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LES PROPHÈTES ET LE NOUVEAU TESTAMENT

Nous avons établi que la théorie naturaliste est insoutenable en ce qui concerne l'œuvre des Prophètes accomplie entre le huitième et le sixième siècle avant Jésus-Christ; nous ne tiendrons néanmoins pas compte de cette démonstration pour écarter dès à présent cette théorie d'une manière absolue. Nous entreprendrons l'étude des prophéties messianiques avec une pleine et complète impartialité, laissant les faits prononcer entre les deux conceptions que Kuenen a mises en présence.

Voici comment notre auteur pose les objections que l'étude du Nouveau Testament fait naitre contre sa théorie.

En premier lieu, il est certain que les auteurs du Nouveau Testament croyaient à l'existence de vraies prophéties et qu'ils ont constamment recours à l'accomplissement des prédictions des Prophètes

1. Voir Les Prophètes et les Prophéties d'après les travaux de Kuenen {Revue des Religions, mars-avril et mai-juin 1895).

comme à une preuve incontestable de la mission divine du Christ.

En second lieu, il existe, entre un grand nombre de textes de l'Ancien Testament et les événements racontés dans le Nouveau, un accord très singulier constaté par l'apologétique chrétienne. La théorie naturaliste est obligée de substituer à l'explication chrétienne de cet accord une autre explication suffisante.

Pour répondre à la première objection, Kuenen distingue entre l'autorité dogmatique des auteurs du Nouveau Testament et leur autorité exégétique.

Il récuse leur autorité dogmatique. Il considère la science et l'histoire comme indépendantes du dogme chrétien. Le Nouveau Testament est composé de livres distincts; les auteurs ont chacun leur opinion. On ne sait dans quelle mesure ils reproduisent la pensée du Christ. En tout cas, rien, ne prévaut contre ce qui est scientifiquement démontré. Or, selon lui, le non-accomplissement des prophéties anciennes est un fait démontré qui rend insoutenable la théorie supra-naturaliste.

Nous ne serions pas étonné de trouver ces opinions exposées par un savant purement laïque. Elles sont un peu étranges dans la Louche d'un professeur de théologie ayant pour mission d'enseigner les principes de l'exégèse à des étudiants destinés au ministère ecclésiastique d'une église chrétienne. Nous pouvons ajouter que, même au point de vue profane, l'objection subsiste et exigerait, pour être détruite, une réfutation des preuves du Christianisme. Les prophéties, en effet, ne sont pas la preuve unique de la religion chrétienne. La divinité du Christ et l'autorité infaillible de l'Évangile peuvent être démontrées par d'autres arguments que celui tiré de l'accord des deux Testaments. Tant que ces arguments ne sont pas détruits, l'objection subsiste. Quiconque croit que le Nouveau Testament contient une révélation divine ne saurait admettre une théorie contraire à la pensée de tous les écrivains qui l'ont composé.

Ayant ainsi récusé l'autorité dogmatique du Nouveau Testament, Kuenen discute son autorité scientifique.

Les auteurs du Nouveau Testament sont-ils des exégètes dignes de confiance? Est-ce à eux que les savants doivent s'adresser pour découvrir le vrai sens de l'Ancien Testament? Ici Kuenen entreprend une savante et intéressante étude sur le? citations des textes prophétiques de l'Ancien Tes-

tament présentées par les Apôtres et les ÉvangéHstes.

Il établit, en premier lieu, en se fondant sur des travaux d'exégètes antérieurs, que les citations de l'Ancien Testament sont faites presque toujours sur la version des Septante et non sur l'original hébreu dont le texte des Septante est souvent très dififérent. Il montre, en second lieu, que ces citations sont souvent faites de mémoire, que le texte n'est reproduit que d'une manière approximative. Il relève, en troisième lieu, un certain nombre de citations dans lesquelles le sens donné par le Nouveau Testament est directement contraire au sens naturel du même passage dans l'Ancien Testament,

Tout le monde connaît le passage d'Osée. « Quand Israël était jeune, je l'aimai et j'ai rappelé mon fils de rÉgypte. » Il est évident d'après le contexte que ce fils n'est autre que le peuple d'Israël. Or saint Mathieu considère la seconde partie du verset comme la prophétie du retour de la sainte Famille d'Egypte à Nazareth. Kuenen fait une constatation plus étrange encore : quand il arrive aux auteurs du Nouveau Testament de se servir d'un texte de l'Ancien dans un sens contraire au sens naturel des termes, ils ne craignent pas d'altérer le texte et de supprimer les phrases, les incises et les mots qui fixaient le sens de l'original.

Ainsi, quand saint Paul applique à la foi au Christ

le texte du Deutéronome où il est parlé de la loi, voici comment il établit son raisonnement. Le Deutéronome contient le passage suivant : « Ce commandement que je vous donne aujourd'hui n'est pas caché pour vous, il n'est pas éloigné de vous. Il n'est pas dans le ciel pour que vous puissiez dire : qui montera au ciel pour nous l'apporter et pour que nous puissions l'entendre et l'accomplir? Il n'est pas au delà de la mer pour que vous puissiez dire : Qui traversera la mer pour nous l'apporter, pour que nous puissions l'entendre et l'accomplir? Non; cette parole est tout près de vous, dans votre bouche, dans votre cœur pour que vous puissiez la pratiquer i. » Voici maintenant la citation de saint Paul : « Christ est la fin de la loi pour la justice pour tous les croyants. Or Moïse décrit ainsi la justice : Celui qui accomplira ces choses vivra par elles. Quant à la justice qui vient de la foi, il en parle ainsi : Ne dis pas dans ton cœur : qui montera au ciel (c'est-à-dire pour faire descendre le Christ d'en haut), ou qui descendra dans l'abîme (c'est-à-dire pour faire remonter le Christ d'entre les morts)? Mais que dit l'Écriture? La parole est près de vous, dans votre bouche, dans votre cœur : c'est la parole de la foi que nous prêchons. C'est-à-dire si vous con-

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