FRANCE
Région Région
du du En
Mois. Nord-Ouest. Sud-Est. Angleterre.
fr. c. fr. c. fr. c.
Octobre 22 9 23 9 19 t
Novembre 22 5 23 9 19 4
Décembre 22 7 23 9 17 2
Moyenne 22 7 23 9 19 2
Janvier 22 6 24 2 19 3
Février 23 1 24 3 19 3
Mars 23 1 24 4 19 4
Moyenne 22 9 24 3 19 3
Avril 23 2 24 4 19 3
Mai 23 7 24 7 20 6
Juin 23 6 24 7 20 4
Moyenne 23 5 24 6 20 1
Juillet 23 4 24 5 20 3
Août 23 1 24 4 20 6
Septembre 23 1 23 5 19 7
Moyenne 23 2 24 1 20 2
Fait assez curieux, la règle déjà observée à Paris peut être notée dans le nord-ouest, dans le sud-est de la France et même en Angleterre. Le maximum des cours a lieu en mai. Quant aux écarts de trimestre à trimestre, ils restent peu élevés. Les cours augmentent lentement — très
LA BAISSE DES PRIX il9
lentement — d'octobre à mai ou juin, et même jusqu'en août pour l'iVngleterre. Les spéculateurs sont — en tous cas — forcés de conserver leur blé plus de six mois avant de bénéficier d'une hausse de 40 centimes ou SO centimes par quintal. Ce n'est pas grand'chose et nous ne voyons pas là une preuve éclatante des c< agissements » de l'Agiotage.
C'est là une observation générale se rapportant aux effets et à l'éventualité de la Spéculation considérée comme une puissance économique décrétant à son gré la baisse ou la hausse.
Il est fort possible, néanmoins, qu'un certain nombre de petits cultivateurs préparant ou nettoyant mal leurs grains, ou connaissant mal les cours, soient exposés à vendre à trop bas prix.
Un de nos anciens élèves, M. Dulac, traduit
. cette préoccupation en signalant les avantages
qu'ont retiré les producteurs allemands de la
vente collective des céréales. Il s'exprime ainsi :
« J'ai vu en Bavière des paysans qui sont parvenus, grâce à la coopération, à obtenir de leur grain i à 2 marks, c'est-à-dire I fr. 25 à 2 fr. 50 par quintal, de plus qu'autrefois. Ils étaient, avant qu'ils aient su s'organiser, à la merci de petits marchands très nombreux et âpres au gain, qui n'avaient d'autre souci ni d'autre intérêt que de s'enrichir à leurs dépens. Maintenant, en réunissant leurs grains qu'ils peuvent nettoyer,
trier et proposer en quantités importantes aux minotiers et aux brasseurs directement, ils ont réussi à garder pour eux toute la différence qui faisait autrefois le bénéfice du petit commerce. Et les minotiers et les brasseurs eux-mêmes sont satisfaits de ce progrès, qui leur permet un approvisionnement plus sûr et plus régulier. Comme on classe les grains des membres associés en qualités qui sont payées chacune à sa valeur, on a vu les paysans soigner mieux leurs cultures, employer de meilleures semences, jusqu'à ce qu'ils obtinssent le plus haut prix, ce dont autrefois, quand les marchands leur donnaient, pour tous, la même somme, grosso modo, selon les cours, ils n'avaient jamais songé à s'inquiéter. Tout le monde y a gagné, sauf ceux qui auparavant gagnaient tout. Et c'est très justement que les agriculteurs de Lœbau, en Saxe, ont pu surnommer le magasin qu'ils avaient construits pour la vente collective de leurs céréales, das Mausoleum der Lœbauer Korfijuden, « le Mausolée des marchands de grains ».
Autant il nous paraît difficile de comprendre et d'admettre l'action de la Spéculation sur la baisse depuis vingt ans, autant nous sommes disposé à admettre les avantages de la coopération pour assurer la vente dans des conditions normales au profit des petits cultivateurs isolés. '
On nous dit que bien des petits cultivateurs, pressés par le besoin d'argent, vendent à bon marché, dès le mois de septembre ou d'octobre, à des prix inférieurs aux cours officiels, et qu'il faudrait aider ces producteurs qui sont à la discrétion de r (< intermédiaire ». C'est possible, et les petits agriculteurs nous paraissent surtout dignes de sollicitude.
Mais au lieu de bâtir immédiatement des magasins ou des « elevators » pour y emmagasiner leurs récoltes, rien ne s'oppose à ce que des syndicats utilisent dès à présent les ressources que leur offrent, sur certains points, les entrepôts publics ou magasins généraux, dont le commerce n'a pas le monopole. Que l'on réunisse 5 000 ou 10 000 quintaux, qu'on les place dans un de ces magasins. Le droit de garde s'élève seulement — croyons-nous — à 10 centimes par sac de 100 à 120 kilogrammes et par mois. Sur ce grain, on pourra emprunter à l'aide d'un « warrant » ordinaire, opération qui se fait couramment. Puis, que le syndicat attende avant de réaliser au nom de ses adhérents. Il aura à payer l'intérêt des sommes prêtées sur warrants, le droit de garde, la location des sacs, — s'il y a lieu, — des manipulations intérieures pour prévenir les échauffements, etc.
On verra en avril, mai, juin ou juillet si l'opé-
ration se solde par un bénéfice, c'est-à-dire si les cultivateurs touchent, en définitive, par quintal, plus d'argent que s'ils eussent vendu en octobre, novembre ou décembre. C'est là un essai, une expérience sage, pratique et décisive à tenter avant de se lancer dans des constructions de greniers coopératifs.
S'il ne se trouve pas de magasins généraux ou d'entrepôts établis dans la région, qu'on loue un local convenable pour y faire cet essai préalable. Tout est préférable à une expérience en grand qui se solderait par un désastre financier.
Remarquons, en outre, que dans plusieurs cas, l'emmagasinage et le warrantage sont inutiles lorsque la récolte a été médiocre ou mauvaise ; alors il vaut mieux, — cela est clair, — vendre tout de suite à un bon prix plutôt que d'attendre des cours extraordinaires.
Le grenier coopératif construit demain serait peut-être inutilisé l'année prochaine, et ce serait une déconvenue, tandis que l'expérience dont nous avons parlé n'exige pas d'avances considérables ou une longue attente. On peut la tenter à tous les moments.
Voilà ce qui nous paraît raisonnable et ce que nous voudrions voir réaliser, non seulement pour rendre service aux agriculteurs en leur permettant de mieux vendre leurs grains, mais encore pour
les instruire en leur épargnant des désillusions et des pertes.
C'est encore une illusion que nous voudrions combattre en montrant que le commerce ne procède pas par c< ' accaparements » énormes, de façon à c< peser » sur les cours, grâce à une spéculation « effrénée ».
Sans doute, le commerce s'approvisionne parce qu'il prend lui-même des engagements à longue échéance et qu'il doit se garantir contre des surprises, mais ces c< stocks » s'accumulent naturellement après la récolte pour s'écouler et se réduire à mesure que la moisson faite est consommée dans le cours de l'année.
A ce sujet, on ne peut rien observer de plus instructif que le mouvement des grains, mois par mois, dans les magasins généraux de Paris.
Eh bien! voici les stocks moyens pendant la période 1877-1901 :
Moyennes mensuelles des stocks de blé à Paris en milliers de quintaux (1877-1901) :
Janvier. 177 Juillet 119
Février 170 Août 90
Mars 150 Septembre 130
Avril 134 Octobre 175
Mai 120 Novembre 179
Juin 129 Décembre 183
Les magasins généraux se remplissent à l'automne ou en hiver, bien entendu, ils se vident
lentement. On n'observe pas des accumulations énormes dans les derniers mois de l'année, puis des disparitions mystérieuses quand le « coup de bourse » aurait été fait. Ces stocks permettent de régulariser les cours en prévenant les paniques, si fréquentes autrefois.
Tous les stocks sont d'ailleurs connus et affichés chaque jour.
Les prix augmentent un peu — nous l'avons vu — quand approche l'époque de la moisson et quand les stocks diminuent. Quoi de plus naturel? Les frais occasionnés par la garde des grains justifient en grande partie cet écart régulier.
Pour savoir, d'ailleurs, si le commerce réalise toujours des profits en dépouillant le producteur, il faut que ce dernier se livre aux mêmes opérations et fasse des essais. Ceux que nous lui proposons de tenter ne sont pas dangereux. Nous sommes persuadés que des syndicats pourraient rendre à ce propos un grand service en se livrant à une expérience sur une petite échelle. Le reste sera l'œuvre du temps.
Nous ne saurions accepter l'hypothèse, la singulière hypothèse de ceux qui attribuent la baisse persistante des prix du froment, en France, à l'action de l'agiotage.
Est-il possible d'obtenir un relèvement persis-
tant et normal des cours alors même que la production ne diminuerait pas ?
C'est ce qu'il nous reste à examiner. Nous n'avons, à cet égard, aucune opinion préconçue. Ce sont les faits qu'il s'agit d'étudier pour dégager de leur examen une conclusion solide. A l'avance, nous sommes disposés à changer d'opinion si d'autres faits mieux établis venaient modifier nos précédentes conclusions.
La baisse du prix du blé exerce, croyons-nous, une influence décisive et presque immédiate sur la consommation. Quoi qu'on en puisse penser, le prix du blé règle, en effet, celui de la farine et du pain. Or, aujourd'hui encore, malgré le développement de la richesse publique, il nous paraît établi que les variations du prix du pain règlent sa consommation.
Cette consommation augmente quand le prix baisse; elle diminue quand le prix augmente.
Pour le prouver, nous pouvons étudier les fluctuations de la consommation des grains et farines à Paris. Un négociant expérimenté nous a autorisé à emprunter les renseignements suivants aux divers chapitres de son travail sur cette question très mal connue. Les chiffres puisés par lui aux sources les plus sûres nous ont très vivement frappé.
En consultant les statistiques dressées par
divers services publics on peut arriver à connaître approximativement les entrées à Paris de froment en grains et de farines de froment. Pour plus de simplicité, notre auteur a converti le grain en farine sur le pied de 70 kilogrammes de farine pour 100 kilogrammes de grain.
En tenant compte de cette conversion, les arrivages constatés à Paris depuis 1893 jusqu'à 1901 seraient les suivants :
Entrées totales de froment à Paris (1893-1901).
{En milliers de quintaux).
Farine entrée Farine entrée
sous forme sous forme
Années. de grains. de farine. - Totaux.
Examinons la colonne : Totaux. Evidemment, les quantités augmentent d'année en année, très rapidement, phénomène que l'augmentation de la population parisienne suffît à expliquer.
Durant deux années, cependant, les entrées totales diminuent brusquement. Ces deux années sont celles de 1897 et 1898. Dès 1899, les arrivages remontent d'un seul coup plus haut qu'ils n'étaient encore parvenus.
Pour comprendre cette anomalie il suffit de comparer les arrivages aux chiffres des récoltes et aux prix du froment ou de la farine.
Voici le tableau qui résume ces faits.
Variations simultanées des arrivages de froment
(grains et farines) à Paris, des récoltes et des prix
Arrivages
Récoltes
Prix
Prix
à Paris
en France
des 100 kil.
des 100 kil.
en milliers
en millions
de blé
de
Années.
de quintaux.
de quintaux.
à Paris.
farine.
fr. c.
fr. c.
Nous avons maintenant le secret des fluctuations brusques des arrivages à Paris en 1897 et 1898.
La détestable récolte de 1897 a provoqué une hausse. Le prix du blé passe de 19 francs (1896) à 25 fr. 20 et 25 fr. 70. En 1897 et 1898, le cours des farines s'élève en même temps de 26 francs à 32 fr. 90 et 35 fr. 30.
Eh bien, cette hausse provoque immédiatement une diminution brusque de la consommation.
Cela est si vrai que la consommation augmente
Tannée suivante (1899) quand le blé et la farine sont en baisse.
« Cette démonstration vous paraît-elle insuffisante, ajoute mon interlocuteur, en voulez-vous une contre-épreuve plus décisive encore? — La voici :
« Depuis 1864 jusqu'à 1870, le blé, la farine et même le pain ont été taxés à l'octroi de Paris. Nous connaissons donc exactement les quantités introduites dans la capitale. Rien n'est plus facile que de convertir les grains en farines à 70 p. 100, de façon à n'avoir qu'un chiffre pour les entrées de froment. Quant au pain, les quantités venues du dehors sont négligeables.
« Voici les résultats de mes calculs :
Entrées totales de froment à Paris.
Miniers de quintaux.
« Les quantités consommées augmentent en 1865, puis elles diminuent en 1866, restent stationnaires en 1867 malgré l'énorme affluence des visiteurs de l'Exposition, diminuent encore en 1868, et enfin augmentent brusquement en 1869.
c< Pour expliquer ces variations il suffît de noter les fluctuations des récoltes et des prix :
Entrées à Paris
de froment
Récoltes
Prix
Prix du pain
en grains
en
du froment
à Paris
Années.
et farine.
France.
par hect.
par kilogr.
Milliers quint.
Millions lieet.
fr. c.
fr. c.
c( Ainsi, les récoltes d^ 1863 et 1864 sont belles, le prix du froment diminue, et celui du pain également.
c< En conséquence, la consommation de Paris augmente de 33 000 quintaux.
c< Voici maintenant une contre-épreuve. La récolte de 1865 est moins bonne, celles de 18'66 et 1867 sont mauvaises. Les cours du froment s'élèvent et le prix du pain augmente.
« En conséquence, la consommation de Paris diminue malgré l'Exposition et l'augmentation constante de la population parisienne. Au contraire, les belles moissons de 1868 et 1869 provoquent une baisse du froment et du pain, et les entrées du froment augmentent brusquement. »
Nous avouons que ces faits nous paraissent très
instructifs et probants. La conclusion qu'il est permis d'en tirer serait la suivante :
— A cette heure encore, la consommation du froment est subordonnée aux variations de prix de cette céréale. Le développement de la consommation dépend de la persistance des cours peu élevés. Toute hausse restreindrait la consommation, et comme nous produisons, aujourd'hui, à peu près Téquivalent de ce que nous consommons, toute hausse artificielle aurait pour conséquence de laisser invendue une partie de nos récoltes.
Toute tentative de « trust » élevant les prix sur nos marchés aboutirait ainsi à un désastre, parce que les réserves accumulées provoqueraient tôt ou tard une liquidation en baisse qui aurait pour effet l'effondrement des cours et la disparition du Ci trust ».
Les cultivateurs doivent donc se résoudre à accepter les cours actuels ou à réduire leur production.
BIBLIOGRAPHIE
Suuchon, Les Cartells de V Agriculture en Allemagne^ Paris, Librairie Armand Golin,M903.