‹ Questions bibliques [microform]Chapitre 29 sur 45 · Histoire du peuple d'Israël, préface, p. xv · texte numérisé non relu

Histoire du peuple d'Israël, préface, p. xv

civilisation de l'Egypte, celle de la Chaldée et celle de la Chine, et que ce sont les Aryas et les Sémites qui, apparaissant vers l'an 2000, ont apporté dans le monde l'institution du mariage et un commencement d'honnêteté relative.

Il n'a donc pas songé que le Livre des morts égyptien, qui remonte bien avant l'an 2000, qui appartient au moyen empire, sinon à l'ancien, contient un admirable code de . morale sous la forme de la confession négative du défunt, et dans cette confession cette phrase : « Je n'ai point affligé la veuve. » La famille et la moralité existaient donc dans l'ancien empire égyptien. Il n'a pas pensé non plus que parler de la civilisation chinoise comme étrangère à la notion de la famille, à l'idée de l'autorité et du respect des pères et des aïeux, et ajouter que l'idée de la famille a été introduite en Chine par les Aryas et les Sémites, qui n'y ont jamais été, c'est énoncer une véritable énormité. Enfin, il semble ignorer que l'on a trouvé dans les plus anciens monuments de la Chaldée, des psaumes de pénitence, ayant une frappante analogie avec les psaumes bibliques : ce qui ne se concilie guère avec l'idée d'un peuple ignorant absolument la moralité^. Nous avons peine à comprendre l'étrange distraction de M. Renan

1. Voir sur ce point Abbé de Broglie, La Morale sans Dieii, ch. I, Pulois-Cretté, Paris, 1886.

dans ce chapitre; il se montre ordinairement mieux renseigné, et se tient mieux au courant des derniers résultats de la science. Faut-il, par une comparaison qui ne peut être que flatteuse pour lui, lui appliquer le vers d'Horace :

Quandoque bonus dormitat Homerus,

ou bien serait-ce de sa part un abus de la confiance que ses lecteurs lui témoignent et de l'indulgence que le public lui a montrée ? et pourrait-on alors appliquer à l'auteur et au lecteur ces vers d'un roi à son confident dans une parodie des tragédies classiques :

Ce que je viens de dire, au reste, est bien écrit, Mais je n'en pense rien, c'est pour t'orner l'esprit?

Quoi qu'il en soit , la nouvelle Genèse est évidemment bien inférieure à l'ancienne. La comparaison même n'est pas possible; et il y aurait une sorte de blasphème à placer, à côté de l'élucubration étrange que nous venons d'exposer, le récit de Moïse où l'on trouve si noblement affirmées l'unité de la race humaine, la fraternité des hommes entre eux et leur distinction d'avec les animaux. Moïse nous donne encore une profonde explication de l'origine du mal par l'abus de la liberté, et des maux de l'humanité par la loi de solidarité et la faute du chef de l'humanité : explication mysté-

rieuse sans doute, mais pas plus que la condition de l'homme ici-bas. A la différence de la plupart des genèses païennes, la Genèse biblique ne contredit pas la doctrine du progrès si populaire de nos jours; si elle ne nous montre pas l'homme primitif vivant à l'état absolument sauvage, elle nous le montre pauvre, arrachant péniblement sa nourriture à une terj'e maudite et nous signale les premiers progrès de civilisation. Il y a sans doute dans ce récit biblique certains détails étranges, en petit nombre cependant, dont l'acceptation semble pénible à certains esprits, bien que d'autres ne voient aucune difficulté à les admettre.

Sans discuter ici la question de savoir dans quelle mesure ce fardeau pourrait être allégé, au moyen de certaines opinions des anciens Pères que l'Église n'a pas condamnées^, nous pouvons dire que cette difficulté n'est rien à côté de celle qui naîtrait s'il fallait croire, non pas au récit de Moïse sur les origines, mais à celui de M. Renan. Ce serait alors, ce que l'Église ne demande jamais et ne peut jamais demander à ses enfants, un véritable sacrifice de la raison.

Laissons maintenant de côté celte singulière préface, et arrivons à l'histoire proprement dite du peuple d'Israël.

1. Vigoureux, Manuel biblique, t. 1", p. 446, et M''' FreppeL Origène, leçon xxxi«.

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