‹ Questions bibliques [microform]Chapitre 8 sur 45 · METHODE A SUIVRE · texte numérisé non relu

METHODE A SUIVRE

Je crois que l'ensemble de ces considérations peut être utile pour rassurer ceux qui sont effrayés des arguments de la nouvelle exégèse, et en même temps pour indiquer le meilleur moyen d'y répondre. Mais ce moyen, il importe de le préciser; il faut envisager de plus près le procédé de défense qu'exige la critique rationaliste.

Lorsqu'il s'agit d'entreprendre la réfutation des théories actuelles, une grave question de méthode se pose devant l'esprit. Dans quel ordre convient-il de traiter les problèmes que l'on a soulevés? Les questions de critique doivent-elles passer avant celles d'histoire, ou réciproquement? Faut-il montrer d'abord que Moïse a été l'historien de l'Exode,

OU commencer par établir qu'il a été le chef et le législateur d'Israël?

Jusqu'à présent on a donné la priorité, dans l'ordre de la discussion, aux questions de critique, d'après ce principe, en apparence très logique, que les faits de l'histoire étant puisés dans les documents, il faut, avant de commencer à les raconter, avoir vérifié la valeur des livres où ils sont contenus. Cet ordre a été adopté par les deux partis en présence.

Dans l'apologétique chrétienne traditionnelle, la première question que l'on discute est celle de l'authenticité de l'œuvre attribuée à Moïse. La première thèse que l'on cherche à établir est celle-ci : Le Pentateuque tout entier est l'œuvre de Moïse. C'est une thèse de critique littéraire. On s'appuie ensuite sur le témoignage de Moïse, auteur et témoin des grands événements qui ont accompagné la promulgation de la Loi, pour prouver que ces événements se sont passés comme le raconte le texte sacré.

L'école opposée procède de même. C'est par la discussion de l'authenticité du Pentateuque que commence la série des objections qu'elle apporte contre les thèses traditionnelles : la distinction des documents élohiste et jéhoviste est le point de départ des théories modernes sur l'histoire d'Israël.

Or cet ordre, bien que très logique en appa-

rence, présente dans la pratique de très graves inconvénients, tant au point de vue de la clarté de la controverse en général, qu'au point de vue plus spécial de la défense de l'ancienne histoire religieuse d'Israël.

En premier lieu, lorsqu'on commence la discussion par les questions de critique, on échappe difficilement au reproche de tourner dans un cercle. Si, en effet, d'une manière générale, l'histoire s'appuie sur les documents, la critique des documents à son tour demande une certaine connaissance de l'histoire. Il est vrai que l'on suppose ordinairement cette connaissance suffisamment fournie par la tradition; c'est sur cette base traditionnelle que l'on cherche à appuyer les arguments de la critique. Mais lorsqu'il arrive, et c'est le cas de l'histoire d'Israël à notre époque, que l'histoire traditionnelle est gravement contestée dans quelques-unes de ses parties essentielles, les démonstrations relatives à l'authenticité des livres perdent beaucoup de leur force. Vérifions cette, assertion par l'examen des principales preuves de l'authenticité du Pentateuque.

La preuve extrinsèque repose sur la tradition et sur l'usage continuel de ce livre qui était, dit-on, le code constamment appliqué de la nation israélite.

Or les exégètes modernes soutiennent, par des

arguments qui peuvent être réfutés, mais qui ne manquent pas d'une certaine force, que l'état religieux des Israélites avant le règne de Josias était foncièrement différent de celui qui a existé plus tard, que le code attribué à Moïse était avant cette époque absolument inconnu, que ses prescriptions principales étaient ignorées ou traitées comme non existantes, même par les prophètes et les saints personnages. Si cette théorie historique était exacte, la preuve traditionnelle serait absolument sans force, ou plutôt la tradition se tournerait contre l'authenticité duPentateuque, puisque l'état religieux le plus ancien serait contraire à ce qui devrait résulter de l'existence de la loi mosaïque.

On peut sans doute répondre à cette objection, mais comment et à quelle condition? A la condition de discuter l'histoire religieuse d'Israël au temps de la monarchie ; à la condition de montrer que la vraie interprétation des livres dans lesquels cette histoire est contenue est conforme à l'idée de la préexistence d'une loi semblable à celle du Pentateuque. Tant que cette thèse d'histoire ne sera pas démontrée, l'argument traditionnel en faveur de l'authenticité du Pentateuque semblera porter en l'air.

On a essayé pendant longtemps d'échapper à cette difficulté, plus ou moins obscurément sentie, au moyen de l'argument tiré du Pentateuque sa-

maritain. S'il pouvait être démontré que le texte qui a été conservé dans le petit groupe des descendants des anciens Samaritains, aujourd'hui habitant àNaplouse, provenait du royaume d'Israël, sans communication possible avec celui de Juda, on serait certain que le Pentateuque existait déjà, au temps de Roboam, à peu près tel que nous le possédons. Mais cet argument n'est pas pleinement démonstratif. Les communications entre Jérusalem et le royaume du Nord ont été fréquentes. Avant la captivité, Josias a poussé sa réforme jusqu'au milieu des débris des Israélites restés en Palestine après la conquête de Samarie et le transport en Assyrie de la masse de la nation. Après la captivité, au temps de Néhémie, c'est un prêtre venu de Jérusalem qui, au dire de Josèphe, a fondé le temple du mont Garizim. Enfin les comparaisons établies entre le texte samaritain et la version des Septante ont fait croire à quelques critiques que le texte trouvé à Naplouse serait postérieur à cette version elle-même ^

Les preuves extrinsèques de l'authenticité du Pentateuque sont donc très affaiblies, sinon détruites, par les objections dirigées contre l'histoire religieuse d'Israël, et ne peuvent reprendre toute leur valeur que lorsque ces objections seront résolues.

Page 1