DÉNÉGATION
de M. l'abbé Proulx aux racontars de " l'Électeur."— Documents officiels. — La véritable mission a Rome de Mgr Racine et de M. le Vice-Recteur. — Quels sont les désappointés? — Fausses rumeurs répandues par certains intéressés.
Depuis quelque temps certaines personnes paraissant fort intéressées font circuler par la voie " d'un correspondant régulier de V Electeur " une série d'histoires au sujet de la question universitaire. Dernièrement, le prétendu "correspondant régulier" découragé du peu de succès de ses petits entrefilets, se lesta d'une longue correspondance dans laquelle il hasardait de nouveau l'assertion que Mgr Racine et M. J. B. Proulx avaient complètement échoué dans leur mission.
Nous aurions laissé passer cette prose sous silence si un de nos confrères de cette ville ne l'avait publiée hier soir.
(1) Les titres et sons-titres sont du reporter, ainsi que les trois alinéas de l'en-tête.
Un reporter de la Presse s'est rendu ce matin auprès
de M. le Vice Recteur qui a dit avoir lu la dite correspondance dans l'Electeur il y a deux jours, et donna volontiers les explications ci-dessous. Nous sommes en mesure de reproduire presque textuellement la conversation qui s'est engagée à ce sujet :
Q.— Vous n'avez pas répondu à cette correspondance?
R. — Non. J'ai considéré cela comme une scie que des personnes désappointées voulaient monter. Q.— Répondrez- vous ?
R. Si la chose vous fait plaisir, je puis vous passer des documents qui seront une réponse et qui feront voir que cet article repose sur une supposition tout à fait fausse, afin de pouvoir ensuite en tirer des conclusions qui donnent de l'air et du ton à certaines personnes.
Jamais il n'est entré dans notre pensée de demander l'indépendance de l'Université à Montréal. Tout ce que nous voulions, c'était la liberté d'agir dans nos affaires locales. Preuve : la lettre de délégation donnée à Mgr Racine et à moi à notre départ pour Rome.
" Dans ces circonstances, les archevêque et
évêques de la province de Montréal se sont crus justifiables de déléguer à Rome, auprès du Saint-Siège, Sa Grandeur Mgr A. Racine, évêque de Sherbrooke et M. J. B. Proulx, chanoine honoraire de l'église métropolitaine de Montréal, vicc-recteur de l'Université Laval à Montréal: 1° pour exposer la situation, telle qu'ils la comprennent ; car ils ont tout lieu de croire
que le projet de loi sera présenté devant le Saint- Siège comme un prétexte ou un à-propos pour créer à Montréal une Université tout à fait indépendante de l'Université Laval : ce qu'ils savent fort bien être loin de
lpur intention "
Est-ce clair ?
Quelques semaines après mon arrivée à Rome, je vis dans les journaux nombre d'entrefilets, disant que j'étais allé demander l'indépendance de l'Université à Montréal. Ils étaient sans doute inspirés par des personnes aussi bien renseignées que le correspondant régulier de V Electeur.
C'était du reste le désir de certaines personnes adverses qui auraient bien voulu nous voir faire ce faux pas. Immédiatement, je protestai et j'écrivis le 20 décembre, à M. le chanoine Bruchési qui me remplaçait, la lettre que voici :
" Chaque semaine, les journaux nous apportent
de petits entrefilets ingénieux, insidieux, allant tous à dire, sous une forme ou sous une autre, que je suis venu à Rome pour demander l'indépendance de l'Université à Montréal.
" Evidemment ces entrefilets ne sont pas de la rédaction, car le journal lui-même ne paraît pas y attacher assez d'importance. Ce sont des ballons d'essai qui viennent de l'extérieur et encore de personnes qui y tiennent ; car elles reviennent trop souvent sur ce sujet.
'• Maintenant, quel pourrait être le but de ces fusées, lancées par-ci par-là ? Chi lo sa ?
" Serait-ce pour Boulever des discussions e1 pêcher
en eau trouble ?
" Serait-ce pour agir indirectement sur un personnage qui ne suit pas habituellement les journaux, en lui faisant accroire que l'opinion publique se pré cupe grandement de ces rumeurs?
" Serait-ce pour réveiller à Montréal désespérera endormies, et pousser certains esprits à des démarches imprudentes, afin de se donner des motifs pour combattre en faveur d'une cause perdue autrement ?
" Serait-ce pour se donner un prétexte de demander à Rome, avec un air de préoccupation, si réellement il s'agit de traiter de l'indépendance de l'Université à Montréal, afin d'avoir une réponse négative que Ton montrerait aux profanes comme le témoignage d'une victoire pour soi et d'une défaite pour d'autres?
u Serait-ce pour se donner l'occasion d'offrir de soi-même à Rome l'indépendance delà section montréalaise de l'Université dans le but que l'on sait?
"Serait-ce pour toutes ces raisons à la fois? Je l'ignore. Seulement, on ne se donne pas tant de trouble pour rien.
" Dans tous les cas, afin de rogner les ongles à des calculs peu bienveillants qui pourraient s'appuyer sur notre silence pour nous graffigner, ne serait-il pas bon de contredire ces rumeurs, en quelques mots clairs et courts, d'une manière autorisée, disons, par exemple, quelque chose dans ce genre :
u Les rumeurs qui circulent dans certains journaux " et qui vont à dire que Mgr Racine, évêque de Sher- •" brooke, et M. l'abbé J. B. Proulx, sont allés à Rome
" pour demander au Saint-Siège d'ériger la section " montréalaise de l'Université Laval à Montréal en kk Université indépendante, sont absolument dépouru vues de fondement. — Bruchési."
u Si la Semaine religieuse voulait donner l'hospitalité à une pareille dénégation, l'autorité en serait encore plus grande devant le public.
" C'est là l'opinion de Mgr Racine, c'est aussi la mienne, autant qu'on peut se former une opinion à cette distance des lieux et des événements. Je n'oublie pas qu'un mois sépare, pour vous, l'entrefilet de la remarque qu'il suscite sous ma plume. Parlez de la chose à Mgr l'Archevêque de Montréal et faites pour le mieux. Sachant que vous vous arrêterez au parti le plus sage, je demeure avec beaucoup de considération..."
Après cela, comment peut-on avancer que j'ai été demander l'indépendance ?
Cependant, cette correspondance ne me surprend pas. Je m'y attendais. Voyez. Le 18 février 1892, après avoir envoyé à Mgr l'Archevêque de Montréal la réponse du Saint-Siège, j'ajoutais :
" Que le Ciel soit béni! Cette réponse est si
complète qu'elle dépasse les espérances les plus belles que nous aurions pu concevoir. Eh bien ! vous allez voir si on ne dit pas quelque part que nous avons éprouvé une défaite. On a répandu à dessein la rumeur que nous étions venus demander Vindêpendance de l'Université à Montréal et comme nous retournons avec V union, on répandra une autre
rumeur, que dos demandes n'ont pas été écout
mais laissons faire: la -gloriole n'est qu'une fumée; le solide, c'est le succès dana la justice. Au milieu des contradictions et des obstacles, se fondent et s'affermissent les choses utiles..."
Je faisais le prophète, mais quand on connaît bien certaines personnes, j'avoue qu'il n'y a pas grand mérite à prophétiser ce qu'elles feront ou diront.
Q. — Quelle réponse vous proposez-vous de donner à cette correspondance ?
R. — Pour le moment, pas d'autre que ces quelques remarques que je vous communique. Il y a certains secrets d'office qu'un homme en position responsable ne peut communiquer à tout un public. Du reste je suis persuadé que V Electeur et les autres journaux qui l'ont reproduit seront assez loyaux pour mettre sous les yeux de leurs lecteurs les explications que vous me dites devoir publier ce soir.
Cela pour le moment me suffira.
Intelligenti pauca. Or, voici le peu que je dirai: " Nous avons obtenu à Rome, Mgr Racine et moi, tout, tout, TOUT ce que nous avons demandé. Même si je l'osais, j'ajouterais et ultra.