‹ Questions actuellesChapitre 13 sur 37 · André Lefèvre, la Religion, p · texte numérisé non relu

André Lefèvre, la Religion, p

et au delà ? Nos sciences ne sont nées que d'hier, et elles ont, en moins d'un siècle, transformé l'aspect de la vie. Laissons-leur donc le temps de grandir! Qui sont d'ailleurs ceux qui parlent ici de banqueroute ou de faillite ? Que connaissent-ils de la science? A quelle découverte, à quel progrès de la mécanique, ou de l'histoire naturelle, ont-ils attaché leur nom? Ont-ils inventé seulement le téléphone, ou trouvé le vaccin du croup ? C'est ce qu'on aimerait savoir, avant de leur répondre. Et quand enfin quelque savant, d'esprit plus chimérique ou plus aventureux, aurait pris au nom de la science des engagements (ju'elle n'a pas souscrits, est-ce la science qu'il en faut accuser? Le bon sens, que Descartes (!royait, ou affectait de croire « la chose du monde la plus répandue », est au contraire la plus rare que l'on sache, plus rare que le talent, aussi rare que le génie peut-être ; et nous avouons de bonne grâce que de grands savants en ont parfois manqué... Ainsi raisonnent ceux qui ne veulent voir dans « la banqueroute de la science » qu'une métaphore retentissante; — et je ne puis pas dire qu'ils aient tout à fait tort.

Mais ils n'ont pas non plus tout à fait raison ; et quelque distinction qu'ils essaient d'établir

entre le bon sens des « vrais )> savants, et la fâcheuse témérité des... autres, ce qui est bien certain c'est que la science a plus d'une fois promis de renouveler la «face du monde». « Je crois avoir prouvé la possibilité, — écrivait Condorcet, il y a tout juste cent ans, — de rendre la justesse d'esprit une qualité presque universelle ;... de faire en sorte que l'état habituel de l'homme, dans un peuple entier, soit d'être conduit parla vérité;... soumis dans sa conduite aux règles de la morale... se nourris sant de sentiments doux et purs. )) Et il ajoutait : (( Tel est le point où doivent infailliblement le conduire les travaux du génie et le progrès des lumières ^. » Me dira-t-on que Condorcet n'était après tout qu'un encyclopédiste ? Et je l'entends bien ainsi. Mais Renan, à ses débuts du moins, ne disait pas autre chose : «La science restera toujours la satisfaction du plus haut désir de notre nature : la curiosité ; elle fournil' a toujours à Vhomme le seul moyen quHl ait pour améliorer son sort. » Et, en un autre endroit, dans ce même livre sur V Avenir de la science, dont le titre à lui seul était tout un programme : a Organiser scientifiquement riiumanité., — c'est lui qui soulignait, — tel

1. Esquisse d'un tableau des progrès de l'esprit humain. Édition Didot, t. IV, des OEuvres, p. 395.

est donc le dernier mot de la science moderne, telle est son audacieuse, mais légitime prétention ^ » Voilà, je pense, des promesses qui vont un peu plus loin que l'ambition du chimiste ou du physicien î Et ce sont ces promesses auxquelles on prétend que la science aurait fait banqueroute !

Serrons cependant la question de plus près. En fait, les sciences physiques ou naturelles nous avaient promis de supprimer ce le mystère ». Or, non seulement elles ne l'ont pas supprimé, mais nous voyons clairement aujourd'hui qu'elles ne l'éclairciront jamais. Elles sont impuissantes, je ne dis pas à résoudre, mais à poser convenablement les seules questions qui importent : ce sont celles qui touchent à l'origine de riiomme, à la loi de sa conduite, et à sa destinée future. L'inconnaissable nous entoure, il nous enveloppe, il nous étreint, et nous ne pouvons tirer des lois de la physique ou des résultats de la physiologie aucun moyen d'en rien connaître. J'admire autant que personne les immortels travaux de Darwin, et quand on compare Finfluence de sa doctrine à celle des découvertes de Newton, j'y souscris volontiers. Mais quoi ! Pour descendre peut-être du singe, — ou le

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