‹ Questions bibliques [microform]Chapitre 34 sur 45 · Voy. les ouvrages de l'abbé Dumax · texte numérisé non relu

Voy. les ouvrages de l'abbé Dumax

vénérés comme des modèles. On ne comprend pas pourquoi un auteur du temps des prophètes aurait mentionné, sans aucune réprobation, le fait de Racliel emportant avec elle les idoles de son père. Ici nous pouvons nous appuyer sur une remarque faite par M. Renan lui-même, remarque dont le fond est vrai, bien que l'auteur en ai tiré des conséquences outrées et inexactes. Elle consiste dans l'observation d'une différence entre la religion des patriarches telle que la Genèse la décrit, et la religion du peuple d'Israël après l'exode. L'une et l'autre consistent en un monothéisme pur et élevé, mais le monothéisme des patriarches a un caractère moins exclusif et moins militant contre le paganisme. Les relations d'Abraham avec Abimélech et Pharaon semblent indiquer que ces souverains reconnaissaient Abraham comme un prophète du Dieu suprême qu'eux-mêmes adoraient sous un autre nom que lui. Laban est certainement polythéiste, et Jacob cependant, sans cesser d'adorer le Dieu que craignait Isaac, est dans une sorte de communauté d'idées avec ses cousins. Il contracte avec Laban une alliance avec serment, chacun jurant par son Dieu, sans que Jacob proteste formellement contre le polythéisme. A la suite d'une révélation spéciale du Tout-Puissant, Jacob purifie sa maison des idoles, mais il se contente d'enterrer ces objets de culte sous un térébinthe, sans qu'il

soit parlé de châtiment infligé à ceux qui les possédaient. A partir de l'exode, au contraire, et plus tard au temps des prophètes, le culte de Jahveh a un caractère beaucoup plus sévère et plus exclusif : les dieux étrangers sont considérés comme des ennemis, l'idolâtrie comme une abomination.

Dès lors on se demande, si la vie des patriarches était un mythe, qui aurait pu imaginer un tel roman. Un auteur monothéiste du temps des prophètes aurait créé les faits et les aurait appréciés selon la pensée d'un monothéisme sévère et exclusif. Un auteur du temps compris entre l'exode et les prophètes aurait été, si nous en croyons l'école moderne, à demi païen ; et imbu d'idées grossières et matérialistes, comment aurait-il pu imaginer le culte spiritualiste des patriarches?

En résumé, l'explication mythique est tout à fait arbitraire : elle est fondée sur une fausse assimilation de l'histoire d'Israël avec celle des autres peuples. Si elle résout, au moyen du procédé par trop commode qui consiste à supprimer le problème tout entier, certaines difficultés relatives aux détails de la vie patriarcale, elle fait naître des difficultés beaucoup plus grandes. La création artificielle d'une légende de ce genre, ayant un caractère de réalité si frappant, et représentant un état social et religieux si différent de celui des temps postérieurs, est très difficile à concevoir.

L'acceptation d'un tel récit par une nation entière avec la fermeté d'adhésion, et l'uniformité précise de la croyance qui existe dans le peuple d'Israël, serait encore très invraisemblalDle si ce récit était une légende sans fondement.

Restent les difficultés de détail dont nous avons parlé. On peut y répondre de deux manières, sans avoir recours à la théorie mythique. Si l'on fait abstraction de l'inspiration du récit et qu'on se tienne sur le terrain purement historique, commun aux croyants et aux non-croyants, on peut dire que ces difficultés ne mettent en question que les détails même du récit et n'ébranlent nullement la vérité de l'ensemble. L'ensemble du récit de la vie des patriarches doit être en accord avec les souvenirs nationaux : les détails ne sont garantis que par le narrateur ; lors même que celui-ci aurait laissé dans son récit des inexactitudes, la vérité de la tradition subsisterait.

Si maintenant on veut tenir compte de l'inspiration qui ne permet pas d'admettre d'erreur dans la narration telle qu'elle a été rédigée par l'auteur sacré, il faut se contenter des explications des exégètes; et, si elles ne paraissent pas suffisantes, ranger ces difficultés parmi les problèmes non encore résolus de l'exégèse biblique. Recourir à l'explication mythique n'est pas nécessaire pour l'historien non- croyant, qui peut admettre des er-

reurs de détail, et n'est pas permis à celui qui admet l'inspiration; car le mythisme est une erreur générale aussi opposée, si ce n'est plus, à la doctrine sur l'inspiration, que la supposition de détails erronés. La théorie mythique est une hypothèse inutile pour l'historien profane, insuffisante et inadmissible pour le théologien.

Il n'y a donc aucune raison de l'admettre.

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