PREFACE XXIII
lui du dehors, et, qued'ailleurs elles lui conviennent ou non, il est bien obKgé d'en subir la contrainte ou la tyrannie ! Qui soutiendra sérieusement que notre liberté de penser en soit empêchée ? Si quelqu'un s'en avisait ne seraitce pas le moment de parler de « banqueroute de la science » ? et pourquoi voudrait-on qu'il en soit autrement en matière de religion? La prétendue ce tyrannie du dogme » n'est qu'une phrase. Le dogme, pour le croyant, n'est (( contraignant » que comme l'est la vérité même. S'il est mis tout d'abord en dehors et comme à part de la discussion, c'est à la manière des axiomes ou des vérités élémentaires qu'on trouve à la base de toutes les sciences ; qui en sont même plus quele support, puisqu'elles en sont la condition d'existence ou de possibilité ; et qui, comme le dogme, si nous nous plaçons au point de vue de la libre pensée, ne sont souvent, sous leur forme aphoristique et ce tyrannique », que de pures hypothèses ! Mais en vérité, y a t-il lieu, s'il en est ainsi, de parler de la (( tyrannie du dogme » ? et, en fait, pour nous résumer, ceux-là seuls en ont éprouvé les effets, de cette tyrannie, qui ont essayé de discuter ou de renverser le dogme. Et qu'y a-t-il de plus naturel ?
C'est pourquoi, nous voyons que la vraie liberté n'en a jamais été empêchée, et de ceci les preuves sont à la fois si nombreuses et si diverses qu'on ne sait lesquelles choisir dans ce nombre et cette diversité. L'histoire même de l'Eglise en est une, qui depuis deux mille ans, sans cesser d'enseigner la même doctrine et de tendre au même but, s'est adaptée avec tant de souplesse à la diver site des circonstances, et qui s'accommode encore aujourd'hui même, sous toutesles latitudes, de tant de conditions si différentes, et qu'un examen superficiel eût crues contradictoires. L'abondance prodigieuse de la littérature théologique en est une autre, si tant de théologiens, tant de controversistes, tant de prédicateurs, tant de moralistes, tant d'historiens n'ont pas écrit pour dire les mêmes choses, et sans doute sont encore éloignés d'avoir épuisé la richesse de leur matière. La multiplicité des congrégations religieuses, d'hommes ou de femmes, est encore une preuve de cette liberté qui règne dans l'Eglise, si c'est une manière ce individuelle )) de concevoir, non la religion, ni le dogme, mais l'action pratique du catholicisme, que nous retrouvons à l'origine de la plupart d'entre elles : Saint Bernard ne