‹ Question universitaire de Montréal (volume 5)Chapitre 15 sur 26 · SUPPLEMENT · texte numérisé non relu

SUPPLEMENT

Extrait du journal P Electeur en date du 18 avril 1892.

Approchant l'ouverture du parlement de Québec, certains tireurs de ficelles de moi bien connus, cachés derrière le rideau, faisaient se succéder dans les journaux les entrefilets et les insinuations. Ils voulaient sans doute embrouiller l'esprit du public, créer un courant d'opinion hostile à notre démarche, préjuger les membres de la Législature, et prévenir auprès d'eux l'influence légitime de mon action.

Méprisant des attaques anonymes, je me tus.

A la fin parut dans les colonnes de V Électeur la correspondance suivante, savamment calculée dans son apparente modération, et qui n'est pas du premier venu.

La mesure était comble. J'y repondis par une conversation avec un reporter de la Presse, laquelle on trouvera au N° II de ce Supplément.

Je n'avais pas l'intention de relever toutes les inexactitudes dont était cousue cette pièce à effet : il aurait fallu pour cela écrire un petit volume. Seulement je voulais donner à qui de droit un avertissement sérieux : un bon averti en vaut deux.

Le sous-entendu de la fin leur fit comprendre •que, s'ils ne cessaient pas leurs incursions publiques sur le terrain de la vérité, je me verrais forcé de révéler des secrets atterrants qui les écraseraient à tout jamais sous le poids de la réprobation générale.

De ce moment tout devint coi. L Electeur publia ma dénégation ; et dans tous les quartiers mécontents il régna, du moins à la surface, «n silence de tombeau.

(JRANI)E SENSATION [CI

M. l'abbé Proulx a complètement échoué dans ba mission a Rome.— L'Université Laval de Québec RÉUSSIT SUR TOUTE LA LIGNE. — PAS d'uNIVEU- SITÉ INDÉPENDANTE A MONTRÉAL.

(De notre correspondant régulier.)

Montréal, 18 avril. — On connaît maintenant le résultat (1) de la dernière mission de M. l'abbéiProulx à Rome. D'après les explications que j'ai pu obtenir de personnes en position d'être bien renseignées, voici quel aurait été l'objet de cette mission sur laquelle le public ne paraît pas avoir de notion très précise.

La partie financière de l'Université Laval n'appartient pas à l'Université elle-même. Lorsqu'elle a été fondée en 1852, il était compris que ce serait le Séminaire de Québec qui en ferait toutes les dépenses. Aussi la charte de l'Université constitue deux corps distincts : l'un chargé de la direction de l'Université elle-même, qui nomme les professeurs et réglemente l'enseignement ; il est représenté par le Conseil

(1) Je crois que le " correspondant régulier" de V Electeur la connaît encore mieux aujourd'hui ! ! !

universitaire, lequel se compose des directeurs du Séminaire de Québec et des trois plus anciens professeurs de chaque faculté. L'autre corps est chargé exclusivement de la partie financière de l'Université ; et ce corps, c'est le Séminaire de Québec, lequel est représenté par un certain nombre de prêtres appelés directeurs du Séminaire. (1)

Toute cette organisation a marché sans difficulté jusqu'à l'établissement de la succursale d'ici. Dans les commencements, cette succursale était entièrement aux frais du Séminaire de Québec ; on me dit que celui-ci a dépensé environ $100,000 pour cela. On sait l'hostilité qui a été montrée ici dans le clergé et parmi les laïques contre cette succursale: on voulait une université indépendante et l'on pensait que l'établissement de la succursale l'empêcherait. C'était une partie de la mission de Mgr Conroy de régler ces difficultés. Il les régla aussi, mais il avait à peine tourné le dos qu'elles renaissaient plus grandes que jamais. Il fut rendu plusieurs décissions à Rome donnant de plus en plus d'indépendance à la succursale de Montréal, mais elles n'avaient pas donné satisfaction à ses adversaires. La paix ne fut finalement établi que lorsque M. Mercier fit passer il y a deux ans, à la demande expresse du Saint-Siège, le bill que vous connaissez.

Mais il restait toujours la question financière. Depuis longtemps le Séminaire de Québec avait déclaré qu'il

(1) Cet alinéa, avec la précision de ses renseignements, montre que le " correspondant" n'est pas le premier venu.

ne voulait plus rien payer pour La succursale «le Montréal et Mgr Conroy avait décidé que les frais de celleci devraient être faits par Montréal même. Dans l'espérance d'avoir des catholiques riches des souscriptions du genre de celles qui ont été faites pour l'université McGill, on fit, il y a quelques années, créer deux corporations, une pour Québec et une pour Montréal, qui, soin le nom de syndicat financier, était autorisée à acquérir et posséder des biens pour l'Université Laval. Les espérances qu'on avait en formant ce syndicat ne se sont pas réalisées : on m'affirme qu'ils n'ont pas obtenu une seule souscription. Comme la succursale de Montréal avait absolument besoin de se procurer des ressources, elle a eu l'idée d'organiser un autre syndicat financier. Un projet de loi a été élaboré avec beaucoup de soin par M. le juge Jette et quelques autres personnes que Mgr Fabre avait constitué en comité pour cet objet. Il a été soumis à Mgr Fabre lui-même et à ses sufïïagants, et a reçu leur complète approbation. (1) Ce projet de loi faisait pratiquement de la succursale de Montréal une université indépendante. (2) Il donnait au syndicat qui y était créé, non seulement tous les pouvoirs du Conseil universitaire quant à la nomination des pro-

(1) Jusqu'ici, si l'on fait quelques corrections et quelques restrictions, les avancés sont assez exacts.

(2) Libre, il faut dire, libre dans ses affaires locales, mais non pas indépendante, ce qui est bien différent.

fesseurs, (1) etc., mais même des pouvoirs que le Conseil universitaire ne possède pas. Il fallait obtenir l'approbation à Rome de ce projet de loi avant de le soumettre à la Législature. L'abbé Proulx, le vicerecteur de l'Université ici, y est allé avec Mgr Racine, de Sherbrooke, pour le soutenir. On s'attendait ici, d'après ce qu'on me dit, à une très forte opposition de la part de l'Université Laval de Québec, vu que le bill établissait ce à quoi elle s'oppose depuis trente ans : une université indépendante à Montréal ; car le bill ne laissait de l'Université Laval à Montréal que son nom. Grande a donc été la surprise des promoteurs de cette mesure ici, lorsqu'ils ont appris que l'Université Laval de Québec était décidée à ne pas s'en occuper et à ne pas s'y opposer à Rome. (2) Il paraît que les autorités de l'Université à Québec sont tellement ennuyées de cette lutte incessante qui dure depuis plus de trente ans et qui leur a occasionné des dépenses énormes, qu'elles ont décidé de ne plus faire aucunes démarches à Rome pour se protéger. (3)

Les promoteurs du bill s'attendaient donc, non sans raison, que celui-ci passerait à Rome comme

(1) Halte là ! erreur complète.

(2) Ce qui n'empêche pas que le titre de la correspondance dit expressément: " L'Université Laval de Québec réussit sur toute la ligne." Gens heureux, tout de même, de réussir aussi bien, sans s'occuper de rien !

(3) Voilà un correspondant de gazette qui paraît être joliment dans les petits secrets de l'Université à Québec.

une lettre à la poste, (1) et Lia disaient à qui voulait

L'entendre, que nous allions enfin avoir ici une Université catholique indépendante. (2)

Nous croyions La chose bien arrêtée et nous avions été bien confirmés dans cette idée par la rumeur publiée dans tous les journaux que l'abbé Proulx et Mgr Racine avaient complètement réussi dans leur mission. (3)

Or, il paraît maintenant certain qu'ils n'ont pas réussi du tout. Le Saint-Siège consent à la passation du bill créant le nouveau syndicat, mais il exige qu'on en retranche tout ce qui donnerait à ce nouveau syndicat ici les pouvoirs du Conseil universitaire de Québec. Et, c'est précisément la partie à laquelle on tenait le plus ici. Je crois pouvoir dire sans crainte d'être contredit par ceux qui sont au courant des choses que jamais l'on n'aurait songé ici à présenter le bill dont il s'agit, si l'on eût cru qu'il faudrait le réduire aux proportions avec lesquelles il va falloir le faire passer. (4)

(1) Il a passé aussi.

(2) Non, jamais ils n'ont dit cela.

(.'>) La rumeur sur ce point disait vrai.

(4) Evidemment le " correspondant régulier " n'est pas dans les petits secrets du Vice-Recteur à Montréal; et au besoin, Monseigneur, vous pourriez en témoigner.

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