CHAP. H. DU SUFFRAGE UNIVERSEL
Quelle élection demandez-vous à tous les habitants du sol, jeunes ou vieux, libres ou dépendants, instruits ou ignares ? Les chargez-vous de choisir les syndics de lenr profession ou les administrateurs de leur commune ? Non , vous leur demandez qui doit décider de la guerre ou de la paix, de la prospérité ou de la misère du pays, de Taggravation ou de la diminution des charges publiques , de Tamélioration des lois existantes.
Certes, il est plus facile de choisir un homme capable de traiter ces hautes questions que de les résoudre soi-même, surtout quand on les ignore. Mais comment soutiendrait-on que tout individu quelconque élira , avec connaissance, un législateur ou un chef de FÉtat?
On répond en disant que ceux qui n'ont pas ou ne sauraient avoir d'opinion, qui n'ont pas même appris ejx quoi consiste la fonction qu'ils vont conférer, choisissent du moins l'influence qui déterminera leur choix. D'après ce singulier argument, le nom inconnu à l'électeur, porté sur un papier qu'il n'a peut-être ni écrit ni lu , résulte de son libre arMtre. Liberté mensongère et dérisoire! Celui qui exerce cette influence ou cette autorité est électeur ; celui qui l'accepte est un instrument docile, un serf électoral, peut^tre indifférent au devoir qu'on lui impose, amené au scrutin par promesse ou par menace. N'en doutez pas : le législateur qui a voulu recueillir de tels suffrages comptait sur leur dépendance ; il les
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admettait tiniquement dans Tespoir qn^ils seraient dictés à la majorité Rectorale par te parti on r<^iliYon qui s'était emparé du pouvoir. C'était encore une politique de déception ^ un hommage trompeur rendu à ceux qu'on voulait séduire el exploiter. On leur disait que leur volonté était infaillible, qu'ils savaient tout sans avoir rien appris , que l'ignorance reçoit des inspirations divines, en un mot quMls étaient souverains : souverains en effet , car on les flatte et on les trompe.
Voilà précisément pourquoi le suffrage universd a toujours semblé tenir si fort au cœur des hommes d'opinions absolues et exclusives. Ce mode a eu la préférence des partis exagérés; ceux mêmes qui différaient de but et d'espérance, conformes dans leur désir et leur espoir de dominer et de transformer la société, ont cru qu'ils ex^ceraient sur elle une influence d'autorité; au lieu de lui donner la liberté, ils lui demandaient le pouvoir. C'est dans cette pensée qu'ils ont toujours réclamé le suffrage universd, et redouté les électeurs indépendants qui votent selon leur propre sens.
Toutefois ces objections s'appliquent seulement au suffrage universel direct. Si le mode d'^ection comporte deux degrés , il peut offrir de réels avantages. Jusqu'ici le suffrage universel n'avait jamais été employé directement. L'Assemble législative et la Convention avaient été élues par des électeurs qu'avaient choisis les assemblées primaires. La Con-