PREFACE XV
et précisément c'est en quoi l'on pourrait dire que le catholicisme est une démocratie. Tout est (( traditionnel » dans l'organisation de l'Eglise catholique ; mais rien n'y est (( héréditaire ». Tout pouvoir y descend et s'y communique de « haut en bas » ; mais ce ne sont pas toujours les mêmes qui sont en haut, ni les mêmes qui sont en bas. La vérité n'y est point une possession de caste ou de famille, ni un privilège de race ; et dès son apparition, c'est ce qui l'a distinguée du judaïsme. L'Eglise est et demeure toujours ouverte à tous. La grande erreur qu'elle ait commise dans les derniers siècles, et dans laquelle ses ennemis commencent à être inquiets ou irrités de ne pas la voir persévérer, a été de se croire, ou d'agir comme si elle se croyait, « solidaire » des « trônes » et de l'institution monarchique. La « Sainte- Alliance » est dans l'histoire le témoin de de cette erreur. Mais il n'est pas probable que l'Eglise y retombe encore. Sans avoir besoin pour cela, comme l'essayèrent les hommes de 1848, de transformer l'Evangile en un instrument de prédication sociale et même socialiste, l'Eglise s'est rendu compte qu'une part de sa puissance résidait dans
l'énergie de son action sociale. Et c'est ce
qui nous permet de croire, et d'espérer, que dansFavenir, quand ce que la fièvre démocratique a encore aujourd'hui de tumultueux et on dirait presque de délirant, sera tombé, les démocraties reconnaîtront que, dans leur effort vers une moindre inégalité des conditions, laquelle n'est elle-même que la forme économique de ce que l'on appelle plus éloquemment une répartition plus équitable de la justice, elles ne sauraient avoir de plus naturelle ni de plus ferme alliée que l'Eglise catholique. Que signifient^, en dehors du christianisme, les mots même de ce Liberté», de (c Fraternité», d' « Egalité »? A quelle réalité répondent-ils, dans la nature ou dans l'histoire ? Et les idées qu'ils expriment, dont on chercherait vainement le « modèle » autre part que dans l'Évangile, que sont-elles autre chose que des ce laïcisations », si je puis ainsi dire, de l'idée chrétienne ?
Je n'ai d'ailleurs voulu me servir couramment, en parlant de ce sujet, ni du terme de a démocratie chrétienne », ni de celui de ce christianisme social», puisqu'ils sont suspects ; et qu'aussi bien tendraient-ils, si l'on n'y prenait garde, à instituer dans le catholicisme des divisions de parti. C'est en tant que (( christianisme», comme tel, et sans