‹ Questions constitutionnellesChapitre 13 sur 22 · CHAP. IIL DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

CHAP. IIL DU GOUVERNEMENT

elle fut imposée aux partisans da poavoir absolu , aux désirs de vengeance, aax projets de contrerévélation. La nécessité , pins que le goAt on la conviction y Favait dictée an prince de qui elle émanait. Elle ftit prise comme garantie par la France non* vdle, par les intérêts qui s'y étaient créés, par les opinions et les mœurs qui devaient désormais com-> po8^ la vie morale du pays. Elle donna ainsi le sentiment et l'habitude des libertés légales. Ses institutions eurent au total un libre jeu, et succesnvement de nouvdles garanties en sortirrat.

Mais elle recelait un prindpe de mort. Admise par la nation comme une reconnaissance de ses droits, elle était intaprétée par le souverain et par une opinion que les circonstances rendaient forte, comme laissant subsister le droit de souveraineté absolue. On consentait à Texistence des deux chambres, à leurs discussions, à ]ears votes, jamais à leur souveraineté d'attributions. Il y avait un continuel mal-entendu sur la nature même du gouvernement; de là, inquiétude et méfiance réciproques; de part et d'antre les soupçons n'étaient pas sans fondement. On jouissait du présent, mais toujours avec une arrière-pensée sur l'avenir. Le pays se sentait menacé dans ses droits, dans ses sentiments intimes et irritables; le monarque se croyait toujours mis en danger par la Ubre expression des opinions, par Tindépendance des autres pouvoirs de l'État. Il engagea la lutte hors de la Charte ; il succomba.

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Cette remarquable et utile épreuve d'un gouvernement constitutionnel dura quinze ans et montra ce que valent les garanties données par la division et la balance des pouvoirs, lorsqu' aucun ne peut se prétendre souverain absolu, lorsqu'aucune opinion ne peut devenir dominante et obtient Seulement une influence momentanée et alternative sur le gouvernement. Une crise de violence , un triomphe de la force fut le dénoûment de cette sourde lutte entre lopinion publique et l'opinion du monarque; mais c'était lui qui , dans son aveuglement, avait jeté le pays hors du cercle légal et en avait appelé au hasard des événements.

L'expérience de cette Constitution ne peut donc pas être apportée en preuve contre Tefficacité de ses garanties. Elles résistèrent si bien aux prétentions du souverain , que, s'en trouvant gêné, il les attaqua ouvertement , qu'il succomba et que la Charte survécut.

Elle ne fut point essentiellement changée par la révolution de 1830. Ses garanties furent reconnues comme suffisantes et maintenues. On a parlé d'une charte bâclée, on s'est raillé de cet empressement à maintenir l'ordre public ; on a mis moins de temps à bâcler la ruine de la France.

Les circonstances où commença le gouvernaient de juillet étaient difficiles, et pourtant favorables à la liberté. La Charte cessait d'être une loi octroyée ; elle devenait un pacte contracté avec la nation ; le mo-

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narque ne pouvait plos songer an droit divin, ni à des retours vers un passé, où il n'avait rien de commun. La puissance du fait avait engendré ce gouvernement , mais non point dans un esprit de violence et de subversion. Au contraire il était appelé et reconnu dans un intérêt général de bon ordre et de conservation.

C'était une œuvre de raison ; chose importante , aucun parti ne triomphait ; nuUe opinion exclusive ne pouvait s'attribuer la domination. C'était sans doute une force de moins pour le pouvoir; mais aussi, n'ayant point à satisfaire les prétentions de partisans zélés ou exigeants, il pouvait et devait gouverner régulièrement et avec mansuétudç. Les attaques dirigées contre lui ne l'obligèrent pas à devenir dictatorial, ni à sortir de l'ordre légal. Chacune des grandes autorités de TÉtat resta circonscrite dans ses attributions ; nulle règle constitutionnelle ne fut enfreinte ; aucun prétexte ne put jamais être allégué pour justifier la sédition.

En même temps , la France n'a jamais plus com* plétement joui , et pendant un plus long intervalle , de la liberté, de Tordre et de la prospérité.

Toutefois, le gouvernement se ressentit toujours de son origine. Le mouvement populaire, qui avait renversé le gouvernement précédent, avait été spontané : ce n'étaient point des conspirateurs ni des chefs de sociétés secrètes qui l'avaient suscité. La défense du droit avait agi hors des formes légales, parce que

leurs garanties lui avaient été retirées; malheureusement, son triomphe avait apparu comme une victoire de la force- Dès lors , les opinions excessives , les amours-propres froissés, les mécontentements intéressés, enhardis par cet exemple, ne songèrent plus qu'à recourir à la sédition ; puisque le jeu régulier et libre des institutions leur donnait des mécomptes. Une conjuration permanente tarda peu à se former. Les associations clandestines , découragées et amorties pendant les dernières années de la Restauration, se multiplièrent et s'étendirent. L'émeute d'abord , puis Tassassinat, devinrent un danger de chaque jour. Cependant il était manifeste que l'opinion générale, expression libre et éclairée de la propriété, du commerce et de l'industrie, restait attachée à Tordre public et ne s'associait point aux entreprises destinées à bouleverser TÉtat. La prospérité du présent, r expérience du passé, l'égalité devant la loi introduite dans les mœurs , suffisaient à satisfaire les vœux publics. Alors les mécontents ' cherchèrent ailleurs des auxiliaires : on s^adressa aux classes laborieuses. Ce ne fut pas à la plus nombreuse , à celle qui cultive le sol , qui en possède une grande part, et qui connatt, par situation et par instinct, la nécessité de l'ordre social. Mais l'industrie manufacturière , les progrès de la civilisation et du bienêtre général comportent une population dont le lendemain n'est pas assuré; sujette aux vicissitudes commerciales; qu'on peut inquiéter sur l'avenir,

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même lorsqu'elle est exempte de souffrance; accumulée dans les grandes villes; souvent privée de cette vie de famille sans laquelle il n'y a point d'esprit social; cette classe fut destinée à servir les desseins des hommes incessamment occupés à renverser Tordre légal pour se rendre maîtres du pays.

Une continuelle excitation fut pratiquée : ^des doctrines dénuées de raison ou de bonne foi furent propagées ; on promit l'impossible et Tabsurde ; on irrita les âmes honnêtes ; on enivra de sophismes et de déclamations les esprits désordonnés ; on versa dans les plaies le venin de Tenvie ; on montra la société ccHnme un pays à envahir, comme un butin à partager. Il ne s'agissait plus de libertés à revendiquer, de garanties violées ou insuffisantes; on offrait comme appât une révolution contre les indispensables conditions de toute société : ce n'était plus le sort du citoyen qu'on devait changer, c'était la nature humaine.

Telle est la lutte qui a été soutenue pendant dixsept ans. Lorsqu'un peuple réclame ses droits et demande des lois plus justes ou l'observation des lois existantes, le pouvoir peut être conb*aint de céder , c'est lui qu'on attaque ; mais, s'il s'agit de la société elle-même ; si on proclame qu'elle doit être boulev^'sée; si la révolution politique est annoncée comme la consonmiation d'une révolution sociale, dès ce moment, ce sont les droits naturels de l'individu qui sont mis en question; le lien qui réunit les citoyens

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en un seal peuple est brisé ; les intérêts des uns sont en présence des intérêts des autres : c'est la guerre civile. En toute guerre, les armes sont journalières. One victoire chèrement achetée a préservé Tordre social au mois de juin ; il avait succombé en février. Ce jour^là, une sentence fut prononcée contre le gouvernement, dont les efforts avaient longtemps défendu une société trop mal avertie de son danger. A qui cette sainte tâche sera-t-elle désormais con* fiée? nous r ignorons, et la guerre dare encore. Les deux armées sont encore en présence.

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