‹ Questions d'art et de moraleChapitre 5 sur 16 · DES PRÉCEPTES EN MATIÈRE D'ART · texte numérisé non relu

DES PRÉCEPTES EN MATIÈRE D'ART

ne jaillît, rien n*est exprime ; la pensée n'a pu sortir du germe qui Tenveloppe. Un autre jour, Uisle et découragé, il s'assied devant son œuvre par distraction et par hasard; tout à coup, comme si un soleil subit fondait d'un seul rayon toutes les glaces d'un torrent, l'idée jaillit, bouillonne et se précipite à grands flots. Toutes les images sont vives, tous les contours sont harmonieux et purs. L'œuvre est achevée en moins de temps que l'artiste n'en a mis, hier, pour tracer une de ces lignes ingrates qui n'exprimaient pas, mais défiguraient sa pensée.

Est -ce à dire que le poète, impuissant à provoquer, à fixer rinspiration, doive Tattendre passivement? Ce serait écarter comme inutiles toute science, tout effort, toute sagesse. Moins victorieusement que la conscience de l'homme ne concourt à la grâce, mais avec un efTet certain, le génie de l'artiste peut concourir à 1 inspiration. Ce que donne ce souffle imprévu est essentiel ; mais ce que la volonté peut acquérir est immense. Du poète seul, de son activité, de sa droiture, de sa patience, dépendent Texécution et le savoir, indispensables auxiliaires de l'inspiration. Dès que l'artiste a reconnu sa vocation, qu'il ne néglige donc rien pour préparer, pour assouplir, pour fortifier tous les mstruments dont ne peut se passer Dieu lui-même pour produire par les mains de l'homme; qu'il réunisse tous les secours de la science et de l'histoire, de l'observation et de l'expérience; qu'il ne refuse, pour aller au-devant du génie, aucune fatigue, aucune privation, aucune lutte. Mais, par-dessus tout, qu'en tenant son cœur paré de tous les nobles sentiments, de tous les enthousiasmes, de toutes les hautes aspirations, il puisse offrir à l'esprit créateur une demeure si pure et si belle que l'hôte divin refuse à jamais de la quitter.

DE

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