-là, je l'espère, seront trouvées péremptoires.

Je descends à Québec demain matin, pour revenir coucher mercredi soir à Sainte-Anne des Plaines, pour y rencontrer Mgr Fabre qui y sera en visite pastorale. J'y plaiderai ma cause de vive voix, avec plus de succès peut-être que par écrit. Et pour vous convertir à mes intérêts, s'il le faut, Monseigneur, je ferai le voyage de Sherbrooke. En attendant que j'aie le plaisir de posser une veillée sur la galerie, au sommet de ce plateau superbe dominant l'agitation de la ville,

en face d'un cirque de collines pittoresques, je demeure avec la plus haute considération, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très dévoue serviteur.

J. B. PROULX, Ptre.

Sa Sainteté Léon XIII, Pape.

Très-Saint Père,

Nous nous sommes souvent, depuis quelques années, tournés vers Votre Sainteté pour implorer de sa sagesse et de son autorité paternelles un remède au sérieux malaise qui troublait notre province relativement à l'organisation de l'enseignement universitaire. Aujourd'hui c'est le sentiment d'une filiale reconnaissance qui nous ramène à vos pieds. Nous sommes entrés dans la voie que nous traçait votre Constitution J'am dttdum et, dès lors, l'apaisement des esprits a

commencé à se produire». 11 a fait des progrè mesure que, nous appuyant sur les principes

posés par votre parole, nous en avons fait sortir, toujours soutenus et diriges par vous, la solution des difficultés particulières qu'il restnit à écarter.

Enfin, un acte récent du parlement de Québec vient de compléter l'installation régulière de l'Université Laval dans le second siège que Vous lui avez créé pour cette province de Montréal. Cotte mesure législative qui donne l'incorporation civile à notre syndicat financier est l'heureuse occision que nous attendions pour vous offrir le tribut de notre profonde et unanime reconnaissance. Plaise à Dieu, Très-Saint Père, qu'elle puisse Vous faire goûter, au milieu des graves et innombrables sollicitudes dont Vous portez le fardeau, une consolation égale aux soucis que Vous a causé le mal dont nous souffrions et à la charité que Vous avez mise à le soigner et à le uuérir.

Et cette reconnaissance ne restera pas seulementlanôtre. Nous travaillerons à la développer, à la faire grandir dans le cœur de notre clergé

et de notre peuple qui la partage déjà. Nous ne négligerons rien pour faire comprendre de mieux en mieux à ce peuple si catohlique, quel principe d'union, de force et de joie intime il trouvera toujours dans une obéissance pleine d'amour au Saint-Siège ; et nous nous exercerons à lui faire goûter, par la douceur de ses fruits, cette exhortation si touchante du prince des Apôtres dont Vous êtes à nos yeux, Très-Saint Père, la vivante image: u animas vestr as castificantes in obedientia

caritatis, in fraternitatis amore, inviccm

diligite aitentius."

Mais ce qui nous attendrit surtout profondément,c'est de penser au milieu de quels travaux immenses, accablants, Vous avez préparé ce remède efficace aux souffrances de notre humble et lointaine province. C'estl'Eglise, c'est le monde entier que vous avez reçu pour domaine; et du fond de votre captivité, Vous le parcourez sans cesse d'un regard éclairé par la sagesse et la miséricorde divines, aspirant, comme le Sauveur, à répandre sur tous les hommes et sur tous les peuples une vertu bienfaisante, annonçant la

paix à ceux qui sout encore loin de la véritable Eglise, et donnant une paix plus parfaite à ceux qui en sont déjà les enfants.

Trois ans ne se sont pas écoulés depuis la clôture mémorable de Votre jubilé sacerdotal, et, dans ce court espace de temps, pour ne pas remonter plus haut, à combien d'oeuvres supérieures aux forces humaines, ne Vous avons-nous pas vu mettre la main ?

A toutes les nations de l'Europe, Vous montrez l'affreux esclavage qui écrase encore la race africaine comme un opprobre pour la civilisation, et Vous leur demandez de Vous aider à relever sur tout cet immense continent la dignité de l'humanité rachetée par le sang de Jésus- Christ.

Plus nombreuses encore que les peuplades de l'Afrique sont, en Europe et en Amérique, les masses ouvrières, que les transformations modernes de l'industrie et la concurrence sans fin qui en résulte, exposjut souvent aux situations les plus dures pour elles-mêmes, les plus critiques pour la société tout entière. Depuis

longtemps, ému de compassion par tant de souffrances et de dangers, Vous Vous appliquez à répandre sur cette question sociale, la plus grave de notre temps, les plus vives, les plus pureslumières dont elle puisseêtreéclairée; Vous montrez avec évidence que pour la résoudre il est indispensable que la charité vienne en aide à la justice, et que cette justice même a de telles exigences que l'esprit chrétien seul en peut assurer l'observation.

Ces grands actes, qui s'adressent pour ainsi dire au monde entier, n'ôtent rien à la vigilance que Vous exercez dans chaque nation sur les besoins de vos enfants, les épreuves qui les affligent ou les dissentiments qui s'élèvent entre eux.

Dans le vaste empire d'Allemagne, Vous étendez et affermissez les bases de la paix religieuse, si heureusement rétablie par Vos longs et patients efforts. Vous Vous tournez vers la fille aînée de l'Eglise, notre mère-patrie que nous aimons toujours, et nos cœurs se remplissent pour elle d'une espérance indicible en

Vous vovant lui montrer si nettement la voie qui doit la conduire au salut. Nos frères des Etats-Unis s'émeuvent et se partagent en présence des difficultés d'une question d'éducation vitale pour leurs diocèses ; Vous faites, parmi leurs préoccupations diverses, la juste part de chacun, et Vous leur indiquez à tous où ils ont à chercher d'un commun accord la solution de ce grand problème.

Cette énergie, cette prudence, ce zèle qu'aucune tribulation n'enchaîne, qu'aucune amertume ne décourage, ne sont pas seulement pour nous, Très-Saint Père, un grand sujet d'admiration et d'action de grâces, ils sont encore un grand exemple dont nous désirons profiter dans le champ plus restreint de notre travail pastoral. Vous apprenez à tous les Evéques de l'Eglise, comment ils doivent, en ces temps difficiles, maintenir les principes nécessaires avec une fermeté invincible, étudier toutes les questions dans les lumières de la foi et de la philosophie chrétiennes, discerner en chacune les fins essentielles à poursuivre, et tenir compte,

— 16S — pour y tendre, des ouvertures comme des obstacles qui naissent des dispositions des hommes ou delà variété des circonstances. La tâche nous est rendue moins ardue qu'à bien d'autres par l'esprit de foi de nos peuples et l'esprit d'équité de notre gouvernement.

Bénissez-nous, Très-Saint Père, pour que nous n'i'ii fassions qu'avec plus de fruit l'oeuvre de notre charge dans cette belle province que Vous venez d'enrichir d'un nouveau diocèse et pour que nous conduisions en particulier à bon terme cette entreprise universitaire dont les espérances nouvelles et la prospérité naissante Vous sont dues plus qu'à personne.

Nous sommes avec la plus profonde véné ration,

Très-Saint Père,

De Votre Sainteté,

Les très-humbles et très-obéissants fils.

Valleyfield, 12 juin 1802.

Monsieur l'abbé J. B. Proulx,

Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.

Monsieur le Vice-Recteur, Votre lettre m'est arrivée à Montréal au moment où nous allions partir pour Valleyfield, et il m'a été impossible d'y répondre avant ce jour. Je vous remercie bien vivement pour les bonnes paroles que vous m'avez adressées, et surtout pour les prières que vous avez faites à mon intention dans cette circonstance. Je vous demande de les continuer pour m'obtenir la grâce de remplir pleinement la mission qui m'est imposée.

J'ai l'honneur d'être,

Monsieur le Vice-Recteur, Votre serviteur très dévoué.

t JOSEPH MÉDARD, Eveque de Valleyfield.

Québec, 13 juin 1892.

A Sa Grandeur Mgr E i. Chs Fabre,

Archevêque de Montréal.

Monseigneur,

J'ai reçu à Saint-Lin, où je suis allé passer le dimanche, votre honorée lettre du 10 du courant qui m'a apporté joie et... désappointement. Vous m'y dites: "Quant à la question delà démis- " sion, laissez la chose dormir pour le moment. " Il sera toujours temps d'en parler dans les " arrangements d'automne ou plus tard."

Permettez-moi, Monseigneur, de faire à ces quelques mots une réfutation respectueuse, humble, mais sincère et claire. La cho.^e vous est peut-être ennuyeuse, mais elle est pour moi d'une urgence capitale.

Je ne puis remettre à l'automne nia retraite : 1° parce que dans la vie universitaire une étape

bien distincte vient de finir et qu'une autre va commencer, assez facile, mais longue de développements ; 2° parce que de suite il faudra faire entrer en fonctionnement le nouveau syndicat; 3° parce que la question des bâtisses s'impose à l'attention des administrateurs, sans aucun retard : choses diverses qui, pour être menées à bonne fin, ne demandent pas moins de trois ans.

Si je consens à mettre le pied dans la période nouvelle, si je commence l'organisation du syndicat dans ses détails, si je jette les fondations des bâtisses universitaires, bon gré malgré il me faudra marcher de l'avant et rester à la peine jusqu'à ce que ces deux édifices, l'un matériel, l'autre intellectuel, soient conduits à leur achèvement : sans cela, ma retraite paraîtrait un acte disgracieux, une démarche inconséquente, un accès de découragement, une trahison. J'ai fait ma tâche, la plus pénible, qu'un autre fasse la sienne. Je me retire appauvri, meurtri, je ne me plains pas, je demande un peu de repos, et jj crois le demander en temps opportun. Plus

tôt, c'aurait été trop vite, paraît-il ; certainement dans quelques mois, ce serait trop tard.

Surtout s'il s'agit immédiatement d'installer l'Université dans l'Ecole Normale, sur la rue Sherbrooke, au milieu d'un beau parc comme McGill, et de rendre M. Verreau à ses amis de Québec où a toujours été son cœur, ce qui ne peut manquer de lui être très agréable, l'entrain d'une œuvre qui me sourirait tant, œuvre féconde en bons résultats de toutes sortes, ne me permettrait pas de me retirer du champ d'honneur avant d'en avoir vu le triomphe définitif et complet, comme il est arrivé pour l'application canonique et civile du décret Jamdtcdum.

Donc, pour toutes ces raisons, Monseigneur, je renouvelle auprès de vous mon instance. Je vous adresse cette lettre à St-Janvier; je n'ai pas oublié que c'est dans le salon de ce presbytère que le 4 juillet 1889 j'acceptai d'être votre candidat à la charge de Vice-Recteur ; j'ose espérer que, trois ans après, dans ce même presbytère, en lisant ma lettre, vous accepterez la

prière que je vous fais de permettre que je dépose mon fardeau. Trois ans ! mais cela constitue un précèdent, vu que c'est un terme d'office ni trop long, ni trop court.

Je termine cette trop longue lettre en me souscrivant avec un respect filial, De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très humble et très dévoué serviteur.

J. B, PROULX, Prêtre.

Québec, 14 juin 1892.

A Sa Grandeur Mgr Racine,

Evoque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Votre bonne lettre du 11 m'attendait à Québec. Avec tous ceux qui s'intéressent au progrès de la religion et à l'honneur de notre province, je me réjouis du succès et de l'éclat qui ont couron-

né les fêtes de Valleyfi'ld. Quand je vous pariais avant-hier d'un voyage à Sherbrooke, j'oubliai» que vous êtes engagé dans votre visite pastorale: donc à plus tard le plaisir,

Maintenant, avec votre permission, revenonsen à un sujet qui est ennuyeux pour les autres comme une marotte. Vous me dites que, dans les circonstances actuelles, mon départ serait très préjudiciable au succès de /' œuvre . E ée 1 1 e m e n t j e ne vois pas comment. Il aurait pu l'être dans le courant de l'hiver, peut-être même au printemps alors que les questions en litige étaient encore sur le tapis; mais maintenant tout est fini, bouclé, scellé. Si j'attends que de nouvelles affaires soient en marche pour partir, mon départ alors sera bien autrement préjudiciable. Consentir à rester aujourd'hui au timon de la barque universitaire, au moment de se lancer dans de nouveaux hasards, équivaudrait à dire que je suis prêt à en demeurer le pilote toute ma vie, ou du moins un temps peut-être très long, indéterminé : ce qu<>, vu l'existence de dispositions que vous connaissez, je ne puis nie sentir le cou-

rage d'accepter, ni la volonté, ni l'imprude ice** On m'a demi n dé mon coup d'épaule pour

aider à sortir de l'ornière le eh ir de la Succursale embourbe : la preuve que c'était là tout ce que l'on me demandait, c'est qu'on me laissait ma paroisse. J'ai tiré franchement dans le collier pendant trois ans. Maintenant que tout roule en voie aisée et facile, je ne demande à mon tour ni honneurs, ni argent, ni récompense quelconque, je ne demande que de dételer : peuton me refuser ? Mon ambition ne s'étend pas plus loin que les limites de ma paroisse. Mon plaisir a toujours été de donner à d'autres le fruit de mes travaux. Bien rarement ai-je consenti à naviguer sous mes propres couleurs. Laissezmoi rentrer dans mon élément, la retraite, le silence, l'inconnu : personne n'y perdra grand' chose, moi j'y gagnerai beaucoup. A petit mercier, petit panier, rendez-moi mon panier. Je voudrais me retirer sans bruit, sans éclat, sans violence, comme le fruit mûr se détache de l'arbre, avec la permission de mes supérieurs, gracieusement : ne l'ai -je pas gagné ?

J'ai fait u ne ^nouvelle instance au prèi de Mgr

Fabre, je vous en envoie une eopie; j'espère que celle-ci aura plus de succès que les autres. Laissez-moi aller, je suis usé un peu. Nommez à ma place un homme de bonne volonté qui ne manquera pas d'apporter au service de l'Université une énergie toute fraîche et le trésor d'idées nouvelles : il est bon de temps en temps d'introduire dans le système, du sang nouveau. Le futur Vice-Recteur n'aura pas dans la question universitaire de meilleur ami que moi; surtout il ne lui viendra jamais de Saint-Lin d'embarras, de critiques, de remarques pénibles, ni de zèle intempestif. Je comprends que celui qui est à la peine a droit à une grande latitude d'action. Etudiant à fond la question, il a ses zvays and meafts qu'il ne peut d'abord communiquer à tout le monde. Rarement peut-on faire ce qu'il y a de mieux, spéculativement parlant. La prudence le plus souvent consiste à savoir choisir entre deux maux. Le sage doit tenir compte, dans F exécution de ses deseins, des dispositions des hommes et de la variété des

circonstances: faire autrement serait bâtir sur le sable. Le difficile n'est pas de concevoir de beaux plans. Des hommes d'esprit on en rencontre à toutes les portes ; mais les hommes vraiment pratiques sont rares comme le merle blanc.

Je m'arrête, vous n'avez pas besoin de cette philosophie de cuisine. De ce temps-ci, vous avez bien d'autres choses à faire qu'à lire des balivernes'. Je terminerai par une chose sérieuse et incontestable, c'est l'assurance du respect et de la considération avec lesquels je suis De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre.

P. S. — Je vous envoie deux autres copies du projet de lettre au Saint-Père, au cas que vous en ayez besoin, pour les passer à Nosseigneurs les Evoques.

Québec, 14 juin 1892.

A Sa Grandeur Mgr Louis Zéphirin Moreau, Evoque de St-Hyacinthe.

J'ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli la copie d'une nouvelle instance que j'adresse à Mgr l'Archevêque de Montréal. Je me sens le besoin de plaider ma cause unguibus et rostro ; car, outre les paroles si favorables que vous m'avez écrites, si favorables qu'à la fin elles me sont une défaveur, Mgr Racine, de son côté, vient de m' écrire dans ce sens aussi fortement. On dirait que vous vous êtes donné la main. Ce qui m'empêche de me décourager, c'est que j'ai affaire à des juges intègres que les raisons finiront par persuader, ou plutôt à des pères qui auront pitié de moi.

Dans votre lettre du 6 courant, vous me dites : " Notre cher bill vous impose une grande solli-

citude et bien des soucis. Le ciel ne manquera pas de vous récompenser du beau dévouement que vous lui porte/." Le ciel a fait son devoir ; en me laissant entrevoir comme dans une vue prophétique, tout le bien dont cette loi sera le principe pour l'Université catholique à Montréal, le ciel m'a donné sa récompense. Tl ne reste plus qu'aux Evoques de la Province de mu donner la leur. Je n'en demande pas d'autre que ma retraite.

Vous ajoutez : " Je prie le ciel de bénir cette importante mesure!" Ah! Monseigneur, vous venez d'indiquer le secret de nos succès. La prière, voilà le fi 1 conducteur qui a conduit depuis trois ans mes pas à travers le dédale des mille difficultés dont on avait réussi à nous enlacer : malheureusement pas ma prière personnelle (car j'ai plus de foi que de piété), mais la prière d'une foule de bonnes âmes qui, à ma connaissance, s'intéressaient au triomphe de la paix et des décrets pontificaux. Dans un couvent qui m'a des obligations, il ne s'est pas passé depuis le 2(J juillet 1889, une seule journée où l'on n'ait

fait des prières publiques pour le règlement de notre imbroglio universitaire ; et, lorsque je me trouvais dans quelque embarras plus considérable, je demandais une neuvaine, et il ne s'en est fait pas moins de dix. Je comptais bien plus sur les soupirs et les gémissements de ces colombes que sur les finesses de la diplomatie ; du reste, je n'ai eu d'autre diplomatie que beaucoup de simplicité et un peu de prudence. Je le proclame hautement, la facilité avec laquelle les nœuds les plus compliqués, au moment voulu, se dénouaient comme d'euxmêmes, me jetait dans le ravissement et produisait sur mon âme le même effet que la vue d'un miracle; car je sentais là une conduite de la Providence, qui se sert des petits pour faire ses œuvres, une action surnaturelle, une influence de la grâce, l'accomplissement de cette parole du Sauveur : " Petite et accipietis. "

C'est pourquoi, Monseigneur, quand bien même, aux yeux de quelques hommes sages, mon départ serait naturellement quelque peu préjudiciable, j'ai de si bonnes raisons de le

prendre que la Providence se chargera d'en tirer un bien pour l'Université. La prière, clic, ne prendra pas sa retraite. Du reste, il ne vous sera pas difficile de trouver un Vice-Recteur aussi fin ; comme pour le rameau d'or du poète? uno avidso non déficit aller.

Pardon, Monseigneur, de prendre avec aussi peu de scrupule sur des moments précieux en temps de visite pastorale; mais quand on plaide pour {'existence, on est excusable de faire toutes les résistances. En attendant votre conversion... à mes idées, je n'en demeure pas moins avec beaucoup de respect,

De Votre Grandeur, Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre.

Québec, 14 juin 1892.

A Sa Grandeur Mgr J. M. Emard, Evêque de Valleyfield.

Monseigneur,

L'écho des fêtes de Valleyfield est parvenu jusqu'ici, et bien au-delà, je n'en doute pas. Je m'en réjouis avec tous ceux qui s'intéressent au succès et à l'honneur de la religion dans notre province. Je vous en félicite : ces heureux commencements ne pourront qu'aplanir l'entrée de la carrière qu'il vous reste à parcourir.

J'ai l'honneur de vous envoyer sous ce pli la la copie d'une nouvelle lettre que j'adresse à Mgr l'Archevêque de Montréal. Je sais que vous ne pouvez avoir d'objection à ma démission ; et permettez-moi de vous dire que je compte sur vous dans le conseil des Evêques pour arriver à l'accomplissement de mon dessein.

J'ai besoin d'assistance ; car outre l'opinion de Mgr Fabre qui est exprimée dans la copie que je vous envoie, voici ce que m'écrivait, il n'}r a pas longtemps, Mgr Moreàu. " Je vois que " vous parlez encore de vous démettre de votre u charge de Vice-Recteur : prenez-en votre parti " et résignez-vous à porter longtemps encore le " fardeau qui vous va si bien, et qui paraît " n'avoir altéré en rien votre vigueur physique " et morale. 11 faut que vous complétiez votre " tâche,"

De son côté, Mgr Racine vient de m'écrire : "' Quant à votre demande de résignation, il m'a (i été impossible de l'appuyer. Tous les Evêques u de la Province de Montréal, M. Colin et autres " très intéressés au succès de la grande œuvre uni- " versitaire à Montréal sont d'avis et croient sin- " côrement que, dans les circonstances actuelles, " votre départ serait très préjudiciable au succès " de l'oeuvre que vous avez commencéeau milieu " de tant de difficultés, que vous avez poursuivie u avec un zèle si constant et qui, aujourd'hui, a

" encore besoin de vos lumières et de votre " ferme direction. Pro aris etfocisT

Cependant je ne désespère pas, comptant que la consécration épiscopale n'aura pas changé vos idées, et que vous continuerez toujours à in'être, dans ce sens, favorable. Donc, m' appuyant sur l'influence que vos amis espèrent que vous ne manquerez pas d'exercer au milieu de vos collègues, je demeure avec une très haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur,

Le très humble et très dévoué serviteur.

J. B. PROULX, Pire,

îso

Vallkyfield, 14 juin 1892.

Monsieur l'abbé J. B. Froulx, Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.

Monsieur le Vice-Recteur,

L'Archevêque et les Evêques de la Province de Montréal ont reçu votre lettre datée de Québec le 8 juin courant, et expriment le désir qu'il vous soit nommé un successeur comme Vice-Recteur de l'Université Laval à Montréal.

Après mûre délibération, Nosseigneurs n'ont pas cru devoir accepter votre démission. Us vous prient donc de continuer l'oeuvre à laquelle vous avez jusqu'à présent travaillé avec beaucoup de dévouement et de succès.

Je suis bien sincèrement, Votre très humble serviteur,

t JOSEPH MÉDARD, Eve que de Valley field.

Ste Anne des Plaines, 16 juin 1892.

Sa Grandeur Mgr A. Racine,

Evêque de Sherbrooke.

Monseigneur,

Je vous écris du pays de vos cousins, où je suis venu rencontrer Mgr l'Archevêque de Montréal. Je l'accompagne depuis hier, depuis Terrebonne. Je n'ai pas encore abordé la démission. Monseigneur paraît si joyeux, et ce sujet lui est si ennuyeux! je ne me croyais pas si faible, mais les forces reviendront en face du danger, je veux dire au commencement d'une nouvelle au née universitaire.

Je ne dois pas vous laisser ignorer cet incident, qui vous regarde. Mardi après-midi, j'allai voir Mgr Paquet. La conversation roula sur le beau temps, le mauvais temps, les dernières tempêtes (de l'atmosphère), ma santé, pp, santé,

la santé de son frère qui est malheureusement plus mauvaise: ça allait comme entre vieux amis. Lorsque je fus debout pour partir, je lui tendis Devant Ouébec et Rome. "Monseigneur, voulez- vous aeceptez ces deux volumes, ils l'ont suite i\ mes rapports, ils ne sont ni meilleurs ni plus mauvais que les autres." Lesauglui monta à la Qgure, il devint rouge. "Oui, dit-il, je les accepte comme objets de curiosité. Car déjà je connais ce qu'ils renferment. Vous me forcez à faire un nouveau mémoire. — Monseigneur, il n'y a pas de mal à cela. Vous et moi, nous sommes coutumiers du fait : un de plus, un de moins, ça ne changera pas grand'chose à l'état du monde. — Oui, mais ça changera peut-être quelque chose à la réputation que vous me faites. Vous et Mgr Racine m'avez attaqué injustement. J'en ai d'ailleurs écrit à Mgr Racine. Je me vois obligé de me défendre. — Faites comme vous voudrez, Monseigneur, les libertés sont libres. — Oui, mais on est pas libre de faire des injustices. — Sur ce point, Monseigneur, nous sommes parfaitement d'accord. — Or, Mgr Racine et vous, vous avez

écrit des choses à Rome, que vous savez fort bien ne pas exister. — Ah ! Monseigneur, nous ne sommes plus d'accord. Tenez, excusez , j'ai promis à Dieu et aux hommes de ne plus avoir avec vous de semblables conversations. Adieu ! au revoir ! et bien du succès dans votre mémoire." J'étais rendu dans le corridor, je tirai ma révérence et continuai mon chemin.

Mgr Paquet me dit qu'il vous avait écrit, je le savais déjà. Bien plus, trois prêtres tout à fait sages m'ont appris qu'il montrait votre réponse comme étant une espèce de rétractation, ou d'excuse, ou de pas en arrière, enfin on ne savait trop comment définir la chose; car les actes, comme les paroles de ceux qui jouent à la diplomatie, échappent souvent à l'analyse.

Il m'est avis que Mgr Paquet ferait bien mieux de rester tranquille. Quand on est dans un bourbier, plus on s'agite, plus on s'enfonce. Le Mémoire sur le peu, bien loin d'être trop sévère, reste en deçà des faits. Trop gratter cuit.

Je vais coucher ce soir à Saint-Lin, pour dire bonjour ta ma vieille mère, qui fait la reine avec

cette belle croix du Pape que vous lui avez donnée; je partirai pour Montréal vendredi matin, et vendredi soir pour Québec. Si les affaires expiran'es ne me retiennent pas trop Longtemps dans l'ancienne capitale, il pourrait se faire que j'aille vous rencontrer quelque paît dans les limites du diocèse de Sherbrooke, là où l'itinéraire de votre visite pastorale vous aura conduit. Donc au revoir et croyez-moi toujours, avec beaucoup de considération,

De Votre Grandeur,

Le très dévoué serviteur.

J. B. PROULX, Prêtre.

Québec, 18 juin 1892.

Sa Grandeur Mgr J. M. Emard,

Evêque de Valleyfield.

Monseigneur,

Revenant de Saint-Lin. en route pour Québec, de passage à Montréal, je trouvai à mon bureau de la place Jacques-Cartier, vendredi 17, arrivée de la veille, votre lettre datée du \4 du courant. La conclusion s'en lit comme suit : 44 Après mûre délibération, Nosseigneurs " n'ont pas cru devoir accepter votre démission. " Ils vous prient donc de continuer l'œuvre à u laquelle vous avez jusqu'à présent travaillé " avec beaucoup de dévouement et de succès."

Comme toute cette lettre est conçue en termes généraux, et d'un autre côté comme rien n'y indique expressément que vous écriviez au nom de vos collègues évêques, permettez-moi

de vous demander si je dois la prendre comme une réponse personnelle de Votre Grandeur ou bien comme une réponse officielle de l'Episcopat de la Province de Montréal, dont vous seriez le secrétaire ad hoc.

Vous comprenez, Monseigneur, que dans l'un ou l'autre cas la conséquence est naturellement différente et qu'il n'est pas sans intérêt pour moi d'avoir sur ce point une idée tout à fait claire.

Je vous dirai, sans vous en faire un mystère, que j'ai lu votre mandement d'entrée et que j'en ai éprouvé la meilleure impression. J'y ai admiré surtout dans le texte l'agencement naturel des nombreux textes, tirés de la sainte Ecriture. Croyez que je suis avec une haute considération,

De Votre Grandeur,

Monseigneur, Le très respectueux et dévoué serviteur.

J. B. PROULX, Pire.

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