‹ Questions actuellesChapitre 8 sur 37 · PREFACE XIX · texte numérisé non relu

PREFACE XIX

gion ?11 n'y a pas de religion ce individuelle)) ou (( personnelle )) ; il n'y a que des ce opinions », — et c'est ce que Ton s'est efforcé particulièrement de montrer dans le chapitre intitulé : la Fâcheuse Equivoque.

Si d'ailleurs on n'a pu qu'effleurer la question, le lecteur se rend compte aisément quelle est « capitale )) , et non moins « actuelle)). Car, au moment même où j'écris, d'où viennent quelques-unes des pires difficultés que soulève la « Loi de séparation )) du 10 décembre 1905, sinon précisément de ce que le législateur y a traité la religion comme une (( affaire individuelle)), et refusé d'en reconnaître le « caractère collectif )) en méconnaissant les exigences du culte, la hiérarchie catholique, et les titres delà papauté ? Il y a des gens qui croient avoir assuré la liberté de l'Eglise en affirmant la liberté de conscience ! Mais le droit de croire ce que nos guides naturels et nos chefs régulièrement institués nous enseignent n'est qu'une partie de la religion, en même temps qu'un droit qu'on ne voit pas comment on pourrait nous enlever, et les difficultés ne naissent que de la difficulté principale, quiest d'accorder dans la pratique les conséquences de ce droit de croire avec d'autres droits, tels que, par

exemple, les droits des autres religions ou encore le droit de l'Etat. J'ai touché la question dans le chapitre intitulé : Voulons nous une Eglise nationale ? Et j'ai tâché là de montrer que, dans un pays comme le nôtre, s'il n'y avait pas d'utopie plus séduisante — (( un seul peuple, une seule loi, une seule foi »

— il n'y en avait pas dont il fût plus dangereux de se flatter. Car, d'une ce affaire individuelle», en devenant une « affaire nationale », une religion comme le catholicisme,

— et au besoin je dirai, si l'on le veut, comme le bouddhisme, — y perdrait tout d'abord son caractère d' « affaire » en quelque sorte (( universelle» ; et, de plus, elle deviendrait un merveilleux moyen de contrainte et d'oppression. C'est ce qu'un seul exemple, tel que celui de l'orthodoxie russe, suffirait et suffit amplement à prouver. Et ceci ne veut pas dire que les deux termes de l'alternative soient toujours faciles à concilier. 11 peut y avoir, il y a souvent conflit entre les ce droits de la religion » et les exigences légitimes de l'État, ou, si l'on lèvent de la (c nationalité ». Mais ce n'est une raison ni de passer outre aux uns, ni d'exagérer les autres, ceux de rEtat,jusqu^à les rendre tyranniques, et au contraire c'en est peut-être une de faire ce

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