‹ Question universitaire de MontréalChapitre 42 sur 60 · LE 13 OCTOBRE · texte numérisé non relu

LE 13 OCTOBRE

Messieurs 1rs Professeurs,

Messieurs les Elèves,

Je ne viens pas faire un sermon, je ne viens pas donner une instruction. Seulement je me constitue l'interprète et l'écho des sentiments qui vous amènent et vous réunissent aujourd'hui aux pieds des autels. Vous venez proclamer solennellement, en ce jour de la fête de notre bien-aimé Archevêque qui, de son séjour éloigné, prie sans doute pour vous en ce moment, à la face de Dieu, en présence d'un pr/lat vénéré qui n'est pas étranger dans ce diocèse, vous venez proclamer que, en bons chrétiens, en catholiques fidèles, vous voulez mettre la religion à la base de vos études, à la base de l'édifice de votre avenir. Nisi Dominus œdifica revit domum, in vanum laboraverunt qui œdificant eam. (Psal. 126-1).

Votre avenir, Messieurs les Elèves, repose sur la science, et il est sage pour vous de la rechercher aux jours de votre jeunesse1. Cor sapientis quœrit doctrinam. (Prov. 15-14). Won cesses, Ji/i. audire

doctrinam, nec ignores sermones seientiœ. (Prov

Mais, sans la religion, sans la piété, la science, même la plus liante des sciences, la théologie, serait vaine, inutile, nuisible. Inutiïis est Theologia, vana prorsus, inutiïis, et noxia} si non cornes affuerit devotio. (S. Jean-Chrysostome) .

C'est Dieu qui a créé la médecine, qui lui donne son utilité, et en communique les secrets bienfaisants. Altissimus creavit de terra médicament a, et vir prudens non abhorrébit itta. (Eccli. 88-4).

C'est Dieu qui a créé la loi, pour être le sauvegarde de la société et la protection des honnêtes gens. Qui queerit legem, replébitur in ed, et qui insidiose agit, scandalisabitwr in ea (Eccli. 32-19.) — Qui custodit legem, filius sapiens est (Prov. 28-7).

Dieu soit béni ! Et tous qui enseignez, et vous qui étudiez, vous avez compris que tout don parfait vient d'en haut, du Père des lumières. Omné datum optimum, et omne donum perfeetum de sursum est, descendent a Pâtre luminum. (Jacob, 1-17).

Du reste la messe que vous entendez actuellement , la messe du Saint-Esprit, dans son évangile, dans son épître, dans ses collectes, dans ses oraisons, ne cesse de vous répéter cette vérité. Avez-vous besoin de science % c'est Dieu qui en a le secret, la parole, le verbe : scientiam habet vocis ; les grandes illuminations, iUustratione docuisti ; et les enseignements universels, ille vos docébit omnia.

Avez-vous besoin d'éloquence, non seulement pour l'exercice de votre profession, mais encore pour les besoins habituels du commerce de la vie ? Le Saint-Esprit en est une source débordante. Et repleti sunt omnes Spiritu Sancto, toquent/ s magnolia Del.

De sagesse ? et, certes, il en faut pour toujours être à la hauteur de son devoir, lorsqu'on est appelé, comme vous l'êtes, à marcher à la tête de ses concitoyens et à donner la direction aux courants d'idées qui mènent le monde. En Dieu se trouve cette droiture, qui redresse tous les torts humains. Recta sa père. — Et renovabis facîem terrœ.

De force"? bien aimée et intéressante jeunesse, Dieu sera votre soutien et votre consolation au milieu des jours sombres qui se rencontrent quelquefois, lorsqu'on commence à tracer son sillon dans la vie : consolatione gaudere.

11 fera naître dans vos cœurs ces inspirations qui renouvellent, qui relèvent, qui purifient des fautes, échappées à la faiblesse de l'humaine nature : eorda nostra mundet infusio.

Il répandra en vous cette rosée de la grâce qui féconde les germes du bien et fait éclore les vertus propres à chaque état: et sut roris intima aspersione fecundet.

Enfin son amour, comme un feu ardent, pénétrant tous vos actes pour les vivifier de la dilection divine, sera le principe de votre bonheur ici-bas, et de votre félicité là-haut : et tui amoris in eis ignem aecende.

Oui, répétons tous ensemble- avec la prière, Veni, saiicte Sjnritus, emitte spiritum, parce que l'Esprit- Saint, par ses émanations célestes, remplit les cœurs de paix, de contentement et de suavité : 0 quam bonus et suavis est, Domine, spiritus tau* in nobis.

Ainsi donc, comme je viens de le dire, votre démarche est un acte public d'invocation aux lumières du Saint-Esprit: et, j'ajouterai, elle doit être un témoignage extérieur de votre pieuse recon naissance :

Reconnaissance à Dieu, par qui nous arrivent tous les biens, in qvo u et vivimviSj et movemur ef sumns " (A et. 17-28) ;

Reconnaissance à son réprésentant sur la terre, à notre Très Saint Père le Pape, Léon XIII, aujourd'hui glorieusement régnant.

Le Souverain Pontife vient de sauver l'existence matérielle de l'Université à Montréal, et nous a garanti, dans sa prévoyance paternelle, des ressources qui nous permettent d'attendre les plus belles espérances de l'avenir.

Dans un domaine plus élevé, il a accordé au siège montréalais de l'Université, sons la protection bénie de l'épiscopat, sous le liant contrôle et la direction unique du conseil universitaire, des satisfactions si honorables et des libertés si vastes que, vraiment,, je ne vois pas quels avantages, au milieu d'un grand nombre de difficultés possibles, pourrait nous apporter de plus l'indépendance sectionnelle.

L'église protège tous les droits, favorise toutes les nobles aspirations, et consacre toutes les ententes basées sur la modération et la justice. Dans notre Canada, surtout, elle a protégé notre berceau national ; elle a veillé sur nos agonies aux heures d'an goisse ; elle a présidé à nos luttes contre les oppres sions diverses ; elle a travaillé à l'obtention et au fonctionnement de nos libertés civiles, politiques et religieuses. Elle suit le colon dans son défriche ment, et elle se tient debout à côté de l'homme d'étude dans la poursuite de la science, tant sacrée que profane. Elle est et sera la base la plus s\>lide de l'édifice de nos hautes études universitaires. Etant donné le passé et les mœurs actuelles de notre population, essayer d'édifier une université an sein

de l'élément catholique^en dehors des influences religieuses, serait, non seulement une noire ingratitude pour les services d'an tan, mais encore un effort vain, qui n'aboutirait, connue résultat patriotique, <iu'à un fiasco misérable et ridicule.

Du reste, dans notre bonne ville de Montréal, que demande l'Église à l'ensemble universitaire'? rien qui ne soit que très modéré, très salutaire et bienfaisant pour tous : la reconnaissance légalisée de sa surveillance vraie et efficace sur l'orthodoxie de l'enseignement, sur l'intégrité de la foi et la pureté des mœurs, laissant la sphère d'action la plus vaste à 1 "initiative et aux énergies des différentes facultés.

Heureuse la nation qui comprend, surtout dans le monde de ses classes dirigeantes, ces vérités fondamentales du bon ordre social, et qui sait unir dans un même effort le travail et les recherches du lajïcisme chrétien et les bénignes influences du pouvoir ecclésiastique. Beata gens cujus est Dominus l frits eorum, beatus populus quem elegit Dominus in hœreditatem sibi (Psal, 32-12).

XDOCTT^dlIElNrT1 ZNTo 3,

ANNO OCTAVO V1CT0RLE REGINE, CAP. LXXXf.

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