DE LA RÉVISION
Les chapitres précédents ayaient été écrits^ il y «( qnekioes bkms ^ avant que le projet de CoDSlitatîoii fût discuté : ils ne farent poiot publiés. Cette discus' sion, bien qu'elle ne manquât point de liberté, devait évidemmrat recevoir l'influence d'une sîtuatic» pré^ caire et menaçante. Les esprits étaient sons rîm^ pression des tristes év^ftements, qui avaient trouMé la paix publique; l'Assemblée nationale était encore émue des craaplots et des attaques dont die venait d'être préservée. Dernier rempart de Tordre social , elle entendait gronder autour d'elle la guerre civile à peine contenue; l'état de siège demandé par l'opinion publique^ comme une indispensable saute-^ garde, ne laissait pas subsister celte liberté d'esprit ,
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la plus essentielle de toutes , pour délibérer sur des lois. Un examen calme et réfléchi , exempt de préventions, impartial dans Tétude du passé, sans anxiété sur l'avenir , était alors impossible.
En effet y il fut avoué, on pourrait même dire proclamé à la tribune que la loi constitutionnelle allait être écrite et adoptée sous Tempire de la circonstance; les plus graves questions reçurent une solution qui fut appelée provisoire ; des hommes graves confessèrent que, plus tard , ils penseraient autrement sur les institutions les plus considérables; il fut dit par des représentants ou écrit dans les journaux qu'une constitution démocratique était essentiellement mobile et devait se prêter aux variations des circonstances et de Topinion. Le mode d'élection du pouvoir exécutif, ce point capital de l'organisation d'un gouvernement, fut traité au nom de la nécessité du moment. C'est à ce propos que fut proférée cette parole tant répétée, qui, depuis le 24 février, où le dé fut jeté pour la première fois , est devenue comme la devise de la malheureuse France : a Aléa jacta
On a souvent remarqué et déploré que le vrai sens du mot Constitution avait été faussé et dénaturé. Les moBurs d'une nation , sa composition sociale , ses croyances , ses traditions , l'esprit de son histoire, et de sa législation civile forment un ensemble qui la constitue. Tout cela peut être en tout ou en partie modifié, réformé* On peut donner à cette, existence
nationale des garanties écrites ; mais aucun législateur ne peut faire subir à son pays une création nouvelle. Tout ce qui sera tenté contre les conditions vitales d'une société, ne sera qu'une écriture provisoire, dictée par des circonstances passagères. Elle ne sera point protégée par cette auréole de respect dont les peuples environnent ce qui a duré et ce qui doit durer.
En ce sens , le devoir de tout bon citoyen est de respecter la Constitution française, c'est-à-dire ce qui à travers soixante ans do révolutions , a été constamment la pensée, la volonté, la nécessité de la nation, ce fond qui se retrouve, avec plus ou moins de sincérité, dans les programmes de gouvernement, qu'on a successivement intitulés Constitutions. Aucune n'a été présentée plus franchement comme un essai, comme un acte rédigé sous l'influence des faits qui avaient précédé et des circonstances qui accx)mpagnaient sa conception. Or les circonstances ont varié si vite et les événements se sont précipités d'un cours si rapide, que cette œuvre n'a pas été consacrée avee cette solennité, qui atteste les convictions et les espérances d'une nation.
Aucun scrupule ne peut donc s'opposer à l'examen des questions constitutionnelles. La loi fondamentale n'a point été donnée comme immuable. Elle a été livrée à Tépreuve de la pratique et par conséquent à la critique des opinions diverses. Son mécanisme n'est même pas encore en activité complète , et ce