‹ Questions d'art et de littératureChapitre 52 sur 61 · L*HIST0IRE DE JULES CÉSAR · texte numérisé non relu

L*HIST0IRE DE JULES CÉSAR

bilieux, il n'aima l'argent que pour se faire des amis. Acheter Tamitié, payer les suffrages, gorger la plèbe, voilà toute la vîe de César, et c'est dans l'art de placer utilement ses largesses qu'il faut, avant tout, chercher le secret de son influence et de son prestige. Telles étaient les riiœurs romaines ; tels étaient, nous dit-on, les moyens de ce temps corrompu. César s'en servit avec profusion ; nul n'avait janiais su s'en servir comme • lui, il reconnut que c'était les meilleurs, il crut qu'il n'y eil avait pas d'autres. Éh bien, je ne puis admettre que Von porte en soi une ambition vraiinent noble quand 6Û est, à ce point, l'homme de son temps, quand on perâonilifie en quelque sorte le mal qui règne, le fléau qui sévit.

Je ne vois pas pour cela dans César un hypocrite voUé du mal de parti pris et se le proposant comme le but de Ses intrigues. Non, je vois en lui une spohtaiiéité continuelle pour le mal et pour le bien, une hatiire excitée et sollicitée dans tous ies sens; doux 'par caractère, cruel sans plaisir et satis pitié, d'un cœur vide et froid avec de l'imagination ; une immense vanité, un goût exquis pour n'en laisser paraître que le côté âittiable ; tour à tour dissimulé et abandonné, voluptueux sans amour, débauché sans ivresse, vindicatif à là manière des orgueilleux, sous une habitude de généi-osité exubérante, et trouvant son plus grand plaisir à avilir ses ennemis en les caressant : enfin un caractère beaucoup moins profond qu'on ne le suppose, mais doué d'instincts, très-vivaces et toujours en éveil ; assez bien trempé pour les satisfaire tous, mêiné lès plus contraires, ne sachant guère dompter ceux qui pourraient user ses forces, ne le voulant peut-être pas, et pourtant se ménageant tout â coup

pour le plaisir de se ménager et pour se reposer d'une situation d'esprit par une autre ; passant sa vie à vouloir être aimé, et à n'aimer personne, ne rêvant nullement d'avance la gloire et la prospérité de sa patrie^ mais s'adonnant à cette plus noble tâche, le jour où sa tâche personnelle est accomplie et son ambition de pouvoir satisfaite. Alors il n*a plus rien à désirer pour lui-même, il lève la tête, ses délicates narines se dilatent, sa bouche perfide et sensuelle frémit, son bel œil limpide se remplit de lumière, il regarde et embrasse l'horizon. Il est artiste en politique, il voit le beau côté de la puissance, et dans l'orgueil calme et profond d'un triomphe si longtemps attendu et cherché, il se dit enfin : Rome, c'est moi I C'est alors qu'il se met à l'aimer, mais comme une maîtresse qu'on a eue pour esclave et dont le charme a triomphé de l'avilissement oii on l'avait plongée.

A ce moment, César grandit, mais il ne se rachète pas. La grande ambition remplace la petite, mais il est trop tard. C'est juste à ce moment qu'on le redoute et le soupçonne. Poursuivant un but étroit et personnel, il séduisait les esprits ; on le laissait arriver dans l^espoir quil ferait de grandes choses. Il met la main à l'œuvre, il ne veut plus le pouvoir que pour rendre sa patrie orgueilleuse, triomphante et magnifique comme lui. Hélas f c'est maintenant. César, qu'il faut mourir! c'est maintenant que ton passé se dresse pour t'accuser et te perdre, c'est maintenant que ce qui reste de la vieille Rome de Caton se consulte, éperdu. Le désespoir est entré dans les âmes fières que tu as cru dompter en les souillant de tes bienfaits, et le patriotisme que tu as voulu dénaturer reprend ses errements sauvages et fanatiques. Tu te disais en vain : Le temps

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n'est plus où le poignard armait les mains de la vertu. J'ai adouci ces mœurs barbares, j*ai civilisé le monde, je Tai rendu aimable, fastueux, élégant, libéral, et séduisant comme moi ; je ne craindrai pas les ides de marse, je laisserai les conjurés baiser le bas de ma robe. A présent que je représente la patrie, ils n'oseraient me frapper.

Et eux, ils disaient : Que va donc faire César ? que peut-il vouloir encore? N'a-t-il pas obtenu tout ce qu'il souhaitait ? Et pourtant il n'est pas rassasié, car le voilà qui couve de mystérieux projets et qui cherche plus que jamais à se faire aimer. Plus que jamais il nous élève et nous caresse, plus que jamais il fait grâce à ses anciens ennemis. Sans doute il veut perdre la république et nous réduire tous en esclavage, car on sait bien que tout ce que César a fait, il l'a fait pour lui-même. On sait bien qu'il n'aime que lui et ne travaille que pour lui, et quand il parle des hautes destinées de la patrie, on sait bien qu'il ne songe qu'au brillant destin de César,

Et ces hommes l'ont tué lâchement, croyant faire une action héroïque, racheter leur honneur et sauver la patrie ! Et la patrie a laissé tuer César sans comprendre qu'elle lui devait beaucoup, puisqu'elle avait voulu ce qu'il lui avait donné. La patrie est restée muette de terreur et de surprise, sentant bien qu'elle ne valait pas mieux que le césar de la veille, et ne pouvant pas deviner le césar du lendemain. Comment l'eût elle deviné ? Quand un homme d'intelligence s'est longtemps appliqué à détériorer .les esprits par l'intrigue, il peut se relever et se purifier jusqu'à un certain point, lui que la nature avait doué d'une grande vitalité ; mais la foule ne peut le suivre, elle ne se

transforme pas subitement ; son ivresse est lourde^ elle ne peiit la secouer comme un mauvais rêve, et tandis que fcésàr monte au Gapitole pour invoquer les dieux de l'avenir, le peuplé repu s'endort pour n'avoir plus à s'occuper du lendemain.

Donc ii ne fallait pas tuer César, cela est certain ; car il pouvait au moins mûrir son œuvre de matérialisme et préparer peut-être ainsi le règne de l'esprit. Mais, telle qu'elle est, sa vie marque une époque de décadence morale dont Rome ne se relèvera pas. C'est en vain que l'empiré, préparé et rendu inévitable par ses soins, aura ses jours de splendeur apparente : Rome est frappée au cœur. Elle est cupide, elle est dissolue, elle n'a plus soif de liberté ; elle défie ses maîtres ne pouvant plus s'estimer elle-même : elle finira dans l'orgie.

Le remarquable travail dont on nous invite ici à rendre compte ne porte pas d'épigraphe ; mais il en a une qu'il doit nous être permis de lui attribuer sans entrer dans le domaine de la politique. L'appréciation du rôle de César soulève une question d'histoire et de philosophie, et il serait impossible d'en parler sérieusement sans se reporter à l'histoire des idées modernes.

Cette épigraphe, qui par sa récente publicité nous semble le couronnement des réflexions suscitées par l'étude de la vie de César, la voici :

« Le progrès n'est {)ôint la réalisation d'iinô théorie » phiô ou moitls ingpéniéùsè ; c'est l'application des ré- » sultats de Texpériënce consacrés par le tèinps et ac- > ceptés par t' opinion jpubliciue. »

Ce point de vue trop modeste selon nous, cette sorte

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d'abdication de la gloire de Tinitiative dévolue comme un droit, comme un devoir peut-être dans certaines situations, cette appréciation réfléchie du rôle de l'expérience dans la marche du progrès nous apparaît comme une protestation contre toute imitation de la manière de César, puisque, bien loin d'attendre le vœu de l'ojpinion publique. César s'évertua,il s'ingénia, il s'acharna à l'émouvoir et à la provoquer afin de s'en rendre le maître souverain et de substituer sa volonté à celle de Rome. Il y a loin de ce rôle fiévreux et personnel à la mission de patience et de désintéressement que la parole citée plus haut semble tracer à l'ambition humaine.

Nous pensons donc que, dans les volumes qui suivront nous trouverons, une critique raisonnée des témérités plus ou moins légitimes de César ^, car l'impartialité de l'historien n'exige pas qu'il accepte comme bons et justes tous les faits accomplis. Ce serait le fatalisme dans l'histoire, et telle ne peut être la doctrine d'un esprit sérieux et méditatif.

Comme nous ne pouvons juger que le premier volume, nous sommes forcé de dire que l'absence de cette critique nous a rendu plus sévère pour César que nous ne l'eussions été ai, en avouant davantage les fautes de son héros, l'historien nous l'eût montré aux prises avec les terribles entraînements de son milieu social et politique. Obligé de compter avec les obstacles que ses meilleurs desseins rencontraient chez les autres, César en rencontra d'aussi grands en lui-même. Il y trouva ses propres idées, résultat d'une époque sans principes, ses propres attaches au passé qui devaient paralyser ses aspirations vers l'avenir, sa pro-

pre corruption qui le forçait non-seulement d'admettre celle d*autrui, mais encore d'en faire la base principale de son système, enfin ses propres appétits que le déchaînement des autres appétits sollicitait autour de lui. Tout cela peut être dit pour atténuer ce qui nous révolte dans Taudace ou dans l'inertie de sa conscience, et même l'esprit critique et analytique de notre époque nous a donné un sens qui manquait à nos devanciers ; nous savons maintenant beaucoup pardonner aux hommes du passé. Nous leur tenons compte précisément dé Tinfluence de ce passé, que nous connaissons mieux. Si nous ne déifions plus les météores, nous leur sommes aussi plus indulgents et le scepticisme nous a conduits à une équité remarquable. Il n'y a pas à douter de l'esprit moderne sur ce point, et il n'est pas nécessaire de dissimuler les ombres d'un tableau pour que nous en saisissions les lumières.

Ce n'est pas que la louange soit décernée à César avec emportement dans ce premier volume. Rien n'y choque le goût, rien n'y dépasse la mesure. C'est une démonstration et non une apothéose. L'esprit de modération resplendit dans ces pages parfaitement pures d'esprit de parti et d'aversions systématiques. Elles sont vierges d'emphase et on peut en dire ce que Cicéron disait du style de César lui-même : « Il est pur, coulant, dépouillé de toute parure ora- » toire et pour ainsi dire nu. Peut-être quelques » sots écrivains croiront pouvoir broder ce cane- » vas, mais les gens de goût se garderont bien d'y » toucher.

Par cette sobriété de moyens et cette discrétion de sentiments, le livre ne réalisera probablement pas l'at-

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tente de ceux qui croyaient avoir à se passionner pour ou contre un ardent panégyrique. Le foudre et le glaive, symboliques ornements de la couverture, sont tout étonnés de se trouver là sur une prose si sage, si respectueuse envers tous les mérites et si simplement belle par elle-même. C*est la froide limpidité d'une source, mais c'est aussi l'éclat du casque de Minerve que nous préférons de beaucoup à celui du front de Jupiter tonnant.

Dans une organisation aussi savante et aussi compliquée que celle de César, il y a plus d'un aspect à saisir^ et tout historien a le droit de s'attacher à celui qui lui semble le plus net, le plus accessible, le plus sûr à dégager. Donc, la haute prudence et la sereine capacité du personnage ont trouvé ici un interprète attentif^ sage et particulièrement habile à résumer sa pensée sans en jamais subir l'entraînement. Ce sera la qualité essentielle du livre ; il n'aura pas la qualité opposée^ il faut sans doute s'y attendre ; mais il faut aussi savoir prendre les œuvres sérieuses telles qu'elles sont et apprécier la victoire qu'une conviction nette sait remporter sur les émotions qui la sollicitent.

Au point de vue littéraire, l'ouvrage est sans défauts, ce qui ne veut pas dire qu'il soit sans couleur et sans attrait. Tout lecteur indépendant peut bien se laisser faire quand on le parque dans une situation d'esprit où il ne se sent pas enfermé sans moyen de contrôle. Un appel à la raison pratique ne révolte que ceux qui ne veulent jamais faire usage de leur raison, et quand cette raison vient à vous avec aménité et dignité, on peut, on doit écouter avec déférence tout ce qu'elle a à vous dire.

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Ici raltentîon est facile, le livre est extrêmement bien fait, toute la tnoitié dû premier volume est consacrée au résumé de la situation où César doit apparaître. C'est rhistoire dé là république rapidement esquissée et très- suffisamment appréciée. Les faits nombreux de cette période, Taction iiiultiple de Rômé sur les colonies, le but et l'effet de ses conquêtes, la portée de ses alliances, l'esprit graduellement modifié dé ses institutions, les causes de sa décadence morale, la réaction fatale du monde extérieur sur cette ôité modèle, tout cela est merveilleusement clair et sobre, rapide et plein. C'est sans doute le résultat d*un trèsgrand travail, mais nulle paùt on ne sent Teffori ni la confusion. Cela semble venu tout d'uiie haleine sur les lèvi*es d'un penseur érudit qui résume l'œuvre de tous les anciens historiens avec tant de facilité qu'on pourrait croire les entendre se résumer eux-mêmes. Les jugements personnels sont très-courts, mais d'une formule excellente, et si la couleur en est sobre, le dessin n'en est que plus ferme et la portée plus franche. Il en faudrait citer plusieurs, car jamais jpersonne n'a mieux dit.

La seconde partie du premier volume, consacrée au récit des quarante premières années de la vie de César, nous plaît moins. Elle n'est ni moins bien faîte ni moins bien dite. Mais elle entre dans le développement d'une théorie historique que, jusqu'ici, nous trouvons trop sévèrement enchaînée à la logique du fait. César y est représenté comme ayant toujours agi aussi bien qu'il était possible d'agir, les circonstances données. Ce n'est pas là notre croyance ; nous estimons qu'il a été aussi habile que possible, son tempérament étant donné, et ce tempérament laissant beaucoup â désirer

l'îÉÎSTÔIRË DB JtLÉâ GÉSÀtl 875

fiôiiô lé rapport inoral, nous n*acceptons pas la complété ôt réelle sagesse de Césir. Nous ne voulons pas confondre Tàdresse avec la véritable habileté, et Tarnbitioû de là puissance âveô celle de là véritable civili-

satiott.

On nous itivltë pourtant à ne pas lé croire égoïste. Où invoque les plus nobles nrobilès des actions humaines ; on nous demande avec une conviction courtoiëte et généreuse, s'il est probable qu'un vaste esprit, un caraôtère héroïque, ait tout sacrifié aux étroits ôalculs d'une mesquine ambition. C'est presque nous dire : Aimez-vous à croire le mal, à profaner les marbî^ès, à chercher là tache dans le soleil ?

Non certes, nous n'aimons pas cela ; et il nous plairait fort de trouver quelque t)àrt dans l'histoire des audacieux, un type sans reproche, un idéal incorruptible. Mais nous ne croyons plus à l'homme d'action proprement dit. Notre temps repousse les colosses d'intelligence et de volonté, s'ils ne sont pas fécondés parle véritable amour de l'humanité. Nous ne les comprenons plus. Ils ont en eux je ne sais quoi de surhumain dans un sens et de sauvage dans l'autre qui ne nous enseigne rien, et ce qui nous instruira le plus dans l'histoire de César, ce sera le néant de sa fortune s'êcroulant soùs l'ingratitude des hommes que son mépris avait achetés. C'est ici la grande leçott dont nous profilerons tous, en ce temps où l'intérêt général devient une vérité palpable, et où le siégé de la force n'est plus dans le nombre des légions m dansl'or de la conquête, ni même dané le génie d'un seul, mais dans le vif Sentiment de la solidarité humaine, et dans le rapide développement de l'esprit d'association.

Nous souhaitons quand même que cette importante publication n'ait que de bons résultats, car un ouvrage si éminent comme talent d'exécution et rempli de sentiments si élevés, doit tendre à élever le niveau des idées et à servir l'œuvre du progrès. C'est, à coup sûr, la pensée qui l'a dicté, et non celle de soutenir une thèse ou de montrer une capacité intellectuelle qui avait fait ses preuves.

Aussi nous espérons que la suite du travail entrera un peu plus dans le sentiment de la génération nouvelle, et ne sera pas une apologie sans restriction des coups d'État quelconques de l'histoire. Il en est dans la vie de César qui méritent plus d'indulgence que d'admiration, et le mouvement des idées philosophiques modernes, mouvement qui doit toujours sanctionner les aperçus de l'histoire dans ses mouvements durables, ne nous emporte pas dans le sens du droit absolu de l'individu sur les masses, quelque bien doué ou quelque bien intentionné que soit le privilégié du destin. On ne peut plus resteindre la légitimité des dictateurs aux époques de transition, car nous n'entendons plus que le progrès s'arrête et désormais tout sera époque de transition dans le flot rapide de l'avenir. Donc, si on accepte encore les dictatures, ce sera à la condition qu'elles ne s'érigeront pas en principe et en droit applicable à tous les moments de notre vie. Dans la science comme dans l'art, dans l'action comme dans la réflexion, dans l'histoire comme dans la critique, la liberté individuelle est nécessaire à nos manifestations sérieuses. Nous aimerions donc à voir circuler bien vite cet air vital dans Y Histoire de César ^ et nous regretterions que l'historien, au nom de la logique, se le fût retiré à lui-même. Osons lui dire qu'il a le droit

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de critique sur son héros. C'est un droit bien acquis à celui qui manie la discussion avec'une généreuse déférence et une évidente bonne foi, quand il s'agit de juger les adversaires de la doctrine et de la fortune de César.

Mars 1865.

LÉ COQ A tlX CÉÈVEtiX D'ÔA

nidïi DES TEMPS FABULEUX

rAR

MAURICE SAND i

Voici un livre étrange, un fougueux caprice d'artiste enté sur Térudition d'un chercheur patient. S'il y a anomalie, il n'y a pas bizarrerie. Le bizarre est ce qui n'a pas raison d'être. La logique de l'esprit, quelque dissimulée qu'elle soit sous la fiction, donne toujours une réelle solidité à un ouvrage d'art, et constitue l'originalité sans s'égarer dans le burlesque.

Il y a pourtant du comique dans ce livre, mais il y

1. Ail moment oti nous corrigeons cette èpî-euve, dés atnis bienveillants nous font observer que nous allons contre l'usage, peut-être contre là modestie, eh signant George Sand l'analyse d'un livre signé Maurice Sànd. Nous n'avons pas voulu nous réiidré à ôette opinion. II ne kous parait pas juste que, seul entré tous, nous h'àyônà pas lé droit dé dire notre pènàéè èul* uû ouvrage soumis à la critique de tous. Nous adcusérà-t-oii de

a surtout de la terreur et de la poésie, du savoir et de l'invention. Il fallait tout inventer en effet sur ces âges fabuleux, mais en même temps il ne fallait rien inventer qui ne fût dans la donnée, dans la forme et dans la couleur de la légende.

Grand et aride travail en apparence, travail abondant et facile pour celui qui, nourri d'études substantielles et doué d'une heureuse mémoire, puise dans son propre fonds et y trouve les matériaux tout prêts pour construire en se jouant l'édifice de la fantaisie.

La fantaisie! n'y a-t-il pas un point p^r lequel elle touche à la connaissance positive, comme la fable confine à l'histoire ? Les mythologues ne sont-il pas déjà des historiens? S'ils racontent des faits erronés, s'ils affirment des choses impossibles, ne font-ils pas à leur insu le récit fidèle des idées et des émotions que subissait avec eux le monde de leur temps? La légende est bien la peinture intellectuelle de nos existences, comme les créations de l'artiste sont l'histoire de sa pensée.

Le Coq aux cheveux d'or est la reconstruction de toutes pièces d'un monde qui n'est plus. A-t-il jamais existé, ce monde perdu de l'Atlantide, dont toute l'antiquité atteste la splendeur et déplore le désastre? Les érudits de nos jours, frappés de la coïncidence de ces chroniques traditionnelles, cherchent encore la trace

partialité? On pourrait nous en accuser aussi à Tégard de tout autre livre dont nous aurions à rendre compte, Groira-t-on que Tauteur manq[ue de modestie parce qu'il est content d*avoir notre avis sur son travail? Il nous semble au contraire qu'il y aurait de l'orgueil de sa part à vouloir s'en passer, et que, de la nôtre, il y aurait une fausse timidité à craindre l'accusation de népotisme littéraire.

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évanouie du royaume des Atlantes à travers les brumes obscures de Tâge antéhistorique et les dislocations géologiques qui révèlent Thistoire de la planète.

Quoi qu'il en soit, et en attendant une découverte toujours possible, le rêve d'une civilisation disparue est toujours dans les notions de Fhomme qui se reporte à la contemplation de ses origines religieuses et sociales, et il n'y a rien là qui choque la raison. Les derniers bouleversemens considérables de l'écorce terrestre ont pu ejgloutir une contrée vaste ou florissante, une antique Albion de l'Orient, ou une petite république comme celles de la Grèce, qui firent tant de bruit en occupant si peu de place. A cet écroulement d'un monde, centre relatif des lumières de nos ancêtres, a pu succéder une longue période de barbarie au sortir de laquelle l'homme, croyant commencer son histoire, ne fit que la recommencer, et se nourrir des mythes vaguement coiiservés dans ses traditions, en s'imaginant fonder des dogmes et se servir de symboles nouveaux.

De tous les sujets qui piquent la curiosité et font travailler l'imagination, la catastrophe de l'Atlantide est peut-être le plus saisissant. Les anciens avaient esquissé ce drame horrible et prodigieux. Notre déluge de Noé en est une version merveilleusement empreinte du caractère positif de ia race sémitique. Le patriarche emmagasine dans son arche les dons et les fléaux de Dieu, sans autre motif qu'un esprit d'ordre qui va jusqu'à la passion de l'inventaire. Dans la légende du Coq, le mage Xizouthros exprime des idées plus hautes et des vues plus profondes :

« Gomme les laboureurs et les femmes se plaignaient de ce fléau (les rats et les souris qui avaient

38g QUESTIONS P*ART ET DE LITTÉRATURE

péaétré dans Tarche et menaçaient les provisions) :

— Sachez, leur dit le mage, que j*ai embarqué le tigre, le vautour et le serpent qui sont des ennemis plus redoutables.

? — Pourquoi as-tu fait cela? lui dit Pyrrha, la iemme de Deucalion.

9 — Apprends, répondit Xizoutbros, qu'Ahoura- Mazda n'a rien créé d'ini^tile, et que nul n'a le droit de lui dire : t Ceci est nuisible, » ou : « Gela est de trop. 9 Le sage qui se voue à la connaissance des secrets divins arrive à découvrir dans les venins et les poisons de puissants remèdes ; si vous ne savez pas encore tirer le bien du mal apparent, ne vous en prenez qu'à vous-même, et n'accusez pas le souverain bien de n'avoir pas su ce qu'il faisait, j»

S'il y avait déjà de tels rayons de lumière dans l'esprit des sages, — nous ne voulons pas chicaner l'auteur après avoir cité cette courte et forte leçon, — il était bien permis de ressusciter un instant l'empire des Atlantes pour nous y faire pénétrer, de le placer au pied du Caucase, puisque c'est la région où la vraisemblance géographique le fait apparaître, et d'y introduire des personnages doués des éternelles aspirations et assujettis aux éternels appétits de l'homme. D'ailleurs le plus grand nombre des personnages de ce livre appartient au monde qui a survécu. Alliés, voisins ou ennemis des Atlantes, ils ont le droit de représenter les mœurs, les idées, les costumes, les croyances des peuples qui ont laissé non-seulement des traces confuses de leurs origines, mais des témoignages éclatans de leur existence.

Selon nous, Maurice Sand a tiré de ce sujet un parti des plus heureux. Il a su être intéressant, dramatique

Ï.E CPQ AUX GHJBVgUX d'oR 888

et amusant eu peignant des sit^js, des monuments ,des êtres qui ont leur physionomie réelle au sein d'un mi*- }ieu fantastique. On en jugera par une rapide ^^alys.e.

Elisons d'abord qu§ Tauteur pl^ce son récit d^ns I4 bouche d'un narrateur relativement moderne, un certain Psçimmos, qui occupe uae des charges de l'empire ^. Trébizonde sous V^l^ntinien. Ps^uaimos s'est trouvé en rapports fréquents ^vec les prêtres et les inages de l'Arménie et d^ )a Ghaldée, qui ppétendent descendre des Atlantes. Depuis dix ans, il parcourt l'extrême Orient de l'empire romain, les monts Caucace ou de Kaf, la Golchide pu pays de Cos, 1^ Ghersonèse taurique, les bords du Palus-Meotis, les rives de l'Hypanis et du Tenais. Il est convaincu que « ces contrées Urent j^dis partie de l'Atlantide dont l'île principale esj; ipaintenant au fond du Pont-Euxin ^ . Il est curieux et très-érudit pour son tepps. Il a lu avec amour tous les nuteurs qui parlent de rAtlanlide ; il a peut-être surpris, sans vouloir avouer son sacrilège, quelques indices d^ns les archives sacrées des mages; enfin il a c recueilli, dit-il, assez de fragments et de légendes ayant rapport à cette antique civilisation, » pour se croire capable « de recoudre une fable dont par la suite les héros sont devenus des dieux chez les peuples issus dçs races échappées au désastre t^. «Tel, ajoute-Ml; Satourann, qui doit être Salurne, — ]Bolkaï, Vulcain ; Tbor, divinisé chez les Scythes, Némeith, le père d© la race celtique, etc. C'est assez te dirç» ô lecteur, que ce récit est antérieur à ce que nous connaissons de plus ancien. »

Voyons le récit attribué à ce Psammos.

JL'AUantide est la terre des prodiges qu'enfante la richesse. On croit voir Tagglomération des satrapies

S84 QUESTIONS d'art ET DE LITTÉRATURE

d*Orieiit sous la pression d'un prince absolu. La corruption règne sur ce inonde gorgé d*or, et son roi Satourann est le type de la ruse et de la cruauté. Hemla est la fille unique de ce roi des rois. Elle a seule survécu aux quatorze enfants nés du mariage de Satourann et de Bahavani. Pour préserver ses jours, sa mère Ta fait sacrer ziris, c'est-à-dire euménide, vouée au culte du feu. Par ce vœu» Hemla est fiancée au redoutable Ptah, le dieu des feux souterrains, qui réside dans le temple Atanor, merveilleux édifice bâti ou plutôt forgé par les cyclopes du roi sur le cratère même du volcan, au centre de l'opulente cité de Sisparis, capitale de l'Atlantide. Ptah, malgré ses rugissements et ses flammes, est adoré comme une divinité secourable, dont la lueur entretient, en l'absence du soleil, l'éternité du jour sur l'heureuse ville des Atlantes.

Cependant la politique de Satourann s'accorde mal avec le célibat imposé à sa fille. Dès que la reine est morte, il déclare à la ziris qu'elle ait à faire choix d'un époux parmi les plus puissants rois ses alliés. De grandes fêtes sont ordonnées, tous les chefs des nations, environnantes y sont conviés. Les prétendants arrivent au milieu de bizarres splendeurs. L'un offre à la ziris cent coursiers anoplothères, portant chacun un collier d'or; un autre cent mammouths à longs poils, montés par des sagittaires qui sèment l'épouvante ; un troisième croit lui plaire en lui montrant ses cent concubines couronnées de fleurs.

Mais un autre a touché le cœur d'Hemla, c'est le Gète aux cheveux roux, Némeilh le monothéiste, le preux, le chevalier des temps primitifs, celui qui ne possède rien que la confiance et l'amour de sa tribu, et qui^ pour tout luxe^ a planté sur la table du festin

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l'emblème de sa race, un coq de bois peint en rouge au bout d'un bâton. Némeith rêve aussi de la ziris, mais il a juré amitié à Thor, le chef des Scythes, son frère d'armes. Ils ont bu le sang Tun de l'autre. Thor, emporté, farouche, s'est pris d'une violente passion pour la jeune Atlante, et Némeith le généreux a renoncé à elle.

Après le festin, la ziris doit déclarer son choix en envoyant une corbeille de feuilles de palmier à chacun de ses prétendants. Toutes ces corbeilles contiennent des cadeaux, une seule renfermera l'anneau des fiançailles. Thor ne trouve dans la sienne qu'une hache de fer, don précieux pour un homme qui ne connaît encore que la lame de pierre, mais dont il s'indigne comme d'un affront ; Némeith a reçu Tanneau; et, craignant la douleur de son ami, il a caché ce gage dans sa ceinture. Il retourne sa corbeille pour faire croire qu'elle était vide.

— Que lui as-tu donc envoyé? dit le Scythe jaloux à Hemla.

— Ma haine, répond la princesse irritée.

Tous les prétendants se croient joués. Le noir Surtur, roi de Cos, Arhimaz, prince d'Our, le louche Kaïs, roi des Ombos, se querellent avec les Scythes et les Gètes. Thor veut enlever la ziris. On se bat, le sang coule. Les éléphants effarouchés foulent aux pieds les vases d'or et les femmes éperdues. Un personnage vénérable se présente, c'est le grand-mage qui prédit la colère céleste, c'est Xizouthros qui construit l'arche du salut. Il menace et commande. A sa voix, tout se calme ou se tait.

Dans la nuit, Hemla, voyant son père décidé à la contraindre pour qtf elle épouse le noir Surtur, prend

la fuite et tombe dans les mains de Thor, qui Tenlève: le Gète est avec gifx.

Poursuivi, on se réfugie sup les montagnes d*Our. Après mille dangers et mille désastres, la ziris se trouve seule §ous la protection du coq aux cheveux d'or, et plus que jamais elle l'aime et se sent aimée; mais ils ne peuvent être l'un à l'autre : Némeitji respecte le serment de ^amitié, jet le dieu Ptah, jaloux de sa fiancée, secoue la terre, déchaîne les vents, vomit des monstres et apparaît sous la forme d'un cône de laves ardentes qui surgit du sein de la mer bouleversée et furieuse. Hemla, pour l'apaiser, lui jette l'anneau que le Gète lui a rendu, et lui jure de retourner dans Atanor. A ce prix, le volcan épargne son rival.

Mais le Gète, qui ne croit qu'à Heimdall, le dieu père, méprise les forces brutales de la nature. Il obéit à sa conscience en reconduisant la ziris à son temple. Là, au moment de renoncer à elle, il est saisi de colère et de douleur. Jl pénètre dans Atanor, et, de sa hache de jaspe, il coupe audacieusement la flamme qui s'exha^ç du cratère sacré, puis il s'éloigne pour rejoindre Thor, qui revient assiéger SisparisV

Le rois alliés de Satourann sont vaincus et découragés. Le peuple attribue les désastres de l'empire à l'impiété du roi, qui a offensé le dieu Ptah. On se révolte, le roi comble de victimes humaines la gueule béante du volcan.

La fureur et le désespoir régnent dans Sisparis. Thor y pénètre et réclame la main d'Hemla, que son père épouvanté lui a promise. La ziris le hait et le repousse. Alors le Scythe accuse son ami, l'insulte et le frappe. Ils se battent. La hache de fer du Scythe pénètre dans le flanc de Némeith. Ses guerriers l'em-

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portent sur la montagne, où ils le placent à la manière de leur pays, dans un cercueil de pierre, la face tournée vers rOrient.

Thor e:iaépéré veut contraindre la ziris à le suivre. Il viole rencèirite du temple et crache à la figure de Plah, ridolè aux yeux de verre. Un bruit formidable répond à cette insulte. La grande iour des astres, où Hemla s'était réfugiée, croule, engloutit le Scythe et le broie sous les décombres.

Hemla reste cramponnée au chambranle d'une porte d'airain qui s'ouvre maintenant sur le vide, au flanc de là muraille éventrée. Elle est perdue, elle va céder au vertige, elle va lâcher prise. Un inconnu sorti de la foulé gravit le long de cette ruine qui chancelle comme un homme ivre. Il saisit Hemla, la sauve, l'emporte et disparaît avec elle au milieu de la confusion

où se débat dans les horreurs de l'agonie la ville déplorable des Atlantes.

Cette secousse de tremblement déterre, c'est la fin de Satourann et de son peuple, et cet homme prodigieux qui emporte la ziris, c'estNémeith revenu à lui.Gorgo, la belle fille aux dents pointues, l'avait déterré pour le dévorer.EUe l'a caché dans les profondeurs des cavernes où vivent encore de leurs hideuses rapines quelquesunes de ces goules où kères, derniers restes des gorgones qui suçaient le sang des blessés sur les champs de batailleet rongeaient les os des morts. Elles avaient jadis ravagé l'Atlantide. Vaincues par les vaillantes Amazones, elles erraient encore autour des mourants et enlevaient les nouveaux-nés dans leurs berceaux. Némeith à pii échapper aux effroyables embrassements de la kèrè; mais une autre femme aussi féroce aux vivants que Gorgo l'est aux cadavres, c'est Àrthémis,

la reine des Amazones, qui est éprise de Némeith et jalouse d'Hemla. Elle rencontre et poursuit le couple fugitif. Némeith lui échappe, emportant sur son cheval la ziris percée d'une flèche et mourante. Ils fuient toujours au hasard, poussés par Touragan qui souffle derrière eux et renverse les forêts sur leur route. La terre s'enfonce et disparaît à mesure qu'ils franchissent les bois et les plaines. Ils cherchent la montagne ; mais Hemla se sent mourir. Elle dit à Némeith de la conduire vers le fleuve Léthé, qui guérit tous les maux.

Némeith obéit, quoique le déluge commence, et, quand il arrive au Léthé un brouillard épais enveloppe la terre et se résout en pluie chaude. Pourtant Hemla est glacée, et cette fois Némeith la crut morte.

a II s'élança dans Teau avec son cheval et plongea la ziris à trois reprises. Elle but l'onde bienfaisante, respira, ouvrit les yeux et parla.

B — Sortons d'ici, ditelle*Qui es-tu, toi qui me tiens dans tes bras? j»

Elle avait perdu la mémoire. Ils gagnèrent le rivage, et, sous la pluie qui tombait touj ours, lourde, incessante, Némeith s'écria en se roulant de désespoir sur la terre détrempée :

« — Heimdall lui a envoyé la folie I

» — Que fais-tu là ? lui dit la ziris en riant! »

Quelques-uns des compagnons et amis du Gète l'avaient rejoint avec leurs guerriers.

» — Coq, lui dit Hu-Gadarn, prends courage et partons. La plaine se remplit d'eau, et la lumière du jour s'éteint dans des nuages de cendre.

» — Ce fleuve d'oubli va-t-il déborder et nous priver tous de raison? dit Némeith.

» Il reprit Hemla sur son cheval, et tous s'éloigne-

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rent dans la direction des montagnes de la Scythie.

9 Elles sont loin, et les terrains délayés par le pluie deviennent impraticables.

» Les chevaux enfoncent dans une vase toujours plus profonde. Exténués de fatigue, ils ne peuvent lutter contre les courants de boue qui bientôt les entraînent avec les rochers, les prairies et les forêts.

» Un cavalier s'enfonce, puis quatre, puis vingt, puis cent.

» Hu-Gadarn crie :

» — Némeith ! si tu revois nos steppes, fais de mon fils un guerrier.

y^ Et il disparaît.

» Le Gète sent son cheval s'engloutir, il s'empare d'Hemla, il nage et fend les flots impitoyables.

» Ils sont seuls au milieu d'un océan sans rivages.

9 — Hemla, te souviendras-tu au moins de ce que tu vois là, si nous en sortons?

» — Je ne comprends pas, mais j'ai peur.

» Il rencontre le cadavre flottant d'un mammouth. Il s'y cramponne et reprend haleine ; le mammouth disparaît. 9

Némeith heurte un autre cadavre, c'est celui d'Herser, son ami. Les torrents l'entraînent. La nuit vint longue et cruelle.

Ils ont trouvé une poutre, puis un tronc d'arbre :

a La pluie qui la veille est tombée en gouttes pl«s grosses que le poing, tombait en gouttes plus grosses que la tête d'un taureau.. Le froid les perçait de ses flèches. La faim se fit sentir impérieuse, dévorante.

» Le jour suivant, une troupe de léviathansleur barra le passage et menaça de les engloutir. Némeith cher-

cha par habitude sa hache dé caillou a son flanc, il l'avait laissée dans sa tombe.

» — Dieu père, dit-il, quand potirrai-jè façonner ùhë nouvelle arme daiis mes montagnes ?

ib Pendant trois jours, ils fureiit le jôuèt des flots.

» — Il n'y a donc plus dé terre? disait NénieitHàvèc désespoir..

If Une nef paôsa dans le lointain, elle était haute comme un palais. Il rconnut l'arche de Xizouthros. tl appela, mais la maison flottante disparut dans les brouillards.

» La ziris pleura.

» Si les hommes nous abandonnent, liii dit Nèniëith, le grand Dieu nous volt.

» Encore six jours, et Nénleilh, jprèt à défaillir, se rappela le tahsman que portait Héiiila.

» — Qu'y a-t-il dans ce feâchel doré ?

» Elle ne s'en souvenait pas . »

Némeith l'ouvrit. C'était iiri àmdiette donné à la ziris par sa mère riiourante. Que coritenait-ëllé? Cherchez, lecteur. — C'est une des plus jolies inventions de ce poëme rempli d'idées originales et brillantes.

Mais pourquoi ne vous le dirais-pàs? Lé livré est si riche d'événements et de personnages dont je ne vous ai rien dit, que mon analyse ne vous privera pas de mfllé autres surprises.

Le talisman de la reine des Atlantes contenait un rayon de soleil. Ils ne trouvèrent rien dans le sachet doré, mais « à* l'instant ihême, le rayon perça les nuages et vint réchauffer le couple perdu au sein des eatix ».

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Qûanfl ils abordèrent, le jeune guerrier cueillit une petite plante.

» — C'est une fleur des montagnes de îtaf, dit-il, iious sommes en Scythie.

» — Qiiél dieii dois-je remercier, Kémeith ? N'es-tu pas dieu toi-même, et n'ëst-cë pas toi seul que je dois adorer?

» Némeith n'osa lui rappeler la colère de Ptah et les serments dont le fleuve Léthé l'avait enfin déliée.

» Un an après, lorsque les anciens guerriers de. Némeith et ceux qui avaient échappé aux feux de Ptah eurent rejoint leur chef, deux beaux jumeaux aux cheveux d*or voyaient le jour devant la hutte de feuillage, sous les grands arbres de la forêt.

» La première fois qu'ils sourirent à leur mère, elle se souvint confusément du passé et dit à Némeith :

» — Ài-je rêvé que j'étais une grande princesse et qu'un peuple immense m'adorait comme une divinité?

i Hemla, qui, dès son enfance, avait lu dans les livres sacrés, recouvra peu à peu la mémoire des événements; mais les mystères du temple Atanor lui furent à jamais voilés, et le dieu unique des géants et titans barbares, qui avait béni son amour, fut celui qu'elle transmit à sa postérité.

» ... Elle enseigna à ses fils les arts de la civilisation, et tandis que Némeith détruisait les monstres vomis par le déluge, Àmphion bâtissait une ville en pierres blanches qui fut appelée Ataba ou Thèbes, la ville mère. Zéthus retrouva dans l'herbe les débris

du vieux monde et releva au pays d'Our la ville d'Asgard où avait régné Arhimaz. »

On voit par ces fragments avec quelle simplicité de formes l'auteur raconte ce drame immense. La vision terrifiante d'un monde qui s'écroule gagne, selon nous, à n'être pas chargée de détails et d'épithèles. Où Psammos, écrivain de la décadence, a-t-il puisé ce mélange d'élégance grecque et de sobriété biblique? Dans les traditions recueillies chez les barbares ou dans la fréquentation des pâtres de la Chaldée ? Je l'ignore, mais il me semble qu'il a dû lire souvent aussi le ferme et pur récit des prêtres de Sais rapporté par Platon. A cette salutaire étude de la forme antique, Tauteur a joint adroitement, et sans qu'on sente l'intrusion, les quahtés de l'art moderne, l'habileté de composition, la rapidité des événements, l'heureuse influence du sentiment de la peinture sur le procédé descriptif.

Nous avons suivi la ligne principale du roman ; à cette arête se rattachent les ramifications de nombreuses aventures, et une foule de personnages indiqués avec une grande fermeté de main. Une figure neuve, horrible et charmante est celle d'Ized, TAtalante qui remporte tous les prix dans les jeux publics, et qui a été vaincue à la couse par le coq de la Gétie. Ized vit avec les péris qui, au pays atlante, ne sont nullement méprisées ; mais elle vit chaste, flère et triste. Elle vide d'un trait les larges coupes de vin et reste impassible et froide. Quel secret amer cache donc sa douleur? Il semble qu'elle aime Némeith; mais elle aime aussi la belle et douce Hanaïd, dont elle a voulu être la servante et qu elle fait périr dans un accès de fureur et de désespoir. Elle l'ensevelit et fuit en déro-

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