‹ Questions administratives et financièresChapitre 17 sur 21 · III · texte numérisé non relu

III

- Faculté de payer d’aTance.

Il n'y a pas encore beaucoup d'années que les voyageurs en diligence étaient obligés de payer à chaque relais une somme quelconque au postillon ; la tendance naturelle de l'esprit français vers la centralisa ^

lion devait amener Tunité de payement; c’est en effet ce qui a eu lieu. Pourquoi n’en serait*il pas ainsi lorsqu’il s’agit précisément du mode de voyager qui sem^ ble à peu près exclusivement réservé à ceux qui ont le moyen de payer la satisfaction de leurs aises et de leurs convenances ? Pourquoi ceux qui payent le plus cher seraient-ils les moins bien traités ? Pourquoi le mode de voyager le plus dispendieux serait-il le plus incommode, le plus assujettissant ? £st-il donc bien difficile de concevoir et d’organiser une comptabilité commune aux 2,000 maîtres de poste, au moyen de laquelle les voyageurs seraient dispensés de l’obligation de payer à chaque relais la distance parcourue? Jë

suppose un voyageur qui va se rendre dans sa voilure de Bordeaux à Paris, avec une vitesse minimum d’un myriamètre à l’heure : de Bordéaux à Paris, fl y a 56 myriamètres ; il s’adresse âü’ directeur de la poste aux lettres de Bordeaux, lui remet le certificat de sa voiture attestant qu’elle pèse à vide moins de l,000 kilogranimes, et lui compte là somme de 536 fr. (i) contre un récépissé, qui lui est délivré en double pour

plus de sûreté; le voyageur remet ce récépissé au pôs-

tillon de la poste de Bordeaux, celui-ci au postillon de la poste de Carbon-Blanc, et ainsi successivement, sans

(1) Je ne cop) prends pas ici les suppléments de prix payés sous le nom de distances supplémentaires et de chevaux de renfort, dont l’administration a laissé élever le nombre jusqu’à .l’abus. Ce sont tous ces abus réunis qui contribuent à la ruine des relais et à la perte de l’usage de voyager dans sa voiture. On ne s’en rend pas assez exactement compte. Nous vivons, dans un temps où les besoins sont si divers qu’il n’y a pas de petites économies. • •

que le voyageiir ait autre chose à faire qu’à vérifier, s’il lui plaît, si le trajet a été exécuté dans le délai voulu, délai qui' devrait être marqué au livre de poste en regard de la distance; ce qui serait très-facile au moyen

de * la simple addition de ’ trois colonnes portant ce titre;

. Minimum de la vitesse. I Minimum de la vitesse.

30 cent, parkilom. ] 35 cent, parkilom.

Minimum de 1a vitesse.

30 cent, par kilom.

Le livre de poste, qui se vend 4 fr., ce qui est deux

fois trop cher, est réimprimé tous les ans à l’imprimerie royale (i) ; rien ne serait plus simple que de lui faire subir cette petite amélioration typographique.

Si le voyageur, au lieu de se rendre de Bordeaux à Paris, veut se rendre de Bordeaux à Lyon, même formalité ; si, au lieu de là marche avec vitesse minimum d’un myriamèlre à l’heure, il veut marcher avec la vitesse minimum de 12 kilomètres à l’heure, lerécépisse portera dans ce cas qu’il a payé à raison de 7 fr. 50 c. par myriamètre, savoir : 5 fr. pour les chevaux ^et 2 fr. 50 c. pour le postillon. Tous les mois, ou plus rarement, les sommes portées au crédit de chaque maître de poste seraient additionnées et ordonnancées, soit qu’il fût autorisé à les faire toucher à Paris, soit

que la direction centrale les lui fît payer au bureau de la' poste aux lettres de son domicile. Il n’y a pas à Pa- '

(1) Chaque année le livre de poste reçoit quelques modifications; mais, la nouvelle édition ne paraissant jamais avant la fin de février, il en résulte que, pendant les deux premiers mois de l’année, il faut se faire représenter les feuilles volantes sur lesquelles cés modifications ont été officiellement inscrites.

ris de maison de banque de quelque importance qui n'ait une comptabilité plus compliquée avec ses divers correspondants. Ce qui ne se‘ conçoit pas, c’est qu’une si simple et cependant si importante amélioration soit encore à réaliser. La centralisation du payement aurait encore cet avantage que, si l’administration, centrale le voulait, elle y trouverait un moyen infaillible de contrôle et peut-être de régénération du service des relais. Je me réserve de vous l’expliquer verbalement le jour où l’administration des postes comprendra enfin la nécessité de relever le service des relais de l’état de décadence dans lequel il est tombé et tombe

encore chaque année.

RÉÜCJMÉ.

La réforme qui précède laisse subsister :

Le prix des chevaux tel qu’il est fixé par le tarif actuel ; Le prix des guides tel que l’usage l’a fait adopter ; ■ Le prix de loyer desvoitures fournies dans les relais. Elle supprime :

Les trois divisions de voitures et les débats auquels donne lieu l’arbitraire de ce classement;

Les postillons qu’elle achève de transformer en cochers (1);

. (t) Voici quelle est à ce sujet Topinion de M. Dailly, maître de poste de Paris, qui s’exprime ainsi dans un petit écrit que nous avons sous les yeux :

« 11 n’est personne qui ne puisse se rendre compte des graves inconvénients du mode de conduite en postillon ;

« Dangers pour la vie des hommes;

« Fatigues excessives pour les chevaux ; et, pour les maîtres

Le cheval en limonière(l), conséquemment tontes voitures ayant un brancard, sans excepter celles dites chaises de postes ;

Le cheval en arbalète ;

L'obligation de payer à chaque relais la distance parcourue ; .

Elle change Tesprit du tarif en ce sens qu'au lieu d’avoir pour base le nombre des voyageurs à transporter, et la forme de la voiture, c'est le poids de la voiture combiné avec la vitesse qui devient la mesure du prix à payer ;

Elle simplifie le mode de conduite et d'attelage ; le rend moins imparfait, moins lent et moins dangereux ;

Elle tend à établir l’unité de timon, de poids et de forme des voitures de voyage (2) ;

Elle abrège conséquemment la durée du relayage ;

de poste, obligation onéreuse et difficile à remplir, à cause de la rareté des chevaux qui réunissent les qualités nécessaires aux porteurs.

« La substitution des cochers aux postillons dans le service des malles et des diligences a trop bien réussi pour qu'on puisse mettre en doute l’avantage de ce mode de conduite.

« Dans ce système, chacun des chevaux prend de tirage une part égale, ce qui ne peut avoir lieu lorsque le cheval succombe sous le poids d’un postillon. »

(t) M. Dailly, dans le même écrit que nous venons de citer, établit le calcul suivant : « Dans le jour une calèche peut être « relayée en six minutes et une limonière en neuf minutes. » C’est,' comme on le voit, un tiers en sus; n’y eût-il que celte considération de perte de temps, qu’elle sufïirait pour faire condamner ce mode de conduite.

(2) Nous pouvons encore invoquer ici le témoignage de l’honorable M. Dailly :

a Tous les voyageurs qui se servent de la voie de la poste ont à se plaindre du temps que l’on perd en changeant de chevaux.

;EHe concourt . indirectement à rainélioratiôn et à Faugmentation du nombre des chevaux propres à re^ monter, en cas de guerre, notre artillerie ;

Elle' étend utilement Tarticle iO de l’ordonnance royale du 23 décembre 1839, qui prescrit à chaque maître de poste d’avoir à la disposition des voyageur^ une voiture solide et commode, suivant un modèle donné par l’administration; elle fixé ce naodèle, ët d’une ficlionifait une vérité ; ‘ ,

•J EUeidonneles moyens de voyager à peu 'de frais, et s’accorde ainsi avec la division des fortunes ; - . . :

' ’■ Elle fait cesser l’antagonisme d’intérêt qui existe aujourd’hui entre les postillons ou les voyageurs et les maîtres de poste ; . ceux-ci, dans l’état actuel des choses, ne percevant pas de supplément de prix en ' raison de l’augmentation de vitesse ; ^ ; i . ..

Elle diminue les dangers de voyager en poste, qui

c’est un sujet d’ennui et de contrariété qui se renouvelle à cha« que relais.

« Lorsque le relais a été péniblement accompli, on se met en route ; mais à peine a-t-on fait quelques tours de roues que Ton se voit contraint d’arrêter, parce que les traits du porteur ou du mailler ont été attachés trop longs ou trop courts, ou parce que la mauvaise corde qui sert de chaîne ,a cédé au premier choc. ' ' ‘

« On éviterait cet inconvénient, et on simplifierait l’opération du relayage en prescrivant la longueur et la dimension des limons et limoniers des voitures de poste, ainsi qu’on détermine la voie des voitures employées sur les routes. • •' ’

« On proposerait, par exemple, de fixer à 2 mètres 87 centim* la longueur des timons.

« Toutes les voitures à timon devraient avoir des chaînettes en cuir, qui seraient accrochées ou décrochées avec une grande promptitude des harnais disposés à cette fin. »

se multiplient d'autant plus que l'usage de voyager ainsi devient plus rare ;

Enfin, elle rend au relais de poste l’importance d’un vrai service public, complétant ce que les entreprises de messageries, et même les malles-postes, laissent à désirer à une certaine classe de voyageurs et ne peuvent lui donner.

Une telle réforme m’a paru devoir mériter votre attention ; les moyens que j’ai indiqués peuvent être contestables ; mais ce qui ne l’est pas, c’est la nécessité, c’est l’urgence d’une réforme. Votre administration par la voix de M. Dubost, et les maîtres de poste parla voix de l’un d’eux, M. Dailly, l’ont reconnue et proclamée ! Je n’ai fait que leur servir d’écho.

Ëhile 1)E GlHAHblNi

Page 1