QUELQUES FAITS
Les audaces scandaleuses affichées au cours de certaines contestations d'élections politiques, dont les acteurs étaient presque tous des catholiques pratiquants.
L'accueil fait, en 1896, à la direction épiscopale donnée sur les écoles confessionnelles et à la direction du Pape pendant la dernière guerre.
L’attitude d’un bon nombre de politiciens sur la question scolaire du Keewatin.
Le courant laïcisateur, habilement lancé et dirigé, qui menace en certains milieux de saboter nos institutions catholiques.
La baisse générale de la conscience professionnelle, commerciale et industrielle.
L’hostilité de groupes catholiques à nos premières associations ouvrières organisées suivant les prescriptions pontificales.
La naissance de la loge maçonnique PÆmancipation et les révélations faites à la suite de certains incidents.
Les menaces de schisme proférées à l’occasion du choix de sites d’église.
La décadence vertigineuse des moeurs, en tout ordre de choses, depuis une trentaine d’années.
La récente Instruction du Saint-Office à propos de la Y. M. C. A., qui n’a provoqué aucune démission catholique.
La demande par un professionnel de “Phistorique baptistaire du père et de la mère des deux chiens danois” qu’il avait achetés.
Les modes païennes, dont les chrétiennes sont esclaves au même degré que les filles de la rue, malgré les rappels à l’ordre du Souverain Pontife lui-même.
La profession, chez un certain nombre, d’un libre :examen, mitigé aujourd’hui, et peut-être radical demain.
En un mot, nous subissons inconsciemment l’influence d’un certain américanisme dont la dernière étape est l’indifférence religieuse,
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Ce collier de perles, qu’il me serait facile d’allonger, démontre surabondamment, je crois, existence du mal qui ruine notre santé morale. Il est d'autant plus redoutable que nos intellectuels, en général, en sont plus gravement atteints que le menu peuple. Sur ce point, plusieurs ne diffèrent guère des intellectuels de n’importe quel pays, bien qu’ils s’en différencient dans la pratique des devoirs religieux.
LES RESPONSABILITES
Quoi qu’il en soit, je me hâte d’ajouter que la plupart de nos intellectuels—non pas tous—pourraient “plaider non coupables”, s’ils étaient mis en accusation. T’organisation forcément imparfaite de lPenseignement religieux à l’époque où ils grandissaient; sa nécessité moins urgente et moins évidente qu’aujourd’hui; Pinstruction populaire plus rudimentaire et moins généralisée; le texte du catéchisme imparfaitement appris et saupoudré de brèves explications, autrefois l’idéal; la désertion de l’école immédiatement après la première communion; des circonstances indépendantes de leur volonté les excusent, en partie du moins. Ces victimes, en tout cas, me semblent plus à plaindre que coupables, et risquer à leur adresse un mot amer — mérité même — ne remédierait à rien.
Il me répugne également de mettre en cause les titulaires — de tout grade — de l’enseignement religieux. Certes! ils ont pu se croire au point, s’illusionner sur ce qui était réalisable ou irréalisable; suivre une coutume traditionnelle qui aurait dû être modernisée. Cette mentalité, laxiome humanum est errare, vrai hier, aujourd’hui et demain, l’explique suffisamment pour ne pas nous étonner et encore moins nous scandaliser. Si coupables 1l y avait, dans l’espèce, ils le seraient infiniment moins que les auteurs de la barricade démolie qu’un souffle bienfaisant de Pie X à fait crouler, et qui interdisait aux enfants, jusqu’à l’âge de dix ans, Paccès à la Sainte Table.
Pour éviter une appréciation erronée ou injuste, 1l est toujours prudent de juger le passé avec indulgence, de ne pas oublier les circonstances difficiles au milieu desquelles manoeuvrait notre ancien clergé. Ainsi, pour ne citer qu’un fait, les vieilles paroisses, desservies en général par un seul prêtre, étaient presque autant de
petits diocèses, du moins par leur territoire. Je puis, en connaissance de cause, citer le Cap-Santé, dont j’ai été le curé près de treize ans. Il fut un temps où cette paroisse embrassait presque la moitié du comté de Portneuf. Naturellement, les curés de cette époque devaient courir au plus pressé.
Les prêtres-éducateurs n’étaient pas dans une situation plus enviable, car le personnel limité de nos collèges les forçait de cumuler plusieurs fonctions. On conçoit que, dans de pareilles conditions, il était difficile de soigner l’instruction religieuse.
Cette thèse, je l’ai déjà énoncée dans mes Figures d'hier el d'aujourd lui, parce que je la crois juste et impartiale. Les historiens seuls ont le droit de juger sévèrement le passé. Or, ces pages ne sont pas de l’histoire proprement dite.
Quoi qu’il en soit, le passé est irréparable. Mais sachons maintenant envisager l’avenir, nous rendre compte que les temps sont changés et que Pheure de la renaissance a sonné. Ce qui était impossible ne l’est plus. Ce qui était excusable ne le serait plus. Prêtons l'oreille aux avertissements des esprits clairvoyants, unanimes à signaler l’ignorance religieuse comme le péril de notre avenir. Il ne suffit pas d’être un peuple pratiquant, d’avoir la “foi du charbonnier”, 1l faut que cette foi soit de plus en plus éclairée et raisonnée.
Je ne puis mieux terminer ces réflexions qu’en mettant sous les yeux du lecteur les directions de Pie X sur l’enseignement religieux, en 1905. ÆElles n’ont rien perdu de leur actualité, et 1l n’est permis à aucun catholique de les méconnaître ou de les ignorer.
“Voulant donc, Vénérables Frères, satisfaire à ce très grave devoir de Papostolat suprême, et faire régner partout, en une matière si importante, une même et pareille façon d'agir, Nous établissons, de Notre autorité suprême et pour tous les diocèses, les prescriptions suivantes, qui devront être étroitement exécutées et observées.
“1. Tous les curés et généralement tous ceux qui ont charge d’âmes feront le catéchisme tous les jours de dimanches et de fêtes de lPannée, sans en excepter un seul, pendant une heure entière, aux enfants des deux sexes, sur les choses que chacun doit croire et faire pour se sauver.