CHÂP. UI. DU GOUVERNEMENT
sait nettement ainsi : « Faut-il garantir la liberté ou » la révolution? »
La Convention voulut du moins se donner quelque répit ; de là celte loi qui ordonnait au peuple souverain de choisir les deux tiers de ses représentants parmi les membres de la Convention. L'opinion publique se montra offensée de cette contrainte : la journée du 1 3 vendémiaire décida la question. Peu s'en fallut qu'après la victoire la Convention n'ajournât la mise en activité de la Constitution. Des voix courageuses s'opposèrent à cette témérité inspirée par la peur.
Après le second renouvellement, en 1797, Taristocratie révolutionnaire vit arriver le péril qu'elle avait ajourné : elle n'était plus en majorité dans les conseils législatifs. Ce fut alors qu'on put reconnaître le vice radical de la Constitution qui avait attribué la souveraineté au Corps Législatif et placé le pouvoir exécutif dans une position subordonnée.
S'il eût été une portion intégrante de la législature, si l'accord des deux pouvoirs eût été la condition indispensable du gouvernement, le Directoire ne se serait pas trouvé menacé dans son existence par la majorité des conseils ; il eût modifié sa marche et changé ses ministres. Mais un pouvoir exécutif à qui Ton refuse ce qu'il croit nécessaire, à qui l'on impose ce qu'il ne veut pas, sur qui porte une responsabilité , et qui par conséquent n'exerce qu'une autorité ministérielle ; qui ne peut articuler formellement son opinion, puisqu'il sera peut-être obligé
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d'y renoncer ; un tel pouvoir n'a pas le droit de s'appeler un goavernement. En vain ses ministres seraient-ils admis dans l'Assemblée, ou même en feraient partie , ils ne sauraient y avoir aucun asoe^ dant. Ne parlant pas au nom d^un pouvoir souverain , ayant pour indispensable devoir de chercher et de prévoir la volonté à laquelle ils vont obéir, ila sont des commis que le pouvoir exécutif livre timidement à une contradiction devant laqudle ils sMt obligés de fléchir. Tel avait déjà été le rôle des ministres pendant l'Assemblée constituante , et, plus encore, pendant TAssmnblée législative. Au contraire , s'ils étaient les chefs d^un parti, si ce parti les avait pour ainsi dire délégués auprès d'un pou* voir exécutif irresponsable , afin de faire régner leur opinion tant qu'elle conserverait la majorité, une double et réciproque influence serait exercée par un pouvoir sur l'autre. En communauté avec la législature, vivant dans son sein , le gouvernement y recevrait sa direction , y prendrait sa €3rce ; en même temps le pouvoir délibérant ne serait pas exposé à mal comprendre les besoins de l'État ou les nécessités de la circonstance ; la foculté donnée au pouvoir exécutif d'en af^er à l'opinion publk]ue, manifestée par une élection nouvelle, savait une excellente garantie. Un esprit jn^atique, des opinions appIicaUaa animeraient le gouvernement tout entier; l'opposi-^ tion elle-même, aspirant au pouvoir, s^ait amenée à connaître à quelles conditions il peut être exercé*
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Ainsi le Directoire n'avait pas un parti dans les conseils ; le public n^avait nul respect pour lui ; les élections le menaçaient; il passait alternativement des essais d'arbitraire an laisser-aller d'un pouvoir faible; il voyait partout des conspirations , parce que ce mélange de tyrannie et de mollesse les faisait naître ; il s'en prenait aux hommes du cours naturel des choses ; il pensait aux dangers delà République, mais plus encore au danger qui menaçait et lui et l'autorité dont il était le sommet et la garantie. Aucun moyen constitutionnel ne lui sembla suffisant ; il fit le 1 8 fructidor. Les conseils furent épurés par la déportation , les élections furent annulées. La souveraineté du peuple fut exprimée ce jour-là par une exécution militaire.
A dater de ce moment , personne ne put croire à
la Constitution de 1 795 : elle n'eut plus de lende- .main. Les élections perdirent toute liberté. L^année d'après on favorisa les scissions dans les assemblées électorales. Lorsque la majorité ne pouvait être espérée par les électeurs d'un parti , ils se retiraient et faisaient y de leur côté, une élection; puis l'opinion dominante dans les conseils optait à son gré pour l'élection qui lui était conforme. La composition du Directoire devint plus mobile et plus changeante que le choix des ministres. Tantôt les opinions exagérées et menaçantes pour Tordre public étaient favorisées ; puis le Directoire s'en effrayait et
s'armait contre dles d'une autorité arbitraire : nulle
liberté de la presse, des lois d'exil , de proscription et de oonfiscation remises ea vigueur et aggravées; les finances minées et ne recevant d'autre réparation que la banqueroute ; l'emprunt forcé et la loi des otages rappelant un régime de terreur; la guerre civile se rallumant ; la guerre étrangère recommencée par une politique sans foi et sans raison ; nos armées vaincues , notre territoire menacé : telle est Thistoire de ce gouvernement. U est pourtant une justice à lui rendre : jamais il ne pensa à cherdbier son pouvoir et son salut en déchaînant contre la société et la civilisation des opinions insensées et des passions crimindles.
La Constitution n'existait plus ; le Directoire succombait sous le mépris puUic ; les conseils législatifs ne représentaient plus la pensée de la France ; des partis vieillis et usés se disputaient l'ombre d'un pouvoir qui n'était plus nulle part. Néanmoins les q[>inions hostiles à la République étaient comprimées et sans force* C'était un gouvernemait qui s'écroulait sur lui-même par ia^missanœ. Depuissix mois , deux membres du Directoire cherchaiait nn remède à cette situation dans des prQjiets,roii les idées républicaines n'avaient plus de place. Le seul souci du plus hahiie était de trouver un dief militaire assex docile à ses conseils pour lui bdsser ré^er te kaadeaiaxa de cette révolution*
Le général B(maparie ne fut points ne pouvait pas être rinstrument de œs rèvaries^ oi^ se muaient Tambition et la peur. U le disait sans exagératicMU
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la mission de saaver la France lui fut donnée. La population entière le conjurait de chasser un gou* vemement repoussé par toutes les opinions , d'éta-blir Tordre , de ramener la victoire , de faire cesser un régime d^oppression et d'exclusion. Ce ne fut point Pattentat d^un général ambitieux, qui détruisit la République; elle tomba en ruine entre les mains de ceux qui Tavaient fondée, constituée et gouvernée.
Dans ces circonstances, naquit la Constitution de 1799 : elle s'appela aussi République, comme le gouvernement de la Convention , comme le gouvernement du Directoire. Dans Tëtat des esprits , on ne pouvait s'attendre à y trouver accès pour la liberté et ses garanties ; toutes les libertés étaient sacrifiées à celle sans laquelle il ne peut y en avoir d'autres : on demandait Tordre public.
Les préjugés étaient devenus tels contre les idées libérales que toute élection fut supprimée, tant Tex* périence avait détruit la foi au suffrage universel , même tempéré par deux degrés de scrutin. On se borna à lui demander la formation d'une liste, où dorénavant seraient pris les citoyens appelés à des fonctions de commune ou d'arrondissement. Ces notables communaux formaient , par élection , une autre liste , où devaient être choisis les fonctionnaires de département; enfin une liste nationale, destinée à pourvoir aux fonctions centrales de l'État, émanait des listes départementales. Ces trois listes étaient permanentes, ei. tous les trois ans, Télection en
comblait les vides. Cette hiérarchie appartenait aux idées de M. Sieyès , qui pensait depuis longtemps que rien de régulier et de stable ne pourrait subsister dans la société nouvelle , tant qu'elle ne se serait pas donné une aristocratie. Le premier consul attacha peu d'importance à cette conception; deux ans après il fit reparaître des élections qui n'étaient pas non plus destinées à être vraies.
Nous ne devons donc pas chercher dans cette Constitution, qui, comme les autres, fut déférée au suffrage universel, des enseignements pour la liberté ; nous savons qu'elle ne s' y pouvait trouver , et que les progrès du pouvoir despotique , affranchi de tout contre-poids , ont amené sa chute et le malheur du pays. Mais pourquoi ce gouvernement a t-il eu tant de gloire? pourquoi a-t-il laissé de si grands et ineffaçables souvenirs? pourquoi la France a-t-elle reposé pendant quarante-huit ans sur les fondations qui furent jetées alors ? Ce n'est point de la gloire militaire qu'il s'agit, c'est de l'esprit d'ordre, de gouvernement, d'administration, qui honore Napoléon plus encore que ses merveilleuses victoires.
Personne autant que lui n'a eu l'instinct et l'intelligence des conditions essentielles à toute société régulière et durable; personne n'a mieux compris comment devait être réglée la France nouvelle. Son ambition chimérique et sa passion de la guerre l'ont perdu ; il était antipathique aux justes et raisonnables institutions politiques; mais il entendait admirable-