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commandée que le règlement de ces choses ; il n'en est pas qui soit embrassée plus complètement dans ridée qu'on se forme d'une société civilisée (1). »
On pourrait multiplier les exemples; on pourrait demander si le principe de l'intervention de TÉtat doit être dénoncé et condamné jusque dans le droit de battre monnaie, jusque dans celui de prescrire un étalon pour les poids et mesures, jusque dans la sollicitude sociale montrée au fou, à l'idiot, à l'enfant. Mais, à quoi bon insister ? La conclusion manifestement la plus sensée à laquelle on puisse arriver en cet important siget, est celle que M. John StuartMill formule en ces termes : « Il est bien difficile de limi^ ter l'intervention du gouvernement par une règle universelle, sauf la règle simple et vague qu'il ne faut jamais admettre cette intervention, si ce n'est lorsque le motif d'utilité est puissant {when the case of expediency is strong (2). »
C'est ce qu'on a enfin compris et ce qu'on arrive à comprendre de plus en plus en Angleterre, où le sens pratique est très développé et où l'on se défie des doctrines trop absolues. Aussi le mouvement qui s'opère chez les Anglais, en ce qui touche la question de la centralisation, est-il tout juste l'opposé de celui que nous voyons se produire en France.
(1) Principles ofpoUtical economy, t. II, p. 342.
(2) Principles of poUtical economy, t. II, p. 378.
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La chose est au point, que le premier homme d'État de l'Angleterre, M. Gladstone, s'est insensiblement laissé pousser jusqu'au socialisme. Quoi, dira-t-on, le ministre des finances de cette Angleterre, patrie classique du laisser faire et du laisser passer, un partisan de l'intervention de l'État en matière d'économie politique l Quoi le chancelier de TÉchiquier, un adepte déclaré des hérétiques doctrines prêchées au Luxerabourg, en l'an de grâce 1848 1 Eh 1 mon Dieu oui. Cela peut paraître étrange, mais cela est.
Et ce qui ne paraîtra probablement pas moins extraordinaire, c'est que les discours et leâ conclusions du discours dans lequel M. Gladstone se révéla sous cet aspect furent approuvés, loués, appuyés par lés organes les plus divers de l'opinion, par le Times comme par le Baily News, par le Daily Telegraph comme par le Morning Star,
Ce mouvement, comparé à celui qui se manifeste en France au moment où je parle, présente un contraste d'un intérêt immense, ne fût-ce qu'au point de vue historique, et peut servir à faciliter la solution vraie d'une question qui a donné lieu, je le répète, à de bien singuliers malentendus.
Dans l'exposé des projets de lois élaborés, en 1818, au Luxembourg, il était dit : « Les institutions de garantie ont par essence un caractère social, et au premier rang de ces institutions figurent les assurances. Mais si Ton répugne à mettre les assurances au nombre
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des attributions de l'État, que ne lui laisse-t-on, du moins, la liberté qu'on invoque en faveur de la spéculation privée? Ne rendez pas l'assurance obligatoire, si vous croyez que l'État, qui vient au secours des incendiés et des inondés, n'a pas le droit d'exiger une prime de ceux qu'il est forcé de secourir à titre gratuit. Laissez donc l'assurance facultative, laissez les Compagnies continuer leurs opérations. Mais laissez aussi chaque citoyen libre de préférer l'assurance par l'État à l'assurance par les particuliers, quand il croira y trouver économie ou complément de sécurité. »
Eh bien, que ces vues soient saines ou non, voilà trait pour trait, mot pour mot, ce que M. Gladstone proposa, dans le mois de mars 1864, au nom du gouvernement anglais, et ce que la Chambre des Communes prit en très sérieuse considération, et ce que la presse anglaise salua de ses applaudissements l
C'est un curieux chapitre à ajouter à ^histoire des évolutions de l'esprit humain. Le public pensant me saura gré, je l'espère, de ne pas laisser un événement de cette importance dans l'ombre.
Oui, M. Gladstone, qui est un grand esprit, nullement chimérique, en est venu à penser que si l'intervention de l'État est admise sous forme déjuges et de policemen quand il s'agit de protéger la propriété du riche, il n'y a pas de raison pour qu'on ne l'admette pas à protéger, surtout en cas de nécessité absolue, la vie du pauvre.
Il a pensé que si l'État manque à son devoir quand
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il intervient pour mettre obstacle au développement de Vindividu^ il remplit, au contraire, le plus sacré de ses devoirs quand il intervient pour écarter les obstacles que mettent au développement de V individu, chez le pauvre, la misère, résultat d'une organisation sociale imparfaite, et l'ignorance^ résultat de la misère.
Il a pensé que si Tintervention de TÉtat doit être maudite toutes les fois qu'elle a pour but ou pour effet de gêner l'essor de la liberté^ elle est, au contraire, légitime et requise quand elle tend à faciliter aux esclaves de la pauvreté, qui ont le droit d'être libres, le moyen d'en acquérir le powoir.
Et c'est ainsi qu'il fut amené à présenter, dans le mois de mars 1864, un bill en vertu duquel le gouvernement était autorisé, non pas à se substituer aux Compagnies d'assurance sur la vie et aux Friendly Societies^ mais à leur faire concurrence dans l'intérêt des classes pauvres, c'est-à-dire pour le3 sommes qui n'excéderaient pas 100 liv. sterL (2,500 fr.).
Mettre au service du pauvre le crédit de l'État; soustraire la vieillesse du pauvre ou le sort des personnes qui lui sont chères aux chances multipliées de ruine qui se lient à l'action d'établissements véreux, frauduleusement conduits, sans ressources ou sans responsabilité; en un mot, empêcher qu'on ne trompât et qu'on n'opprimât le pauvre, et, dans ce but, lui offrir un moyen de placer ses épargnes en toute sûreté, tel fut l'objet du bill présenté par M. Gladstone, et
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développé par lui dans un des plus remarquables diî cours qui soient jamais tombés de cette bouche élc quente. .
Voici de quelle manière il s^expriina :
« L'intervention de l'État est un principe conti lequel, je Tavoue, mes préventions [prepossession, sont aussi fortes qne celles de la plupart des membre de cette assemblée, mais nous avons vu ce princip largement adopté dans notre génération. Il Ta été soi: sa forme la plus haute dans les règlements qui oi prescrit qu'en matière d'arrangements commerciau: il fût fait telle ou telle chose, pour éviter un mal s( cial, moral ou politique. Cette forme d'intervention c l'Etat est la plus haute.jEUe vous est nécessaire d'aprt certaines clauses du Factory A et (de l'Acte conce • nanties manufactures); elle vous est nécessaire e ce qui touche les mesures sanitaires. C'est une gran( brèche feite â la liberté de l'individu, et qui est ém neminent caractéristique du temps présent. Je n'exj minéral pas si on n'est Jamais allé trop loin dans cet voie, mais toujours ést-il que, lorsque le Parlement pris de semblables mesures, il l'a ib,it, non sous Tii fluence d'une opinion préconçue, mais $LÛn de retùi dier à des maux graves, et quand il ne pouvait pi obtenir le résultat désiré par d'autres moyens. Il m'e toutefois commandé de dire que, tout compté, l'actic du principe a été avantageuse (bénéficiai) . Le secor cas d'intervention a consisté dans une prohibitic
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pure et simple. Par le « Factory Act, » vous avez défendu qu'on fît travailler les enfants et les jeunes per- . sonnes au delà d'un certain nombre d'heures. C'était un empiétement considérable sur la liberté des transactions privées; mais, relativement à sa nécessité, on peut dire que l'opinion de la législature a été unanime. Quant aux heureux effets qu'il a produits, soit par radoucissement des souffrances humaines, soit en attachant une classe nombreuse à la communauté, il ne saurait y avoir à cet égard le moindre doute. Reste la troisième et la plus douce forme d'intervention, celle dont nous avons à nous occuper ce soir. Elle revient à ceci, que par l'intervention du gouvernement, cette fois, vous ne prescrivez rien et ne défendez rien, mais vous offrez à ceux des membres de la communauté qui voudraient profiter de votre offre, des facilités pour s'aider eux-mêmes. Je ne nie pas que ce ne soit là une intervention de l'État ; mais ce que je nie, c'est que nous devions nous laisser effrayer par les clameurs poussées contre la centralisation et l'agrandissement des attributions du pouvoir exécutif, au point de reculer devant l'examen de la question qui se présente et devant l'accomplissement des devoirs qui nous sont imposés. »
Nous voilà bien loin, on le voit, de la doctrine du laissez faire; et pour comprendre la hardiesse, la nouveauté de ce langage, hardiesse et nouveauté voilées avec tant de tact par un appel à l'autorité des précé-
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dents^ il faut avoir longtemps vécu en Angleterre. Mais la merveille, c'est l'appui que de pareilles déclarations rencontrèrent dans la presse anglaise. Qui se serait jamais attendu à lire dans le Times :
« La nation peut certainement^ en sa qualité de communauté, faire tout ce qu'elle se juge capable de mieux faire que les individus. Si elle fabrique la monnaie d'or et d'argent, se charge du port de nos lettres, elle a certainement le droit d'aider le pauvre à obtenir une plus grande sécurité dans le placement de ses épargnes. Le point essentiel est de savoir s'il est utile d'en agir ainsi et d'intervenir à rencontre des compagnies nombreuses, qui ne manqueront pas de s'opposer à ce plan, groupées sous la bannière de l'esprit individuel d'entreprise. A cet égard, nous sommes d'avis que les explications de M. Gladstone suffisent pour recommander son plan au pays. »
Le jour même où le Times parlait ainsi, la plupart des journaux se répandaient en applaudissements; et, sur la nécessité d'invoquer Tintervention de l'Etat contre les repaires où se vautre, après minuit, dans Hay-Market, une prostitution échevelé?, le Moming Post publiait un article dont voici le début :
« Si, dans la Chambre des Communes, un des membres se levait et s'avisait de déclarer attentatoire à la liberté de l'individu l'obligation légale de se faire vacciner, nul doute qu'une semblable déclaration ne fût accueillie par un éclat de rire. »
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Aq principe de l'intenrention de l'État pris dans son acception la plus générale, on a opposé, je lésais» surtout en Angleterre, de nombreuses et trôs solides objections.
Et d'abord, augmenter les attributions de l'Etat, c'est assurer an gouvernement un surcroît d'influence et des moyens d'action dont la liberté politique risque grandement de souflfrir, là où le pouvoir est entre les mains d'une classe privilégiée, et même là où il est censé émaner de la nation.
Il est certain, en outre, que le principe de la divisfou du travail s'oppose à ce qu'on donne à la loi trop de choses à prévoir on à régler, au gouvernement trop de choses à faire. Quelque bien entendue que soit la distribution des fonctions publiques, quelque ingénieux qu'on suppose le mécanisme de l'Administration, on ne saurait charger le pouvoir d'une multipU* cité de détails, sans rendre son action tantôt oppressive, tantôt stérile, et souvent oppressive et stérile à la fois.
Mais la considération ia plus forte est celle qui se tire du danger de mettre obstacle à ce libre épanouissement des facultés individuelles qui ajoute tant à la dignité du citoyen, à la valeur de l'homme, et constitue la vraie puissance, la puissance intrinsèque d'une nation. Un peuple qui souffre qu'on le Uenne continuellement par la lisière n'apprendra jamais à mandier. La science de la vie ne s 'acquiert que par la pratique