L. A. JETTE, Doyen Fac. de Droit
St-Lin des Laurentides, 17 avril 1892.
Sa Grandeur Mgr A. Racine, Evoque de Sherbrooke.
Monseigneur,
L'ouvrage de la semaine sainte termine, je me fais un devoir de porter à votre connaisnaissance deux faits, qui, subitement, nous ont pris comme par surprise.
Mercredi, M. le Juge Jette et M. Archambault, professeur de la Faculté de Droit, sont venus à l'Archevêché et y ont rencontré Mgr Fabre, Mgr Emard, M. Bruchési et moi.
1° Ils ont exprimé le désir de présenter à la prochaine session de la Législature un projet de loi poui incorporer la Faculté de Droit, comme est incorporée la Faculté de Médecine. Ce projet sera préalablement soumis aux Evoques de la province de Montréal ; le temps pressant, il fallait faire de suite l'annonce officielle dans
les journaux : l'opinion générale a été qu'ils pouvaient procéder, sous toute réserve. Pour moi, il ne fait pas de doute que le projet de loi s'impose : maintenant ou plus tard ? question d'opportunité.
2° Voici qui est plus grave. Ces deux Messieurs proposèrent de remanier de fond en comble le projet de loi que nous avons rapporté de Rome. Il ne peut y avoir d'objection, ce me semble, à ce que l'on y fasse des corrections de détail, mais, pour un remaniement d'ensemble, je fis remarquer que Québec pourrait dire que ce n'est plus là le projet qu'ils ont reçu l'ordre délaisser passer ; de plus, ajoutais-je, on ne peut permettre un pareil bouleversement sans en parler surtout à Mgr Racine qui a pris en quelque sorte la responsabilité personnelle de la loi auprès du Saint-Siège. J'ai encore d'autres objections que je vous ferai connaître de vive voix. Cependant soyez certain que ce n'est pas moi qui mettrai obstacle à ce qu'un nouveau projet soit substitué à l'ancien, si c'est la, volonté de la majorité, ou le désir des Evêques.
Avant longtemps, je me propose de pousser une pointe du côté de l'Est. En attendant, je demeure avec une haute considération, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre, V. R. U. L. M.
Montréal, 20 avril 1892.
Monsieur,
En arrivant de la campagne hier, j'ai reçu votre lettre du 18 du courant. Après avoir vu
Mgr l'Archevêque de Montréal et M. Bruchési je suis allé ce matin à votre résidence pour vous porter notre réponse ; vous étiez parti pour N... Je p;irs moi-même demain pourSherbrooke. Cette lettre est pour vous dire qu'à mon retour ma première visite sera pour vous. Je n'ai pas de
doute que tout s'expliquera comme un
êcheveau de fil mêlé.
Je suis toujours avec une haute considération, Monsieur, Votre très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre,
Sherbrooke, 21 avril L892.
Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre, (1)
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
Laissez-moi vous dire en toute franchise que je suis extrêmement peiné de ce que je viens d'apprendre au sujet du projet de bill de l'Université Laval à Montréal.
(1) Mgr l'Archevêque de Montréal devait partir, le 23 d'avril,
pour un voyage d'une quinzaine de jours, du côté de Chicago
et de Hartford. J'allai coucher à Sherbrooke le 21 ; le 22,
j'arrêtai en passant à St-Hyacinthe, et le soir de ce même jour
je revenais à Montréal, avec les deux lettres N »XII et XIII.
Ce serait prendre une trop grande responsabilité de permettre de refaire de fond en comble le projet de bill qui a été approuvé par le Saint-Siège; pour ma part je ne puis partager cette responsabilité.
Vous m'avez députéauprèsduSaint-Siègepour faire approuver un projet de loi; ce projet de loi avec quelques modifications faites par le Saint- Siège lui même a été approuvé, et maintenant il est rejeté et on veut y substituer un autre projet de loi ! Qu'est-ce que le Saint-Siège va penser de l'Episcopat de la province de Montréal, s'il permet qu'on agisse de la sorte ?...
Au salon de l'Archevêché, le six avril dernier, j'ai dit que Mgr P Archevêque seul pouvait faire quelques légères modifications, et c'est tout ce que j'ai dit à ce sujet...
J'ai dit clairement à M. Bruchési que, à part quelques légères modifications que je lui ai indiquées, le projet de bill devait être présenté tel qu'approuvé par le Saint Siège. " C'est à prendre ou à laisser, ai-je ajouté."
En honneur je ne puis donner mon approba-
tion à un autre bill. J'ai agi à Rome en toute sincérité, et je ne veux pas et je ne peux vouloir faire le contraire de ce que j'ai fait.
On me dit que vous quittez Montréal demain soir : je suis persuadé que la décision que vous prendrez dans cette grave difficulté, sera pour le plus grand bien de la religion.
Veuillez agréer l'expression de mes dévoués et et respectueux sentiments.
f ANTOINE, Evequede Sherbrooke.
P. S. —Permettez-moi de vous dire que, dans les circonstances présentes, vous devez faire connaître aux intéressés la décision et la volonté
du Saint-Siège, par exemple, aux facultés et au gouvernement de l'Hon. de Boucherville, si vous voulez que le bill ne rencontre pas trop d'obstacles.
Il importe aussi que, pendant votre absence, M. le Grand Vicaire Maréchal soit chargé de vous représenter officiellement pour tout ce qui concerne l'affaire universitaire.
Le tout humblement soumis.
f ANTOINE, Eveque de Sherbrooke.
N. fi. — Enfin selon moi, le bill doit être présenté et passé tel qu'approuvé à Rome, ou retiré.
St-Hyacinthe, 22 avril 1892.
Sa Grandeur Mgr Ed. Chs Fabre,
Archevêque de Montréal.
Monseigneur,
Je viens dire à Votre Grandeur que j'ai pris communication de la lettre que Mgr l'Evêque de Sherbrooke vous écrit, et dont M. le Vice- Recteur est le porteur, et que je suis absolument du sentiment de Sa Grandeur sur la question. Je trouverais souverainement regrettable et très dangereux pour l'oeuvre qui nous a coûté tant de sollicitude, que l'on remît au travail le projet de bill d'incorporation des administrateurs de Laval.
Comme Votre Grandeur doit s'absenter pour quelque temps, je la prie instamment de donner
à son digne Vicaire Général un plein pouvoir de régler toutes les questions qui concernent Laval, en s'entendant au besoin avec les suffragants.
Bien respectueusement, Votre tout dévoué et humble serviteur.
t L. Z., Ev. de St-Hyacinthc.
Montréal, 23 avril 1892.
Sa Grandeur Mgr À. Racine,
Evêque de Sherbrooke.
Monseigneur,
Mgr l'Archevêque m'a paru très satisfait de votre lettre et de celle de Mgr l'Evêque de St- Hyacinthe. . . .
Mon intervention, dans les circonstances, ferait plus de mal que de bien. Les bras croisés de ce côté-là, j'attends.
(1) Comme pour accroître les embarras, il paraissait en même temps dans les journaux des entrefilets et des correspondances, qui n'étaient pas du premier venu. Voir au supplément, les Nos I et II,
Sous d'autres rapports, je ue resterai pas inactif. Sur les instances de Mgr l'Archevêque de Montréal, unies à celles de ses suffragants, j'ai remis de prendre ma retraite après la session. J'ose espérer que ce n'est pas pour arriver à une humiliation ; car, dans ce cas-là, il aurait mieux valu se retirer avec les honneurs de la guerre. Cependant, il en arrivera ce que Dieu voudra, et il est toujours bon de pouvoir dire : " Bonum est, Domine, quia humiliasti
me."
Je demeure avec le plus profond respect, De Votre Grandeur,
Monseigneur, Le très humble et très obéissant serviteur,
J. B. PROULX, Pire.
Montréal, 24 avril 1892.
Monsieur,
Je suis allé à votre résidence en arrivant de Sherbrooke ; alors seulement j'ai appris que vous
ne devez revenir qu'au commencement de mai. J'avais cru d'abord h un voyage de deux ou trois jours.
Je comprends votre surprise. S'il y a cachette quelque part, croyez que je ne suis pas de ceux qui joueraient à cache-cache. On se cache autant de moi que de qui que ce soit. Pour le bill des administrateurs j'abonde dans votre sens, tellement que je ne puis admettre que des modifications de détail. Pour les principes constitutifs, il passera tel que vu et consenti à Rome, ou je sais ce que j'ai à faire. Depuis votre départ, il est arrivé plusieurs événements où j'ai tenu bon. Vous l'apprendrez à votre retour. Je suivrai la ligne droite; quoiqu'il arrive, je ne permettrai jamais que Ton fasse entrer dans la conduite de l'Université ou les préférences politiques ou les rivalités personnelles ou tout autre sentiment mesquin. C'est une œuvre générale que nous ferons, devant intéresser toute la province, ou rien du tout. De vive voix, nous pourrons nous expliquer plus au long et plus clairement.
En attendant, croyez qu'il n'y a rien de sacrifie, et, que je demeure avec une haute considération,
Monsieur,
Votre très dévoue serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre,
St-Hyacinthe, 24 avril 1892.
Le Rév. J. B. Proulx, Prêtre, Vice-Recteur, Université Laval, Montréal.
Cher Monsieur,
Je suis heureux d'apprendre par votre lettre d'hier, reçue ce matin, que Mgr l'Archevêque de Montréal est satisfait de la position qu'ont prise ses deux suffragants de Sherbrooke et de St-Hyacinthe. . . Dieu aidant, nous serons toujours étroitement unis pour assister efficacement notre digne Métropolitain à conduire à bonne fin la grande oeuvre de Laval à Montréal, dont le S.iint-Siège nous a chargés. En mar-
chant à la lueur du brillant flambeau de la Chaire Apostolique, nous ne pouvons pas faire fausse route, . . .
Vous allez descendre à Québec pour présenter notre bill à la Législature. Mes vœux et mes prières vous accompagnent. Qu'un prompt succès couronne votre importante démarche.
N'allez pas croire qu'après cette entreprise achevée, vous mettrez bas les armes et que vous irez goûter les douceurs de votre chère solitude des Laurentides. Vous resterez ferme au poste, et vous continuerez à vous dépenser pour l'oeuvre dont vous connaissez plus que personne la valeur et l'importance.
Toujours votre bien dévoué et reconnaissant en N. S.
f L. Z., Ev. de St-Hyacinthe.
Montréal, 25 avril 1892.
M. l'abbé J. B. Proulx, Vice-Recteur U. L. M.
Monsieur le Vice-Recteur,
Les dentistes parlent de s'nffilier à l'Université et disent qu'ils viendront me voir aujourd'hui ; M. Archambault, principal de l'Ecole du Plateau, me demande s'il pourra vous rencontrer ; M. Hingston m'a appris hier que les
professeurs de la Faculté de Médecine doivent s'occuper du bill aujourd'hui ; etc. ... Je crois
que votre présence est nécessaire à Montréal :
Veni.
Votre très dévoué serviteur,
P. N. BRUCHÉST, Chan.
Montréal, 27 avril 1892.
Le Rév. Lecoq, Directeur du Grand Séminaire, Doyen de la Faculté de Théologie. (1)
Monsieur le Doyen.
J'ai l'honneur de vous transmettre sous ce pli une copie de notre projet de loi pour constituer en corporation les administrateurs de l'Université à Montréal.
Je serais heureux que vous puissiez l'examiner d'une manière particulière. Et, si dans votre opinion ou dans celle de la Faculté dont vous êtes le doyen, il se trouvait quelque chose qui lésât en quoi que ce soit les droits de votre faculté, je vous prie de me le faire connaître ;
(1) Une semblable communication était faite à INI. le .Tnge Jette, doyen de la Faculté de droit, à M. le Dr L. B. Durocber, président de la Faculté médicale, et à M. l'abbé P. de Foville doyen de la Faculté des arts.
nous sommes décidés à tenir compte de toutes telles observations.
Je reviendrai de Québec mardi de la semaine prochaine. S'il vous était possible de me passer, mercredi, la réponse que vous aurez à me donner, vous me rendriez un grand service.
Croyez aux sentiments de respect avec lesquels je suis,
Monsieur le Doyen,
Votre très dévoué serviteur.
J. B. PROULX, Prêtre,
Montréal, 2 mai 1892.
L'Honorable C. de Boucherville, Premier Ministre du gouvernement de la Province de Québec.
Honorable Premier, (1)
Nous soussignés L. D. A. Maréchal, V. G., délégué ad hoc par Sa Grandeur Mgr Ed. dis. Fabre, Archevêque de Montréal, A. Racine, Evêque de Sherbrooke, L. Z. Moreau, Evêque de St-Hyacinthe, et J.M.Emard, Evêque élu de Valleyfield,
Avons l'honneur de vous demander, Monsieur le Premier, de vouloir bien présenter au Conseil législatif par vous-même (nous désignant en en même temps qui d'entre vos amis pourraient nous rendre le même service à la Chambre d'Assemblée), notre projet de loi u pour cons-
(1) le me rendis de Québec jH Sherbrooke le .°>0 avril ; j'en partis le 2 mai pour St-Hyacinthe et Montréal. Chez Mgr Racine, fut rédigée cette lettre à L'Honorable Premier Ministre laquelle Mgr Moreau et M. le Grand Vicaire Maréchal approuvèrent ensuite et se (Irchirci-ent heureux d'appuyer die leur signature.
tituer en corporation les administrateurs de l'Université Laval à Montréal," lequel, pour obéir aux nécessités du moment, nous avons soumis à l'examen du Saint-Siège et que le Saint-Siège a approuvé par sa lettre en date du du 16 février 1892. (1)
Nous devons faire remarquer, Honorable Premier, que, dans les circonstances, il nous est impossible d'admettre aucun changement quelque peu considérable au texte de ce bill, et que, dans le cas où la Législature ne voudrait pas le sanctionner à peu près tel que nous le transmettons, nous vous prions de vouloir bien le retirer de devant les Chambres.
Permettez-nous de vous dire, Monsieur le Premier Ministre, que nous comptons grandement sur votre influence pour faire réussir ce pas décisif dans l'organisation civile du Siège Montréalais de notre Université Catholique et Canadienne ; bien plus nous croyons pouvoir ajouter que nous ne doutons pas que vous ne soyez disposé à faire tout votre possible, même
(1) Voir, plus loin, aux numéros XLIII et XLIV.
d;ms les circonstances difficiles que vous traversez, pour en assurer le complet développement et la prospérité matérielle.
Nous avons pour garant de cet espoir, Monsieur le Premier, votre dévouement bien connu à toutes les œuvres patriotiques, l'intérêt que vous portez à la cause des hautes études, et en particulier l'heureuse initiative que vous avez prise autrefois, pour le bonheur de notre pays, dans la constitutiondu Conseil de l'Instruction publique.
Avec l'assurance que nous pouvons vous donner qu'en n >us prêtant votre puissant concours dans cette affaire, vous serez agréable au Saint-Siège, nous vous prions d'accepter l'expression du profond respect et de la haute considération avec lesquels nous s un mes,
Monsieur le Premier Ministre,
Vos très dévoués serviteurs.