CHÀP. III. DU GOUVERNEMENT
ment l'intérêt général et la vraie opinion du pays dans la sphère civile , dans la vie individuelle du citoyen ; il savait ce qu'il faut d'égalité et de hiérarchie dans la société telle qu'elle s'est faite ; sa tyrannie a blessé et comprimé les opinions, elle a été conforme aux mœurs ; le 'mécanisme administratif qu'il a établi , l'ordre judiciaire , tel qu'il l'a institué, le droit civil, comme il Ta consacré dans les Codes 9 sont la partie solide de la Constitution. Deux grandes révolutions n'ont pu établir des pouvoirs politiques un peu durables qu'à la condition de respecter cet édifice : il semble que le détruire ce soit rentrer dans le chaos. —
Pour accomplir cette œuvre , un grand discernement,^ une conduite habile étaient nécessaires. Il manifesta tout d'abord ce don de gouvernement; son exemple doit être étudié par quiconque aspire à âablir un pouvoir qui puisse subsister. Il se montra supérieur à tout esprit de parti, à tout souvenir des dissensions précédentes; il rappela les exilés; il distingua partout les supériorités de talent, de position, d'expérience surtout ; aucune coterie n'eut accès à son oreille; il garda d'extrêmes ménagements pour des hommes qu'il n'aimait point ou qu'il craignait, et peu à peu s'empara de leur obéissance jusqu'à la servilité; il avait goût aux honnêtes gens et savait que l'ordre repose sur eux ; son premier soin fut de faire rentrer dans les emplois publics les hommes que l'os* tracisme révolutionnaire en tenait éloignés ; il voulut
que Tautorité civile fût exercée doacement , et si , à l'époque de son grand despotisme, il encouragea des serviteurs trop zélés, c'est que le pouvoir absolu avait produit son effet accoutumé et le livrait à Tesprit de vertige et d'erreur.
Serions-nous donc dans la triste nécessité de reconnaître que notre patrie préfère à tout autre gouvernement un despotisme intelligent ? Et d'abord nous dirons que le despotisme est de sa nature inintelligent : l'exemple même de ce grand homme esï est une éclatante preuve. Maître de tout, on ne l'est point de sa passion, et dans le gouvernement intérieur de rintelligence humaine, la raison est bientôt opprimée.
Le gouvernement impérial ne périt point par les causes de ruine qu'il contenait en lui-même ; elles auraient pu avoir plus tard leurs effets probables , mais le sort de la France était placé sur les chances de la guerre; elle était soumise à les attendre, et elle acheta bien cher la fin du despotisme qui pesait sur elle ; c'était une funeste voie d'affranchissanent. La dignité et l'indépendance nationales en recevaient de déplorables atteintes.
Toutefois l'établissement constitutionnel, dont commença presque aussitôt Texpérience , renfermait de véritables éléments de liberté et ils reçur^fit leur développement. La Charte, tout octroyée qu'die était, avait l'avantage d'être une transaction, de ne point provenir d'une opinion dominante. En redite,