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de la vie. Ce qui a fait des Anglais une race si active, si énergique, si vigoureuse, c'est l'habitude du • self-
government, » expression intraduisible en français, parce que, n'ayant pas eu la chose, nous n'avons pas le mot. Une nation qui se laisserait aller trop longtemps à attendre tout de l^tat, sans jamais essayer de sortir de tutelle, finirait par tomber dans l'atrophie, résultat naturel du défaut d'exercice; elle mourrait, à force d'avoir oublié de vivre.
Mais, en cette matière comme en toute chose, il ne faut pas, pour mieux fuir un abus, courir à un abus opposé; et^ malheureusement, l'esprit humain est ainsi fait, que c'est presque toujours là ce qui arrive. Nonseulement rintervention de l'État n'a pas toujours et nécessairement pour effet de paralyser l'individu, de couper les ailes à la liberté ; mais il est des cas où elle est requise, au contraire, pour aider au développement de l'individu et prêter appui à la liberté chez ceux qui se traînent, écraiSés à demi, sous le poids d'une organisation imparfaite.
C'est aviec raison que M. Gladstone cita, dans l'oc*casion que j'ai rappelée, comme autant de précédents dont l'Angleterre n'avait pas le droit de récuser l'autorité :
Les secours publies accordés à l'indigence ;
Le protection légale accordée aux en&nte ;
La limitation des heures de travail dans las maûu^ factures ;
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La réforme sanitaire ;
La fonction de banques d^épargne attribuée au: bureaux de poste ;
La subvention payée» directement sous forme d boni, indirectement sous forme d'exemption de oer taines taxes, à ces mêmes « Friendly Societies » aux quelles, dans Tintérèt des classes laborieuses, le gouvernement demandait, par l'organe du chancelier d( rÉchiquier, qu'on l'autorisât à dire concurrence.
Et que d'autres faits, d'un caractère bien plus frappant encore, M. Gladstone n'aurait-il pas pu produire à l'appui de son projet, ou, pour parler plus exactement, à l'appui du principe sur lequel son projet reposait 1
Qu'imaginer, par exemple, de moins conforme à la doctrine du laissez faire que le règlement législatif qui fixe le prix de la course en cabriolet ou en voiture ? Eo vertu de quel principe un cocher est-il astreint à ne recevoir qu'un demi-shilling pour la distance d'un mille? Est-ce en vertu du principe du laissez faire? Ici — remarquez-le bien — l'intervention de l'État se donne carrière sous sa forme la moins acceptable ; elle envahit le domaine des relations commerciales ; elle a lieu par voie de prescription et d'interdiction; elle prescrit au cocher d'accepter de ses services une rémunération déterminée d'avance, et lui interdit d'exiger davantage. La prescription, au premier abord, semble oppressive ; l'interdiction semble brutale.
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D*oû vient donc que personne, à Texception des cochers, n'y trouve à redire ? C'est que chacun sent à merveille que, dans une ville comme Londres, où les distances sont énormes, la circulation des voitures sur la voie publique veut être soumise à des règles protectrices du public, sans quoi il adviendrait que, sous couleur de liberté de transaction, quelques-uns auraient le pouvoir de tyranniser tout le monde.
Et la loi des pauvres doncl C'est pour le coup que le principe de Tintervention de l'Etat est appliqué en Angleterre, je ne dis pas judicieusement — Dieu m'en garde I — mais sur une échelle immense, et de manière à montrer : d'une part, que la doctrine du laissez faire a de nécessaires limites ; d'autre part, qu'elle risque d'aboutir, quand elle est poussée trop loin, à des conséquences diamétralement opposées à la nature de son point de départ. La loi des pauvres donnée pour corollaire au laissez faire ! Le droit à l'aumône proclamé comme résultat définitif de la négation du droit au travail I L'esclavage du € Workhouse » servant de correctif à la liberté de Tatelier 1 La société enfin trouvant moins ruineux de nourrir les pauvres que de les aider à se nourrir eux-mêmes I C'est là sûrement un triste phénomène, et bien digne d'arrêter l'attention des économistes philosophes. Mais il n'en est pas moins vra que la loi des pauvres en Angleterre a dû naître, ou de la préoccupation d'un grand danger social, ou d*une inspiration de l'humanité , probablement de Tune
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et de l'autre à la fois ; et si les effets de cette loi sont désastreux, au yu et au su de tous, que prouve la per séyérance des Anglais à la maintenir, à la subir, sinon que, dans leur opinion» son absence aurait des effets plus désastreux encore^ et qu'à leurs yeux. Tintervention de l'État, dans ce cas, est nécessaire, partant légitime?
Or, il est à noter que la loi ne se borne pas à offrir à TindigeDt, sur un fonds public, nourriture, vêtement^ logement, assistance médicale ou chirurgicale : elle prend à tâche d'assigner à la distribution des secours un caractère national qu'on ne puisse méconnaître. D'après Pacte : X Victoria, cix, lequel a réglé redministration de la loi des pauvres, telle qu'elle fonctionne aujourd'hui, cette administration relève d'une autorité centrale, le Bureau de la loi des pauvres {Poor law Board)f — Bureau composé d'un président et de quatre commissaires, savoir : le premier lord de la Trésorerie, le chancelier de l'échiquier, le lord-président du Coa-* seil et le lord de la Bourse privée. *
Et il ne faut pas croire que ce Bureau existe seulement pour la forme. Véritable ministère, il possède des pouvoirs très étendus. C'est lui qui dirige et contrôle les agents locaux de la taxe des pauvres ; lui qui forme# au besoin, de la réunion d'un certain nombre de paroisses, ce qu'on appelle Unions; lui qui détermine les pouvoirs» et définit les devoirs de ces administrateurs des pauvres qu'on nomme Ouardians ; lui qui rédige
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les règlemeiits jugés utiles; lui qui envoie partout où la chose est requise, des ordres dont on a vu le nombre s'élever, dans une seule année, à près de deux mille ; lui, enfin, qui préside à l'ensemble de ce vaste mouvement de munificence sociale, établi en Angleterre par la loi, entretenu au moyen de taxes locales dont il n'est loisible à personne de refuser le payement, et rendu par conséquent obligatoire.
Cet état de chose date de 1834. Eh bien, si l'on examine ce qu'était la situation avant cette époque, c'est-à-dire lorsque l'administration du paupérisme
était une aflfeiire purement paroissiale, on verra que des 15,000 paroisses entre lesquelles l'Angleterre se trouvait arbitrairement divisée, les unes étaient très vastes et les autres très petites, les unes très riches et les autres très pauvres, les unes très peuplées et les autres possédées par quelques grands propriétaires ou même par un seul, les unes encombrées d'indigents et les autres à peu près exemptes de ce Êirdeau.
Cela étant, laisser à chaque paroisse, prise isolément^ le soin de pourvoir à la subsistance des indigents domiciliés sur son territoire, c'était faire que le budget de la charité publique fût réparti d'une manière effroyablement inique ; et, de plus, c'était mettre aux prises toutes les paroisses, c'était pousser chacune d'elles à rejeter sur les autres paroisses tout ou partie de ses dépenses obligatoires.
Aussi, quelle fut, sous Tempire de ce régime, la con-
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tinuelie préoocopation des contribuables dans chaque paroisse ? Ce fut, ou de se débairass-er des pauvres qui y avaient leur domicile de secours, ou d'empêcher ceux qui ne Vy avaient pas de lacquérir. De là toutes sortes dabus monstrueux. Les paroisses armées les unes contre les autres et se ruinant en procès pleins de scandale ; les pauvres repoussés de partout et mis dans rimpossibiiité d'aller chercher de l'emploi où ils auraient pu en trouver ; la circulation du travail entravée ; la charité publique transformée en tyrannie ; la liberté daller et de venir refusée aux meurt-de-faim et comblant la mesure de leurs maux ; toutes sortes de fraudes honteuseS: toutes sortes d'actes inhumains : voilà quelles furent les con:^équences du système de la décentralisation appliquée à la loi des pauvres. Enfin le mal prit des proportions telles, qu*en 1834 il fallut absolument songer à un remède. Et quel fut le remède auquel on s'arrêta, après mûre réflexion, à la suite d'une laborieuse enquête? En transférant de la paroisse à l'Union — réunion de plusieurs paroisses — ce qu'on pourrait appeler la gestion du paupérisme; en plaçant à la tête de chaque Union un bureau des Gardiens des pauvres^ auquel étaient livrés les pouvoirs qui avaient jusqu'alors appartenu, dans chaque paroisse, aux Overseers ; enfin, en mettant au-dessus des Unions, pour les guider, les gouverner, leur imprimer un mouvement d'ensemble, un pouvoir unitaire, un véritable ministire des pauvres, l'Acte de
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1834 fit faire à l'Angleterre un pas immense vers la centralisation, et cela en ce qui concernait une question d'une importance énorme, en ce qui concernait Tapplication de ce grand principe reconnu par les Anglais, depuis le règne d'Elisabeth : Une société