CHAPITRE III
DÉPENSES OCCASIONNÉES PAR LA TRANSPORTATION A LA GUYANE ET A LA NOUVELLE-CALÉDONIE.
Avant de terminer cet exposé des essais de colonisation pénitentiaire à la Guyane et à la Nouvelle-Calédonie, il me semble qu'il n'est pas sans intérêt d'indiquer les dépenses que la transportation a occasionnées à l'État dans chacune de ces colonies.
Elles ont été pour la Guyane de ... . 124,348,815 fr. 45 et pour la Nojvelle Calédonie de. . . . 106,217,982 fr, 87 soit en tout 230,566,798^.32
sans tenir compte des recettes en déduction (i). Ces chiflres qui, à première vue, paraissent éle-
1. Pour avoir l2S dépenses totales de la transportation au 31 décembre 1894, il faut ajouter à ces 2^0,566,798 fr. 32
pour Obock et le Gabon 1,458,884 fr. j
Total . , • 2?2,o25,68i fr. 65
- 9> vés le semblent beaucoup moins lorsque Ton considère que la première de ces possessions françaises a reçu en 43 ans (1852 à 1894 inclusivement) 27505 transportés et la seconde 20382 en 32 ans (1863 à 1894 inclusivement), en tout 47887 condamnés.
D'ailleurs, la dépense annuelle par homme n*a pas été beaucoup plus élevée que celle qu'occasionnait un forçat au bagne de Toulon.
En effet, si nous prenons une année au hasard> 1885 par exemple, nous trouvons que l'effectif de la transportation en Nouvelle Calédonie a été de 9900 hommes et la dépense totale de 5, 100,000 fr. 00 en chiffres ronds, ce qui donne 515 fr. 15 par condamné.
Le même calcul appliqué à la Guyane qui présente moins de ressources, pour la même année, fait ressortir les résultats suivants : dépense 2,460,000 fr. 00, effectif 3550 hommes, soit 672 fr. 96 par condamné.
Notons que ces dépenses comprennent les frais de colonisation assez élevés qu'il ne m'a pas été possible de déduire, les comptes-rendus du budget ne les mentionnant pas à part.
Il est vrai que dans les effectifs indiqués ci-dessus sont englobés un certain nombre de libérés astreints à la résidence, mais je n'ai pas cru
devoir les retrancher parce que les hommes de cette catégorie reto'mbent presque toujours à la charge de l'État.
Or, d'après les documents officiels pour les dix dernières années, de 1864 à 1873, chaque fofçat détenu au bagne de Toulon coûtait 459 fr. 47 (chiffre moyen) par an et ce "pri3^ de revient était en élévation constante, ce qui permet de penser que si les « chiourmes» n'avaient pas été supprimées, il aurait atteint en 1885, celui de la Nouvelle Calédonie, qu'il avait même dépassé en 1867 (554 fr. 89).
D'autre part, si la valeur de la main d'œuvre pénale ressortait dans les comptes de la Marine pour des chiffres plus élevés que dans ceux des colonies, — elle représentait près de la moitié des frais, tandis qu'il n'est guère perçu annuellement au titre du produit de l'emploi des condamnés plus de 500.000 francs pour la Guyane et la Nouvelle-Calédonie, — c'est que les travaux effectués dans nos ports de guerre étaient exactement évalués ce qui est impossible dans les colonies où les condamnés sont employés à des entreprises d'utilité publique d'une appréciation pécuniaire bien difficile ou mis à la disposition des services locaux, parfois gratuitement, le plus souvent contre une rémunération très faible.
o Ir. 50 par jour, jusqu'à ces derniers temps.
Comme je le disais dans la première partie de cette étude, les Anglais n*ont pas hésité, pour l'Australie, à engager des dépenses relativement bien plus élevées.
Passés maîtres en matière de colonisation, ils savent que toute tentative de cette nature nécessite, au début, des sacrifices considérables devant lesquels il ne faut pas reculer, afin de les continuer le moins longtemps possible, leur fractionnement entraînant toujours des pertes d'argent et de temps fort préjudiciables à la métropole et à la colonie.
En résumé, les essais de colonisation pénitentiaire de la France, s'ils n'ont pas été très onéreux, n'ont point donné tous les résultats qu'on en attendait, surtout à la Guyane.
Sans doute, le défaut de plan d'ensemble et le manque de persévérance ont été pour beaucoup dans ce peu de succès, mais on peut affirmer que rinsirffisance de la répression qui rendait improductif le travail des condamnés et les lacunes d'une réglementation mal conçue en ont été les principales causes.
Nous allons voir qu'instruite par l'expérience, l'administration des colonies s'est appliquée à corriger ces défauts.
L'on peut espérer aujourd'hui que la transportation définitivement organisée contribuera pour une plus large part à la prospérité de nos possessions d'outre-mer.
TITRE IV Moyens de répression.