‹ Questions bibliques [microform]Chapitre 11 sur 45 · II Cor. xiii · texte numérisé non relu

II Cor. xiii

bord, à litre de certitude, les assertions d'une école toute récente, qui reconnaît elle-même qu'elle a plusieurs fois changé de thèses et de principes de critique.

La théorie des deux documents du Pentateuque n'a commencé qu'en 1753 par le livre d'Astruc : Conjectures sur la Genèse. On peut voir dans Reuss toutes les vicissitudes qu'a subies cette théorie, jusqu'au jour où l'école la plus récente des critiques a imaginé de s'appuyer, pour classer les documents différents dont elle supposait l'œuvre de Moïse composée, sur les couches successives de législation qu'elle a cru rencontrer dans l'histoire d'Israël.

Elle sortait ainsi du terrain de la critique linguistique pour entrer sur le terrain de l'histoire religieuse. Elle modifiait parla complètement les bases de sa doctrine et lui faisait porter des conséquences imprévues. Malheureusement, au lieu de la suivre sur ce nouveau terrain, les défenseurs de l'orthodoxie se sont attardés sur celui de la critique littéraire. De là ces assertions audacieuses qui, n'étant pas combattues, se donnent comme le dernier mot de la science. De là cet engouement de certains esprits, cet effarement de certains autres, et cette idée que désormais tout doit être changé dans les croyances chrétiennes relativement à" la Bible. Conclure de l'existence de ces théories à la

nécessité immédiate de modifier les enseignements traditionnels, c'est certainement tirer une conclusion hâtive, contraire à la vraie prudence scientifique.

Mais il est une autre conclusion qui ressort évidemment de cette situation, c'est la nécessité d'étudier sérieusement et impartialement les questions bibliques. I-a méthode que je viens d'indiquer me semble, en séparant les questions les unes des autres, en mettant à part les questions générales d'histoire et les questions minutieuses de critique, devoir rendre ces études plus faciles. Si ceux qui s'occupent de l'histoire générale d'Israël peuvent commencer ce travail en faisant provisoirement abstraction des résultats de la critique, ceux, au contraire, que leur nature d'esprit et leurs occupations antérieures portent vers la linguistique ou l'examen détaillé des textes, pourront l'entreprendre en supposant acquises les données historiques générales que d'autres démontreront. U y a même certaines questions de critique qui peuvent être traitées indépendamment de l'histoire : telle est, par exemple, la question de l'élohisme et du jéhovisme*. Un travail sérieux et développé, fait par un critique catholique compétent, discutant à fond

1. Voir l'article de l'abbé de Broglie, intitulé : Élohim et Jahveh (Putois-Crelté, Paris).

les arguments en faveur de cette hypothèse, serait éminemment utile : il y a là une lacune de l'apologétique contemporaine à combler.

Il serait donc très utile que les catholiques qui ont la capacité et le loisir nécessaires se tournent vers l'étude de ces questions. C'est une œuvre urgente ; car les adversaires du christianisme concentrent en ce moment leurs attaques sur ce point, qu'ils considèrent comme plus faible que les autres.

La nouvelle édition de VHistoire ancienne de r Orient de Maspero traite le peuple juif et la religion de Moïse d'une manière plus injuste et plus méprisante que la première. Qu'il me soit permis d'en extraire, à titre de spécimen, le singulier passage suivant : « La religion d'Israël ne différait pas sensiblement, à l'origine, des autres religions chananéennes. Elle reconnaissait des dieux de nature diverse, dont le plus important s'appelait Jahveh. Jahveh était le dieu national d'Israël, au même titre que Kamosh était le dieu national de Moab et Melquarth le dieu national de Tyr. Jahveh, figuré par deux pierres sacrées, analogues aux bétyles, habitait dans l'Arche...

« Le temple construit par Salomon ne fit disparaître ni les autres sanctuaires ni les fêtes locales. Salomon ne l'avait point bâti à cette intention ; il voulait simplement avoir son Dieu près de lui, sous sa main. Aussi bien Jahveh n'était pas un Dieu

exclusif; il se déclarait supérieur aux autres dieux, mais il reconnaissait leur existence et consentait à leur donner asile. Il y avait à côté de lui une Astarté et son collège de prêtres, un serpent d'airain qui guérissait les piqûres d'animaux venimeux. Les chevaux et les chars de Baal entraient solennellement dans son temple, les courtisanes sacrées y tissaient les tentes, où les jours de fête elles accueillaient les pèlerins. Les pleureuses s'y lamentaient sur la mort de Tammouz Adonis^. »

En même temps que cette histoire fantaisiste de la religion d'Israël est offerte aux jeunes générations dans un manuel d'enseignement par le maître de l'égyptologie française, devenu, sous l'influence de la passion irréligieuse, l'émule des Soury et des Jacolliot, la traduction de la Bible de M. Ledrain, faite suivant la méthode de la nouvelle exégèse, avec les Juges en tète et le Pentateuque au milieu, est en cours de publication; et enfin M. Renan commence le livre sérieux sur l'histoire d'Israël par lequel il espère se relever aux yeux du public du répugnant scandale de ses derniers écrits. Il est à craindre que ces idées inouïes de l'histoire d'Israël ne pénètrent dans les esprits et ne deviennent des préjugés très difficiles à déraciner.

1. Maspero, Histoire ancienne des peuples de l'Orient, 2« édition, pages 543-545.

Il est donc temps de mettre à l'ordre du jour, parmi les catholiques, les grandes questions relatives au Pentateuque et à Vhistoire d'Israël. Il est temps de défendre un terrain qui nous appartient et qui menace d'être conquis par les ennemis de la foii?

1. J'ai sous la imaîn une rédacUon inédite du même chapitre; mais comme elle est beaucoup moins parfaite et que d'ailleurs elle contient les mêmes idées, j'ai pensé qu'il était superflu de la livrer au public.

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