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MÉTHODE DE CONSTRUCTION

Nous avons vu comment l'exégèse moderne détruit le récit traditionnel ; nous allons voir comment elle le reconstruit.

D'après ce que nous venons d'exposer, l'édifice de l'ancienne histoire serait, si ces théories étaient vraies, entièrement ruiné. Ses murailles seraient renversées, sa charpente descellée des murs, les divers fragments seraient détachés les uns des autres; il serait même loisible au critique de les scier en autant de parties qu'il le voudrait : le terrain serait libre et dégagé. Il ne resterait comme

point d'attache que certains écrits des prophètes des septième et huitième siècles que la critique est obligée de respecter, parce que leur date résulte de l'état politique qu'ils supposent, et que l'histoire politique de ces siècles, contrôlée par les documents assyriens, ne peut pas être contestée.

Voici comment s'accomplit, l'œuvre, désormais facile, de la reconstruction de la nouvelle histoire. L'architecte trace d'abord son plan, c'est-à-dire choisit une hypothèse relative à la manière dont les événements ont dû se succéder et dont les idées et les institutions ont dû se développer dans le peuple d'Israël, L'hypothèse est facile à choisir : elle est toujours une application de la grande théorie de l'évolution, combinée avec l'idée que les Israélites étaient barbares au temps de l'exode. Il s'agit toujours démontrer comment les idées religieuses, les institutions, la législation, se sont développées à partir de l'état rudimentaire qui convient à un peuple qui sort de la barbarie, jusqu'à la pleine formation de la civilisation hébraïque. L'hypothèse une fois choisie, rien de plus aisé que de trouver des faits qui la confirment. Il suffit de chercher dans les documents bibliques tous les faits

et tous les passages qui viennent à l'appui de l'hypothèse et de les rassembler en un récit continu. Quant aux faits dont la signification serait contraire, on les écarte comme légendaires ou comme inventés par les historiens dans un but dogmatique pour légitimer la grande fraude sacerdotale. Dans d'autres cas, on admet un fait, mais en le dénaturant sous prétexte de rectifier une altération systématiquement réalisée jadis par les prêtres ou les prophètes. On procède, en un mot, exactement comme l'architecte qui reconstruit. Celui-ci choisit les pierres qui conviennent, les pièces de charpente qui peuvent servir : il les coupe, en modifie la forme, s'il le faut; et il renvoie au chantier de démolition les matériaux inutiles.

Nous n'exagérons nullement. Il suffit de lire l'une des histoires nouvelles, celle de Renan, celle de Stade, et de les comparer ensuite au texte biblique, pour voir paraître avec évidence ce procédé de composition.

M. Renan, dans chacun de ses chapitres, a soin de rappeler que les documents sont légendaires; après quoi, il s'appuie sur ces documents. Cela est nécessaire, puisqu'il n'y en a pas d'autres ; la Rible est la seule source d'information. Quant à la manière de procéder des autres critiques, il suffit pour l'apprécier, de citer au hasard des exemples. Le livre de Samuel parle de femmes qui s'assemblent

auprès du tabernacle de témoignage. Selon Wellhausen, ce tabernacle n'existe pas : donc ce passage est une interpolation. Salomon fait une magnifique prière monothéiste en dédiant le temple. Comme la théorie ne permet pas de croire que les Israélites fussent monothéistes à cette époque, le document est apocryphe. Le prophète Ahijah, en annonçant à Jéroboam que Dieu lui donne dix tribus à gouverner, ajoute qu'il réserve une tribu au fils de David, qui doit régner à Jérusalem, la ville que Jéhovah a choisie pour y mettre son nom. Il plaît à Kuenen de supposer que les prophètes de ce temps blâmaient la construction du temple de Jérusalem, et que c'est pour cela qu'ils approuvaient la révolte de Jéroboam. Dès lors il admet comme vrai le fait qu' Ahijah a encouragé Jéroboam à la révolte ; mais il déclare son discours apocryphe et en donne la raison suivante : <( Le principal motif pour lequel nous devons considérer ce document comme apocryphe, c'est que ce prophète parle favorablement de Jérusalem comme centre religieux^. » Il est difficile d'avouer plus naïvement une pétition de principe : le texte est apocryphe parce qu'il est gênant.

Un procédé analogue s'applique, non plus seulement aux faits de détail, mais aux longs récits. Les

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