PRÉFACE XVII
épithète, que le christianisme est « social», à ce point qu'on peut dire que, s'il n'était pas ((Social)), il ne serait pasle(( christianisme )). Mais cela nous suffît pour pouvoir répondre à ceux qui nous accusent d'être les ennemis de la (( République » et de la (( Démocratie )). Si des intentions politiques se mêlent au (( christianisme social )) de quelques catholiques, j'osedire qu'en France, ces catholiques sont le petit nombre. Laissons passer encore une ou deux générations, et il ne s'en rencontrera plus de tels. C'est alors qu'on verra bien, je l'espère fermement, ce cju'il y a de (( moderne )), et même en ce sens, ci' (( avancé )), — puisque c'est le grand mot, — dans l'enseignement du catholicisme. C'est alors qu'il paraîtra ce qu'il est : un instrument de progrès, et le plus efficace de tous, parce que la notion du (( progrès social )), si peutêtre elle s'y distingue, ne s'y sépare cependant pas de la notion du (( progrès moral )). Alors on comprendra ce qu'ont exactement voulu dire ceuxqui, les premiers, se sont avisés que (( la question sociale était une Question morale », et auxquels peut-être n'a-t-on pas répondu en essayant de leur démontrer que (( la Question morale » n'est pas une c( Question sociale » . Je ne sais, en effet, de
XVIÏI QUESTIONS ACTUELLES
ces deux affirmations, laquelle est la plus assurée. En même temps que la réalisation d'un certain idéal social, il est certain que la religion a pour objet le perfectionnement individuel de ceux qui la pratiquent, et ceci m'amène à dire quelques mots de la troisième idée que je voudrais avoir mise en évidence dans ces Etudes.
(( Chacun se fait son petit religion à part soi », disait Madame, mère du Régent, et c'est ce qu'on exprime de nos jours, d'une manière à peine différente, quand on dit de la religion qu'elle est « affaire individuelle ». Il ne faut pas douter que cette conviction, entrée depuis cent cinquante ans, et ancrée dans les esprits, n'ait contribué pour une large part à énerver l'action sociale du catholicisme. Qu'est-ce, en effet, que faire de la religion une affaire individuelle, si ce n'est précisément la dépouiller du caractère collectif qui lui est essentiel par définition. Mais, d'un autre côté, qu'est-ce qu'une religion qui n'est pas a collective » ; et, de même que l'on ne saurait être tout seul de sa famille ou de sa patrie, comment le serait-on de sa reli-