PREFACE XXI
que dans l'histoire on a nommé des (c concordats )).
Il n'est pas non plus très facile d'accorder les « droits de la religion », en tant que groupement ou rasssemblement d'êtres humains autourd'une même croyance, avecles « droits de l'individu », c'est-à-dire, avec la liberté de l'inspiration et de la pensée. C'est ici le triomphe de nos incroyants, et nous ne sommes pas, nous, catholiques, plus fermement convaincus de la vérité de nos dogmes qu'ils ne le sont, eux, de ce qu'ils appellent (( la tyrannie du dogme», et de Feffroyable contrainte qu'exercerait cette tyrannie sur les intelligences. A quoi nous ne répondrons pas, comme on le fait couramment, que cette contrainte ne s'exerce que sur ceux qui veulent bien la subir ! Gela est vrai ! Elle ne s'exerce que sur ceux qui veulent bien la subir; mais cela n'a pas toujours été vrai; et plus d'une fois, dans l'histoire, elle a peséde tout son poids sur de libres esprits quiTeussent volontiers secouée, s'ils l'eussent pu. Mais ce que Ton doit dire, c'est, premièrement, que cette contrainte n'en est une qu'en matière dogmatique, et, secondement, qu'en fait, — et sauf à en rechercher subtilementles raisons, — cette contrainte n'a en aucun
temps empêché la liberté de s'épanouir au cœur même du catholicisme. Je terminerai cette Préface par quelques brèves observations sur ces deux points.
La (( tyrannie du dogme » n'est tyrannie, si Ton tient à se servir de ce mot, qu'en matière dogmatique, et cela signifie qu'on ne voit pas qu'elle ait jamais « gêné » ni « contrarié )) les spéculations du géomètre ou les vivisections du physiologiste. Elle n'a jamais gêné ni contraint la liberté de l'historien, et il n'y a pas, que je sache, d'opinion ce catholique )) imposée, ni convenue, sur les guerres médiques ou sur la conquête de la Gaule par les Romains. Mais si la tyrannie ne s'exerce qu'en matière dogmatique, — sur la question de l'Incarnation, par exemple, ou sur celle delà Rédemption, — qui ne voit que le mot n'a plus de sens, et que l'affirmation péremptoire et absolue du dogme, en théologie, équivaut exactement à ce que sont, en physique ou en physiologie, les énonciations des lois qui dominent la matière. Est-ce que le géomètre est (( libre » de modifier les propriétés de la circonférence ou de Tellipse "} Estce que le chimiste est «libre » de définir au gré de sa fantaisie celles du chlore oude l'alcool ? Mais les lois de l'objet s'imj)osent à