‹ Questions agricoles d'hier et d'aujourd'huiChapitre 20 sur 51 · GOMMENT COLONISER · texte numérisé non relu

GOMMENT COLONISER

« Nous devrions coloniser ; — nous ne savons pas coloniser ; — nous avons des colonies et pas de colons ; — tous nos colons sont fonctionnaires ou aspirants fonctionnaires. »

Ce sont les critiques habituelles; nous les connaissons, vous les connaissez aussi. Il reste à savoir ce qu'elles valent.

« Nous devrions coloniser. » Oui; et l'on a raison, mais c'est une banalité. Pourquoi devrionsnous coloniser? Voilà ce qu'il faut comprendre pour savoir où l'on marche et ce que l'on veut.

Notre beau, notre grand et cher pays possède deux catégories de richesses aussi indispensables Tune que l'autre parce qu'elles se complètent : des activités et des capitaux. Cherchez des hommes jeunes, énergiques, instruits, dévorés du désir d'agir et de se faire leur place au soleiL Vous en trouverez, non pas dix, ni cent, mais mille. Ils cherchent eux-mêmes l'occasion désirée, l'emploi de leur activité et de leurs connaissances, et pour cela des moyens d'action, c'est-à-dire des capitaux.

Quant aux capitaux, la France en est si riche qu'elle en est comme embarrassée.

Cela est si vrai que les capitalistes se font concurrence à l'envi et se contentent d'un intérêt

dérisoire. Nous prêtons un peu à tout le monde

— quitte à subir de temps à autre des désastres effroyables, et... l'on recommence.

Eh bien! voyez-vous pourquoi nous devrions coloniser? C'est précisément pour pouvoir trouver au dehors, sur des terres françaises, chez nous, l'emploi de ces activités et de ces capitaux. Voilà la raison, la vraie, la seule. Coloniser, c'est utiliser dans de meilleures conditions des hommes et des capitaux; c'est faire, — en dépit des échecs inévitables, — la fortune des Français qui s'expatrient et celle des capitalistes qui leur fournissent des avances, des matériaux, des machines.

Coloniser — dans le bon et le vrai sens du mot

— c'est trouver le moyen de gagner, sur une terre nouvelle, plus d'argent qu'on en eût gagné dans la mère patrie. On crée de cette façon des richesses qui, sans cela, ne seraient pas nées. On fonde la fortune des colonies tout en accroissant celle du pays qui les a conquises.

Voilà pourquoi nous devrions coloniser. Voilà le but ; nous verrons tout à Theure comment il est possible de l'atteindre.

« Nous ne savons pas coloniser. » C'est une exagération. En Afrique, nous avons accompli une œuvre considérable. Or, la colonisation de l'Algérie ne date pas de plus de cinquante ans; celle de la Tunisie a commencé réellement il y a

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