DOIT A SES MEMBRES DU TRAVAIL OU DU PAIN
Ce n'est pas tout. L'Acte de 1834 substituait V Union à la paroisse quant à Tadministration^ mais non quant à rimposition de la taxe des pauvres : eh bien, à cela même on s'est vu forcé de mettre fin, et le Chargea^ bility bilî^ récemment présenté par M. Villiers, adopté par la Chambre des Communes, adopté par la Chambre des Lords, et endossé par l'opinion publique, est venu porter au système paroissial un dernier coup, un coup décisif. La centralisation n'avait jamais remporté, en Angleterre^ pareille victoire.
Je pourrais donner bien d'autres preuves du mouvement que je signale, si les faits cités ne suffisaient au but que je me suis proposé.
Ce but est-il d'établir que la centralisation est bonne, appliquée à tout indistinctement ? Non, certes. On en jugera par la lecture de mon travail sur la Commune. Ce que je pensais alors, je le pense encore aujourd'hui, et je saisirai cette occasion pour repousser bien haut les attaques dirigées contre certains penseurs et certains philosophes, amis du peuple, contre lesquels on s'est servi du mot socialistes cjovame d'une arme empoisonnée.
On a supposé leurs doctrines opposées au déFoloppement libre de l'individu, lorsque c'est, au contraire, pour servir chez tous le développement libre de l'individu qu'ils rappelaient le pouvoir iocial au sentiment de sa mission.
On les a montrés s'étùdiant à abaisser le niveau social, lorsque c'est à l'élever, au contraire, que tendaient tous leurs efforts et tous leurs écrits.
On a cru ou fait semblant de croire qu'ils entendaient l'action de la société sur ses membres dans le sens 'd'une prime donnée à la paresse ou au défaut d'intelligence, tandis qu'ils Tinvoquaient, au contraire, pour ouvrir toutes grandes les portes que Tindlffërence de la société en matière de souffrances sociales laisse fermées devant le travail sans garantie et le talent sans fortune.
On a prétendu leur apprendre que les progrès de l'humanité seraient entravés par Tétouffement de toute initiative individuelle : on se serait épargné cette peine si, avant de les réfuter, on avait daigné les lire !
Je me résume :
Dans une vraie démocratie, l'Etat n'est point le pouvoir exécutif, ou tel ministre tout-puissant, ou tel monarque absolu, Louis XIV ou Gromwell. La confusion des idées sur ce point a servi à propager bien des sophismes. Dans une vraie démocratie, TÉtat, c'est
l'état 27»
la société même^ agissant en cette qualité dans tout ce qui a un caractère évidemment social.
Ceci entendu, il n'y a point à opposer la notion Etat à la notion Individu. Si par le mot Etat on comprend la société agissant en corps, d'une part ; et si, d'autre part, on veut le développement libre de Vindividu^ non point au profit de quelqueâ-uns seulement, mais au profit de tous, les deux idées que, très •mal à propos. Ton oppose Tune à Tautre, loin d'être contt*aires, sont corrélatives. La seconde exprime lé but, la première lé inoyen. Imaginez un instant que la doctrine de la non-intervention de l'Etat ôoit mise en pratique strictement, logiquement, rigoureusement : malheur au plus faible, et place au voleur de grand chemin I
Si mon ennemi est plus fort que moi, et qu'entre lui et moi il n'y ait absolument rien qui l'arrête, il deviendra mon tyran. « Dans le monde des animaux,» disais-je un jour, « TÉtat n'est pas connu, et c'est pour cela que les tigres y mangent les gazelles. » L'origine de l'Etat, en principe, se lie donc essentiellement au besoin de se garantir de la tyrannie, et il perd sa raison d'être quand il est autre chose que la société elle-même agissant comme société, pour empêcher^ quoi ? l'oppression ; pour établir et maintenir, quoi? la liberté.
C'est à ce flambeau qu'où découvrira les cas où l'intervention de l'État est légitime et ceux où elle
280 DE l'état et de la commune
ne Test pas. Toutes les fois qu'elle est en opposition avec le libre développement des facultés humaines, elle est un mal ; toutes les fois, au contraire, qu'elle .aide à ce développement 6u écarte ce qui lui fait obs tacle,elle est un bien. Ainsi/ par exemple, l'intervention de rÉtat est un bien quand, par l'instruction gratuite et obligatoire, elle rend possible^ chez le pauvre, le développement de rame et de l'intelligence, condition première de la liberté. Le jour où ces deux termes, I'État, la Liberté, seraient ce qu'ils n'ont encore jamais été, et ce qu'ils doivent être, ce jourlà le progrès politique serait accompli.
Publié en 1841.
LA centralisation
La centralisation politique est-elle désirable? Elle est plus que désirable, elle est nécessaire.
C'est au nom de l'unité, c'est par l'unité que les Montagnards ont sauvé la France : vienne la justice de l'Histoire, la reconnaissance de la postérité ne leur manquera pas.
Mais c'est justement parce que l'unité est, de tous les intérêts de la France, le plus incontestable et le plus sérieux, qu'il importe de combattre la confusion d'idées qui, à cet égard, s'est introduite depuis longtemps dans les esprits.
Il y a la centralisation vraie, il y a la centralisation fausse.
Il y a l'unité, il y a Tétouffement.
Il y a la France telle que la concevait le génie révolutionnaire de la Convention, il y a la France telle que Napoléon l'a faite.
Avant d'expliquer, constatons.
Qu'est-ce que Paris ? Qu'est-ce que la France ?
C'est à Paris que viennent aboutir , par d'invisibles liens, tous les pouvoirs, grands et petits, répandus dans la société. Mais aussi, quelle cohue d'ambitions luttant de ruse et d'audace! Quel croisement d'intrigues l Quelle mobilité résultant de la nécessité de faire une part dans la curée des faveurs à tous ceux dont il faut prévenir les agressions ou conjurer les rancunes! Et dans cette mobilité qui montre si souvent au peuple les vaincus de la veille devenus les vainqueurs et les héros du lendemain, quel déplorable appel au scepticisme politique !
Mais la concentration des pouvoirs amène celle des richesses. Ici, toutes les merveilles du luxe; à côté, toutes les misères qui le mettent en relief. Le vice est ici unProtée qui se plie à toutes les formes. L extrême
282 ■ DE l'état et de la commune
opulence l'enfante comme l'extrême misère, et on le retrouve partout : avec Tennui chez les uns, avec la faim chez les autres.
Paris est la ville des arts, le foyer des lumières, le théâtre inévitable qui attire les grands talents. Parig est une ville merveilleuse, incomparable, nécessaire à la France, nécessaire au monde. Paris est un point de départ donné à tous les grands mouvements de l'esprit humain, une scène illustrée partons les genres d'héroïsme. Mais si Paris rayonne, il absorbe. Qu'on me dise pourquoi ce grand poète fait de mauvais romans, pourquoi ce grand peintre passe son temps à dessiner de misérables vignettes. Bans là solitude d'une ville de province, ce poète aurait peut-être égalé Cîorneille, ce peintre continué Géricault. Mais ici, est-ce qu'on a le temps de devenir grand homme? Hélas! qui sait le nombre des nobles et vigoureuses intelligences qu'ont perverties la manie de l'imitation, l'amour du gain, la tyrannie de la mode, l'impatience du succès. Là où la foule est si grande, on craint à chaque instant de se voir étouflfé ; l'important n'est pas d'être, mais de paraître, et l'on met à acquérir sa réputation le temps qu'ailleurs on aurait mis à la mériter.
D'ailleurs, Paris peut- il être le centre de tous les pouvoirs sans devenir le rendez-vous de tous les aventuriers de la politique, de tous les coupe-jarrets de la finance? C'est difficile, surtout sous l'empire des lois faites par les riches pour les riches. Voilà donc la
passion de faire fortune s'em parant de toutes les têtes. Le chemin est trop étroit pour la foule qui s'y précipite ; qu'importe I la cupidité va trouver mille moyens de battre monnaie. Lorsqu'on aura tiré de chaque vice tout ce qu'il contient, on tirera parti de chaque vertu. On mettra, s'il le faut, la charité publique en commandite î II est telle entreprise où le dévouement rapporte de gros dividendes, et la philanthropie a toujours cela de bon ici, qu'elle fait vivre à l'aise nombre de philanthropes.
Maintenant, dans cet étroit espace où elle concentre toutes ses forces, comptez; si vous le pouvez, les victimes que fait la concurrence. Ici, pas d'édifice qu'on ne bâtisse avec des ruines. Le scandale des fortunes subites y est toujours couvert par celui de quelque chute éclatante ; on y remarquerait les désastres nés de la lutte des travailleurs entre eux, si la fureur du jeu, alimentée par la Bourse, n'entretenait l'opinion, ou ce qu'on nomme ainsi, de désastres plus retentissants encore. Mais quoi I Les jours se succèdent avec une rapidité qui lasse le blâme. Vous parlez du scandale d'hier; ignorez-vous celui d'aujourd'hui? Qu'estce que le choix des moyens, là ou chacun aspire si ardemment à son but ? C'est à peine si on se croit tenu à quelque hypocrisie dans le langage. Rien ne réussit comme le succès, disent les habiles. Aussi, la justice sociale ne s'exerce-t-elle guère contre eux. Voici un pauvre diable qui a volé pour sa mère un pain dans
284 DE l'état et de la commune
rjiiftlque carrefour; on le condamne, c'est trop jaste. Que ne »ayait-il voler un million, à la Bourse ? Mais danH C(5 rapprochement même, que de trivialité ! On en e»i venu à ne plus oser dire la vérité, de peur d^être banal.
En résumé, un puissant et fécond échange d'idées, un éclatant faisceau de lumières, un frottement continu qui, à chaque minute, fait jaillir des millions d'étincelles, un phare immense allumé pour le compte et à l'usage de tout Tunivers; mais, d'un autre côté, le génie humble et laborieux étouffé au profit d'une foule de médiocrités bavardes ; une concurrence universelle engendrant les plus ruineux monopoles ; les vices d'en bas trop souvent provoqués par ceux d'en haut ; les vertus du peuple bafouées par la fatuité triomphante du premier roué venu ; des ressources innombrables, presqu'aussi propres à entretenir des illusions folles qu'à satisfaire de légitimes espérances; enfin, la civilisation épuisant ses déceptions en même temps que ses bienfaits et ses prodiges. — Voilà Paris.
Que si Ton parcourt la plupart des communes de France, quel autre spectacle! L'abrutissement y est complet; Tatelier n'y vit qu'aux dépens de l'école. Si quelque homme un peu remarquable s'y produit, Paris l'appelle. De tous les habitants de cette commune, qui fut jadis puissante et glorieuse, il n'en est pas un, peutêtre, qui sache pourquoi la cloche du beffroi sonnait dans le moyen âge, et comment on proclamait dans la
grande salle de THôtel-de-Ville les franchises municipales. Vous demandez où est le sang qui devrait animer cette partie de la société ? Il est à Paris, où il bouillonne. — Voilà la France.
Quant aux causes de cette situation, elles tiennent évidemment à l'excès de la centralisation administrative, qui est aussi funeste que la centralisation politique est féconde.
La démocratie ne peut rendre, suivant nous, les peuples heureux et forts tout à la fois que par le jeu et la combinaison de ces deux principes : la centralisation politique, c*est-à dire la concentration au même lieu et dans les mêmes paains du pouvoir de diriger les intérêts communs à toutes les parties d'une nation, et la décentralisation administrative, c'est-à-dire la liberté laissée aux intérêts purement spéciaux de se développer suivant la loi des mœurs^ des habitudes ou des convenances locales.
Tout le monde «st à peu près d'accord sur les avantages de Tunité politique. Le fédéralisme a toujours été pour un peuple le germe des querelles les plus sanglantes et le principe d'une ruine inévitable. Un État fédératif a cela de particulier, que ce qui constitue pour les autres États une situation anormale est précisément ce qui fait sa force, son originalité, la première condition de son existence. Un État fédératif a besoin de la guerre étrangère comme les autres ont besoin de la paix; car c'est la guerre étrangère qui^ seule, peut
286 DE l'état et de la commune
lier en feisceaax des forces qui, quoique divisées, ont trop de points de contact pour ne point finir par se combattre. Peut-il en être autrement? Les États qui composent une fédération apportent toujours, THistoire le prouve, des prétentions égales là où il y a inégalité de puissance et de ressouroeSi Or, de Tln^alité des ressources, combinée avec Tégalité des prétentions, naît la jalousie, et après elle le despotisme. Deux petites républiques unies par le lien fédéral, et toutes deux poussées par une ambition envieuse, ne tarderont pas à sacrifier leur liberté intérieure au plaisir d'écraser une rivalité qui les blesse. Toute passion collective tend, en effet, à se personnifier et & choisir un représentant. Dangereuse tendance 1 car un homme qui arrive à personnifier en lui ridée dominante, ou la passion dominante d'un peuple> est bien près dé devenir un despote l
Pour établir cette démonstration-, nous n'avons qu'à remonter à Thistoire des républiques italiennes^ histoire solennelle et terrible, qui se compose du contraste des plus grandes vertus et des plus grands crimes, et qui renferme dans ses profondeurs tant de funèbres enseignements» Milan aspire au périlleux honneur de tenir le sceptre de la fédération ; elle tombe sous le joug de fer de Jean Galéas. Padoue et Vérone ne savent pas se résigner à la sécurité d'un rôle subalterne; la première finit par subir la dictature de François Carrare, et la seconde le despotisme de Délia
Scala. Pourquoi? Parce que, dans ses jaloases ardeurs, chaque Tille a voulu lever une armée, confier à un général habile ses ressoui'ces, ses espéranoes, et que, sous le manteau du général victorieux, se trouvait cachée la pourpre du tyran.
A moins de laisser ses lois fondamentales à la merci du premier conquérant venu, comme la Suisse; à moins d'être défendue, comme le peuple de Washington, par le désert et TOcéan, une nation fédérative n'a pas d'autre préservatif contre la guerre civile que la gu^^re étrangère. Que dire de mieux pour prouver les avantages immenses de l'unité politique (1) ?
Mais il ne faut pas s'y méprendre : si l'unité politique^ c'est la force, Tunité administrative, c'est le despotisme.
Vainement supposerait-on le peuple chez qui aurait été admis ce dernier principe, gouverné par un pouvoir sorti des entrailles mêmes de la société. L'origine d'un pouvoir est une garantie puissante, mais non pas oertaine,de sa moralité.La souveraineté du peuple n'existe réellement que dans un pays où les écarts du gouvernement, fftt-il né du suffrage universel, ontété soigneu sèment prévus, et prévus de manière à être réprimés.
Eh bien I la centralisation administrative rend
(1) Depuis que ceci a été écrit, la guerre formidable qui, en Amérique, a mis aux prises le Nord et le Sud, est venue montrer d*une manière éclatante ce que le système fédératif renferme de dangers.
288 DE l'état et de la commune
cette répression presque impossible. Oserez- vous arrêter un seul instant le moteur, quand Tengrenage des intérêts les plus personnels est combiné de telle sorte que le moteur une fois arrêté, tout reste inévitablement suspendu ? Avec la décentralisation administrative, les révolutions peuvent passer sur la société ; mais elles ne frappent pas, pour ainsi dire, de paralysie les individus. Avec le système contraire, un peuple est cruellement atteint par une révolution dans toutes ses parties. Ainsi on peut dire hardiment que, même dans un pays où le pouvoir est démocratiquement constitué, la centralisation administrative fait obstacle à l'exercice de la souveraineté du peuple, loin de lui servir de base et d'appui.
Qu'arrivera-t-il, en effet, si autour de cette autorité formidable errent des citoyens isolés les uns des autres, et, pour ainsi dire, juxtaposés? Ce qui arrivera, c'est que le pouvoir, au lieu d'avoir affaire à la *société qu'il est censé représenter, ne se trouvera jamais que face à face avec chacun des citoyens qui la composent, pris individuellement. Et alors, que son origine ait été ou non populaire, peu importe : ne relevant plus de la société, il oubliera que c'est d'elle qu'il est sorti. Son action ne trouvant plus de contre poids, deviendra nécessairement désordonnée, brutale et envahissante.
Je n'hésite pas à le dire, rien n'est plus contraire à
rétablissement ou au maintien du régime de la démo-
cratie que l'unité politique, si on ne la considère pas comme la garantie de l'unité sociale.
Tout régime démocratique repose sur l'exercice du, droit d'élection. Le droit d'élection entraîne la faculté de surveiller, et, au besoin, de révoquer les dépositaires de la puissance publique. Or, comment cette faculté pourra-t-elle être mise en jeu, si vous créez un pouvoir qui puisse prendre place au centre même de la vie du peuple, de manière à en embrasser tous les détails, à en gouverner tous les accidents ? De deux choses Tune : ou bien vous verrez les forces de la société rester languissantes, dispersées, inertes, autour de ce foyer de mouvement allumé au milieu d'elles, et qui les consumera de plus en plus, sans pouvoir parvenir à l'éteindre; ou bien cette autorité, qui ne trouve d'appui qu'en elle-même, périra par ses propres excès, et alors sa chute sera le signal du plus effroyable bouleversement. Tous les intérêts venaient aboutir à elle; tous les intérêts se trouveront déplacés par son ébranlement. Tout se faisait par elle; sa ruine ébranlera tous les fondements de la société.
Oui, autant la centralisation politique est nécessait*e, autant la centralisation administrative est étouffante.
Eh bien I par un triste renversement de toutes les lois de la raison, nous manquons en France de ce qui est une nécessité, et nous avons ce qui est un péril.
h'Etatf en France, a le pouvoir de faire beaucouo
290 DE l'état et de la commune
de mal J'en conviens. Mais le pouvoir de faire le bien ne lui est-il pas refusé, dans toutes les grandes choses?
Si une véritable centralisation politique existait dans notre pays, est-ce qu'on y verrait l'éducation des enfents livrée à la merci des caprices individuels ? Quelle anarchie dans renseignement, sous couleur de liberté! Que d'écoles nées sous l'empire des principes les plus opposés et déposant dans le sein des générations jeunes la semence des doctrines les plus diverses ! Ici on enseigne aux enfants le catéchftme de la congrégation ; là on les élève dans les principes du libéralisme. Toutes les haines issues de nos. vieilles luttes, toutes les passions de parti, tous les préjugés de caste, tous les vastes ressentiments créés par l'Histoire, ne viennent-ils pas se traduire dans l'école et se perpétuer par elle ? Parmi les factions qui divisent notre malheureuse société, en est-il une qui n'ait sa chaire et ses professeurs? Et, au milieu de ce conflit des écoles, que peut l'État ? que fait l'État ?
S'agit-il de l'impulsion à donner aux intérêts matériels de la société ? Je cherche en vain les traces de l'initiative du pouvoir. Lorsqu'on a voulu établir en France des chemins de fer, pourquoi l'action des compagnies s'est-elle victorieusement substituée à celle de l'État? Pourquoi l'initiative du pouvoir a-t-elle fléchi dans une question où se trouvaient engagés non-seulement la fortune et la moralité publiques,
raais les plus hauts intérêts de la civilisation ? Pourquoi rétablissement des voies de communication, qui est une affaire d'avenir, a-t-il été confié à des capitalistes qui meurent, à Texclusion de TÉtat qui ne meurt point ?
La véritable centralisation politique n'existe donc pas en France. Car, en tout ce qui concerne les intérêts généraux, les intérêts durables de la société, l'Etat y manque en même temps, et de la puissance qui dirige, et de la puissance qui contrôle. •
Or, voyez un peu l'absurdité I Ce pouvoir, qui dans les grandes choses est complètement privé d'action, il en a une immense dans les petites. Considérez la société dans l'ensemble, vous n'apercevez l'État nulle part : étudiez la société dans les détails, vous trouvez rÉtat partout.
En d'autres termes, à côté d'une centralisation politique et économique à peu près nulle, règne une centralisation administrative et bureaucratique vraiment dévorante. Double fléau! Double cause d'oppression et de ruine !
292 DE i/ktat et de la commune